Stephanie CaseL’ultra comme arme de liberté

Stephanie Case : l’ultra comme arme de liberté
Avocate en droits humains, ultra-traileuse hors norme et fondatrice de Free to Run, la canadienne Stephanie Case a transformé sa passion en combat. De son enfance studieuse au sommet des montagnes, son histoire est celle d’une femme qui court pour changer le monde.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 18 novembre 2025 à 18h00, mis à jour le 09 janvier 2026 à 11h08

« Je n’étais pas sportive, j’étais une nerd », sourit-elle en évoquant son enfance en Ontario, au Canada. Rien ne prédestinait Stephanie Case à devenir une figure de l’ultra-endurance. C’est à la fac de droit qu’elle enfile ses premières baskets, pour « trouver ses limites ». Le marathon comme déclic, puis l’ultra comme révélation. Mais pour elle, courir n’a jamais été qu’une affaire de chrono. En 2009, elle quitte le confort du corporate pour les zones de guerre. Afghanistan, Gaza, Sud-Soudan : ses terrains d’action sont ceux des droits humains. « Je voulais aider les plus vulnérables », explique celle qui travaille aujourd’hui pour l’ONU.

©Stephanie Case/Facebook

Sur ces terres meurtries, elle découvre que le sport peut être un outil d’émancipation. En 2014, après avoir travaillé en Afghanistan comme avocate en droits humains, elle crée Free to Run, ONG qui permet aux femmes et filles de pratiquer la course en toute sécurité dans des régions en conflit. Elle commence par entraîner un petit groupe de femmes à Kaboul, jusqu’à aider la première Afghane à courir un marathon : Nelofar Sorosh. Cette dernière rejoindra le combat à l’arrivée des Talibans et travaille aujourd’hui pour l’UNESCO depuis les États-Unis où elle s’est réfugiée.

Peu à peu, Stephanie Case développe ses actions afin de promouvoir l’égalité des genres et les droits humains par le sport et le leadership. Pour réussir dans sa mission, elle « négocie » avec les familles, les leaders religieux et les autorités locales, pour sécuriser la pratique sportive des femmes : entre 2016 et 2021, Free to Run avait a soutenu près de 4 000 femmes et filles dans cinq provinces afghanes, puis en Irak (camps de réfugiés syriens, yézidis) et en Afrique. « Quand une femme court, elle franchit bien plus qu’une ligne d’arrivée : elle brise des barrières sociales », martèle-t-elle.

©Stephanie Case/Facebook

Ultra-traileuse engagée, Stephanie Case aligne les exploits : Tor des Glaciers (450 km), podiums sur Hardrock 100, et en 2025, victoire à l’Ultra-Trail Snowdonia… six mois après avoir donné naissance à sa fille Pepper. À 43 ans, cette frondeuse qui allie à merveille la tête et les jambes, avocate et marathonienne d’élite, a ainsi pris le départ de l’UTMB Ultra-Marathon en North Wales sans but de performer, comme elle l’a écrit sur Instagram après la course : « Je voulais simplement me dégourdir un peu les jambes et m’assurer de pouvoir allaiter Pepper aux postes de ravitaillement. » Elle s’arrête pour allaiter, repart, gagne. Un geste militant autant qu’un exploit. « Je voulais lui montrer que les mamans peuvent faire des choses incroyables ».

Aujourd’hui, entre Chamonix et les zones de crise, Stephanie Case continue de courir pour celles qui n’en ont pas le droit. « Mon ultra-running et mon travail me gardent à la fois saine d’esprit et légèrement folle, mais je ne voudrais pas qu’il en soit autrement ». Une phrase qui résume son credo : repousser les limites, pour soi et pour les autres.

©Stephanie Case/Facebook

Ouverture ©Stephanie Case/Facebook

D'autres épisodes de "Running, après quoi courent les filles ?"

Vous aimerez aussi…

Alizée Baron

Alizée Baron : « Je fais du skicross pour me dépasser et j’aime ce risque-là. »

Une impétueuse, toujours en quête d’adrénaline. Après une saison blanche pour cause de blessure au dos et malgré les conditions particulières liées, entre autres, à la situation sanitaire, Alizée Baron reprend du service en Coupe du monde de skicross. La skieuse d’Orcières-Merlette aborde cet hiver avec une envie décuplée. Sereine et déterminée. Rencontre avec une fille qui ne laisse pas de glace.

Lire plus »
Alizé Cornet, la tennis girl qui a brisé le plafond de verre

Alizé Cornet, la tennis girl qui a brisé le plafond de verre

Elle est souvent là où on ne l’attend pas. Elle avait écrit l’histoire en 2022, à Wimbledon, en mettant fin à la série de 37 victoires consécutives d’Iga Swiatek quand personne ne misait un kopeck sur elle. Voilà aujourd’hui Alizé Cornet nommée capitaine de l’équipe de France de Billie Jean King Cup alors qu’ Amélie Mauresmo était sur toutes les lèvres…

Lire plus »
Guillaume Dietsch : « L'un des paramètres qui fait que les filles n’osent pas se lancer, c’est parce qu’elles ressentent un sentiment d'insécurité. » Kids

Guillaume Dietsch : « L’un des paramètres qui fait que les filles n’osent pas se lancer, c’est parce qu’elles ressentent un sentiment d’insécurité. »

Professeur agrégé d’EPS à l’UFR STAPS de l’Université Paris-Est Créteil, Guillaume Dietsch s’est penché sur la manière d’envisager pratique sportive chez les garçons et les filles. Résultat de ses travaux ? Peu de choses sont mises en place pour faciliter l’accès au sport de ces dernières.

Lire plus »
Lauriane Lamperim

Lauriane Lamperim : « Après ma blessure, j’étais presque devenue une autre… »

Elle aimait jouer les acrobates. Tellement qu’elle fut 7 fois championne de France et multi-médaillée internationale en tumbling. Avant de se blesser grièvement. Et de faire son come-back. Mais la flamme n’était plus là. Aujourd’hui, Lauriane Lamperim a quitté le saut pour la vague. Désormais surfeuse, elle profite d’une autre vie de sportive. Rencontre avec une fille qui a su rebondir.

Lire plus »
2023 sera ÀBLOCK! avec les nageuses artistiques !

2023 sera ÀBLOCK! avec les nageuses artistiques !

Cette fois encore, l’équipe de France de natation artistique se met en scène douze mois de l’année. Mais pour son calendrier 2023, le projet prend une ampleur plus engagé : donner de la force à toutes les femmes confrontées au cancer du sein et sensibiliser à l’importance de son dépistage.

Lire plus »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une boxeuse qui s’est relevée de tout, une alpiniste pionnière, une masseuse de gars balèzes, une gymnaste soumise à notre petit questionnaire de Proust à la sauce ÀBLOCK! (Célia Serber sur notre photo), un défi solidaire sportif pour voir la vie en rose, mais aussi notre nouvelle chaîne YouTube, demandez le programme !

Lire plus »
Marguerite Broquedis La Déesse du tennis trop vite éclipsée par la Divine Lenglen

Marguerite Broquedis, la Déesse du tennis trop vite éclipsée par la Divine Lenglen

Elle a régné sur le tennis hexagonal quelques années avant que Suzanne Lenglen ne rafle tout sur son passage. Tout comme « la Divine », Marguerite Broquedis a, elle aussi, marqué de son empreinte l’histoire de son sport. La « Déesse », sacrée deux fois en simple, Porte d’Auteuil, à une époque où les Internationaux de France étaient réservés aux seuls joueurs du cru, est également la première Française à avoir été sacrée olympique et ce, toutes disciplines confondues.

Lire plus »
Groupe Marie Claire : de la stratégie éditoriale au rôle d'agent

Groupe Marie Claire : de la stratégie éditoriale au rôle d’agent

Début 2024, à l’approche des JO de Paris, le Groupe Marie Claire lance une plateforme inédite dédiée au sport féminin. ÀBLOCK!Studio accompagne le groupe dans la définition de la stratégie éditoriale et la production de contenus premium autour des sportives de haut niveau. Le succès de cette première collaboration aboutit à un partenariat d’envergure : un an d’opération spéciale Wilkinson x Cosmopolitan.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner