Cendrine Browne

La skieuse qui respire à fond

Cendrine Browne
Elle a la glisse dans le sang. La canadienne Cendrine Browne est une fondue de ski. C’est le cas de le dire car elle, son truc, c’est le ski de fond, un sport qui la fait vibrer. Venue tardivement à la compét’, elle a découvert un espace d’expression et de liberté inattendu. Aujourd’hui, elle s’engage pour que les filles aient toute leur place dans le monde enneigé des sportifs.

Par Claire Bonnot

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« Skier me rend heureuse et me donne des ailes » dixit une athlète fonceuse, la canadienne Cendrine Browne, championne de ski de fond, maintes fois couronnée du haut de ses 27 printemps.

Cette jolie blonde au corps athlétique et gracieux glisse depuis ses 15 ans vers le succès… chaussée de skis de fond.

Mais elle ne plante pas ses skis une fois ses exploits réalisés. S’engageant dans le terrain glissant du sport féminin, la sportive ne lâche rien et profite de son expérience en créant « Féminaction », un programme provincial d’entraînement pour adolescentes. Une championne-modèle ! En piste.

La petite Cendrine Browne naît en 1993 pratiquement skis aux pieds. La voie était toute tracée : sa mère, Julie Bruneau, a fait partie de l’équipe nationale junior et a concouru aux Championnats du monde juniors.

La jeune Cendrine glisse alors dès son plus jeune âge. Avant de rencontrer son destin sportif à l’adolescence. Elle a alors 15 ans, et vient de participer à ses premiers Jeux du Québec : « J’avais tellement aimé la compétition et la sensation de glisse que procure le ski que j’avais supplié ma mère de m’inscrire dans le club local : les Fondeurs Laurentides. »

C’est à l’âge de 20 qu’elle réalise ses premiers exploits et entre dans l’équipe nationale junior. Mais, avant ça, Cendrine Browne connait la désillusion, la séparation de ses parents et sa mère emportant toute la petite famille avec elle. Pour vivre loin, vivre ailleurs. Un épisode profondément déstabilisant suivi d’une dépression.

Son antidote ? Le ski de fond : « J’ai vu que, malgré la situation, ma mère souriait et voyait le positif dans tout, alors je me suis dit que j’allais faire ça, moi aussi, parce que ça devait être encore plus difficile à vivre pour elle. Je suis sortie de mon trou puis j’ai été choisie au Centre national Pierre Harvey. Cette année-là, j’ai travaillé vraiment fort. Je suis arrivée 15e aux championnats mondiaux juniors et c’est là que ma carrière s’est lancée. »

Avec cette performance éclair, la skieuse est couronnée du prix de la meilleure skieuse nord-américaine et parvient, surtout, à intégrer l’équipe nationale senior : « Je me souviendrai toujours du moment où, à l’arrivée, je voyais les noms des coureuses défiler sur l’écran géant et que mon propre nom s’est arrêté, en même temps que mon cœur, à la 15e position. »

Les circonstances de la vie ont forgé la gagne de la jeune championne, résiliente et définitivement fonceuse. Sa devise ? « Il faut apprendre à danser sous la pluie ». « J’ai développé des outils pour la vie à travers tout ça, dit-elle. Quand tu tombes, il faut que tu te relèves. C’est sûr que ça fait mal, mais se relever te rend plus fort. Ça donne des outils pour avancer ».

La preuve ? La suite est épatante. Cendrine Browne semble voler sur la neige… Un Championnat du monde junior, deux Championnats du monde U-23, un Championnat du monde senior qui lui vaut une 26e place, une performance qui n’avait pas été faite depuis dix ans par une Canadienne et plus de quatre-vingt départs en Coupe du monde.

L’année phare pour elle ? L’année 2018 qui la voit atteindre une 27e place en Coupe du monde dans le Top 30 et devenir une olympienne. À PyeongChang, elle se classe, notamment, 33e à l’épreuve du skiathlon, 13e au relais 4 x 5 km et 43e au 30 km départ groupé.

Elle ne décroche pas les premières places, mais elle réalise son rêve d’olympiades : « Malgré ce que certains diront, je sais ce que je vaux. Je sais ce que j’ai accompli. Et ça, personne ne peut me l’enlever, ça m’appartient pour toujours », écrit-elle sur son compte Facebook.

Un rêve qui se réalise, donc, mais lui rappelle surtout que c’est la route tracée qui importe : « Être athlète olympique, c’est un titre de plus et je reste la même Cendrine. Ça aide pour la recherche de commanditaires et j’ai aussi de l’expérience grâce à la plus grosse compétition au monde, mais c’est tout le cheminement qui m’a menée aux Jeux Olympiques qui m’apporte le plus aujourd’hui. J’ai créé des outils et accumulé de l’expérience en cours de route. »

Un parcours éclair qu’elle attribue à son amour du sport et de la compétition.

En 2021, la championne est de nouveau sélectionnée dans l’équipe nationale de ski de fond pour la saison prochaine. Un défi relevé haut la main en travaillant toujours plus dur.

Cendrine Browne se concentre donc désormais sur son entraînement et sa préparation pour les qualifications pour les JO de 2022, à Pékin : « Pour une place à Pékin, il n’y a toutefois rien encore d’acquis pour moi. Je dois réussir de bonnes performances jusqu’en décembre pour être choisie, sans quoi il me faudra passer par les sélections nationales. Je prends ça une étape à la fois », confie-t-elle, philosophe.

Stéphane Barrette, le nouveau directeur-général de Nordiq Canada, la fédération canadienne du ski de fond et du ski paranordique au Canada, ne tarit pas d’éloges sur le talent de Cendrine Browne : « Je dirais que Cendrine est aujourd’hui parmi les 25 meilleures mondialement. Elle progresse encore à 27 ans : avant, le style patin était son meilleur mais, en 2021, son style classique est rendu aussi fort. Elle a une dizaine de secondes à gagner sur les épreuves de 10 km et je crois qu’il est réalisable de penser qu’elle puisse les combler. Plusieurs skieuses ont atteint leur pic de carrière au début de la trentaine ». Une skieuse de fond à suivre… à fond !

Côté sport féminin, Cendrine Browne n’oublie pas ses futures challengers, ces pratiquantes encore anonymes, non moins passionnées, qu’elle encourage. Ainsi, avec sa coéquipière en ski de fond, Laura Leclair, elle lance un programme d’entraînement pour adolescentes : le projet « Féminaction ».

Il a pour but de permettre aux jeunes filles de 13 à 15 ans de parfaire leurs connaissances et leurs entraînements, épaulées de deux connaisseuses du métier au mental d’acier : « Beaucoup de jeunes filles s’adonnent au ski de fond au Québec. Mais lorsque des difficultés surviennent à l’adolescence, plusieurs décrochent, même si elles ont un talent certain. Le but est de leur offrir tant notre expérience que des conseils techniques à l’entraînement, pour qu’elles poursuivent leur jeune carrière. Notre sport est fait comme ça, il y a beaucoup de barèmes. Si tu n’es pas arrivée, à un certain âge, à un standard rendu, c’est comme s’il n’y avait plus de place pour toi. On veut changer ça », explique la demoiselle.

Autre volet ? faire de la place aux entraîneurs au féminin parce qu’ « il y a un manque de présence féminine dans notre sport ». Une initiative 100 % ÀBLOCK ! On fonce…

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