Y a-t-il une vie après le sport ?

Sans titre
Elles ont été des championnes, elles ont gagné, ont tout donné. Puis vint le temps de raccrocher. Comment alors se reconstruire, envisager une autre sorte de victoire : le retour à une vie ordinaire ?

Par Cécile Vérin

Publié le 25 janvier 2020 à 21h13, mis à jour le 06 mars 2022 à 18h18

Un jour, tout s’arrête. La sportive de haut niveau, accoutumée à une vie organisée par d’autres, rythmée par les entraînements et les compétitions, doit passer à autre chose. C’est le grand saut. Dans l’inconnu. Une phase de reconstruction. «  C’est le deuil d’une vie cadrée, une phase où l’athlète quitte un monde qui l’a fait vibrer et qu’il ne revivra plus. La crise est inéluctable, il faut se remobiliser rapidement. Et plus il y a eu de préparation, mieux ça se passe  », analyse Meriem Salmi, responsable pendant treize ans du suivi psychologique au sein du département médical de l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance).

Pourtant, pas facile d’anticiper quand la retraite sportive est précipitée par une blessure. C’est ce qui est arrivé à Mary Pierce, victime en 2006 d’un déchirement des ligaments du genou en plein match et qui n’a plus jamais rejoué au haut niveau ensuite.

Et à Frédérique Quentin, quintuple championne de France du 1 500 m, contrainte d’arrêter l’athlétisme après une lésion au tendon d’Achille en 2000 alors qu’elle se préparait à disputer les JO de Sydney. « Un arrêt brutal et douloureux, je me suis sentie trahie par mon corps », raconte celle qui est aujourd’hui responsable du haut niveau et du sport féminin à la FDJ (Française des jeux).

mr-bimsky-A1uOoLvSfBg-unsplash

Il faut remplir le vide

Choisie ou non, la retraite sportive force les championnes à «  trouver une alternative et faire émerger les désirs et les envies » dans des journées perçues comme fades, explique Meriem Salmi qui suit toujours de nombreux sportifs de haut niveau.

Pour Frédérique Quentin, «  quand on s’entraîne douze fois par semaine ou que l’on vomit après une séance difficile, c’est anormal. Le retour à une vie ordinaire est compliqué, il faut remplir le vide  ».

Pour cela, il peut y avoir les études, comme pour Florence Masnada (notre photo ci-dessous), double médaillée olympique en ski alpin puis diplômée d’une école de commerce : «  Je savais quoi faire, mes études m’ont donné un équilibre et une ouverture . »

Parmi les cursus possibles, on trouve aussi ceux qui permettent de devenir entraîneur. Car si certaines, comme Malia Metella, coupent radicalement les liens avec leur sport (voir notre encadré ci-dessous), d’autres voient dans l’accompagnement des sportifs ou des équipes une façon de rester en contact avec leur discipline. «  Je m’étais dit que je ne serais jamais entraîneur. Mais on se prend au jeu. Et puis il y a l’envie de transmettre ce qu’on a reçu et appris  », commente Raphaëlle Tervel, championne du monde 2003 avec l’équipe de France de handball et entraîneur depuis 2015 de l’ES Besançon féminin, 4e du championnat de LFH (Ligue féminine de handball) cette saison.

Florence Masnada

Plus facile quand la championne devient mère

L’envie d’encadrer se manifeste aussi chez les ex-championnes de sports individuels. Après sa blessure, Mary Pierce a supervisé de jeunes joueurs et s’est impliquée dans l’organisation d’une série de tournois de tennis féminin à La Réunion et à l’Île Maurice. La gagnante de Roland-Garros 2000, qui explique également avoir pu compter sur la religion, est devenue en 2016 capitaine adjointe de l’équipe de France de Fed Cup.

Un groupe dont Amélie Mauresmo était elle-même capitaine depuis 2012. L’ancienne numéro un mondiale a aussi conseillé Michaël Llodra et Victoria Azarenka puis entraîné Andy Murray. Avant de donner naissance à son deuxième enfant en avril.

«  La transition vers une nouvelle vie après le sport de haut niveau est plus facile pour une sportive qui devient mère, car l’énergie et l’attention sont alors centrées sur autre chose que nous-mêmes. L’état d’esprit est moins extrême, plus terre à terre », estime Florence Masnada.

Une vision que partage la psychologue Meriem Salmi : «Chez celles qui l’ont, l’envie d’un enfant aide à se projeter plus facilement. La psychologie et la sociologie nous apprennent que les femmes sont plus soucieuses de leur avenir que les hommes, davantage préparées par leur éducation à gérer plusieurs choses en même temps, elles ont moins de mal à effectuer cette transition  ».

Raphaëlle Tervel hand
"Il y a l’envie de transmettre ce qu’on a reçu et appris », confie Raphaëlle Tervel, championne du monde 2003 avec l’équipe de France de handball et entraîneur depuis 2015 de l’ES Besançon féminin.

L’arrêt du haut niveau permet aussi à des championnes auparavant concentrées sur leurs performances de rattraper le temps perdu, notamment auprès des amis et de la famille. Le rôle de ces derniers est d’ailleurs capital dans le maintien de l’équilibre personnel, tout aussi important que l’équilibre mental ou l’état physique pour aborder une nouvelle vie.

Raphaëlle Tervel, qui a raccroché après sa deuxième victoire en Ligue des champions, a ainsi souhaité prendre une année sabbatique pour passer du temps avec ses proches avant d’être finalement contactée par Besançon au bout de six mois. Malia Metella, elle, avait « envie de découvrir ce qui se passait à l’extérieur de cette bulle, de dire enfin oui aux amis qui proposaient de prendre un verre ».

La nouvelle vie des championnes reste malgré tout un bouleversement. « Être athlète de très haut niveau, c’est une identité, une façon de bouger, de parler, de manger, de vivre », analyse Meriem Salmi.

D’où la nécessité pour ces champions d’être accompagnés, de bénéficier d’une surveillance et d’un encadrement. De plus en plus de structures proposent aujourd’hui aux athlètes d’être soutenus avant, pendant et après le grand saut. Pour ainsi parvenir à réussir ce qui équivaut littéralement à un changement d’identité.

Le gros ras-le-bol de Malia Metella

Malia Metella

Certaines athlètes ont du mal à raccrocher, mais pas Malia Metella, vice-championne olympique du 50 m nage libre en 2004. Après sa retraite en 2009, la nageuse a soigneusement évité les bassins pendant… trois ans. «  Je ne voulais plus nager en piscine, l’odeur du chlore me dégoûtait, un vrai rejet. Même à la télé, je ne regardais que les courses de mon frère Mehdy et après j’éteignais  », raconte celle qui s’occupe désormais du développement commercial Evénements chez Allianz.

Mais son corps meurtri par des années de pratique lui a fait payer cette « pause ». «  J’ai eu un lumbago. On m’a expliqué que le corps a une mémoire, il se rappelle l’intensité de toutes ces années. Après, il faut continuer à le nourrir d’activité physique  », explique l’ex-championne qui, depuis, a trouvé un juste milieu en pratiquant trente minutes de sport tous les matins avant d’aller travailler.

Vous aimerez aussi…

Julie Pujols-Benoit

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le lancement de la collection d’ouvrages ÀBLOCK! (où l’on commence par Julie Pujols-Benoit sur notre photo), du tennis en plein Open de Melbourne, une femme de rugby engagée, des pionnières sur neige et glace, un témoignage qui nous dévore et un retour de flamme, l’histoire du golf féminin… Récap’ d’une semaine musclée.

Lire plus »
Aljona Savchenko Bruno Massot

Un levée ? Cékoiça ?

Les championnats du monde de patinage artistique débutent ce 21 mars à Montpellier, occasion toute trouvée de revenir sur l’une de ses figures les plus spectaculaires : le levée. Le patinage artistique vous laisse de glace mais, pour autant, ce terme vous semble assez simple à comprendre ? Minute, papillon, la définition est plus complexe qu’elle n’y paraît ! Les sportifs et sportives, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Place à notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Melina Robert Michon Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Elle a été de toutes les campagnes olympiques depuis les Jeux du millénaire à Sydney, en 2000. Mélina Robert-Michon, médaillée d’argent au disque aux Jeux Olympiques de Rio, participe, à 42 ans, aux sixièmes JO de sa carrière et avait pour seule et unique ambition de décrocher le Graal à Tokyo. Elle a échoué, mais nous donne rendez-vous à Paris 2024. Retour sur le parcours d’une athlète inoxydable.

Lire plus »
Sine Qua Non Run 2025, et c'est reparti pour le show !

Sine Qua Non Run, et c’est reparti pour le show !

Ce samedi 15 mars, la 7e édition de la Sine Qua Non Run débutera à 18 heures. La soirée appartiendra aux participantes et participants, qui seront tous là pour piétiner les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. Le tout dans une ambiance festive, en pleine Ville Lumière.

Lire plus »
yoga

Yoga : le Top 10 du parfait yogi

Applis relaxantes, podcasts ressourçants, cours en ligne boostants, bouquins inspirants, ÀBLOCK! a sélectionné tout ce qu’il faut pour passer une Journée Mondiale du Yoga en 100 % yogi ce dimanche 21 juin. On active le mode « Namasté » !

Lire plus »
Camille Prigent

Camille Prigent : « Le kayak, ça t’apprend la résilience… »

Tombée dans la marmite tourbillonnante du kayak quand elle était petite, la kayakiste de 22 ans semble voler sur l’eau depuis son titre aux JO de la Jeunesse et ses victoires en championnats nationaux, européens et mondiaux. La tête sur les épaules et armée d’une motivation sans faille, Camille Prigent trace avec détermination son sillon pour Paris 2024.

Lire plus »

Coraline Foveau : « Malgré mon accident, je ne renoncerai pas à ma passion pour le windsurf. »

Elle, c’est Coco, Coraline Foveau, grande liane blonde aux yeux bleus, championne de windsurf au mental d’acier. À 25 ans, elle a bravé les plus belles vagues de la planète mais aussi les tempêtes. Une chute en plein saut en 2023 et la souffrance qui la cloue au sol. Avant qu’on ne lui découvre une commotion cérébrale. Aujourd’hui, elle se remet lentement et veut sensibiliser sur le sujet. Et quel meilleur exemple que de retourner à l’eau et… à la compétition !

Lire plus »
Agathe Bessard

Best-of 2020 (suite) : les mots exquis de nos championnes

« On ne peut contribuer à l’émancipation des femmes si on n’écoute pas leurs histoires », disait la féministe américaine Gloria Steinem. Depuis 9 mois maintenant, ÀBLOCK! invite les sportives à se raconter. Au-delà du sport et de ses performances, nous entrons dans leur univers très privé, cet univers fait de dépassement de soi qui leur permet de s’imposer, de se réaliser dans toutes les sphères de leur vie. En 2020, ÀBLOCK! a mis en lumière des femmes d’exception qui ont fait du sport un acte de militantisme, même si ce n’est, le plus souvent, ni conscient ni voulu. Et ce n’est qu’un début. Lisons-les, écoutons-les, ces confidences sont sources d’inspiration : leur force, leurs réussites, leur joie à aller toujours plus loin, mais aussi leurs doutes, leurs échecs sont une leçon de vie autant que de sport. Et 2021 sera encore une année riche de rencontres. Mais, pour l’instant, pour encore quelques heures, retrouvons celles qui ont illuminé 2020 à nos côtés !

Lire plus »
Déborah Ferrand

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Un questionnaire sportif de haut vol avec une parachutiste joyeusement perchée (Déborah Ferrand sur notre photo), une rencontre avec les reines du bobsleigh français Margot Boch et Carla Sénéchal, deux filles pas si givrées que ça, l’histoire du tennis de table conjugué au féminin ou une expression de coach décryptée, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine. Régalez-vous !

Lire plus »
Claire Floret : « Le cyclisme m’a permis de devenir une autre femme. »

Claire Floret : « Le cyclisme m’a permis de devenir une autre femme. »

C’est une histoire d’amour qui a donné vie à une autre. Claire Floret a découvert le cyclisme via la passion de son homme, fan de vélo. En 2015, elle lance un pari audacieux : faire renaître le Tour de France au féminin. C’est un peu (beaucoup) grâce à son asso « Donnons des Elles au vélo J-1 » que le Tour de France Femmes a repris la route. Claire Floret est au micro du podcast ÀBLOCK!

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner