VTTLe cyclisme féminin prend le bon virage

Pauline Ferrand-Prévot
La crise sanitaire est passée par là. Mais si le calendrier de la discipline sportive à deux roues a été sérieusement bousculé, il y a eu plus de peur que de mal pour l’avenir du cyclisme féminin. Les filles tiennent fermement le guidon et ne sont pas prêtes à le lâcher. État des lieux d’un secteur qui roule.

Par Claire Bonnot

Publié le 24 août 2020 à 11h12, mis à jour le 11 septembre 2024 à 17h09

« Sortis du déconfinement, nous avons veillé à ce que le sport féminin ne soit pas le grand lésé de l’affaire et je peux assurer qu’aujourd’hui, il est traité de la même manière que le cyclisme masculin avec les mêmes dispositifs de reprise. Le programme des compétitions reportées va se dérouler jusqu’à novembre. »

Marie-Françoise Potereau, vice-présidente de la Fédération Française de Cyclisme et présidente de l’association Femix’Sports se dit confiante quant à l’avenir du cyclisme féminin, même après la crise du Covid.

Loana Lecomte
Loana Lecomte ©Facebook/DR

Un enthousiasme partagé par l’une des étoiles de la piste, Loana Lecomte, Championne de France Espoirs de VTT cross-country : « Je trouve justement qu’en ce moment, on parle plus du cyclisme féminin. Les journalistes et les magazines nous appellent davantage et on entend parler d’un futur Tour de France féminin… ».

Alors que les vététistes féminines se lançaient le week-end dernier pour les Championnats de France de VTT hommes-femmes aux Menuires, revenons sur une discipline conjuguée au féminin qui marque des points !

Un tournant valorisant

La pandémie avait fait une grosse frayeur au circuit féminin : une saison suspendue, des dégâts économiques et médiatiques en vue… Sans compter l’absence du nouveau calendrier féminin dans le communiqué de l’UCI alias l’Union Cycliste Internationale, dévoilé suite à la crise sanitaire.

Loana Lecomte
Loana Lecomte...©Facebook/DR

Un petit coup de gueule plus tard de la part des athlètes féminines et le cyclisme féminin est revenu sur le devant de la scène avec, en prime, l’avènement d’une course historique : l’organisation du tout premier Paris-Roubaix féminin.

« Ça faisait très longtemps qu’on demandait un Paris-Roubaix féminin. Pour nous, c’est une première et une grande reconnaissance car le cyclisme féminin peut ainsi adopter les mêmes stratégies que le cyclisme masculin et sur des épreuves de grandes renommées. Tout ça va dans le sens de la promotion du vélo féminin de compétition et plus largement de la pratique féminine du vélo, explique Marie-Françoise Potereau. Le fait que cette course soit diffusée à la télé peut donner envie à des petites et jeunes filles de s’y mettre. »

Pauline Ferrand Prevot
©RedBull

Grande nouveauté du Women’s World Tour 2020 – circuit mondial réservé aux femmes -, la « reine des classiques » version féminine aura donc lieu le 25 octobre prochain, le même jour que la course masculine. Les femmes emprunteront une partie du parcours avant les hommes.

Pour la quintuple championne du monde Pauline Ferrand-Prévot « c’est une excellente chose de voir le Paris-Roubaix se féminiser » et c’est « dans l’air du temps ! ».

Le vœu des championnes ? Booster la médiatisation du vélo féminin. Comment ? En augmentant toujours plus le nombre d’épreuves féminines.

Prochain événement en rodage pour 2022 : un Tour de France féminin… 

Un signal ultra-positif pour l’avenir du cyclisme féminin qui ne doit cependant pas baisser sa vigilance… « C’est toutes ensembles que l’on gagnera les combats », rappelle Marie-Françoise Potereau.

Un calendrier qui tient la route

« Suite à la crise sanitaire, il n’y aura pas eu de perte d’épreuves en route pour les filles. Le cyclisme masculin et féminin ont été traités de manière très égalitaire », se félicite Marie-Françoise Potereau. Le calendrier de reprise est donc chargé pour le plus grand bonheur des compétitrices pressées d’enfourcher leur selle après ces longs mois de confinement…

VTT

À la clé ? « Dès qu’il y aura des épreuves importantes filles-garçons, elles seront télévisées, ce qui donnera un coup de projecteur valorisant sur le cyclisme féminin », note la présidente de Femix’Sports.

Comme cela a été le cas des Championnats de France de VTT aux Menuires ou les Championnats d’Europe de cyclisme sur route qui ont lieu à Plouay jusqu’au 28 août : « Dès que c’est médiatisé, les filles et les garçons sont sur un même pied d’égalité », confirme la championne vététiste Loana Lecomte.

Loana Lecomte
Loana Lecomte...©Romane Le Roux

Pour Marie-Françoise Potereau, « Le cyclisme féminin est en pleine évolution et souhaite se rapprocher de plus en plus du sport masculin. Notamment parce que travailler de concert fait évoluer tout le monde ! »

Mais il faut toujours tenir la distance : « Pour les Championnats de France, un comité refusait d’emmener le quota féminin soi-disant faute d’argent. En tant que représentante de la Fédération, j’en ai fait une obligation. L’enjeu est vraiment la féminisation. »

Le plan de féminisation de la Fédération Française de Cyclisme permet d’engager nombre d’actions pour développer le cyclisme féminin depuis 2015. En 2018, la FFC a recensé près de 12 000 licenciés femmes, soit environ 10 % de ses licenciés en totalité.

Continuer sur une belle lancée…

Mais comment la « cause féminine » du cyclisme a-t-elle avancé au fil des années ? L’élément déclencheur est, sans aucun doute, pour Marie-Françoise Potereau, le Tour de France féminin qui, de 1984 à 1989, a donné une grande visibilité au peloton féminin qui passait juste avant le peloton masculin.

Les trois Maillots jaunes de Jeannie Longo qui a « porté son sport » ont ensuite « fait grandement avancer le cyclisme féminin français voire international ».

Côté rôles modèles actuels tous âges et disciplines confondues, Pauline Ferrand-Prévot, quintuple Championne du monde de cyclisme, Loana Lecomte, Championne de France catégorie Espoirs, Léna Gérault, Championne de France XCO aux Menuires cette année, et Axelle Etienne, prodige de l’équipe de France de BMX, font un sacré good job !

Pauline Ferrand Prevot
©RedBull

La FFC, chargée de promouvoir la parité dans le sport cycliste en pratique compétitive et loisir, a d’ailleurs désigné douze ambassadrices de la fédération cette année sur le territoire français, dans le cadre du programme « Vivre Vélo au féminin » lancé en février 2020.

Bénévoles et réparties dans huit régions, elles sont d’anciennes cyclistes de haut niveau ou des cyclistes amatrices qui organisent des sorties vélo avec des objectifs dédiés à la performance, à la sécurité ou encore à la nutrition. De quoi rameuter de nouvelles « rideuses » !

Donnons des ailes au vélo
Donnons des ailes au vélo J-1...©Marie Istil Photo

Autre initiative en forme de coup de projecteur pour le cyclisme féminin – et qui n’a pas été entamée par la crise du Covid : l’association « Donnons des Elles au vélo J-1 » qui réalise les mêmes étapes que le Tour de France masculin, un jour avant, et ce, depuis 2015, pour promouvoir l’égalité sportive et militer pour une version de la Grande Boucle au féminin. De quoi susciter l’envie aux femmes de pédaler… La boucle est bouclée !

Vous aimerez aussi…

Manon Genest

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une athlète d’exception et maman épanouie qui se confie sans langue de bois (Manon Genest sur notre photo), une cycliste qui se lance dans un défi fou, notre marathonienne préférée qui se frotte à la piste et notre rubrique Kids, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!. Bon rattrapage !

Lire plus »
Le service à la cuillère ? Cékoiça ?

Le service à la cuillère ? Cékoiça ?

On ne l’emploie pas en cuisine mais sur les cours de tennis. Les pros de la balle jaune connaissent bien ce coup qui n’est pas des plus nobles mais qui a ses adeptes. Pour les néophytes, l’expression peut paraître un rien obscure. Alors, c’est quoi, à votre avis, le service à la cuillère ? Les sportifs et sportives, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Place à notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Karine Joly et Greg Crozier : « Arriver au sommet du freefly en couple, c'est juste une chance incroyable. »

Karine Joly et Greg Crozier : « Arriver au sommet du freefly en couple, c’est une chance incroyable. »

Seize ans qu’elle fait équipe avec Gregory Crozier, son compagnon à la ville. Karine Joly, 43 ans, a tout plaqué pour vivre sa passion pour le parachute en général, et le freefly en particulier. Un pari couronné de succès puisque le couple collectionne titres et records. Dans leur viseur désormais, un rendez-vous avec l’Everest et une tentative de record du monde mixte aux États-Unis. Rencontre avec un duo qui aime s’envoyer en l’air.

Lire plus »
Esther Vergeer, la légende vivante du tennis fauteuil

Esther Vergeer, la légende vivante du tennis fauteuil

Comportement exemplaire, talent incontestable et records de victoires, Esther Vergeer est la référence néerlandaise du handisport. Sur les courts de tennis, lorsqu’elle prépare les athlètes pour les Jeux Paralympiques ou au sein de sa fondation, elle incarne parfaitement son rôle de pionnière, faisant de son handicap une force. Portrait d’une championne au mental de guerrière.

Lire plus »
Sara Labrousse

Sara Labrousse : « La natation artistique à haut-niveau m’a appris à repousser mes limites… »

Ses rêves ne prennent jamais l’eau. À 32 ans, après avoir participé aux plus grandes compétitions internationales qui la mèneront jusqu’aux Jeux Olympiques, cette championne de natation artistique a quitté les bassins, mais pas l’univers aquatique. Sara Labrousse est désormais docteur en biologie marine. Les souvenirs cependant lui tiennent chaud. Et elle nous raconte avec ferveur comment ces années sous l’eau l’ont aidée à respirer.

Lire plus »
Ella Palis : pour elle, le foot, c'est de la balle !

Ella Palis : pour elle, le foot, c’est de la balle !

Petite dernière d’une famille accro au sport, Ella Palis ne fait pas exception. Elle perpétue la tradition à grands coups de crampons dans le milieu du ballon rond. Un rêve de carrière qui devient réalité avec sa première campagne internationale sous le maillot tricolore pour l’Euro 2022.

Lire plus »
Myriam Nicole

Best-of 2021, la totale ÀBLOCK!

Avez-vous été ÀBLOCK! cette année ? Que s’est-il passé en 2021 dans nos colonnes ? Vous avez loupé quelque chose ? Attention, séance de rattrapage, voici donc le Best-of des Best-of de cette fin d’année. Enjoy !

Lire plus »
Lucie Descamps : « Coacher des hommes au roller derby, j'adore ! »

Lucie Descamps : « Dès que j’ai goûté au coaching masculin au roller derby, j’ai adoré ! »

Elle est connue sous le pseudo de « Big T ». Lucie Descamps, 31 ans, est une ancienne membre des Switch Blade Roller Girls, l’équipe historique de roller derby de Lille. Devenue coach des Barbiers de Sévices, la team masculine +, elle vient récemment d’intégrer les rangs du staff de l’équipe de France masculine et minorités de genre. Sans jamais renier ses valeurs.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner