Lis Hartel La cavalière pour qui aucun obstacle n’était trop grand

Lis Hartel
Première cavalière médaillée aux Jeux Olympiques, la Danoise Lis Hartel était une dresseuse hors pair. Légende du monde équestre, elle a raflé plus d’une médaille alors même qu’elle luttait contre une poliomyélite. À cheval et en béquilles, ses combats sont encore aujourd’hui source d’inspiration. À l’heure où les meilleurs cavaliers se retrouvent au Longines Paris Eiffel Jumping, l’occasion est belle de rendre hommage à cette pionnière dotée d’une remarquable force mentale.

Par Manon Gimet

Publié le 25 juin 2021 à 10h20, mis à jour le 27 juillet 2021 à 17h45

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Née en 1921 dans un pays, le Danemark, où l’équitation de haut niveau est alors pratiquée en majeur partie par des hommes, la carrière sportive de Lis Hartel est tout simplement étonnante.

Entourée de chevaux et d’une mère instructrice à l’école d’équitation de Copenhague, elle est initiée, toute jeune, au seul sport individuel qui se pratique…à deux. Très vite, Lis Hartel ne fera plus qu’un avec son cheval.

Entre ses cours de sauts d’obstacles et ses balades en selle, elle s’intéresse aussi et surtout aux différentes figures de la discipline du dressage. Voltes, piaffer, changements de pied et appuyer, la voilà passionnée !

Définitivement mordue de cheval, Lis Hartel n’a pas encore 20 ans lorsqu’elle se lance dans la compétition. Sa mère, Else Holst, laisse alors la place à un autre entraîneur, l’ex-cavalier professionnel Gunnar Andersen. Avec lui, elle remporte ses premiers prix : deux médailles d’or au championnat national de dressage, deux années consécutives, en 1943 et 1944.

Elle devient ainsi une cavalière reconnue dans son pays et la suite va donner raison à ceux qui voient en elle une cavalière de feu.

L’impressionnant destin équestre de Lis Hartel se dessine, elle est dans les starting-blocks (ou plutôt les étriers) pour galoper de victoire en victoire.

Elle ne sait pourtant pas encore que cette belle destinée va lui jouer des tours. Lis Hartel a 23 ans, elle est mère d’un enfant de 2 ans et enceinte du second.

Pendant cette seconde grossesse, en 1944, elle est soudainement paralysée. Verdict des médecins : elle est atteinte de la poliomyélite.

Après plusieurs mois d’hôpital, elle donne naissance à un bébé en bonne santé mais, pour elle, c’est la descente aux enfers. Remonter un jour à cheval ? Les médecins sont plus que pessimistes.

Si Lis Hartel parvient à remarcher, plusieurs mois plus tard, ce sera avec deux cannes et elle demeure paralysée en dessous des genoux.

Lis Hartel, pourtant, n’a plus que cette idée en tête : reprendre le fil de sa carrière. Elle se fait alors hisser sur la selle de son cheval, Jubilee, et adapte sa monte à son handicap. Les chutes se multiplient, elle tient bon.

Lis Hartel apprend à diriger son animal, lui fait réaliser des figures au poids du corps, sans utiliser ses jambes. Une technique de dressage inédite.

Trois ans plus tard, en 1947, de retour à la compétition, elle termine deuxième des championnats scandinaves. Mais, c’est en 1952 qu’elle marque définitivement le monde équestre.

Lis Hartel fait partie des premières femmes à disputer la compétition de dressage, alors seulement réservée aux officiers, lors des Jeux Olympiques d’Helsinki.

Lis Hartel avec Henri Saint Cyr

Malgré son handicap, elle décroche la médaille d’argent en individuel et c’est une championne émue qui monte sur le podium olympique, aidée par le cavalier suédois, Henri Saint Cyr, vainqueur de la compétition.

Lis Hartel est de nouveau dans la course et ne s’arrête pas là : la même année, elle remporte le championnat du Danemark de dressage. En 1953, 1954 et 1956, elle rafle encore l’or aux championnats nationaux et décroche son billet une nouvelle fois pour les Jeux Olympiques de 1956 à Stockholm, en Suède.

Lis Hartel est la cavalière danoise la plus capée des Jeux de son époque. Un air de déjà vu…elle s’adjuge la médaille d’argent en individuel.

Après un dernier championnat national de dressage avec l’or au cou et un nouveau cheval au nom prédestiné, Limelight (Feux de la rampe), la cavalière quitte…la selle.

Pour autant, son cœur est chevaleresque. Lis Hartel ne cessera pas de galoper et offrira au monde des démonstrations et autres spectacles équestres afin de récolter des fonds pour la recherche sur sa maladie, la poliomyélite.

Le combat mené pendant des années pour continuer à concourir et sa notoriété lui permettent de promouvoir l’équitation thérapeutique, notamment via sa fondation, la Lis Hartel Foundation.

Les bottes et les éperons raccrochés, en 1992, elle est intronisée au Temple de la renommée du Danemark et devient la première Scandinave à intégrer le Women’s Sport Hall of Fame à New York, en 1994. Lis Hartel fait partie des dix meilleurs athlètes du Danemark de tous les temps.

Plongé dans le froid hivernal, le 12 février 2009, le Danemark apprend le décès de sa cavalière émérite. Lis Hartel a 87 ans et laisse un bel héritage : son histoire forte, à la fois dramatique et pleine d’espoir, cette histoire de résilience qui donne aux handicapés la force de monter à cheval et prouve que l’équitation peut servir de thérapie pour combattre la maladie.

Mais aussi un élan formidable : des associations pour les cavaliers handicapés voient le jour partout dans le monde tandis que perdurent son engagement et son travail pour promouvoir l’équithérapie via sa fondation, au Danemark.

On disait d’elle qu’elle avait « défriché les terres vierges du dressage ». Lis Hartel était davantage qu’une pionnière, elle était et demeure un modèle dans le milieu du sport.

  • La 7e édition du Longines Global Champions Tour – Longines Paris Eiffel Jumping se déroule sur le Champs-de-Mars, à Paris, jusqu’au 27 juin. Les meilleurs cavaliers de saut d’obstacles du monde y feront des démonstrations.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Vous aimerez aussi…

Baronne Raymonde de Laroche

Raymonde de Laroche ou l’histoire de la baronne qui ne manque pas d’air

Elle a, sans regret, délaissé les arts pour la mécanique. Élisa Léontine Deroche, dite Baronne Raymonde de Laroche, a été comédienne avant de tout quitter pour grimper dans un aéroplane. Première femme au monde à décrocher un brevet de pilote-aviateur, la Parisienne a marqué de son empreinte les débuts de l’aviation. Récit d’une actrice devenue casse-cou.

Lire plus »
Léa Labrousse

Léa Labrousse : « En trampoline, voir un garçon aller plus haut que moi, ça me booste ! »

Pétillante, fraîche et aérienne, elle pourrait bien faire ses plus belles figures aux prochains JO de Tokyo. En attendant, Léa Labrousse, trampoliniste française, continue de prendre d’assaut la toile en compétitions internationales. Du haut de ses 23 ans, elle sait comme personne déchausser les baskets pour se propulser dans les airs avec une puissance et une précision dont elle seule a le secret. Rencontre avec une fille d’une autre dimension. En toute légèreté.

Lire plus »
Mathilde Mignier

Mathilde Mignier : « Ce que j’apprends à mes élèves résonne avec mon parcours de championne… »

Pour elle, le sport c’est comme un jeu, mais un jeu sérieux. Montée sur un ring très jeune, rien ne peut mettre cette fille K.O. Triple championne du monde de savate boxe française, multi championne de France et d’Europe, Mathilde Mignier est aussi prof d’EPS. Une double vie sportive, en solo et avec ses élèves, toujours tournée vers le sport plaisir, passion et… progression !

Lire plus »
Greta Andersen

Greta Andersen, la nageuse qui a failli se noyer aux JO

Elle a appris à nager sur le tard, ce qu’il ne l’a pas empêchée de marquer de son empreinte l’histoire de la natation mondiale. Greta Marie Andersen, bientôt 94 ans, a porté haut les couleurs du Danemark en bassins et en eau vive. Un parcours extraordinaire qui aurait pu connaître une issue dramatique lorsqu’elle manqua, de peu, se noyer lors des Jeux Olympiques de Londres, en 1948. Portrait d’une nageuse « à la coule ».

Lire plus »
Bethanie Mattek-Sands

Bethanie Mattek-Sands, le tennis (tatoué) dans la peau

On l’a vue rire, s’enflammer, se délecter de renvoyer la balle lors des doubles à Roland-Garros. Celle que l’on surnomme “America’s Tennis Rock Star“ est une joueuse aussi chatoyante que les tenues et les couleurs qu’elle porte sur les courts du monde entier. Pour Bethanie Mattek-Sands, la vie est un jeu, tout comme ses parties de tennis. Portrait d’une flamboyante sportive.

Lire plus »

Sport et Coronavirus : le vrai du faux

On dit (et on entend) souvent que le sport aide à lutter contre les virus. Mais est-ce la vérité ? Ne rien changer à sa routine sportive aide-t-il vraiment à lutter contre la maladie et plus particulièrement contre le Coronavirus COVID-19 ? Pourquoi faut-il continuer à pratiquer, mais dans quels cas faut-il impérativement mettre son corps en mode « pause » ? Éléments de réponse.

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner