
Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine
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Publié le 26 mai 2022 à 21h12, mis à jour le 19 mai 2025 à 9h50
Elle fait partie de ces rares Françaises à avoir remporté le prestigieux tournoi de Roland-Garros. Plus de quarante ans après Suzanne Lenglen, la divine pionnière, presque trois décennies après Simonne Mathieu et vingt ans après Nelly Adamson, François Dürr a elle aussi, inscrit son nom au palmarès des prestigieux Internationaux de France.
C’était en 1967. À cette époque, le monde du tennis s’apprêtait à basculer dans l’ère open et les tournois féminins ne déplaçaient pas encore les foules.
Malgré tout, ce printemps-là, elles étaient pas moins 112 joueuses venues du monde entier à s’être données rendez-vous sur la terre battue de la Porte d’Auteuil.
Parmi elles, de solides prétendantes au titre comme l’Australienne Lesley Turner, victorieuse de l’épreuve en 1963 et 1965, ou encore la Britannique Ann Haydon-Jones, sacrée en 1961 et championne sortante.
Françoise Dürr, elle, ne fait pas partie des favorites. Toutefois, la native d’Alger, 24 ans, a de solides arguments à faire valoir. Après s’être illustrée à Roland-Garros chez les juniors en 1960, elle a admirablement su négocier ses débuts chez les séniors.
Quadruple championne de France, son palmarès comporte déjà trois titres en simple : le Dutch Championships remporté en 1965, le trophée Raquette d’Or enlevé l’année suivante et le Western Australian Championships décroché quelques mois plus tôt à Perth.
Un début de parcours prometteur pour cette passionnée de tennis née en 1942 à Alger (Algérie), une raquette à la main. « J’ai commencé à jouer au tennis à Oran, se remémore-t-elle sur le site de la WTA. Mon père, qui était dans l’armée, avait remporté les championnats militaires. En fait, toute ma famille jouait au tennis au LTCO, le Lawn Tennis Club Oranais. À l’époque, je n’étais pas autorisée à aller sur les courts, j’étais trop jeune, alors je m’entraînais sur les murs du garage et du club ».
Des débuts en solitaires qui lui vaudront, par la suite, une prise de raquette à nulle autre pareil. « Je mettais mon index à plat sur le manche, s’amuse-t-elle. Plus tard, lorsque j’ai eu un entraîneur, il a essayé de me corriger, mais il était trop tard pour changer. Je ne sentais pas la balle sur la raquette, alors j’ai gardé la même prise, même si cela signifiait que je devais pratiquement m’agenouiller ou même m’asseoir sur le terrain pour frapper certains coups ! »
Un style inimitable auquel vient s’ajouter un revers à une main avec un poignet plié, arme de destruction massive pour des adversaires bien en peine de déchiffrer la trajectoire de la balle.
Des atouts indéniables que « Frankie », son surnom, va mettre à profit pour entamer parfaitement son tournoi face à la Sud-Africaine Glenda Swan.
Le deuxième tour sera plus tendu. Malmenée par la New-Yorkaise Stephanie Defina, la Française s’accroche et finit par s’imposer. Ses face-à-face contre l’Américaine Kathleen Harter et la Soviétique Anna Dmitrieva ne seront que de simples formalités.
Qualifiée pour les quarts de finale, elle retrouve alors Maria Bueno. La Brésilienne, de trois ans son aînée, a déjà trois Wimbledon et un Australian Open à son actif. Pire encore, la Française l’adule.
Dominée dans la première manche, elle parvient malgré tout à revenir à un set partout avant de s’imposer en trois manches. Puis ce sera au tour de Kerry Melville. L’Australienne fait partie du Top 10 et vient d’éliminer Ann Haydon-Jones, la tenante du titre.
Une opportunité pour Frankie qui saisit crânement sa chance. « Jones était l’une de mes bêtes noires, rapporte-t-elle dans les colonnes de So-Tennis. J’étais très contente que Melville lui ait barré la route. Je pense que cela m’a beaucoup aidée ».
Le sacre n’est plus très loin. Mais pour avoir une chance de soulever le trophée, il faut réussir un dernier coup : battre la tenace Lesley Turner.
L’Australienne, tête de série n°4, a déjà 17 titres à son actif. Couronnée par deux fois Porte d’Auteuil, elle n’a pas encore cédé un seul set en cours de route. La victoire lui tend les bras.
La tactique de Françoise Dürr est simple : attaquer, attaquer et monter au filet le plus souvent possible.
Battue dans la première manche, elle parvient à redresser la barre dans la seconde. Avant que Turner ne reprenne l’avantage dans le troisième set. « J’étais menée 4-2, 30-0, et puis d’un coup, je me suis dit : “C’est quand même trop bête, tu es en finale d’un Grand Chelem, ça ne se renouvellera peut-être plus jamais. Tu dois t’accrocher coûte que coûte.“ », se souvient-elle dans Le journal de Roland-Garros.
Piquée au vif, la Française revient dans le match et parvient à égaliser à 4-4 avant de faire le break. Elle finira par s’imposer 4-6, 6-3, 6-4 et soulever la Coupe et en simple et en double après un autre succès aux côtés de sa compatriotes Gail Sherriff.
Il faudra attendre trente-trois ans et la victoire de Mary Pierce pour qu’une de ses compatriotes réussisse, à son tour, à reprendre le flambeau.
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