
Tatiana : « Je me suis lancée dans le trail car je n’aimais pas courir ! Ça a ouvert en moi des portes insoupçonnées. »
« Je pourrais dire que le sport coule dans mes veines. Dès toute petite, j’ai fait
Publié le 06 juillet 2021 à 9h50, mis à jour le 13 janvier 2025 à 16h55
L’équipe de France olympique s’apprête à entamer une nouvelle campagne au Japon, un lieu qui a marqué votre parcours. C’était en 1964, vous avez 16 ans et vous participez aux épreuves du 100 mètres dos aux Jeux Olympiques de Tokyo. Vous débarquez là-bas avec le statut de favorite. Comment gère-ton un rendez-vous de cette ampleur lorsque l’on est si jeune ?
J’ai eu la chance d’avoir comme entraîneur une femme qui s’appelait madame Berlioux. Elle avait cinquante ans de plus que moi et elle n’était pas qu’un coach.
Grâce à elle, j’ai eu la chance d’aborder ces Jeux Olympiques tout à fait normalement. À l’époque, j’avais battu le record du monde et je survolais la natation européenne. Je savais qu’à Tokyo l’enjeu était important, mais ça me paraissait normal de tester toujours plus fort.
Et puis, pour moi, le sport c’était super, mais il n’y avait pas que ça qui m’intéressait. Je suis une petite fille de Français moyens et c’était aussi l’occasion de voyager, de découvrir des athlètes de différents pays avec qui on pouvait se croiser, se parler…
Participer aux Jeux, c’est un truc unique dans une vie et pour moi, c’était une découverte, mais pas uniquement sur le plan sportif, sur le plan humain aussi.
Ça représentait quoi pour vous les Jeux Olympiques du haut de vos 16 ans ?
Pour moi, c’était un immense rendez-vous, le plus grand que j’ai eu en matière de sport, mais je l’ai abordé tout à fait simplement. Je ne suis pas torturée. Avant une compétition, je sais me préserver. Je l’ai d’ailleurs appris très jeune.
La première fois que j’ai fait une compétition internationale au niveau européen, je devais avoir une douzaine d’années, pas plus. J’avais raté le virage alors que j’étais en tête. Je suis sortie en chouinant parce que je n’étais pas très contente et madame Berlioux m’a dit : « On ne pleure pas devant les gens, va pleurer dans ta cabine ! ».
En somme, il ne faut pas montrer certaines faiblesses sinon on vous grignote et ça ne vaut pas que pour le sport. C’est quelque chose qui m’est resté, une leçon de vie.
Vous alliez, malgré tout, au Japon avec des ambitions sportives ?
Complètement, je n’y allais pas pour ne pas être qualifiée en finale, ni pour être deuxième ou troisième.
Vous vous qualifiez pour la finale du 100 mètres dos, comment avez-vous abordé cette ultime course ?
La nuit qui a précédé la finale, j’ai dormi sans aucun problème. J’étais très concentrée, mais pas stressée. J’avais le trac, mais un trac positif. J’ai toujours eu ça avant chaque compétition. Je ne suis pas une bileuse, je n’ai pas peur, au contraire, pour moi, tout est découverte.
Je me suis malgré tout rendu compte que le niveau était très très élevé et que je n’avais jamais fait une course aussi poussée… J’étais très souvent confrontée à la natation européenne et comme j’avais tous les records d’Europe, je survolais le truc.
Ce qui aurait été bien, c’est que je me confronte à la natation mondiale avant mais, à l’époque, ça ne se faisait pas. Je l’ai fait l’année d’après en participant aux Championnats des Etats-Unis. C’était un peu l’équivalant des Championnats du monde qui n’existaient pas encore.
La natation, à l’époque, c’était un peu l’âge de pierre et en France, le temps des cavernes !
Cette course, complètement folle, au terme de laquelle vous décrochez l’argent derrière l’Américaine Cathy Ferguson et devant sa compatriote Virginia Ruth Duenkel, vous en conservez quel souvenir ?
C’était la première fois que je disputais une course où je donnais tout, où j’allais au-delà de l’au-delà. On était toutes les trois du même niveau. J’aurais très bien pu avoir le bronze, l’or ou l’argent.
Ça aurait pu être différent mais pourquoi regretter ? L’important, c’était de ramener une médaille, on en avait très peu en France et, quoi qu’il en soit, ça n’a rien changé dans ma vie.
Ça n’a rien changé dans votre vie et pourtant, votre notoriété explose, le retour en France est triomphal et vous devenez une véritable star…
Quand je suis arrivée à Orly, il y avait une foule immense. On m’a cachée dans les cuisines parce que les gens se ruaient sur moi, m’arrachaient les boutons de ma veste. On ne me faisait pas de mal, mais il y avait une pression populaire intense et qui a duré des années.
En France, il y a des moments je ne pouvais pas aller dans la rue. Je recevais des sacs postaux entiers de courriers. À Tokyo, par exemple, j’en recevais un par jour.
Si vous ne deviez retenir qu’un fait marquant de ces Jeux, ce serait lequel ?
Tout, mais je crois quand même que ce qui m’a le plus marquée, c’est le ressenti quand vous êtes compétiteur, la découverte de ces athlètes du monde entier.
Moi, j’aime bien discuter avec les gens parce que je trouve que c’est très enrichissant de voir comment sont les autres alors, tous ces contacts, c’était très fort pour moi.
Et puis, quand j’ai découvert la piscine olympique, j’ai eu l’impression de rentrer dans une cathédrale. C’était énorme, on n’avait pas de piscine comme ça en France. À Tokyo, tout était…découverte.
Tokyo, c’était votre première expérience olympique mais vous auriez pu également aller à Rome, quatre ans plus tôt ?
Absolument. J’avais fait les minima, mais j’étais trop jeune et ils ne prenaient pas des enfants de 12 ans.
Mais si j’avais fait les Jeux Olympiques de Rome – même si avec des “si“ on ne refait pas le monde – j’aurais eu cette expérience d’une compétition mondiale.
Vous serez également de la partie aux JO de Mexico, en 1968. Cette fois-ci, vous êtes désignée porte-drapeau de la délégation française. Seule, avant vous, la Britannique Mollie Phillips avait eu cet honneur à l’occasion des jeux d’hiver de Lake Placid (États-Unis), en 1932…
Je ne roule pas des mécaniques mais, ça aussi, j’en suis très fière. C’est une fierté parce qu’avant, il n’y avait eu qu’une seule femme a avoir porté ce drapeau.
Je pense que ma nomination était un peu politique, c’était l’année 1968, ça bougeait en France…
Être porte-drapeau, c’est un truc vachement fort. À l’époque, on nous apprenait à marcher au pas, c’était très ordonné. Les couturiers avaient particulièrement soigné mes tenues.
On représentait la France, mais aussi la mode française, on avait des costumes sur-mesure, c’était magnifique, très élégant.
On avait tout : les chaussures, le sac-à-main, les gants. Moi qui adore tout ça, ça me convenait bien !
Comment s’est passé ce tour de piste ?
On a attendu des heures parce qu’il y avait tous les pays et des ordres de passage. En plus, il faisait une chaleur pas possible. Nous, on était habillés, il fallait faire attention à nos vêtements, on ne pouvait pas s’asseoir n’importe où, c’était compliqué.
Lorsque je suis rentrée sur le stade, il y a eu le passage par le tunnel, sombre, et j’ai été éclaboussée par la lumière, la clarté. Et puis il y a eu un brouhaha incroyable, les cris, on a senti énormément de ferveur. Moi, j’étais bien concentrée, je ne voulais pas me casser la figure avec le drapeau.
Après, il a fallu marcher au pas avec toute la délégation derrière et faire le tour du stade. Sur la pelouse, il y avait un endroit bien précis où se placer pour que toutes les nations soient alignées et puis il y a eu le serment.
C’est tout un rituel et quand vous avez vécu ça, c’est encore un petit plus. Si vous avez eu cet honneur, ça reste gravé.
Il faudra attendre les Jeux Olympiques de 1996 pour revoir une autre femme porte-drapeau, Marie-Jo Pérec, vous aviez la sensation de faire bouger les lignes au Mexique ?
Je l’ai vu parce que toutes les autres nations venaient me voir. Les athlètes trouvaient ça extra qu’une femme porte le drapeau d’une délégation. On échangeait entre nous, certains étaient curieux.
À chaque nouvelle édition des Jeux, j’attendais et je voyais qu’il n’y avait toujours pas de femmes choisies. Au fil du temps, je me suis rendu compte que ça avait été hyper important qu’il y ait une femme, enfin, qui porte le drapeau aux Jeux Olympiques parce qu’il a fallu attendre une petite trentaine d’années pour qu’il y en ait une autre, Marie-Jo Pérec.
Les Jeux Olympiques, c’est quand même un club de messieurs, d’ailleurs ils ont un peu grincé des dents quand ils ont vu que c’était, moi, une jeune femme qui allait avoir cet honneur.
Vous imaginiez alors, qu’après avoir ouvert la voie, il faudrait attendre si longtemps pour qu’une autre femme prenne votre suite ?
C’est déjà bien d’avoir ouvert la voie, mais c’est vrai que ça a été un peu long. Maintenant, il n’y en a pas encore trente-six, mais il y en a de plus en plus, même au niveau mondial.
Porter ce drapeau a été un grand pas pour le sport féminin et si j’ai fait avancer un peu les choses, j’en suis ravie. À l’époque, je ne m’en suis pas tellement rendu compte, mais je l’ai réalisé au fur-et-à mesure.
Aujourd’hui encore, je reçois des lettres d’admirateurs, des témoignages. Ça a marqué et je pense, qu’inconsciemment, ça a fait avancer et progresser mon sport en France.
Jasmin Paris : « Mes performances exceptionnelles dans l’ultra-trail ont ...
JujuFitcats : « Le sport a été ma porte de ...
Hollie Davidson, l’arbitre qui siffle le début d’une nouvelle ère
Perrine Clair : celle qui murmure à l’oreille du champion
Océane Michelon : La danseuse devenue reine du biathlon
Vous aimerez aussi…

« Je pourrais dire que le sport coule dans mes veines. Dès toute petite, j’ai fait

Ultra-déterminée, passionnée, Lucie Boudesseul, 22 ans au compteur, a démarré la moto alors qu’elle était encore au collège. Rien ne l’arrête pour réaliser son rêve : gagner sa vie sur les circuits. Classée dans le Top 6 mondial des femmes pilotes les plus rapides du monde et première française, elle compte bien remporter un titre mondial en 2026. Moteur !

Elle est la première athlète transgenre à participer aux Jeux Paralympiques. Sprinteuse déficiente visuelle, l’italienne née dans un corps de garçon il y a 50 ans, court avec l’espoir d’être une source d’inspiration et d’inclusion pour le monde sportif.

Elle a débuté par la piste et le 3 000 steeple. Avant de lorgner du côté du marathon et du trail. Anne-Sophie Chaume sera l’une des concurrentes à suivre lors du semi-marathon du Mont-Ventoux, le 6 juillet. La trentenaire, longtemps empêchée par le stress, s’est fixé pour objectif le plaisir avant tout. Rencontre avec une fille qui aborde le sport comme une gourmandise.

Elle est la performance allemande à l’état pur, une athlète hors pair. À son palmarès, Grete Heublein établit quatre records du monde en lancer de poids et un en lancer de disque. Le dernier en date est celui du 16 août 1931 avec un jet de 13,70m.

Elle, c’est « jamais sans mon VTT ». Casey Brown, 30 ans, fait partie de cette génération de femmes qui n’a pas froid aux yeux. Descente, enduro ou freeride, la Néo-Zélandaise est sur tous les fronts. Son crédo ? Faire bouger les lignes en féminisant sa discipline « extrême ». Portrait d’une fille qui roule sa bosse avec panache.

Une question de survie. Née dans un foyer modeste du nord-est de l’Inde, Deepika Kumari est devenue archère dans le seul but de manger à sa faim. À bientôt 27 ans, l’ex-N°1 mondiale a de l’appétit et ne cache pas sa joie à l’idée de viser juste aux Jeux Olympiques.

Ça s’appelle le MMA et c’est l’assurance…d’un spectacle explosif. Acronyme de Mixed Martial Arts, ce sport de combat, conceptualisé il y a vingt-cinq ans, a très vite enflammé le monde. Légalisé il y a un an en France, il compte, chez nous, environ 50 000 pratiquants dont 25 % de filles. Ce 8 avril, le MMA Grand Prix sera diffusé en live mondial avec 12 “warriors“ dont 2 femmes. L’occasion de mettre en avant la discipline et quelques-unes de ses combattantes acharnées.

La belle avancée du sport féminin a-t-elle vu son élan brisé par la crise sanitaire ? En passe d’être la variable d’ajustement, le sport féminin n’a pas dit son dernier mot et reste mobilisé, malgré la crise, pour atteindre son but : plus de médiatisation, plus de moyens, plus de pratiquantes. Un jeu de stratégies tout en vigilance et continuité qui pourrait bel et bien dessiner un « monde sportif d’après ».

« Le sport pour vaincre ! » Comme un cri du cœur, le slogan de l’association Casiopeea résume parfaitement le projet de son Marathon Rose qui prendra la route en octobre : marcher côte à côte pour lutter contre la maladie durant le mois de sensibilisation nationale, Octobre Rose. ÀBLOCK ! soutient cet essentiel top départ…

Le Triathlon des Roses est de retour pour sa 8e édition. Une course féminine et solidaire pour lutter contre le cancer du sein et aider la recherche. Vous en êtes ?

Seize ans qu’elle fait équipe avec Gregory Crozier, son compagnon à la ville. Karine Joly, 43 ans, a tout plaqué pour vivre sa passion pour le parachute en général, et le freefly en particulier. Un pari couronné de succès puisque le couple collectionne titres et records. Dans leur viseur désormais, un rendez-vous avec l’Everest et une tentative de record du monde mixte aux États-Unis. Rencontre avec un duo qui aime s’envoyer en l’air.
Abonnez-vous à la newsletter