Benoit Beaufils « Quand j’ai commencé la natation artistique, on s’est bien foutu de ma gueule. »

Benoit Beaufils 
Il a été un pionnier de la discipline en France. Exilé aux États-Unis depuis plus de vingt ans, Benoit Beaufils a accueilli avec une joie immense l’annonce de la participation des hommes aux épreuves olympiques de natation artistique à Paris 2024. Une occasion unique de faire évoluer le regard sur une discipline traditionnellement associée aux seules athlètes féminines. Rencontre avec un triton des bassins.

Par Sophie Danger

Publié le 16 janvier 2023 à 19h47

C’est une annonce qui date du 22 décembre 2022 : quarante ans après l’introduction de la discipline jusqu’alors réservée aux seules femmes, les hommes sont enfin autorisés à prendre part aux épreuves de natation artistique olympique. Comment as-tu accueilli la nouvelle ?

Je suis entraîneur de natation artistique et nous avons fait un camp avec tous les pays panaméricains au mois de décembre dernier. C’est à cette occasion qu’on m’a appris que l’on pourrait autoriser jusqu’à deux hommes par équipe aux prochains JO. J’ai d’abord été surpris, je pensais que la première chose que le CIO essaierait d’introduire serait le duo mixte. Mais au-delà de ça, j’ai été ravi.

C’est un combat que j’ai mené durant toute ma carrière. Ça arrive malheureusement un peu tard pour moi, j’aurais préféré que ça se fasse il y a dix ans, mais je suis content pour tous les gars qui nagent et qui attendaient ça avec grande impatience.  

Tu entraînes des nageurs hommes et femmes ?

Non, dans mon club il n’y a que des filles mais j’ai également entraîné des garçons. Depuis que les duos mixtes ont été introduits aux Championnats du monde en 2015, beaucoup de garçons se sont inscrits en natation artistique aux Etats-Unis. Il y a maintenant une quinzaine de licenciés dans le pays.

Les responsables essaient de pousser pour qu’ils s’améliorent vite et surtout pour qu’ils ne lâchent pas. Le gros problème de ce sport pour les garçons c’est que, dès qu’ils commencent à être bons, c’est tellement difficile que la plupart abandonnent !

On a fait plusieurs camps avec eux pour leur apprendre ce que l’on sait, leur parler de nos difficultés et les pousser à ne pas renoncer lorsque ça se complexifie.   

Tu dis que, pour toi, cette décision du CIO arrive trop tard. Lorsque l’on s’engage dans une carrière de nageur artistique et que l’on sait que les Jeux Olympiques ne seront pas accessibles pour une simple question de sexe, comment le vit-on ?

Ça ne rend pas les choses faciles. La natation artistique est, je le disais, un sport très difficile pour les hommes. Notre masse musculaire est beaucoup plus élevée que celle des filles, ce qui fait que nous utilisons notre oxygène beaucoup plus rapidement. Si, en plus, la discrimination rentre en jeu, ça rend la situation encore plus complexe.

Dans mon cas, on s’est beaucoup foutu de ma gueule. À l’époque où j’ai commencé, j’étais le seul à pratiquer en France et ça n’aidait pas. J’avais néanmoins pour moi d’être très jeune et je ne laissais personne me cracher dessus. Dès que l’on se foutait de moi, je regardais la personne en face et je lui demandais : « Pourquoi ça vous embête que je fasse ce sport-là ? Je ne dérange personne ».

Il y a aussi eu des moments très durs avec la Fédération. Je me demandais pourquoi je m’escrimais à pratiquer ce sport alors que la Fédération elle-même ne voulait pas que je le pratique. 

Ces dernières années, les choses évoluent en matière de parité. Les hommes ont été admis aux Championnats du monde en 2015 et tu y as participé, en duo avec Virginie Dedieu. Ça a été une première grande victoire pour toi ?

À l’époque, je me disais que c’était peine perdue. J’étais installé aux Etats-Unis, je m’entraînais dans le club de Santa Clara en Californie, et je voyais que, même là-bas, ça ne bougeait pas. Au niveau qui était le mien, on devait être quatre ou cinq dans le monde à pratiquer et ça navait pas lair de vouloir nous mener quelque part.

Et puis, le Cirque du Soleil est venu m’offrir une place dans son spectacle. Je m’en suis ouvert à mon entraîneure en lui expliquant que je pensais y aller. Elle m’a dit : « Tu te souviens du premier jour où tu es arrivé ici, je t’ai demandé quel était ton but et tu m’as répondu que c’était d’aller aux Jeux Olympiques. Tu y es allé ? » Je lui ai répondu que non et elle m’a demandé pourquoi je voulais quitter le club dans ce cas-là.

J’avais 20 ans et je ne pouvais pas continuer à m’entraîner huit heures par jour, six jours semaine, pour le reste de ma vie en attendant qu’un jour, peut-être, les JO s’ouvrent aux hommes. Alors, je suis parti. Elle l’a mal pris, mais je suis très content d’avoir pris cette décision, ça m’a ouvert une carrière de dingue. 

Comment t’es-tu retrouvé à faire la pair avec Virginie Dedieu pour ces Mondiaux ?

En 2015, l’entraîneur de l’équipe de France, une amie à moi, est venue me rendre visite à Las Vegas pour la naissance de ma fille. Je me souviens que je tenais mon bébé dans les bras quand elle m’a expliqué que la FINA (Fédération internationale de natation, Ndlr) parlait d’autoriser, pour la première fois, les garçons aux Championnats du monde.

Elle m’a dit : « Tu es toujours le plus gros espoir en France alors, si tu es intéressé, c’est pour toi ». J’ai regardé ma fille qui avait une semaine et je me suis dit que je ne pouvais pas dire non. C’était un rêve denfant même si le timing n’était vraiment pas idéal.

Mais au-delà de ça, ce qui ma motivé à y aller c’était d’inspirer d’autres garçons qui avaient peut-être envie de se lancer mais se disaient probablement que ce n’était pas autorisé aux hommes. Je pense d’ailleurs que ces Monde ont été un grand succès au regard de ça. En France, il y a désormais quinze-vingt licenciés et c’est pareil en Italie, en Russie, aux États-Unis…

Cette première représentation masculine dans un rendez-vous international s’est faite par le biais d’épreuves en duo, pas en solo. Est-ce que ça a amoindri la portée de cette avancée ou pas du tout ?

Ouvrir les Championnats du monde aux duos mixtes était un pas vers l’acceptation. De toutes les disciplines qui pouvaient s’ouvrir, c’était la plus intéressante à regarder car ça permettait de propulser le garçon à un niveau un peu plus élevé que s’il avait été tout seul.

Je pense que les responsables s’attendaient à ce que le niveau soit vraiment pourri et il est vrai qu’il n’était pas au top. Sur les huit-neuf pays présents aux Monde, seuls quatre ou cinq nageurs étaient au niveau. Pour ce qui est des autres, certains nageurs avaient commencé la discipline seulement six mois auparavant !

C’est aussi pour cela que ça a été une énorme surprise d’apprendre que les hommes étaient désormais autorisés à prendre part au ballet lors des Jeux Olympiques. Ça va changer la discipline. Il n’y a pas une catégorie ballet mixte et une catégorie ballet féminin, non, tout le monde va être ensemble.

Ça va être intéressant de voir ce que les pays vont décider de faire. Est-ce qu’ils vont décider qu’il faut un homme dans l’équipe ou pas ? Ce sport a pris un tel virage acrobatique qu’avoir un homme est un atout : les portés vont devenir encore plus impressionnants. J’ai hâte de voir ce que ça va donner.    

À l’époque, lorsque l’annonce est officialisée, les réactions ne sont pas toujours positives. Le ministre des sports russe de l’époque parle d’erreur, certains athlètes évoquent le manque de grâce des nageurs, les jambes poilues… Comment réagit-on à ce sexisme ordinaire ?

Le plus gros stigmate en ce qui nous concerne, et c’est un peu la même chose pour les danseurs, c’est qu’homme et synchro riment forcément avec homo. Si on est gracieux, on est homo, c’est automatique. C’est pour cela, je pense, qu’il y a eu beaucoup de gens contre et c’est dommage.

Ce nest pas parce que tu fais de la synchro que tu vas devenir gay. Un jour quelquun a dit à ma mère que j’étais devenu homosexuel parce quelle mavait laissé faire de la synchro. Elle a rétorqué : « Vous ne comprenez pas. Il nest pas devenu homosexuel parce quil a fait de la synchro, il était homosexuel et cest ce qui la attiré vers la synchro ».

Il ne faut pas penser quun sport va changer la sexualité dun enfant, cest totalement idiot ! Ce n’est pas parce que l’on danse dans l’eau que l’on n’est pas capable de danser comme des hommes. Cest comme les patineurs artistiques, ils sont capables de ramener de la masculinité sur la glace.    

Finalement, une femme qui pratique un sport associé au masculin, sera généralement virilisée et, a contrario, un homme qui pratique une discipline dans laquelle les femmes sont plus représentées se verra dénier sa virilité.

Carrément. J’ai commencé à 6-7 ans et j’en ai pris plein la gueule à l’adolescence de la part des garçons. Les filles trouvaient super cool que je fasse un sport avec des nanas, les gars me traitaient de pédé. Je leur rétorquais que, contrairement à eux qui passaient leur journée ensemble à jouer au foot, moi, j’étais constamment avec des filles. Qui était le pédé finalement ?

Une fois que j’ai réussi à trouver cette parade, je me suis construit une carapace. Je montrais aux gens que je n’en avais rien à foutre de ce qu’ils pensaient, que moi je m’éclatais. Reste que, à cette époque, j’essayais de prouver aux garçons que je n’étais pas gay, que je sortais avec des filles et c’est probablement ce qui a retardé le fait que j’accepte mon homosexualité. J’ai dû attendre mes 20 ans pour ça.

Quoi qu’il en soit, jusqu’à ce que les gens viennent me voir nager, je pense qu’ils s’attendaient à me voir nager comme une fille. Ce n’est qu’après m’avoir vu qu’ils réalisaient que j’étais capable de nager comme un mec. Tout ça, c’est juste parce qu’ils avaient dans l’idée qu’il n’y avait pas moyen de faire de la synchro de manière masculine.

De l’extérieur, on a la sensation que c’est un stigmate plus marqué encore pour la natation artistique que pour des disciplines comme la gymnastique, le patinage artistique ou la danse. Est-ce que tu penses que ça peut s’expliquer par la tenue, par le corps plus dévoilé ?

Non, je pense vraiment que c’est juste le fait que, pour les gens, si tu danses dans l’eau, tu n’as aucune virilité. Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir des entraîneurs qui se posaient la question de savoir, pour les ballets, si la chorégraphie ne faisait pas « trop fille » pour moi. Si c’était le cas, on changeait.

Dans le spectacle dans lequel je travaille, il y a une des chorégraphies qui m’impose de faire un mouvement et, chaque fois que je l’exécute, je me sens vraiment con mais ce n’est pas grave, c’est du grandiose, on est quatre-vingt sur scène et tu passes l’éponge. Toute ma vie, j’ai fait ça, ce n’est pas un mouvement qui va changer ce que j’ai dans la tête !

Il est vrai néanmoins que, quand on me demande de croiser les jambes dans une routine, ça me casse un peu les pieds parce que j’essaie de lutter contre tous ces stigmates qui nous collent à la peau. J’ai toujours essayé de gommer la féminité des mouvements que je réalisais. Il y a moyen de représenter la force et la virilité même si tu es dans l’eau en petit maillot de bain.

Le problème vient en grande partie du fait que, tant que les gens n’ont pas vu quelque chose, ils ont du mal à l’imaginer. La natation artistique a toujours été perçue comme une discipline avec des filles en maillots à paillettes, des chignons… Je pense que les gens s’imaginent que c’est ça aussi pour les garçons : maillots à paillettes, maquillage, alors que ça n’a rien à voir.

D’autant plus que, à l’origine, la natation synchronisée était une discipline réservée aux seuls hommes…

C’est ça qui est drôle. À l’époque, c’était les gens de l’armée qui apprenaient à nager ensemble. J’ai vu des vidéos des années 30-40 où tu ne vois que des hommes en train de nager de manière synchronisée dans une piscine. C’est trippant de voir ça.

L’arrivée aux Jeux Olympiques des garçons va peut-être aider mais, malgré tout, ça restera un ou deux garçons dans une équipe de huit. J’espère qu’ils vont proposer des chorégraphies qui vont permettre de les mettre en valeur.

Tu évoques tes débuts, tu as commencé par la natation sportive. Qu’est-ce qui t’a fait bifurquer vers l’artistique ?

À l’époque, je faisais de la natation et de la gym. Un an avant, une section de natation synchronisée s’était ouverte dans mon club, à Montauban. Ma sœur y était inscrite et ma mère était entraîneure bénévole. Moi, j’allais à tous les entraînements, je regardais ce que faisaient les filles et, de temps en temps, j’allais dans la piscine et j’essayais des trucs.

Un jour, un entraîneur national, Marie-Claude Besançon, est venue pour conseiller les coaches et voir s’ils avaient des espoirs. Ma mère m’a prévenu que c’était une soirée très importante pour le club et qu’il ne fallait pas que j’aille dans l’eau. Puis, les filles se sont échauffées et moi j’ai fait mes grands écarts avec elles.

D’un seul coup, cette dame est venue me voir pour me demander si j’allais dans l’eau de temps en temps. Je lui ai répondu que oui et elle m’a proposé de lui montrer ce que j’étais capable de faire. J’ai sauté dans l’eau et là, ma mère s’est mise à hurler : « Benoit, sors de la piscine ! ». Marie-Claude Besançon lui a dit que c’était elle qui me l’avait demandé et elle a passé toute l’heure à me regarder.

À la fin de l’entraînement, elle est allée voir ma mère pour lui dire : « Je ne sais pas comment vous vous sentez par rapport à ça car il va être le seul dans le pays à le faire mais il a de super qualités et il serait vraiment intéressant de voir ce qu’il sera capable de faire ».

Ta mère a accepté tout de suite ?

Elle m’a demandé si j’étais prêt à prendre ça sérieusement et j’ai commencé comme ça. Après, tout s’est enchaîné super vite. trois-quatre ans plus tard, je participais à mes premiers Championnats de France…

Imagine la scène ! J’arrive à la piscine, il y a trois-cents nageuses. J’enlève mon tee-shirt, je suis dans mon petit maillot de bain et d’un seul coup, silence complet, tout le monde me regarde en se demandant ce que je fais là.

Je pense que c’est à partir de ce moment-là que je suis vraiment devenu addict à la synchro. Au lieu de me dire que j’étais le seul et que je devrais arrêter, ça a été l’inverse, je me suis dit que j’étais le seul et que j’allais y aller à fond, tête baissée. Je suis resté à Montauban jusqu’à mes 16 ans puis je suis monté à Cergy-Pontoise en région parisienne pour m’entraîner avec Anne Capron qui était coach de l’équipe nationale et olympienne en 88 et en 92.

Je suis resté deux ans. Nous avons été champions de France. C’était des France Open, c’est-à-dire que d’autres pays étaient là pour présenter leur ballet et faire de la compétition internationale. C’est là que l’entraîneure nationale américaine m’a vu et m’a proposé de rejoindre son club en Californie. Elle m’a dit qu’il y avait un autre garçon dans le club, Bill May. Dès que j’ai eu mon bac, je suis parti. J’avais 18 ans et j’ai commencé à m’entraîner quarante-huit heures par semaine.

Il fallait avoir une sacrée force de caractère et un entourage bienveillant, à l’écoute, pour que le fait d’être seul te galvanise ?

À partir des Championnats de France, chaque fois que c’était mon tour, tout le monde voulait voir mon solo, mon duo ou mon ballet. J’étais au centre de l’attention et c’est ça qui m’a rendu addict. Je me disais que c’était cool, que ça n’arrivait à personne d’autre à part à Virginie Dedieu. Quand elle, elle nageait, c’était pareil, tout le monde s’arrêtait pour la regarder. J’avais la même attention que la championne nationale alors que je n’étais vraiment pas à son niveau.

Ma mère a été adoptée, elle était athlète lorsqu’elle était jeune et sa famille adoptive n’est jamais venue à aucune de ses compétitions alors qu’elle assurait. Elle s’est toujours dit que si ses enfants trouvaient une passion dans la vie, elle ferait tout pour qu’ils soient heureux et qu’elle les pousserait dans la bonne direction. Je pense que c’est ça qui a fait que, quand elle a vu que j’étais passionné, elle m’a encouragé.

Mes parents se sont mis dans une merde financière pas possible quand j’étais aux États-Unis. Il fallait avoir un visa étudiant pour que je puisse y aller. Ça nécessitait de payer trois-mille dollars par mois d’école plus le loyer, la bouffe, le club… tout ça pour que je puisse assouvir mes désirs sportifs. C’est fou.

Quand je vois tout ce qu’ils ont fait pour moi, sachant que j’étais le seul en France et que je ça ne pouvait me mener nulle part, c’est hallucinant de leur part. Je leur suis redevable à 200 %. On ne s’attendait pas à ce que ma carrière devienne ce qu’elle est et que je puisse vivre depuis vingt-cinq ans de la natation synchronisée au niveau professionnel. 

Tu as toujours croisé de bonnes fées sur ta route. Tu évoquais en revanche un manque de soutien de la part de la Fédération française de natation.

Dans un sens, la Fédération m’a aidé car, en me mettant des bâtons dans les roues, elle m’a poussé à dire oui tout de suite lorsque les États-Unis m’ont appelé ! 

En fait, quand j’ai commencé à devenir assez bon au niveau national, des clubs ont commencé à se plaindre en disant qu’il n’était pas normal qu’un garçon soit en compétition contre des filles. Je ne pouvais pas avoir une catégorie à part puisque j’étais seul.

Alors, la Fédération a dit ok, puisque c’est comme ça, la nageuse qui arrivera derrière Benoît sera classée ex-aequo avec lui. En somme, si j’étais deuxième sur le podium, ma place ne comptait pas et la troisième devenait deuxième.

Je me suis dit que si on ne voulait pas de moi en France, j’allais partir aux États-Unis, au moins là-bas ce n’était pas comme ça.

L’expérience américaine a été assez difficile…

Quand je suis arrivé, ça a été un choc : je suis passé de deux heures dentraînement par jour à huit heures et ce, six jours par semaine. J’étais dans le meilleur club du pays, six des filles de l’équipe olympique s’y entraînaient, c’était le top du top.

J’ai été accueilli à bras ouverts mais je n’étais pas leur priorité, il n’y avait pas de traitement de faveur. La première année, je n’ai pas réussi à faire partie de l’équipe au niveau national, j’étais remplaçant. C’était assez décevant pour moi, mais aussi pour mes parents, de savoir que je n’avais pas réussi à m’améliorer assez pour pouvoir être sélectionné.

La deuxième année a été encore plus rude, j’ai changé d’entraîneure et elle était très dure avec moi. Cette fois, je faisais partie de l’équipe mais le ballet était tellement difficile que, pour pouvoir le faire en entier, je m’évanouissais une fois sur deux. Quand ça t’arrive deux-trois fois d’affilée, tu commences à psychoter et à te dire, « J’espère qu’aujourd’hui, je vais pouvoir finir le ballet ».

Mais tout ça m’a donné une force mentale que je n’aurais pas eu si j’avais été traité comme un roi et ça en valait la peine.

C’est à ce moment-là que le Cirque du Soleil est venu te chercher ?

Je suis arrivé à Santa Clara en 96 et le Cirque du Soleil est venu me chercher en 98 pour « O ». Ils avaient un garçon dans l’équipe, Stéphane Miremont, un autre nageur français, et il leur en fallait un deuxième en cas de blessure. C’est là que ma carrière a commencé.

J’ai fait sept ans à « O » et j’ai appris énormément en danse, j’ai aussi fait de l’aérien. Ça m’a lancé dans une autre voie du cirque, je me suis mis à voler. De là, on m’a engagé dans un autre spectacle qui s’appelle « Le Rêve » en tant qu’acrobate aérien.

Mon but était d’oublier la synchro, je voulais faire quelque chose de complètement différent. Et puis, pendant la création il y a un personnage aquatique qui s’est ouvert, un petit lézard, et ils m’ont demandé de le faire. Je me suis remis à la synchro. 

Tu as aussi travaillé sur Le Grand Bain de Gilles Lellouche et sur Avatar de James Cameron.

Oui, on m’a appelé pour le Grand Bain. À la fin du film, les acteurs vont aux Championnats du monde. Ils ont pris sept des garçons qui y étaient allés et nous avons fait la dernière scène du film.

Et puis il y a eu Avatar. J’ai commencé par une scène et James Cameron à ensuite demandé à ce que l’on soit à temps complet sur le film pour faire toutes les cascades aquatiques. Je me suis retrouvé à travailler sur Avatar 2 pendant un an et demi grâce à la synchro. Mon personnage est une baleine, un des personnages principaux du film.

La meilleure des choses que j’ai faite de ma vie est de ne pas tourner le dos à la synchro et de la laisser me porter à droite et à gauche. Ce truc qui me rendait bizarre, unique quand j’étais jeune, m’a ouvert des portes folles.

Tu vas continuer dans cette voie ?

Pour ce qui est d’Avatar, on a filmé le 2 et le 3 en même temps. Le troisième sort en décembre 2023. Ils commencent à filmer le 4 et le 5 cette année et j’espère que ma baleine reviendra ! On verra.

J’ai pris le parti de laisser la vie décider de ma carrière. J’ai la sensation que, lorsque j’essaie de faire des plans, ça ne fonctionne pas mais quand je n’en fais pas, tout arrive. J’espère qu’Avatar va m’ouvrir de nouvelles portes.  

Il est impossible de te voir aux Jeux Olympiques de Paris en 2024 que ce soit comme athlète ou comme encadrant ?

Lorsque j’ai appris que les hommes pouvaient participer aux Jeux, je me suis demandé ce que je ferais si on me proposait d’y aller. C’est un rêve d’enfant pour tous les athlètes, mais c’est un rêve qui ne paye pas.

J’ai une famille, un enfant, une maison, une voiture, il faut que je puisse assurer et, de nos jours, le sport, et notamment la synchro, ne paie pas. C’est juste pour la gloire. Ce n’est pas que je n’ai pas le cœur d’y aller mais je n’ai plus le corps. J’ai 44 ans et je pense que cette porte, malheureusement, s’est déjà fermée.

J’en ai discuté avec Bill May. Il a 43 ans, il a décroché le job de ses rêves et il ne peut risquer de tout perdre. Nous n’avons plus 20 ans, notre carrière passe en premier. Et puis, aux Championnats du monde, je me battais contre des gamins qui avaient la moitié de mon âge !

Quand je t’en parle à voix haute, je me dis : « Tu es sûr de ne pas vouloir aller aux Jeux ? » Si on me propose un rôle d’encadrant, je suis pour à 200 %, mais sinon, il faut être lucide, la porte est fermée mais, au moins, je l’ai ouverte au bon moment pour que d’autres puissent la franchir.

J’espère qu’ils vont pouvoir y aller, s’éclater et pourquoi pas, me faire un petit clin d’œil qui dirait : « Merci Benoit, d’avoir ouvert cette porte pour nous ! » 

Ouverture ©Artsy Memories/Cardo paris

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