Alba LarsenL'ado qui fait fumer le bitume

Alba Larsen : L'ado qui fait fumer le bitume
Elle a grimpé dans un kart pour tuer l'ennui du confinement. Cinq ans plus tard, Alba Hurup Larsen, 17 ans, roule en rouge pour Ferrari et entame une deuxième saison en F1 Academy. Portrait d'une Danoise qui n'a pas fini de faire rugir les moteurs. Et les esprits.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 02 avril 2026 à 12h52

Le monde entier cherchait comment survivre au Covid. Alba, elle, a mis un casque. En 2020, pendant le confinement au Danemark, elle pose les mains sur un volant de kart pour la première fois. Elle a 11 ans. « J‘étais vraiment très ennuyée, dit-elle dans Vogue. J’ai essayé une fois et je suis instantanément tombée amoureuse. » Voilà comment une gamine de Roskilde, ville tranquille à l’ouest de Copenhague, devient, en l’espace de cinq saisons, la (très) jeune pilote automobile féminine la plus rapide de la planète.

©Alba Racing Facebook

Derrière le volant, Alba Larsen ne fait pas semblant. Ses parents lui achètent un vieux kart, à partager avec sa petite sœur, Ella. Les week-ends se transforment en arrêts au stand familiaux, papa et maman en mécaniciens du dimanche. La gamine absorbe tout : la technique, la vitesse, la tête froide. Dès 2022, elle signe un podium dans le championnat de Seeland et des top 4 dans les championnats danois et nordique IAME. En 2023, elle domine : championne de Seeland, quatre victoires sur cinq manches, onze podiums en quatorze courses. Un bilan qui ne laisse personne indifférent.

©Alba Racing Facebook

Cette même année, la FIA la repère. La teenager Alba Larsen intègre le programme FIA Girls on Track – Rising Stars, le concours mondial de détection de talents organisé avec Ferrari. « On était chez Ferrari en Italie, se souvient-elle encore dans Vogue. On a été testées en pilotage, en force physique et mentale, dans tout. Je n’avais été dans une voiture de Formule 4 qu’une seule fois avant ça. » Elle gagne quand même. Son manager Lars Hemming Jørgensen résume : « Elle était la plus rapide. Mais ils testent aussi les capacités cognitives, la solidité mentale, comment tu réagis sous pression, ta condition physique… et elle a gagné. Dans un monde où il y a 1,4 milliard de filles de moins de 18 ans, c’est plutôt pas mal. »

©Alba Racing Facebook

Ce titre est un pivot. « C’est là que j’ai commencé à prendre ça au sérieux, dit-elle. Ça a cessé d’être un hobby pour devenir : ‘ça pourrait être mon métier’. » Fin 2024, elle fait ses débuts en monoplace dans le championnat indien de Formule 4, puis rejoint la grille de la F1 Academy pour la saison 2025 sous les couleurs Tommy Hilfiger, à bord d’une MP Motorsport. À tout juste 16 ans, elle est l’une des plus jeunes pilotes à s’aligner dans ce championnat. Lors de cette première saison en monoplace complète, elle engrange 70 points, signe sept top 5 et accroche deux quatrièmes places — son meilleur résultat — à Shanghai et Las Vegas. Pas de podium encore. Mais une vitesse de pointe et un sang-froid qui font parler.

©Alba Racing Facebook

Dans l’univers du sport automobile, les connexions comptent autant que le talent. Celles d’Alba Larsen sont 100 % danoises. Son père, Steffen Skjold Larsen, est ami de longue date avec Jan Magnussen, ex-pilote de Formule 1 et père de Kevin Magnussen, pilote lui aussi. Au circuit de Roskilde, Kevin remarque Alba pour la première fois. Il propose son aide. « Il m’a donné les meilleurs conseils, dit-elle. Il voulait rendre quelque chose au sport et aider une femme à arriver en Formule 1, parce qu’il a deux petites filles. Il m’a expliqué ce que les ingénieurs ont besoin de savoir, comment communiquer en tant que pilote, en quoi la F4 est différente du karting. Ça m’a énormément aidée. »

©Alba Racing Facebook

Dans ce milieu où les femmes représentent moins de 2 % des pilotes, Alba Larsen ne se contente pas de rouler vite. Elle veut changer le paysage. « Quand j’ai commencé, je ne voyais aucune fille sur la piste, dit-elle. Je n’avais personne à qui m’identifier. Je veux être le modèle que je n’ai pas eu. » Pour y arriver, elle a fondé sa propre structure : la GIRL -Girls International Racing Lab, d’abord baptisée Alba Academy, afin de faire découvrir le sport automobile à des jeunes filles dans un environnement 100 % féminin. « Quand c’est des filles et des garçons ensemble sur la piste, les filles se sentent souvent moins confiantes. Quand c’est que des filles, quelque chose change. C’est magique. » L’objectif : faire passer 20 000 filles par le programme en 2025.

©F1 Academy

En 2026, Alba Larsen passe à la vitesse supérieure. Intégrée à la Ferrari Driver Academy depuis août 2025, elle entame une deuxième saison en F1 Academy sous les couleurs de Maranello, toujours avec MP Motorsport. Elle court aussi en F4 UAE et en championnat britannique de Formule 4, un calendrier en trois fronts, pour accumuler les kilomètres en mixte et combler l’écart d’expérience. Elle résume l’aventure en une phrase : « Courir pour Ferrari est un rêve devenu réalité. C’est mon écurie préférée depuis toute petite, et porter du rouge est une sensation incroyable, un honneur immense. »

La Formule 1 ? Elle n’en parle pas encore. Mais tout ce qu’elle fait y mène. Chaque virage négocié, chaque kart offert à une gamine qui n’osait pas. Alba Hurup Larsen n’a pas seulement appris à conduire vite. Elle a compris que la piste la plus longue est souvent celle qu’on doit tracer soi-même.

©Alba Racing Facebook

Ouverture ©Alba Racing Facebook

D'autres épisodes de "Automobile, les femmes tiennent bon le volant !"

Vous aimerez aussi…

Corse coach vocab

Une Corse ? Cékoiça ?

Ça a un peu à voir avec l’île de Beauté, mais davantage encore avec le plongeon. Mais aucun lien avec l’univers de la natation. Alors, c’est quoi ? Une technique de défense en volley-ball ! Les joueurs, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Suite de notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Cédrine Kerbaol, pédaler pour s’échapper

Cédrine Kerbaol, pédaler pour s’échapper

Une blessure l’avait privée de la première édition de la grande boucle féminine, mais, depuis, elle est au rendez-vous. Et la Bretonne Cédrine Kerbaol, 23 ans, y fait des étincelles. Si on se plongeait dans la tête de l’une des coureuses françaises les plus prometteuses ?

Lire plus »
Sandrine Martinet, le judo pour mettre le handicap au tapis

Sandrine Martinet, le judo pour mettre le handicap au tapis

Championne paralympique de judo en 2016, à Rio, deux fois médaillée d’argent et douze fois Championne de France, Sandrine Martinet, porte-drapeau de la délégation française aux Jeux Paralympiques qui débutent le 24 août, est une incontournable du parajudo qui s’avance, plus forte que jamais, sur le tatami pour ses cinquièmes Jeux. Attention, elle va faire ippon à Tokyo 2021 !

Lire plus »
Karolina Muchova

Karolina Muchova, c’est de la balle !

OK, elle vient de s’incliner face à Jennifer Brady, mais elle lui a donné du fil à retordre. Et nous, on l’aime bien cette tenniswoman, spécialiste des coups de théâtre. À l’Open d’Australie, Karolina Muchova, 27e mondiale au classement WTA, a réussi à mettre la N°1 mondiale, Ashleigh Barty, au tapis. Le monde du tennis est de plus en plus séduit par la Tchèque de 24 ans, elle qui s’est offert sa première demi-finale en Grand Chelem et sa deuxième victoire contre une joueuse du top 5. Portrait d’une fille qui nous a pris de court.

Lire plus »
Véronique Sandler

Véronique Sandler, la vététiste qui n’a pas peur de sortir du cadre

Elle n’a d’abord vécu que pour la compétition. Avant de lui tourner le dos, notamment faute de sponsors. Depuis 2016, Véronique Sandler a décidé de ne plus rider que pour le plaisir. Un choix payant pour la vététiste néo-zélandaise qui s’engage pour le VTT au féminin et régale, à grands coups de vidéos, une communauté grandissante sur les réseaux sociaux. Portrait d’une fille qui a la tête dans le guidon. Et en redemande.

Lire plus »
Ashleigh Barty, la (trop) discrète patronne du tennis mondial

Ashleigh Barty, la (trop) discrète patronne du tennis mondial

Elle est une des favorites incontestables de l’Open de Melbourne qui s’ouvre ce lundi en Australie. Ashleigh Barty n’a pas connu que des succès sur les courts, mais a toujours su rebondir. Celle qui trace sa route sans esbroufe est l’une des joueuses les plus talentueuses du moment. Portrait d’une drôle de fille devenue N°1 mondiale.

Lire plus »
Nina Kanto

Nina Kanto

Après un parcours junior dans le club de Noisy-le-Grand, Nina Kanto commence sa carrière professionnelle en

Lire plus »
Greta Andersen

Best-of 2021 : les pionnières ÀBLOCK!

Pendant cette année 2021, ÀBLOCK! a rendu hommage à des championnes d’antan, pionnières dans leur discipline et dans le sport féminin tout court. Des filles qui ont fait bouger les lignes grâce à leur indépendance d’esprit, à leur force de volonté et à leur talent (comme la nageuse Greta Andersen sur notre photo). Retour sur les premières sportives à avoir été ÀBLOCK!

Lire plus »
Il était une fois le marathon… féminin

Il était une fois le marathon… féminin

Le 24 septembre 2023, sur le marathon de Berlin, l’Éthiopienne Tigist Assefa, 28 ans, devint la nouvelle reine du marathon, bouclant les 42,195 km en 2 h 11’’52. Mais pour que ces championnes puissent gagner à grandes foulées, il a fallu que d’autres filles intrépides battent le pavé. Histoire express d’une course longue distance conjuguée au féminin.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner