Laurence Fournier Beaudry Celle qui a affûté ses lames pour sécher ses larmes

Laurence Fournier Beaudry : Celle qui a affûté ses lames pour sécher ses larmes
De Montréal à Milan, le parcours d'une patineuse qui a su se relever des épreuves pour décrocher l'or européen et viser le podium olympique.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 10 février 2026 à 15h09, mis à jour le 11 février 2026 à 10h16

Dans les coulisses de l’aréna de Sheffield, en ce jour de janvier 2026, Laurence Fournier Beaudry retient ses larmes. À 33 ans, la patineuse montréalaise vient de remporter son premier titre de championne d’Europe aux côtés de Guillaume Cizeron. Un sacre aussi inattendu qu’émouvant pour celle qui, quelques mois plus tôt encore, ne savait pas si sa carrière allait se poursuivre.

Née le 18 juillet 1992 à Montréal, Laurence Fournier Beaudry n’était pas destinée à devenir patineuse. Enfant, elle pratique d’abord la gymnastique et la danse avec passion. Mais en 2001, ses parents, eux-mêmes patineurs amateurs, l’encouragent à essayer le patinage artistique. Elle a 9 ans. Sur la glace, elle découvre un univers qui va devenir sa vie. Ce qui la séduit immédiatement, c’est cette alliance unique entre performance athlétique et expression artistique. La danse sur glace lui permet d’exprimer son côté créatif tout en repoussant ses limites physiques.

©Laurence Fournier Beaudry/Facebook

Ses débuts en compétition se font progressivement. Elle patine d’abord avec Anthony Quintal, puis avec Yoan Breton. Mais c’est en 2012 que sa carrière prend un tournant décisif. Lors d’un essai avec le danseur danois Nikolaj Sørensen, le courant passe immédiatement. Ensemble, ils décident de représenter le Danemark et s’installent à Montréal pour s’entraîner sous la direction de Marie-France Dubreuil et Patrice Lauzon. Une première expérience internationale qui façonnera sa capacité à naviguer entre les cultures et les identités sportives. En couple sur la glace, ils le sont également à la ville. Ils partagent tout, y compris sur les réseaux sociaux où on les voit s’entraîner, mais aussi vivre leur passion au grand jour.

Le parcours avec Nik Sørensen est jalonné de succès mais aussi de frustrations. En 2017, leur 13e place aux Championnats du monde permet au Danemark de décrocher une place olympique. Mais Laurence Fournier Beaudry n’obtient pas la nationalité danoise à temps. Elle manque les Jeux de PyeongChang 2018. Cette déception la marque profondément. Déterminés à ne pas renoncer, le couple décide de représenter le Canada. Les résultats suivent : bronze puis argent aux Championnats canadiens, multiples podiums sur le circuit du Grand Prix, et enfin les Jeux Olympiques de Pékin 2022 où ils terminent neuvièmes. Un titre de champions du Canada en 2023 couronne treize saisons d’un partenariat devenu aussi personnel que professionnel.

From being prevented to compete at PyeongChang 2018 to making their Olympic dream a reality at #Beijing2022

Watch Laurence Fournier Beaudry and @NikSorensen full circle journey presented by @TeckResources 💎 pic.twitter.com/icX23wbEMX

— Team Canada (@TeamCanada) January 28, 2022

Laurence Fournier Beaudry et Nikolaj Sørensen lors de leur préparation pour les Jeux 2022…©TeckResources

Puis, en octobre 2024, tout bascule. Nikolaj Sørensen est suspendu six ans suite à des accusations de maltraitance sexuelle. Pour Laurence Fournier Beaudry, c’est un coup de massue. Sa carrière semble soudainement terminée. Elle traverse une période plus que difficile, douloureuse, partagée entre le soutien à son conjoint et l’incertitude de son avenir sportif. Dans cette tourmente, c’est Guillaume Cizeron, son meilleur ami depuis quinze ans, qui lui tend la main. Lors d’un dîner en novembre 2024, il lui propose l’impensable : former un nouveau duo et tenter ensemble l’aventure olympique de Milano Cortina.

Le pari semble fou. Guillaume, champion olympique 2022 avec Gabriella Papadakis, sort d’une longue tournée de spectacles. Laurence vit une période personnelle compliquée. Pourtant, leur complicité est immédiate. Ils se connaissent depuis un camp de patinage à Oberstdorf, en Allemagne, quand elle avait 15 ans et lui 13. Leur amitié s’est renforcée au fil des années passées au même centre d’entraînement à Montréal. En janvier 2025, ils commencent officiellement à patiner ensemble. Pour Laurence Fournier Beaudry, qui a des racines françaises par son grand-père et parle parfaitement la langue, représenter la France prend un sens particulier. « C’est un peu comme rentrer à la maison », confie-t-elle.

Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron…©Wikipedia

La naturalisation française est accordée en novembre 2025, ouvrant la voie aux Jeux Olympiques. Entre-temps, le duo enchaîne les performances remarquables. Victoires au Grand Prix de France et de Finlande, puis le sacre européen en janvier 2026 à Sheffield avec un record de 222,43 points. Leur danse libre sur la musique du film « The Whale » fascine par son intensité émotionnelle. À Milan, lors de ces JO d’hiver 2026, ils prennent la tête de la danse rythmique avec une interprétation audacieuse sur « Vogue » de Madonna. L’objectif est clair : devenir champions olympiques et offrir à Guillaume Cizeron un exploit historique : une deuxième médaille d’or avec une partenaire différente.

©Netflix

Au-delà des médailles, Laurence Fournier Beaudry incarne la résilience. Jonglant entre ses entraînements et ses études en neurosciences cognitives à l’Université de Montréal, elle garde les pieds sur terre. Ses parents, Anik et Pierre, restent ses plus fervents soutiens. Elle représente aussi une génération de patineuses qui naviguent entre plusieurs identités nationales, prouvant que le sport de haut niveau transcende les frontières. Sa trajectoire, marquée par les épreuves et les renaissances, inspire bien au-delà du cercle du patinage artistique. Certaines carrières se construisent, d’autres renaissent de leurs cendres. Laurence Fournier Beaudry appartient à la seconde catégorie.

Ouverture ©FFSG/Antonin Albert

D'autres épisodes de "Patinage, ces filles qui ne laissent pas de glace"

Vous aimerez aussi…

Julie Cukierman : « J’aime transmettre le goût de l’effort, la volonté d’aller au bout de soi-même… »

Elle a le sport dans la peau. Une passion jubilatoire qu’elle transmet à merveille, elle qui rêve de prouver que nous sommes tous des sportifs dans l’âme. Préparateur sportif d’athlètes de haut niveau, Julie pratique un métier dans lequel les femmes sont peu nombreuses. Et elle s’y sent bien. Également coach (à ne pas confondre !), elle nous raconte son quotidien entre grands champions et sportifs amateurs.

Lire plus »
Marthe Robert

Marthe Robert, aussi libre que sa nage

Championne du monde de natation, c’est pourtant en traversant pour la première fois, en 1904, le lac de Neuchâtel que Marthe Robert a marqué son temps. Sportive sauvage, nature et authentique, la Suissesse force le respect par son humilité, sa passion de la natation et son courage à toute épreuve, à une époque où les nageurs étaient portés au-dessus des flots, au contraire des nageuses…

Lire plus »
Joanna Grisez, la combattante du rugby tricolore

Joanna Grisez : celle qui a tout plaqué pour le rugby

C’est l’histoire d’une ascension fulgurante dans le rugby féminin. De ses débuts tardifs à l’université jusqu’aux plus grandes compétitions internationales, Joanna Grisez incarne la puissance, la résilience et l’engagement d’une génération qui veut faire bouger les lignes. Dans le sport comme ailleurs.

Lire plus »
François Ratier : « Les Françaises ont tout pour aller au bout de la Coupe du monde de rugby. »

François Ratier : « Les Françaises ont tout pour aller au bout de la Coupe du monde de rugby. »

Après un parcours de joueur du côté d’Angoulême, François Ratier met le cap sur le Canada pour y fourbir ses armes en tant que coach des Arrows de Toronto et prendra notamment en main la destinée du XV féminin. Aujourd’hui, revenu en France, il entraîne l’équipe des Lionnes de Bordeaux avec lesquelles il vient de remporter un deuxième Championnat de France. Des Lionnes qu’il espère voir briller, à partir du 22 août, lors de la Coupe du monde féminine de rugby.

Lire plus »
Alizé Cornet, la tennis girl qui a brisé le plafond de verre

Alizé Cornet, la tennis girl qui a brisé le plafond de verre

Elle est souvent là où on ne l’attend pas. Elle avait écrit l’histoire en 2022, à Wimbledon, en mettant fin à la série de 37 victoires consécutives d’Iga Swiatek quand personne ne misait un kopeck sur elle. Voilà aujourd’hui Alizé Cornet nommée capitaine de l’équipe de France de Billie Jean King Cup alors qu’ Amélie Mauresmo était sur toutes les lèvres…

Lire plus »
Julie Pujols-Benoit

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le lancement de la collection d’ouvrages ÀBLOCK! (où l’on commence par Julie Pujols-Benoit sur notre photo), du tennis en plein Open de Melbourne, une femme de rugby engagée, des pionnières sur neige et glace, un témoignage qui nous dévore et un retour de flamme, l’histoire du golf féminin… Récap’ d’une semaine musclée.

Lire plus »
Charlotte Bonnet

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une hip hop girl alsacienne, une fille montée sur roulettes, mais aussi deux championnes de natation, l’une d’antan à l’attitude trop sulfureuse, l’autre d’aujourd’hui qui a su revenir plus forte après une période douloureuse (Charlotte Bonnet sur notre photo), ou encore une lanceuse de disque qui ne nous cache rien… C’est dimanche, c’est best-of. Profitez !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner