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« Mes premières approches avec le sport ont été autour du corps avec la pratique de
Publié le 29 juillet 2026 à 12h19
La 5e édition du Tour de France s’élance de Suisse ce 1er août. Au programme 9 étapes et pourquoi pas, une 2e victoire française au général après celle de Pauline Ferrand-Prévot l’an passé. En cinq ans, comment a évolué la course, pas simplement en termes d’organisation, mais aussi de notoriété et de densité du peloton ?
J’ai l’impression qu’il y a eu un avant et un après Tour de France Femmes et ce, dès la première édition. On savait qu’on partait de tellement loin qu’il n’y avait que cette course pour vraiment faire changer le regard des gens sur le cyclisme féminin ou tout simplement leur apprendre que ça existait. À la différence de toutes les autres courses, le Tour de France impacte un public de passionnés, mais aussi et surtout un public qui ne regarde pas le cyclisme tout au long de l’année. Si les gens regardent le Tour de France, c’est parce qu’il y a une magie qui opère et cette magie, il était primordial pour nous de l’injecter aussi dans le Tour de France Femmes. On a donc pris les mêmes codes que chez les hommes : la caravane, le calendrier, l’organisation d’un spectacle populaire, familiale et gratuit… Grâce à cela, on a réussi à montrer qu’il n’y avait pas deux mais un Tour de France.
©A.S.O
Tu parles de copier les codes du Tour masculin, il fallait néanmoins pouvoir tenir la comparaison, ce qui n’était pas forcément gagné quand on part de zéro.
Si le Tour a pris, c’est aussi parce que l’évènement était intéressant. Quand je suis arrivée à la tête du Tour Femmes, je commentais du cyclisme féminin depuis quelques années déjà et je savais que c’était intéressant, qu’il y avait du suspense, que les filles avaient le niveau, mais il fallait leur donner l’opportunité de le montrer au monde entier. Avec le Tour, on leur a offert l’opportunité de le faire dans plus de 190 pays parce que c’était le bon moment. Grâce à ça, les sponsors se sont dit qu’ils allaient investir plus : il y avait un intérêt pour eux et tout le reste a suivi et impacté l’écosystème du cyclisme féminin.
Une autre clé de votre réussite, c’est que les Françaises brillent…
C’est vrai qu’on a une belle génération de Françaises. La victoire de Pauline Ferrand-Prévot, les deux victoires d’étapes de Maëva Squiban ont boosté nos audiences. Et la jeune génération qui arrive, avec Célia Géry qui s’annonce comme une future très grande, fait qu’on a un beau vivier de Françaises. Ça contribue forcément à la réussite de l’évènement. Nous, on a fait en sorte que le Tour de France Femmes soit un ‘vrai’ Tour, on l’a mis à disposition, mais il est vrai qu’il fallait aussi que les filles soient au rendez-vous et qu’elles prouvent au monde entier que le cyclisme féminin est beau à regarder. Moi, je le savais, mais c’est aussi grâce aux athlètes que le Tour de France est une compétition d’un tel niveau !
Maëva Squiban…©A.S.O/Thomas Maheux
Un niveau qui est de plus en plus relevé.
Oui, j’en parlais récemment avec Lizzie Deignan. Elle me disait qu’en deux-trois ans, le niveau avait énormément évolué. Désormais, ça roule vite et le niveau est de plus en plus homogène. À mon époque, quand je disais que j’étais cycliste professionnelle, la première réaction des gens était de me demander si je faisais le Tour de France or, comme il n’y avait pas d’épreuve chez les femmes, j’avais toujours l’impression de ne pas être prise au sérieux parce que je n’avais pas cette course de référence. Le Tour, ça valide une sportive.
C’est pour cela que la course, bien que jeune, est plébiscitée par les coureuses, et pas seulement par les Françaises. Le Tour est devenu très rapidement une sorte de passage obligé, un rêve pour beaucoup d’entre elles.
Le Tour de France, femmes ou hommes, c’est plus qu’une course de vélo, ça fait presque partie du patrimoine de notre pays et on le voit d’ailleurs très bien lors des grands départs à l’étranger : les pays qui accueillent ces étapes ont envie d’avoir un petit bout de tour de France parce que c’est exceptionnel, parce qu’il y a une histoire derrière. Il y a aussi le fait que le Tour permet aux gens de déconnecter, ça leur rappelle des souvenirs d’enfance : on a tous regardé des étapes chez papy et mamie. Enfin, le Tour de France, c’est quand même l’un des rares sports qui passent devant ta porte. Même si on n’aime pas le vélo, en général on regarde le Tour et tout le monde connaît l’épreuve.
©A.S.O
Est-ce que tout cela a contribué à faire évoluer l’épreuve plus vite que vous ne l’espériez ?
Oui. En quatre ans d’existence, nous avons grandi et évolué plus rapidement que ce nous imaginions et ce, en termes d’audience notamment. L’année dernière, nous avons fait 8 millions d’audience avec l’arrivée finale de Pauline Ferrand-Prévot ! C’est génial parce que, quand tu prends toutes les audiences confondues, Tour Hommes et Tour Femmes, c’est la deuxième meilleure audience juste après Montmartre chez les hommes ! Ça montre vraiment l’impact du Tour de France Femmes et ça se répercute sur le traitement médiatique – les journalistes s’intéressent aux transferts, parlent salaires-, sur le nombre de personnes qui se déplacent de plus en plus au bord des routes pour assister aux étapes…
Christian Prudhomme m’a dit que, dorénavant, on ne voyait plus de différence entre le Tour Hommes et le Tour Femmes en termes d’influence, de spectateurs devant la télé, mais aussi en nombre de collectivités qui demandent à avoir le passage du Tour de France Femmes chez elles.
©A.S.O/Fabien Boukla
Peut-on désormais dire que le Tour de France Femmes a réussi à s’émanciper pour devenir une épreuve en soi ?
C’est vrai, qu’au début, nous étions souvent assimilés à la quatrième semaine du Tour Hommes. Lors des premières éditions, nous avions besoin de la visibilité, de l’engouement pour le Tour de France Hommes, mais maintenant, le Tour de France Femmes est connu et les gens le regardent pour les cyclistes professionnelles, pour leurs performances. Nous n’avons plus besoin d’évoluer dans le sillage des hommes, on ne peut d’ailleurs plus le faire.
Pourquoi ?
Parce que l’évènement a tellement grandi qu’il devenait trop dur de gérer ces deux évènements en simultané. Ça a tellement pris d’ampleur que l’on a besoin de ce laps de temps d’une semaine entre les deux Tours pour nous réorganiser, offrir et livrer un rendez-vous aussi beau que celui des hommes.
©Thomas Maheux/ASO
Il reste malgré tout encore des points communs, Le Ventoux cette année par exemple.
Le Tour Hommes restera toujours notre grand frère et nous aimons les passerelles. Il arrive d’ailleurs aussi, côté hommes, qu’après avoir vu l’une de nos étapes, ils décident de s’y aventurer aussi. Pour ce qui est du Mont Ventoux, ce qui fait l’Histoire du Tour c’est, en règle générale, les ascensions, les bagarres… Le Ventoux sera notre carte maîtresse, l’étape reine de ce Tour 2026. Après l’Alpes d’Huez et tant d’autres, ça montre que les filles peuvent se livrer bataille dans toutes les plus grandes ascensions et, grâce à ça, même si on emprunte des parcours similaires, on continue à construire notre propre histoire.
On a la sensation que le Tour de France Femmes a agi comme un révélateur pour une discipline qui, avant lui, existait mais sans être vue.
Avant le Tour de France Femmes, c’était des passionnés qui faisaient les courses, qui les organisaient. Pareil pour ceux qui créaient des équipes parce que le cyclisme femmes ne passait pratiquement jamais à la télé et qu’il était de fait difficile d’inciter des sponsors à mettre de l’argent dans des formations si, derrière, il ne se passait rien.
Le tracé du Tour de France Femmes 2027
Il y avait pourtant eu des efforts à destination des coureuses ?
Il y a eu un travail de fait par l’Union Cycliste Internationale pour instaurer des salaires et le statut de professionnelle mais, pour moi, si tu n’as pas le Tour de France, si tu n’as pas Paris-Roubaix, si tu n’as pas ces grosses courses qui font que les gens regardent le cyclisme féminin et lui offrent une visibilité, je ne vois pas d’où l’argent aurait pu tomber. Il nous fallait cette course de référence.
Grâce au Tour de France Femmes, grâce à Paris-Roubaix et à tous ces rendez-vous, les gens ont envie de suivre le cyclisme tout au long de l’année et plus seulement en juillet en en août. S’il n’y a pas cet intérêt du public ou si tu ne donnes pas aux filles l’occasion de se faire connaître par le grand public, c’est compliqué d’avoir un budget.
Le Paris-Roubaix, l’enfer des dames…
Il y a donc un avant et un après 2020 pour le cyclisme féminin. Toi, en tant que coureuse, tu as connu l’avant, condamnée comme toutes les cyclistes de l’époque, à évoluer dans l’ombre.
Oui, j’ai connu, j’ai vécu cette époque. C’était une galère, c’était de la débrouille. Il fallait travailler à côté. Le matin tu t’entraînais, l’après-midi, tu allais bosser. Il n’y avait que quatre-cinq filles qui étaient vraiment payées. C’était les meilleures mais, de fait, elles gagnaient tout. Ça se passait un peu comme si tu mélangeais dans un peloton masculin des pros et des amateurs, ça ne fonctionne pas !
Le Tour de France Femmes a un impact sur la génération d’aujourd’hui, sur celle qui arrive et sur le sport féminin en règle générale. Il a également un impact sur les femmes dans le sens où cette course leur montre que le vélo, c’est accessible à tout le monde.
©Marion Rousse/X/2017
Tu n’as jamais ressenti de petit pincement au coeur en voyant les filles prendre le départ ?
Bien sûr que j’aurais aimé faire le Tour de France, bien sûr que j’aurais aimé faire Paris Roubaix. Comme Maéva Squiban, comme Julie Bego, quand j’ai commencé le vélo, j’étais pratiquement la seule fille au départ. J’étais entourée d’hommes et, j’avais beau n’avoir que 6 ans, je savais bien que je ne ferais jamais le Tour parce que ça n’existait pas pour les femmes. Ton rêve de petite fille est condamné à ne pas se réaliser simplement parce que la situation est injuste : tu te bats comme un homme, mais finalement, parce que tu es née femme, tu n’as pas les mêmes chances qu’un homme de pouvoir vivre de ton métier, de ta passion.
Avec le Tour de France, on offre aux cyclistes femmes l’opportunité de pouvoir réaliser ce rêve. En ce qui me concerne, je me dis que c’est peut-être mieux comme ça, je n’aurais peut-être été qu’un numéro dans un peloton alors que maintenant, à travers la position qui est la mienne aujourd’hui, j’arrive de par mon expérience et de par ce que j’ai vécu, à faire comprendre l’importance de notre course, aux sponsors aussi… Je suis peut-être plus importante dans le rôle qui est le mien maintenant que j’aurais pu l’être dans un peloton.
©Marion Rousse/X/2014
Tu mets ta double-culture, coureuse-directrice de course, au service de ta discipline.
Oui, parce que tout ça, je l’ai vécu, je pense que c’est la meilleure école. C’est mon passé qui a fait que je savais où je voulais aller, c’est aussi mon expérience qui a fait que je ne voulais pas aller trop vite parce qu’on partait de loin et qu’il ne suffisait pas de dire ‘On va faire un tour de trois semaines’ au risque, après, de se prendre le mur parce qu’on n’était pas prêtes.
Il y a eu, par le passé, plusieurs tentatives pour faire vivre un Tour de France Femmes et toutes se sont soldées par un échec. Outre le volet financier, primordial, comment expliques-tu que cette fois, c’était la bonne ?
Tous les autres Tours de France féminins n’avaient, visiblement, pas le bon format. Ce sont des épreuves qui n’ont pas réussi à exister, des épreuves dont on ne parlait pas. Au début, beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi on n’organisait pas le Tour de France Femmes en même temps que le Tour Hommes. Je trouve que c’était la pire connerie à faire parce que les filles auraient été invisibilisées par les résultats des hommes. Il fallait que nous existions en tant qu’évènement à part entière. C’est pour cela que nous avons gardé les codes du Tour, que nous nous en sommes imprégnés. Nous avons également eu la chance d’avoir des partenaires qui nous ont fait confiance dès la première année et, parmi eux, beaucoup de sponsors qui investissent chez les hommes.
En sommes, nous avons dupliqué le Tour de France Hommes à notre façon et c’est tout cela qui nous a permis d’avoir les résultats que nous connaissons aujourd’hui.
Lyli Herse sur le 1er Tour de France féminin
Tu te souviens de la première édition ? Tu l’as abordée avec un peu – beaucoup – d’angoisse ?
De l’angoisse, oui et non, parce que le cyclisme féminin était déjà intéressant à suivre pour quelqu’un qui s’y connaissait. Je n’étais pas inquiète pour le spectacle que les filles allaient donner. Je sentais qu’on était à l’aube de quelque chose de grand et qui allait vraiment changer fondamentalement les choses.
J’étais inquiète en revanche en ce qui concerne mon rôle car c’était nouveau pour moi et personne ne t’apprend à parler à Radio Tour. C’était dur parce qu’il fallait que je sois à la hauteur de l’évènement or, au début, comme les filles étaient moins connues, j’étais un peu l’image de la course.
Il y a un principe que tu respectes depuis ta prise de fonction, c’est celui d’y aller doucement, de ne pas se laisser griser par le succès. L’idée c’est avant tout de consolider, de complexifier progressivement et de continuer à surprendre, c’est ça aussi les clés du succès ?
Dès la première édition, notre priorité était de pérenniser notre épreuve. Il fallait que ça fonctionne. Il y a eu des Tours de France femmes avant nous et, comme on l’évoquait plus tôt, à chaque fois les organisateurs ont été contraints de mettre la clé sous la porte. Ça aurait été une vraie catastrophe si notre génération avait connu la même chose. C’est pour cela que nous y sommes allés pas à pas. Nous étions là à la fois pour la course mais aussi dans un rôle d’accompagnateur du cyclisme féminin c’est-à-dire que nous étions là pour évoluer au même rythme que les équipes, que l’écosystème.
C’est bien beau de vouloir proposer une course de trois semaines comme le Tour Hommes, mais il faut se demander si les équipes ont les reins assez solides financièrement pour participer à un rendez-vous de cette durée. Et quand bien même ça le serait, il y a des courses qui existaient avant nous, un calendrier, il ne fallait pas faire n’importe quoi. Passer à trois semaines de compétition maintenant, ce serait trop rapide. On évolue tranquillement, on est passé de huit à neuf jours de Tour de France Femmes et on ne ferme la porte à rien.
©A.S.O/Etienne Coudret
Les coureuses, elles aussi, sont partisanes d’y aller pas à pas. Beaucoup disent qu’elles n’ont pas envie, pour le moment, de disputer un Tour de France de trois semaines.
Oui, il y a onze ou douze athlètes salariées dans les équipes pour le moment quand les hommes, eux, sont trente. Ils ont donc la possibilité et la capacité d’envoyer d’autres coureurs sur d’autres fronts. Pour les filles, ce n’est pas encore le cas. Il ne faut pas prendre des décisions uniquement pour montrer que la course fonctionne. L’important c’est de durer dans le temps. Chaque année, nous sommes contents de notre bilan et nous continuons à grandir tranquillement mais sûrement.
Est-ce que tu as une idée de ce vers quoi vous souhaitez tendre à long terme ? Est-ce que c’est une question de durée, d’homogénéité et de densité du peloton… ?
Je pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions. On évolue en même temps que notre sport et c’est lui qui nous amènera là où il faut que l’on aille. Dans ce sens, nous ne sommes pas totalement décisionnaires. Quoi qu’il en soit, s’il y a quatre ans de cela on ne savait pas trop où on allait, maintenant nous sommes hyper confiants en ce qui concerne notre avenir. Le Tour de France est l’un de nos évènements majeurs.
Marion Rousse lors de la présentation du Tour de France 2023. A.S.O/Maxime Delobel
Les coureuses le confirment d’ailleurs. Pour beaucoup d’entre elles, gagner le Tour ou sur le Tour est l’un, si ce n’est l’objectif de leur carrière, plus de devenir championne olympique par exemple.
Pour certaines personnes, c’est peut-être difficile à comprendre mais, en vélo, tu n’as pas plus beau que le Tour de France. Le bonheur de porter, un jour, le maillot jaune ou de monter sur le podium et d’écrire ton nom au palmarès de l’épreuve, c’est quelque chose qui marque et un athlète et les gens.
Tu évoquais également l’impact du Tour de France hors cadre professionnel. Vous organisez, chaque année, des évènements afin de promouvoir le vélo et notamment à destination des femmes.
On essaie par divers moyens de laisser une empreinte sur toutes les générations. Ça commence par nos courses de draisiennes mises en place à chaque départ d’étape. On organise également des ateliers vélo parce qu’il y a un constat terrible : de moins en moins de jeunes apprennent à faire du vélo. Chaque année, le 24 mars, on fait la dictée du tour. Le label « Ville à vélo » existe également et valide tout ce qui a été mis en place pour la pratique du vélo au quotidien. Et puis, nous allons proposer la 4e opération « Elles arrivent ! » en partenariat avec la Fédération Française de Cyclisme (FFC) qui permet, chaque année, à des cadettes et des juniors d’arpenter une partie du parcours et de découvrir les coulisses du Tour, de venir au podium, de rencontrer les athlètes…
L’idée est de leur montrer l’envers du décor et de leur donner envie de continuer. Ce serait une jolie chose qu’un jour l’une de ces athlètes soit sur le podium du tour…
©A.S.O/Fabien Boukla
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