Maïwenn Hamon« La nage avec palmes, c'est tout ce que j'aime : la beauté et la vitesse. »

Maïwenn Hamon napr10 - Copyright @FFESSM
Ne vous fiez pas à son visage poupin, Maïwenn Hamon, 22 ans, est une pro de la nage avec palmes, sport spectaculaire digne d’un ballet aquatique où la vitesse est reine. Dix fois championne de France, Championne d’Europe du 100m Immersion, sa discipline phare, plus de trente médailles en coupe du monde des Clubs au palmarès... et parallèlement étudiante en médecine, cette sirène-là nous embarque tous dans son sillage.

Par Claire Bonnot

Publié le 19 avril 2026 à 15h26

Tu vas nager à domicile, à Aix-en-Provence, là où tu t’entraines en club, les 24 et 26 avril prochains pour la Coupe du Monde des clubs en France et tu fais d’ailleurs partie des athlètes les plus attendus, c’est un stress ou une motivation en plus pour toi ?

C’est une grande chance de pouvoir faire une compétition aussi importante dans une piscine que je connais et une source d’excitation de savoir que mon club Pays d’Aix Natation (PAN) va accueillir la FFESSM, la Fédération Française d’Études et de Sports Sous-Marins, pour un événement de cette ampleur. Je vais d’ailleurs concourir dans la piscine où j’ai commencé la nage avec palmes, la piscine Yves Blanc, il y a environ dix ans. Et j’ai hâte !

Quels sont tes objectifs pour cette compétition ?

Donner le meilleur de moi-même. Et atteindre les plus jolies médailles possibles. Mais je suis plutôt dans l’optique de profiter de ma course et de voir, à l’arrivée, ce qu’il s’est passé.

La petite Maïwenn était-elle déjà une « petite sirène » ?

Je n’ai jamais été très sportive enfant. J’étais plutôt orientée piano, j’en ai fait une dizaine d’années. C’était pas mal d’heures de pratique quotidienne.

À quel moment, alors, sautes-tu à l’eau ?

En fait, j’ai toujours adoré l’eau et adoré la natation parce que j’ai appris avant l’âge de 3 ans. Mais c’est en passant mon Pass’sport de l’eau (étape du programme de formation des nageurs de l’École de Natation Française mis en place par la Fédération Française de natation, Ndlr) au club PAN. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai découvert la nage avec palmes. Le groupe s’entraînait à côté et ma mère m’a dit : « Oh, tu devrais essayer, ça a l’air sympa, ils vont vite ». J’ai essayé et je suis tombée amoureuse de ce sport. J’ai commencé en club à 12 ans.

Tu viens du Sud de la France… tu préférais être un poisson dans l’eau de piscine ou dans la mer ?

Oui, je suis née à Nice puis j’ai grandi à Cabriès, près d’Aix-en-Provence. J’étais très mer. J’ai passé plusieurs étés en Corse et quand on allait à la plage, je ne sortais pas de l’eau de la journée. Mais je suis plutôt piscine en réalité.

Quand tu as découvert la nage avec palmes, qu’est-ce qui t’a plu ?

C’était un sport qui réunissait tout ce que j’aimais : la beauté car c’est une ondulation sur ou sous l’eau qui est très belle à voir et, surtout, la vitesse, la palme permettant d’atteindre des allures folles. Et j’adore cette sensation de glisse.

Et que ressentais-tu ?

La première fois qu’on chausse une monopalme, moi, je dis souvent qu’on a tendance à se noyer ! Il faut vraiment s’habituer à ce mouvement de devoir bouger ses jambes en même temps. On ne peut pas battre nos jambes séparément. Mais, une fois passé ce « test », j’ai tout de suite adoré être sous l’eau, avec l’eau qui glisse sur ma peau, l’entendre passer sur mes oreilles. Et, puis, j’ai aimé le sprint évidemment.

Peux-tu me décrire cette discipline sportive avec tes mots ?

La nage avec palmes, c’est un sport de glisse où l’on cherche à trouver le parfait accord entre le mouvement d’ondulation, qui est un mouvement sinusoïdal, et le fait qu’il y ait une résistance à l’avancement. Notre palme et le mouvement qu’on met dans notre corps nous permettent d’être propulsé vers l’avant. Si on suit ce mouvement, la sensation est formidable : on glisse, que ce soit sous l’eau ou à la surface de l’eau, et on peut aller très vite. Il y a quatre spécialités de nage avec palmes. Ma course préférée est le 100 immersion car j’adore évoluer sous l’eau, mais j’aime tout autant nager le 50 mètres en surface ou en apnée et le 100 mètres en surface.

Tu peux aller jusqu’à combien de kilomètres à l’heure ?

Mon temps le plus rapide sur 50 mètres, c’est 16,34 secondes. C’est 11km/h. Le record du monde homme est de 13 km/h.

Est-ce que tu peux nous parler de ton équipement ?

Outre ma monopalme, je tiens une bouteille d’air comprimé avec mes mains à partir de 100m de distance en immersion. Sinon, sur le 50m, c’est de l’apnée.

Ton parcours a été fulgurant à l’image de ta glisse sur l’eau car tu entres en équipe de France très jeune il me semble…

Oui, en 2017, j’avais 13 ans. J’allais sur mes 14 ans. C’était pour l’équipe de France junior. Pour entrer en équipe de France en nage avec palmes, il y a des critères de sélection qui changent un peu tous les ans. À cette époque, il fallait faire un temps de sélection sur chaque distance ou alors faire ce qu’on appelait les trois temps collectifs. Comme j’étais jeune, les temps de sélection étaient difficiles à atteindre. Mais j’ai réussi à faire les trois temps collectifs. C’était sur le 50 mètres apnée, le 100 mètres immersion et le 50 mètres surface. Pour ma première expérience en équipe de France, je suis partie au championnat du monde junior qui était en Sibérie.

C’était une expérience incroyable. Car, en plus de vivre ma première sélection en équipe de France, j’ai vécu ma première finale, c’était un 4 x 200 m, et mon premier swim off. C’est quand le huitième temps est fait par deux personnes en même temps et qu’il faut alors renager la course. C’était quand même assez stressant. J’ai dû nager à nouveau devant tout le monde. J’ai perdu, je manquais d’expérience.

C’était donc un relais, peuvent-ils être mixtes en nage avec palmes ?

Oui, il existe aussi le 4x100m et le 4x50m féminins et le 4×100 et 4x50m masculins. Et une nouvelle course a pris place dans les piscines depuis deux ans, le 4x100m SB mixte. C’est une course où un homme nage en bipalme, puis une femme en bipalme, puis un homme en monopalme et une femme en monopalme. L’ordre est imposé. C’est un relais que j’aime beaucoup.

Quand tu entres en équipe de France junior, tu es une jeune adolescente, est-ce que ta vie personnelle change, est-ce que tu dois partir vivre en internat, comment tu organises ta vie autour du sport de haut niveau ?

Non, le sport n’a jamais impacté ma scolarité. C’était un critère qui était très important pour mes parents. Déjà, à cette époque, je savais que je voulais tenter la première année de médecine. J’ai suivi un cursus classique. Je suis allée au collège qui est à côté de chez moi, tout simplement. Je n’ai jamais fait de sport-étude. Je n’ai jamais eu d’horaires aménagés. C’est moi qui me gérais, avec l’aide de mes parents qui m’emmenait à l’entraînement. La Fédération et mon club ont toujours soutenus mes ambitions, mon double cursus, si on peut dire, que ce soit sur le plan sportif ou scolaire.

Quels sont les atouts qui font que, très vite, tu peux faire du haut niveau ?

Je pense que c’est d’aimer ce que je fais. Il faut une bonne dose de passion pour le sport de haut niveau. Et, finalement, c’est le cas dans n’importe quel domaine de la vie. Si on n’aime pas ce qu’on fait, on ne peut pas le faire du mieux qu’on peut. Mon autre atout, c’est d’être soutenue par ma famille depuis le début. Et sinon, c’est d’avoir toujours cru en mes rêves. Il faut croire en ses rêves. C’est un peu bateau mais c’est pas complètement faux.

C’est quoi ton petit truc à toi en nage avec palmes ?

Je ne sais pas trop… Je peux dire en tout cas qu’on me reconnait à mon maillot rose à l’entraînement ! En compétition, je joue la sobriété, le côté plus solennel, je suis en combinaison noire.

Quand tu es sélectionnée en équipe de France, j’imagine que ça doit être une joie immense. Est-ce que tout de suite, tu as su que tu voulais tout donner pour rester sportive de haut niveau ?

Oui, dès que j’ai commencé, j’ai toujours voulu faire du mieux que je pouvais. C’était toujours moi contre moi-même. Donner le meilleur de moi. Tous les ans, il faut être à nouveau sélectionné au championnat de France et finir dans les premiers ou deuxièmes pour pouvoir être reconduit en équipe de France. Les cartes sont remises en jeu tout le temps. Depuis 2017, je me suis toujours sélectionnée. J’ai aussi été en équipe de France senior assez jeune puisque c’était deux ans après ma sélection en équipe de France junior. J’allais sur mes 16 ans. Et ensuite, il y a eu des sélections qui se doublaient. J’ai été en junior et en senior. En neuf ans, j’ai fait 12 sélections en équipe de France.

À quoi tu penses quand tu es dans l’eau ?

Rien du tout ! C’est ce qui me permet de me vider la tête. Comme je passe beaucoup d’heures à réviser la médecine et que c’est une activité très cérébrale, mon corps se repose. Quand je m’entraîne, c’est l’inverse, mon corps fait un effort et ma tête se repose.

Est-ce que tu as un petit rituel avant d’entrer dans l’eau pour une compétition ?

Je suis très croyante donc je prie. Comme tous les jours de ma vie.

Tu as 22 ans et tu concoures donc depuis neuf ans, est-ce qu’une victoire a marqué un tournant pour toi ?

Ma médaille de championne d’Europe Junior à l’âge de 14 ans a vraiment été très importante car cette compétition, qui s’est tenue à Istanbul en 2018, avait très mal commencé. Je pensais performer sur la distance en immersion et je me suis totalement plantée. Je ne suis même pas arrivée en finale. Ça a été une journée très dure. Mais c’est aussi la première fois où j’ai réussi à reprendre mes esprits. J’ai réussi à me dire que la compétition n’était pas terminée, que ce n’était pas parce que je m’étais plantée ce jour-là que je me planterai le lendemain. Au-delà de la médaille que j’ai faite ensuite et qui était totalement inattendue, cette compétition m’a montré que je pouvais surmonter un défi, un échec, alors que j’étais encore très jeune.

Tu es très entourée par ta famille depuis tes débuts mais comment gères-tu ce mental de championne justement ?

Ma mère et mon frère, en effet, m’aident beaucoup pour les compétitions sur le plan psychologique. Je discute beaucoup avec eux et mon entraîneur. Et, après, pour moi, je vais le redire, ce qui change la donne, c’est ma foi. Je me recentre et je me dis : « Moi, je fais ce que j’ai à faire, je m’occupe de la partie qui est humainement possible, le reste, c’est Dieu qui s’en occupe. »

Est-ce que tu as un exemple de ce que te disent ta mère ou ton frère quand par exemple tu es un peu « au fond de la piscine » ? Qu’est-ce qui te permet toujours de replonger dans le grand bain ?

Déjà, je pense qu’il y a quelque chose d’assez important à dire, c’est qu’on ne m’a jamais engueulée parce que je n’avais pas réussi quelque chose. On ne m’a jamais poussée dans mes retranchements, en tout cas, pas avec ce moyen-là. En plus, dans une carrière, on a bien plus de défaites que de victoires. Avant d’apprendre à gagner, il faut apprendre à perdre. Quand on se loupe, le plus boostant, c’est d’être entouré, soutenu, ça fait relâcher la pression, et c’est ça qui te permet de retourner à l’eau.

On te sent très droite dans tes palmes, sereine comme un vieux loup de mer…

Je doute, bien sûr, mais c’est vrai que le sport de haut niveau, c’est tellement intense que ça m’a fait murir plus vite. À un moment donné, il faut savoir accepter la défaite. Et comprendre qu’on n’est pas des machines. Moi, je suis une femme, par exemple, donc j’ai des cycles hormonaux. J’ai des périodes où ça va mieux, des périodes où ça ne va pas. Ce qu’on appelle les syndromes prémenstruels. J’ai la chance d’avoir un entraîneur qui comprend ça et qui adapte l’entraînement.

Comment tu vois la notion de performance justement dans ta nage, dans ton parcours ?

On cherche à toujours faire mieux. Ça c’est une certitude. Mais jamais dans l’obsession. La notion de performance n’est jamais devenue plus importante que le reste. Pour moi, la base, c’est de prendre du plaisir, je nage avec palmes avant tout parce que j’aime ça. Et d’être dans un climat de confiance. C’est une chance d’avoir un entraîneur et une famille qui sont toujours là pour t’aider.

Tu m’as raconté le tournant d’une de tes premières compétitions, as-tu, depuis, vécu une période de doute ou de blessure qui t’a presque fait raccrocher les palmes ?

Je me suis blessée, oui. Je me suis fait opérer deux fois de chaque cheville. La palme est quand même un sport traumatisant pour les chevilles sachant, qu’en plus, j’ai une pathologie de naissance à cet endroit. Même si les deux opérations se sont très bien passées, ces périodes n’ont pas été faciles. Je savais que si je voulais continuer, il fallait que j’en passe par là, parce que la douleur n’était plus supportable à l’entraînement. Donc, j’ai dû presque repartir de zéro, à chaque fois. En octobre 2021 puis après ma dernière opération qui date seulement de septembre. J’ai été très bien entourée, encore une fois, par mon entraîneur, qui a su me faire revenir de ces opérations comme il se doit. Car la rééducation n’est pas facile. Il faut savoir écouter son corps, écouter ses limites.

Pour l’année sportive 2022-2023, en fait, j’ai fait ma première année de médecine, donc ça a été neuf mois sans pratique de sport. Quand j’ai repris, ça a été difficile. Et rebelote cette année après l’opération, j’ai été en arrêt jusqu’à janvier-février. Quand on est sportif de haut niveau, plusieurs mois d’arrêt, ce n’est pas rattrapable en deux entraînements… Mais je n’ai jamais eu aucune pression extérieure, même quand j’ai stoppé pour médecine. Je les avais prévenus. Ils savaient que j’allais reprendre.

Quand on te dit que tu dois repartir de zéro, ça doit être terrible à vivre mais tu y parviens. Ça veut dire que tu arrives à être dans l’instant présent et à faire tes entraînements petit à petit. Tu ne vas pas plus vite que la musique, comme lorsque tu faisais tes gammes de piano enfant finalement…

Oui, quand on revient à l’entraînement après une opération, il faut accepter qu’on n’est plus capable de faire six heures de sport dans la journée sans « souffrir ». À ce moment-là, faire vingt minutes de marche, c’était déjà l’exploit. En 2022, j’ai presque dû réapprendre à marcher tellement je ne tenais plus sur mes pieds. On n’a jamais parlé de la possibilité ou pas de revenir à mon niveau d’avant avec mon entraîneur. Mais il n’avait aucun doute sur le fait qu’on allait tout faire pour atteindre le niveau d’avant, ensemble. Il savait que j’allais m’accrocher. Savoir si j’allais y arriver ou non, Dieu seul le savait.

Et tu as rempli le contrat si on peut dire. Après ta blessure de 2021, tu fais quand même vice-championne du monde en 2022 et vice-championne d’Europe en 2023…

Oui, quand je raconte ces années, je suis toujours autant émerveillée. Comme une enfant qui fait « Waouh ! ». Je n’y crois presque pas. En fait, le retour à la pratique sportive a été vraiment très dur. J’ai eu du mal à faire ma rééducation. J’avais tout juste 18 ans. Avec mon entraîneur, on avait un objectif, c’était de partir aux championnats du monde. D’ailleurs, je venais d’apprendre que j’avais réussi à être sélectionnée pour les Jeux Mondiaux aux États-Unis avec mes résultats de l’année précédente. Ça faisait un gros projet pour mes petites chevilles. On n’a rien lâché et j’ai fini cinquième aux Jeux Mondiaux, ce qui était déjà assez extraordinaire. Et aux championnats du monde, j’ai fait ma première médaille mondiale en finissant deuxième. Ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

Quand tu étais à l’eau pour cette compétition, tu as eu mal ou tu te sentais bien ?

J’avais hâte de nager. Je voyais de là où je venais donc j’étais déjà très heureuse d’être là et de pouvoir concourir. Et puis ensuite, quand je suis dans l’eau, je ne pense à rien… Ça a dû aider. Un mois et demi après, j’entamais ma première année de médecine et mon arrêt de la nage pendant neuf mois.

Donc tu n’hésites pas à tout couper côté sportif pour te consacrer à la deuxième partie de ton rêve, la médecine ?

Oui, je révise pendant neuf mois, vraiment énormément. De 4h30 du matin à 20h. Tous les jours. J’ai vécu un peu en parallèle du monde pendant ces mois-là. J’ai quasiment pas fait de sport. Je suis juste venue aider mon équipe pour la Coupe de France des clubs, en décembre. J’ai passé le concours de médecine, le 2 mai, à 11h30. Je suis sortie à 12h30. À 16h, j’étais à l’entraînement. Avec dix kilos en plus sur la balance. C’était difficile comme reprise. Mais j’ai quand même tenté les championnats de France qui avaient lieu la semaine d’après. C’était un pari avec mon entraîneur. On s’est dit qu’on n’avait rien à perdre. Résultat des courses : je fais le temps de sélection et je finis deuxième sur le 100 mètres immersion. Je ne sais pas comment c’est passé.

Après, j’avais deux mois pour me préparer pour les championnats d’Europe. Mais je ne pouvais pas m’entraîner autant qu’avant. Déjà, m’entraîner une fois par jour, c’était énorme. En général, je nage deux fois par jour une heure et demie en tout et je fais une heure et demie de muscu. Comme, là aussi, je n’avais rien à perdre et que j’avais été enfermée dans ma chambre pendant neuf mois, j’ai tout donné. Je revivais. Et j’ai fini deuxième sur le 100 mètres d’immersion. On ne sait pas trop comment non plus… On était vraiment hyper contents parce que c’était du travail d’équipe.

Tu avais retrouvé ton milieu naturel ! Que se passe-t-il après ces deux médailles inattendues ?

Alors, la saison 2023- 2024 a été un peu difficile. J’ai subi mes non-entraînements de l’année précédente. Je me suis quand même sélectionnée en équipe de France et je suis partie aux championnats du monde à Belgrade. Mais j’ai fini seulement sixième au 100 mètres immersion, ma discipline de prédilection. Deux ans avant, je faisais deuxième. Mais je n’ai pas été frustrée car je savais d’où je venais. De 2023 à 2025, je fais ma deuxième puis ma troisième année de médecine. Le double cursus a commencé à être fatiguant. Ça devenait difficile de gérer les deux. Mais je m’en suis sortie, tant bien que mal.

C’était quoi tes journées ?

Le lundi, mardi, mercredi, j’avais stage le matin. Donc, ce que je faisais, si j’avais le temps, c’est que j’allais m’entraîner avant, de 7h à 8h30. Ensuite, je filais en quatrième vitesse à l’hôpital Nord, à Marseille, en stage. À la sortie, si j’avais le temps, j’allais à la muscu entre midi et deux et puis, soit, j’avais cours, soit, je rentrais réviser. Je faisais les aller-retours entre Marseille et Cabriès.

Et donc, en 2024-2025, est-ce que tu arrives à remplir un peu des objectifs en compèt’ ?

La saison dernière, j’ai fait deux records de France sur le 50 mètres surface et le 100 mètres immersion que j’essayais d’avoir depuis des années. Quand j’ai fait deuxième aux championnats du monde, j’ai loupé le record de France à un centième de seconde. Ça s’est bien passé cette saison, d’une certaine façon, parce que je n’ai jamais fait autant de médailles. J’ai fait championne d’Europe sur le 100 mètres immersion. Deuxième aux 4×50 et aux 4×100 mètres SB, avec les garçons. Et troisième aux 4×100 mètres en surface. Mais comme j’étais blessée, il y avait eu des semaines d’entraînement en moins et donc je n’ai pas fait les temps que je voulais faire.

Je suis ensuite partie aux Jeux Mondiaux au mois d’août en Chine. J’étais très heureuse d’être sélectionnée mais j’étais blessée donc j’ai fini huitième. Mais après, c’était une expérience incroyable. L’organisation était dingue ! C’est les Jeux Olympiques pour les sports olympiques qui ne sont pas au programme des JO, en fait. C’est tous les quatre ans, juste après les Jeux. C’était ma deuxième sélection pour les World Games, les Jeux Mondiaux, après celle des États-Unis en 2022 où j’étais arrivée cinquième. Je me suis faite opérer dès mon retour de Chine et puis j’ai repris en janvier 2026… Je n’ai pas grand-chose à vous dire puisqu’on n’a eu qu’une seule compétition !

Comme tu nages parfois avec des garçons, comment ça se passe la cohabitation dans l’eau avec eux ?

J’aime beaucoup m’entraîner avec les garçons, parce qu’ils nagent quand même beaucoup plus vite que nous. En plus, j’ai la chance d’avoir un petit frère qui fait le même sport que moi et dans la même équipe. C’est une vraie source d’inspiration, d’aide et d’encouragement de pouvoir s’entraîner ensemble. On a même déjà fait un relais ensemble en compét’. Avec les garçons, l’ambiance est très sympa. Heureusement, vu le temps qu’on y passe !

Les membres de l’équipe de France sont devenus tes amis, j’imagine ?

Oui et, au-delà des Français avec qui je nage, moi, ce que j’aime, c’est qu’on rencontre beaucoup de personnes à l’international. J’ai pu me faire des amis dans beaucoup d’équipes nationales différentes à travers le monde. Ça permet de découvrir des cultures, des pays, des langues.

Tu es sportive de haut niveau mais tu ne peux pas vivre de ton sport, comment fais-tu financièrement ? Est-ce que tu cherches à avoir des sponsors ?

On ne peut malheureusement pas vivre de notre pratique sportive, mais j’ai mes études de toute façon. Mais on a quelques aides du département et de la Fédération, ça nous aide à acheter le matériel parce que ça coûte quand même cher. Et puis, j’ai la chance d’avoir mes parents qui couvrent mes dépenses. Donc je ne suis pas forcément à la recherche de sponsors mais je ne dirais pas non si l’occasion se présentait. Et puis, je suis bien occupée entre les entraînements et les révisions, donc c’est vrai que je n’ai pas le temps d’en chercher.

Est-ce que, au fur et à mesure des années, ça a créé en toi quelque chose de particulier de te sentir aussi puissante sur et sous l’eau ?

C’est vrai que le sport de haut niveau, en règle générale, m’a beaucoup construite. On apprend beaucoup, en termes de rigueur et de dépassement de soi. Et on voit qu’on peut faire des choses dont on ne se pensait pas capables. On n’arrête jamais d’apprendre aussi. Et ça, ça me plaît énormément. J’aime aussi le fait que dans le sport de haut niveau, techniquement, la perfection n’existe pas, et qu’ainsi l’entraînement demande toujours plus de travail. On peut toujours faire mieux. Ça me fait le même effet avec la médecine dont je suis passionnée depuis toute petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose que ça comme métier.

Quels sont tes rêves sportifs aujourd’hui ?

Je dirais le meilleur des temps, des médailles plus jolies. Après, c’est vrai que je suis déjà très heureuse et comblée de la carrière que j’ai pu avoir. L’objectif est toujours le même : prendre du plaisir dans ma pratique et faire du mieux que je peux, aller toujours plus vite. Sortir de la course avec le sourire, ça serait ça mon premier objectif. En tout cas, là, je continue mon petit bout de chemin. En 2021-2022, j’avais pris une année de pause après le bac et, là, je suis en année de césure. Mais, petit à petit, les études vont prendre une place assez importante puisqu’il y a un concours important en sixième année de médecine. Mais je vais essayer de concilier les deux, comme d’habitude. Le sport sans les études ou les études sans le sport, ça ne fonctionne pas pour moi. Mon équilibre, je le trouve en faisant les deux.

  • Le palmarès de Maïwenn Hamon : 23 médailles aux championnats de France dont 10 titres de Championne de France juniors et seniors. À 21 ans, 8 sélections en Équipe de France et 4 sélections en Équipe de France Juniors, soit 12 sélections au total. 2018 Ancien record de France du 100m immersion et 50m apnée (juniors). Championne d’Europe Juniors du 50m Apnée, Istanbul, Turquie, août 2018. (14 ans). 2020 3e Française sous les 17s au 50m Apnée. 2022 2e Française sous les 37s au 100m Immersion. Record de France. 1re Française sous les 18s au 50m Surface. Record de France. 5e du 50m Apnée aux Jeux Mondiaux (World Games), Birmingham, USA, juillet 2022. Vice-Championne du Monde du 100m Immersion, Cali, Colombie, juillet 2022 (18 ans). 2023 Vice-Championne d’Europe du 100m Immersion, Gödöllő, Hongrie, juillet 2023 (19 ans). 2024 Élue Meilleure Athlète en Coupe du Monde de l’année. 2025 Vice-Championne d’Europe du 4x50m surface-4x100m SB mixte – Bronze 4×100, Olsztyn, Pologne, juillet 2025 (21 ans). Championne d’Europe du 100m Immersion, Olsztyn, Pologne, juillet 2025.

 

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