
Le Q&A de la championne de kayak cross Angèle Hug
Elle a décroché la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Paris 2024 en kayak cross, nouvelle épreuve aux JO. À peine le temps de s’en remettre et Angèle Hug répond à notre Q&A post-JO !
Publié le 16 mai 2024 à 13h06, mis à jour le 13 juin 2024 à 16h18
Pourquoi as-tu accepté d’offrir ton témoignage à 1m60max et ÀBLOCK! dans le 3e épisode de cette série sur les (petites) femmes sportives* ?
Disons que j’ai deux ou trois anecdotes à raconter sur le sujet ! Mais aussi deux ou trois petites choses vécues dans l’enfance. Bon et puisque mon mari fait 1,90m, j’ai aussi des trucs à dire là-dessus.
Après, évidemment, pour le coup, le judo est un sport où les différences de taille, de gabarit, on s’en fout un peu ! Tout le monde a sa place.
Est-ce que tu pourrais résumer ton parcours sportif pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Je m’appelle Sandrine Martinet, j’ai 41 ans et je suis sportive de haut niveau. J’ai commencé le judo à 9 ans avec les valides et le para judo en 2002 à l’âge de 20 ans. J’ai débuté ma carrière avec mes premiers championnats du monde et avec l’objectif de faire les Jeux Paralympiques d’Athènes en 2004, qui étaient les premiers pour les femmes en judo. Oui, avant, il n’y avait que les gars qui avaient le droit d’y participer !
Aujourd’hui, j’ai trois titres de championne du monde, trois titres de championne d’Europe, j’ai eu la médaille d’or aux Jeux de Rio et la médaille d’argent aux Jeux d’Athènes, Pékin et aux JO de Tokyo où j’étais aussi porte-drapeau de la délégation française.
Tu combats dans quelle catégorie ?
J’ai commencé ma carrière en moins de 52kg et après les Jeux de Rio, je suis descendue en moins de 48kg. Au départ, c’était un choix parce que j’avais perdu du poids et que ça me paraissait intéressant d’aller me challenger sur cette catégorie en étant un petit peu plus âgée. L’idée était plutôt bonne même si j’ai perdu à l’époque en finale… avec un arbitrage que je n’ai toujours pas compris, mais bon !
J’aurais voulu, pour Paris 2024, remonter en 52kg mais cette catégorie de poids n’existe plus depuis qu’ils ont séparé les non-voyants et les malvoyants qui combattaient ensemble avant Tokyo. On ne pouvait pas non plus avoir cinquante podiums, cinquante catégories, donc il a fallu en supprimer certaines. Les 52kg devraient revenir après les Jeux de Paris.
©Sandrine Martinet/Facebook
Au-delà du poids, la taille a-t-elle une incidence dans la pratique du judo ? Est-ce que ça peut être un avantage, un inconvénient ?
Alors, on a beau être classées par catégories de poids, on a quand même toutes des morphotypes différents : des grandes longilignes, des plus petites, des plus tanquées. L’avantage d’être petite, c’est de “passer en dessous” en termes de centre de gravité. On va venir à genoux, s’effacer, en utilisant la force de l’adversaire qui est plus grande pour la faire chuter.
Généralement, les grandes élancées vont plutôt avoir des mouvements de jambes ou de hanches type uchi-mata ou o-soto, qui permettent de garder de la distance et nous, on va plutôt être sur des mouvements d’épaules.
Après, dans les petites catégories, le point commun, c’est la vitesse ! Donc, oui, il y a des types de techniques qui vont avec le gabarit mais on peut aussi être dans l’intermédiaire et utiliser un peu des deux. En fait, ça se fait naturellement, ça dépend de chaque athlète.
©Sandrine Martinet/Facebook
Pourquoi avoir choisi le judo plutôt qu’un autre sport ?
Moi, au départ, j’adorais les sports de balle, notamment le foot, mais visuellement bon, c’était très compliqué (Sandrine est atteinte d’achromatopsie, une maladie génétique qui réduit l’acuité visuelle, la perception des couleurs et qui augmente la photosensibilité, Ndlr) et j’étais souvent rejetée quand j’étais enfant.
Je me suis tournée vers un sport de combat, plus tactile, car l’adaptation vis-à-vis de mon handicap était plus simple. À la différence du judo valide, on part “garde installée”, c’est-à-dire les mains sur le kimono. C’était plus facile pour moi. Et ça m’a tout de suite plu !
Aussi parce que ce sport a un vrai code moral, des valeurs très marquées. D’ouverture principalement, puisque comme je le disais, dans le judo tout le monde a sa place, peu importe la morphologie. Et pour la petite fille dont on se moquait à l’école que j’étais, je me suis dit que je serais mieux intégrée là que dans d’autres sports.
©Sandrine Martinet/Facebook
On se moquait de toi par rapport à ton handicap visuel ?
Principalement pour le handicap visuel oui, on m’a appelé la taupe, l’aveugle, mais aussi la naine ! J’étais la “naine à lunettes”. On s’acharnait aussi sur ma petite taille car j’étais toujours, partout, la plus petite. Alors, pour être choisie en sport, entre ma taille et mon handicap visuel, je peux vous garantir que systématiquement, quand il fallait faire les équipes, j’étais prise en dernière ! Ce sont de mauvais souvenirs.
Des mauvais souvenirs à l’école donc mais à quels autres moments de ta vie ta taille a eu un impact ?
Dans la vie quotidienne, la difficulté serait peut-être pour s’habiller parce qu’à chaque fois, il faut reprendre les pantalons, mais l’avantage, c’est qu’on peut s’habiller en 14 ans et c’est moins cher !
Pour l’anecdote aussi, je suis mariée avec un homme qui fait 1,90m et c’est la baston pour le rangement à la maison. C’est très compliqué et quand vous rajoutez l’handicap visuel, c’est pire ! Des fois on en rigole car mon mari a tendance à ranger plein de choses en hauteur et moi à l’inverse je vais mettre ça plus bas. Alors forcément, on passe tous les deux à côté !
Mais, oui, la taille m’a vraiment plus gênée quand j’étais enfant parce que je méconnaissais le monde du handicap et de la différence. On m’a parachutée dans un milieu pas forcément adapté car je n’ai jamais fait d’école spécialisée à part pour mon métier de kiné. Mais, en même temps, toutes ces moqueries, toutes ces insultes, ça m’a permis d’être plus forte, d’être plus autonome rapidement et, pardonnez-moi l’expression, d’envoyer chier les gens plus facilement.
Critiquer les gens sur leurs différences, c’est juste un manque d’intelligence, une méconnaissance de l’autre. Je les plains plus qu’autre chose. Ça ne me fait plus du tout l’impact que ça me faisait quand j’étais enfant.
Personnellement, j’ai tellement dû prouver que j’avais ma place en tant que déficiente visuelle que finalement, avoir ma place en tant que personne de moins d’1,60m a été une démarche plutôt facile. J’avais accepté ma différence de vue et cette différence de taille était plus facile à imposer à la société.
Je me suis rendu compte que, finalement, peu importe la taille que je fais, ça ne m’empêche pas de faire du sport, d’être mariée, d’avoir des enfants, d’avoir une vie professionnelle…
©Sandrine Martinet/Facebook
Tes enfants font plutôt ta taille ou plutôt celle de ton mari ?
Mes enfants sont de taille, je dirais, “classique”, dans la moyenne. Bon, ils seront plus grands que moi et d’ailleurs ça y est, mon fils m’a dépassée. Ça lui tenait à cœur je crois. Tous les trois jours, il comparait sa taille à la mienne.
J’ai une de mes nièces qui n’est pas très grande non plus, elle a hérité de ses deux tantes et ça l’agace un peu que son cousin soit plus grand qu’elle. Mais elle est gymnaste et là, pour le coup, c’est un vrai avantage.
Ton mètre 60 max est-il un sujet pour exercer ton métier de kiné et manipuler des corps variés ?
Quand on est un bon kiné, on a cette capacité d’adaptation à l’autre. C’est sûr que, parfois, c’est un peu plus compliqué, par exemple pour avoir une prise sur des grands pieds quand on a des petites mains. Mais mes différences m’enrichissent car elles me demandent de travailler plus finement et c’est d’autant plus intéressant. Je vois chaque difficulté comme un défi et l’occasion d’apprendre encore pleins de choses.
Et puis, on a aussi l’adaptation matérielle qui nous aide. On a des tables qui descendent très bas pour bien positionner notre dos et être le plus à l’aise possible pour surtout être efficace avec le patient. On s’en sort toujours.
©Sandrine Martinet/Facebook
Un message à faire passer à celles qui te liront et qui peuvent être gênées par leur taille ?
On est tous différents. On a tous d’une certaine manière un handicap. Une timidité maladive par exemple est un énorme handicap au niveau social et je ne parle même pas du nombre de handicaps invisibles qui existent dans la société, puisque 80 % de la population est en situation de handicap aujourd’hui.
Donc, pour moi, on a tous des différences qui peuvent être des forces, qui peuvent être des richesses et on a tous des qualités, des compétences. Et peu importe qu’on soit en situation de handicap, qu’on soit de petite taille, qu’on soit hyper grand, ça va juste nous pousser à trouver des solutions et à développer d’autres capacités, d’autres moyens de faire, d’autres stratégies.
C’est ça qui est passionnant, on va se différencier des autres non pas justement par notre “différence” mais par notre capacité à surmonter ça et à avoir mis en place un autre système. Ça peut être un système d’attaque, comme dans mon sport, ou un système d’adaptation qui va faire qu’on est performant et qu’on arrive à obtenir ce qu’on veut dans la vie personnelle, professionnelle ou sportive en ce qui me concerne.
Je crois que mon parcours l’atteste et le parcours de nombreux paralympiens aussi.
©Sandrine Martinet/Facebook
*Écoutez le podcast 1m60max, un partenariat ÀBLOCK!, avec Sandrine Martinet
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Depuis trois ans et le lancement de mon média, après avoir donné la parole et écouté toutes ces championnes de haut vol, j’ai le sentiment de les aimer si profondément que je ressens l’envie irrépressible de les prendre dans mes bras.

Amoureuse du ballon rond, c’est elle qui le dit. D’aussi loin qu’elle se souvienne, au Canada comme en France, Jessica Silva a toujours été une footeuse passionnée. Avec ses joueuses du FC Metz, cette entraîneure ambitieuse se bat pour son club mais aussi pour le développement du foot féminin.

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