Anaïs Quemener : « Avant le marathon de Berlin, j’ai posé des paillettes sur mes yeux, les courses c’est jour de fête ! »

Anaïs Quemener
Laissez-moi vous raconter la course, quand on a débarqué dès le vendredi soir à Berlin avec mon père et les copains du club. Là-bas, j'ai battu mon record mais, ne me demandez pas pourquoi, je n’étais pas non plus aux anges ! Je vous explique...

Par Anaïs Quemener, championne de marathon*

Publié le 28 septembre 2023 à 9h29, mis à jour le 28 septembre 2023 à 9h32

« Passer sous la barre des 2h30 lors du Marathon de Berlin, c’était un défi. Le week-end dernier, après deux mois de préparation, j’ai réussi cette perf’, en signant un record de 2h29’’01. Et ne me demandez pas pourquoi, mais je n’étais pas non plus aux anges, je voulais faire mieux encore, j’imagine que c’est le lot des éternels insatisfaits !

Mais laissez-moi commencer par le début et vous raconter ce marathon dans les grandes lignes. Il avait lieu le dimanche 24 septembre et nous avons débarqué à Berlin dès le vendredi soir avec mon père et quelques copains de mon club La Meute. Dîner tous ensemble puis réveil le lendemain matin pour un petit-déj avant d’aller récupérer nos dossards. En vrai, que ce soit avant, pendant ou après la course, on ne s’est pas quittés d’une semelle de basket !

Un petit tour des stands installés dans la zone de départ – même si j’ai besoin de rien, j’ai mes chaussures, mon équipement de course, mes gels, mais je suis curieuse-, un déjeuner de pâtes puis un petit footing post-digestion de 20 mn avec 4 lignes droites, un peu de repos histoire de ne pas marcher toute la journée, quelques séquences de tournage avec l’équipe de Salomon, mon équipementier sponsor, puis un dîner avec encore une assiette de pates, mais complétée cette fois par un tiramisu. Côté nutrition, j’écoute mon corps, je ne mange pas une raclette la veille d’une course, mais je fais comme je le sens.

©Margaux Le Map/Salomon

Lors de nos repas ensemble, on parle pas mal de la course, ça nous rassure, on parle des chronos, de nos ambitions. On rit, ça charrie beaucoup, j’aime ces moments.

Je me suis endormie vers minuit. Avec mon rythme de travail -je suis aide-soignante de nuit- j’ai toujours du mal à dormir tôt, que ce soit avant une course ou n’importe quand. Je ne suis pas particulièrement stressée, je stresse plutôt les autres de ne pas l’être ! Le stress chez moi, c’est l’envie de bien faire : je n’ai pas envie de décevoir mon père, ni moi d’ailleurs.

Je me suis réveillée à 5h40. Départ à 8h15, juste le temps d’aller au petit-dej à 6h puis de se préparer : je me suis maquillée comme d’habitude, j’ai posé des paillettes sur mes yeux, les courses c’est jour de fête !

On est allés s’échauffer avant de rejoindre la ligne de départ à 9h. Je n’aime pas trop l’attente avant de s’élancer, on a le temps de se refroidir et moi j’aime m’échauffer et partir direct, mais on fait avec, on bouge un peu sur place. Après 20 mn d’attente, on est partis tous ensemble avec les copains du club.

J’ai toujours une petite appréhension, elle est là tapie au fond de moi jusqu’à l’arrivée, parce qu’il peut y avoir des pépins pendant la course, on bascule dans l’inconnu.

©Margaux Le Map/Salomon

On avait défini une stratégie : on respecte les allures prévues en amont et à partir du 35e km, ceux qui se sentent bien, qui en ont dans les jambes, peuvent y aller ! Mais pas avant, c’est trop tôt. Moi, à ce moment-là, je me sens un peu limite, je sais que j’irai au bout mais c’est dur. Je devais être régulière mais à 3,30min au kilomètre, je passe, au 10e km, avec 20 secondes d’avance. Je connais les allures par cœur et là, je sais que je vais trop vite. Donc, j’essaye de me recaler, mais au final, je ne ralentis pas car je me sens bien.

Ma vitesse moyenne est de 17 km/h. Au semi, on passe avec 30 secondes d’avance, je suis toujours trop rapide. J’essaye de limiter la casse puis je me recale pile-poil. Mais au 35km, je suis un peu en difficulté, ça tient quand-même, je perds une minute en fin de course, ça passe.

©Margaux Le Map/Salomon

Au 38e km, c’est vraiment difficile, même en ayant ralenti l’allure. Jusqu’au 41eKm, c’est dur à la fois physiquement et mentalement. J’ai serré les dents lors des derniers mètres.

Avec le recul, ça m’apprend qu’on est partis trop vite. J’aurais pu être moins en difficultés si je m’étais forcée à rester dans les allures convenues. Mais on se laisse porter, on se dit on verra bien alors que non, on le paye à la fin.

À l’arrivée, je vois que je suis sous les 2h30. Je suis contente, mais comme je le disais, un peu déçue car la fin de course a été difficile et je fais un tout petit 2h29, j’aurais tellement aimé faire mieux, mais voilà je me suis cramée !

Je me dis alors que si je parviens à suivre le plan initial, ça laisse entrevoir de bons chronos pour la suite, aller chercher un 2h28 par exemple.

Je sais que je suis la première Française à passer la ligne, je suis fière, mais c’est le chrono qui compte. Je n’y allais pas pour ça, mais pour améliorer mon record. J’attends les copains ou bien je retrouve ceux qui sont déjà arrivés. On était tous ensemble jusqu’au 36e km. Ce que je veux, c’est les serrer dans mes bras et partager nos émotions. C’est un soulagement, on a réussi. Tout le monde a fait son record.

Après, c’est retour à l’hôtel, prendre une douche, s’offrir un dernier déjeuner à Berlin. Là, on refait le film de la course avant de filer à l’aéroport vers 18h. Une fois à Paris, je rentre chez moi, je retrouve mon chien, j’ai mal aux jambes, mais je ressors manger une pizza avec mon ami Mathieu. Enfin, il faut fermer la parenthèse de ce marathon car le lendemain soir, c’est boulot ! La vie normale reprend son cours.

Allez, on se retrouve ici dans quinze jours ? »

©Margaux Le Map/Salomon

* Anaïs Quemener est notre ambassadrice ÀBLOCK! Elle est aide-soignante et athlète, spécialiste des courses de fond. Atteinte d’un cancer du sein, elle trouvera dans le sport une thérapie, un outil de réparation. Le , elle devient championne de France de marathon en 2h40’36, après son titre de 2016. Le  au marathon de Paris, elle bat son record en 2h32’12, première Française à passer la ligne d’arrivée. Elle s’entraîne aujourd’hui à sa qualification à l’épreuve de marathon des Jeux Olympiques en 2024 et/ou 2028. 

Ouverture ©Margaux Le Map/Salomon

D'autres épisodes de "Running, après quoi courent les filles ?"

Vous aimerez aussi…

Le skating ? Cékoiça ?

Le skating ? Cékoiça ?

On ne parle pas ici de skateboard, mais de sport de glisse. Les amateurs de ski de fond comprennent ce terme, mais les novices moins. C’est quoi, à votre avis ? Les sportifs et sportives, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Place à notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Gaétan Alibert : « Les femmes dans le baseball… ça a été compliqué, mais elles ont toujours été là. »

Gaétan Alibert : « Les femmes et le baseball… ça a été compliqué, mais elles ont toujours été là. »

L’open de France de baseball féminin se jouait à Valenciennes la semaine dernière. Mais si on prolongeait le plaisir avec Gaétan Alibert ? Auteur passionné et passionnant d’une « Histoire populaire du baseball », il nous éclaire sur ce sport encore trop peu (re)connu en France, mais également sur quelques-unes de ses pionnières audacieuses. Et c’est de la balle !

Lire plus »
louise lenoble highline

Louise Lenoble – Totalement perchée

Grande prêtresse de la highline, elle passe sa vie à marcher sur des sangles au-dessus du vide, là où le vent l’emporte. Le monde lui tend les bras et elle nous raconte son histoire, celle d’une étudiante en médecine devenue nomade pour s’offrir une existence vertigineuse. Zoom sur une fille d’exception. 

Lire plus »
Luc Arrondel « En France, le salaire moyen d’une joueuse de foot est à peu près celui d’un footballeur des années 70. »

Luc Arrondel : « En France, le salaire moyen d’une joueuse de foot est à peu près celui d’un footballeur des années 70. »

Économiste du sport, directeur de recherche au CNRS, Luc Arrondel s’est penché sur l’aspect business du football et plus particulièrement du foot féminin. Son livre « Comme des garçons ? » propose de mieux comprendre son essor et ses opportunités dans notre pays où la discipline conjuguée au féminin en est encore à ses balbutiements.

Lire plus »
La question qui tue Si je fais trop de muscu, je vais ressembler à un mec, non ?

Si je fais trop de muscu, je vais ressembler à un mec, non ?

On a toutes cette copine (ou bien on est cette copine) qui a peur de la musculation. « J’ai pas envie d’avoir des gros bras ». Si t’es du genre à checker tes biceps après chaque séance pour vérifier qu’ils n’ont pas trop gonflé, cet article est fait pour toi. On t’explique pourquoi, muscu ÀBLOCK! ou pas, t’es pas prête d’avoir le physique de Schwarzy…

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner