Depuis janvier, tout le monde savait que Sarah Bouktit quitterait Metz à l’issue de la saison pour rejoindre Győr, le club qu’elle vient de terrasser en finale. Le choix avait été annoncé, assumé, digéré. Il n’empêchait pas le déchirement. Neuf ans après son arrivée en Moselle à l’âge de 14 ans, la meilleure pivot de handball du monde allait partir. Alors, cette fille de terrain a décidé de laisser quelque chose derrière elle.
Dimanche 7 juin à Budapest, Sarah Bouktit a inscrit 20 buts en deux matchs, avec un taux d’efficacité de 87 %. Elle a été élue MVP du Final Four. Et dans les dernières secondes d’une première mi-temps sous tension, c’est elle qui a planté le but de la pause (18-17) sur une passe lumineuse de Lylou Borg, à trois secondes de la sirène. Un but de chef. Le genre qu’on ne marque pas par hasard.
L’histoire de Bouktit commence à Mont-Saint-Martin, petite ville du nord de la Meurthe-et-Moselle, à deux pas des frontières belge et luxembourgeoise. Elle a 6 ans quand elle pose les mains sur un ballon de handball. Elle joue avec les garçons, elle aime ça, elle ne veut pas en partir. Ses entraîneurs se souviennent d’une gamine qui ne manquait jamais un entraînement, qui absorbait tout, qui vivait pour ça. Quand le Pays-Haut Handball la recrute, elle hésite à rejoindre un collectif féminin. Elle finit par dire oui. Le pôle espoirs, puis le centre de formation de Metz. La trajectoire est lancée.
À 18 ans, elle signe son premier contrat professionnel. À 19 ans, elle est internationale. À 21 ans, elle est championne du monde. À 22 ans, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Paris. À 23 ans, championne d’Europe. Son armoire à trophées déborde, mais elle en veut plus.
Le poste de pivot est ingrat. On ne le voit pas au tableau d’affichage comme une arrière qui tire de loin. On le voit dans les corps à corps à deux mètres du but, dans les écrans posés pour ouvrir des espaces, dans les bras qui tiennent face à deux défenseures. C’est un poste de sacrifice. Sarah Bouktit en a fait un poste de domination.
Ce qui la distingue, c’est l’intelligence. Elle ne joue pas par instinct brut, elle joue par lecture. Elle sait où va le ballon avant que les autres l’aient décidé. À 1,82 m, avec une puissance physique rare et une vitesse de décision qui l’est encore plus, Sarah Bouktit a construit un profil unique au niveau européen.
Cet été, Győr l’attend. Le club hongrois — qu’elle vient de priver d’un troisième titre européen consécutif — a misé sur elle pour reconstruire. On ne sait pas encore ce que donnera cette suite. Ce qu’on sait, c’est ce qu’elle a laissé derrière.
À Metz, Sarah Bouktit n’était pas seulement une joueuse. Elle était une promesse tenue.