Lore Baudrit « C'est la première fois que le hockey féminin français va aux JO, c'est fort ! »

Lore Baudrit : « C'est la première fois que le hockey féminin français va aux JO, c'est fort ! »
Attaquante, capitaine, un mètre quatre-vingt-dix qui en impose, Lore Baudrit, 34 ans, est le socle de l’équipe de France féminine de hockey-sur-glace. Et tout ça avec un potentiel sympathie maximal. Maman d’un petit Sacha, jonglant entre sa vie pro, perso et sportive, la numéro 19 se prépare à vivre le rêve de sa carrière : les Jeux Olympiques de Milan-Cortina. Un dernier tour de glace avant qu'elle ne remise ses patins.

Par Claire Bonnot

Publié le 19 janvier 2026 à 16h44, mis à jour le 19 janvier 2026 à 18h50

Tu es en train d’écrire l’histoire avec ton équipe puisque vous allez aux Jeux Olympiques et que c’est la toute première fois pour les Bleues avec un e ! Qu’as-tu ressenti à l’annonce de cette qualification et, avec le recul, quels ont été les atouts de cette équipe dont tu es la capitaine ?

Déjà, à l’annonce, ça a été un peu indescriptible. Le contexte était particulier… Il y a eu repêchage parce que la Russie a été bannie. Mais, en même temps, nous sommes allées le chercher ce repêchage. Ça a quand même été un tournoi difficile. Et, malgré ça, on a fait preuve d’énormément de caractère. Ça, c’est une des forces de l’équipe de France féminine, c’est d’ailleurs ce qu’on essaie de renforcer en ce moment pour construire la préparation des Jeux.

En tout cas, c’est clair que ça a a été une qualif’ un peu bizarre. Au début, en vrai, moi, je n’y croyais même pas. Parce qu’on nous a dit « c’est bon, c’est fait », mais ce n’est pas sorti dans les médias. Et moi, je suis un peu parano ! J’attends que les choses soient vraiment officielles. En tout cas, on était en équipe, en plein stage, quand on a eu l’information. Et ça, c’était vraiment incroyable ! Ce que ça crée en nous, en moi, c’est juste de la joie, en fait, et une immense fierté. Et on sait qu’on écrit l’histoire aussi, donc c’est fort.

©Lore Baudrit Facebook

Actuellement, quel est l’état d’esprit de l’équipe à quelques semaines des JO et comment vous vous y préparez mentalement et physiquement ?

En fait, en termes de préparation, on aborde surtout le fait que ce sera les Jeux Olympiques et donc qu’il y aura beaucoup de distractions… Le plus gros piège, ça va être l’évènement en lui-même. C’est un peu le Disneyland des athlètes. Donc le coach nous prépare à gérer ça pour ne pas se laisser distraire et ne pas se détourner de notre objectif. On est contentes d’y aller, oui, mais on ne veut pas juste y aller. On veut performer. Sinon, la préparation en tant que telle est similaire à ce qu’on fait habituellement sur une année normale dans laquelle on a des stages à peu près tous les mois et demi. Notre stage de mi-décembre s’est super bien passé d’ailleurs. On est dans les starting-blocks !

Qu’est-ce que vous travaillez en ce moment plus particulièrement ?

Le noyau de l’équipe, et même une grande partie du groupe, est le même depuis un moment. Donc, je dirais qu’on est dans une continuité, mais qu’on va chercher à perfectionner certains systèmes, certains détails,créer les dernières alchimies, les derniers réglages entre nous. On ne peut pas tout changer parce que c’est les JO. Ça voudrait dire sinon que ce qu’on a fait avant ne faisait pas sens. On essaie quand même de construire de petites choses pour préparer l’équipe aux Jeux mais on n’a pas retourné la table, quoi!

©DEBCity Press GmbH

Cela fait presque dix-huit ans que tu joues pour l’équipe de France et trois ans que tu es la capitaine de l’équipe féminine, qu’est-ce que tu cherches à insuffler aux joueuses en général et dans le cadre particulier des Jeux ?

De la confiance. En fait, j’essaie de m’assurer que tout le monde soit en confiance et joue son meilleur hockey sur glace. Et pour les plus jeunes, je leur dis : « Vous n’avez pas besoin de faire autre chose que ce que vous savez faire. » Parce que, souvent, tu vas regarder les anciennes jouer et tu vas te dire « Ah, moi aussi, il faut que j’essaie de faire ça pour me démarquer ». Mais en fait non. Si tu es là, c’est pour tes qualités. Pas pour des choses que tu ne sais pas faire ou que tu n’as pas encore faites ou, même, que tu ne feras jamais. Et l’équipe est d’ailleurs formée en fonction de ça, en fonction des qualités différentes de chacune des joueuses.

Alors, bien sûr, on sait toutes patiner, shooter, passer, c’est la base. Mais après, c’est plus des détails dans notre façon de jouer, dans ce qu’on peut apporter individuellement dans le groupe. Et c’est ça que j’essaie de dire à mes joueuses : « Reste toi-même et joue avec confiance ». Et j’essaie aussi de m’assurer que tout le monde soit à 100 % le jour J. Pour moi, c’est le plus important.

©Lore Baudrit

Tu n’as pas changé ton discours ?

Non, je n’ai pas changé mon discours. Evidemment, là, il y a des leviers qui sont faciles à aller chercher pour se motiver. C’est les JO ! Il n’y a presque pas besoin de parler. Parce que le premier match des JO, si tu n’es pas motivée, bon, c’est qu’il y a un problème. Mais peut-être que l’idée, ce sera plus de calmer que de motiver les troupes, au final. Je pense qu’il y aura du monde dans le public, je l’espère en tout cas. Du coup, on peut se disperser ou sortir de son plan de match avec toute l’effervescence de cet évènement. Donc, oui, mon rôle sera sûrement de m’assurer que tout le monde est serein.

Comment tout a commencé pour toi avec le hockey sur glace car c’est plutôt un sport peu connu en France ?

Eh bien, moi, en fait, je suis originaire de Castres, dans le Sud-Ouest. Et donc, le hockey, ce n’est pas très populaire là-bas, on est plus rugby… Ça a été un pur hasard, en fait. À l’âge de 6 ans, alors que j’allais à la piscine avec mes parents, j’ai vu un entraînement de hockey dans le même complexe sportif. Et je leur ai dit : « Je veux faire ça ». Ils ne connaissaient pas du tout ce sport alors ils se sont renseignés et ils ont découvert qu’il n’y avait qu’une seule fille dans tout le club. Ils ont pensé que ce n’était pas pour les filles et n’étaient pas très rassurés à l’idée que j’en fasse. Mais comme mon trait de caractère principal, c’est d’avoir pas mal de suite dans les idées, je n’ai pas lâché, et ils m’ont laissée essayer. Et c’était parti !

Les premiers pas de la « petite » Lore sur la glace…©Lore Baudrit

Tu étais sportive avant ça ?

J’avais pratiqué l’athlétisme parce que mon frère en faisait et plusieurs autres sports. J’avais même voulu me mettre au rugby à côté du hockey. Mais là, par contre, mes parents m’ont dit « non ». Il fallait choisir. Donc, j’ai continué le hockey.

Et qu’est-ce qui t’a tout de suite plu dans ce sport ?

Franchement, je pense qu’à la base, le coup de foudre est venu de l’équipement et de la vitesse de jeu. Mais après, en en faisant, ça a été le fait que ce soit un sport d’équipe. Tout partager, ça démultiplie tout. À la fois les victoires, mais aussi les défaites. Le fait de partager tout ça avec un groupe qui est maintenant l’équipe de France, et qui est devenue un groupe d’amies, presque une famille, ça rend les choses folles. C’est énorme les émotions qu’on vit ensemble. Bien sûr qu’à 6 ans, ce n’est pas ça que je suis allée chercher. Je ne m’en rendais pas compte. Mais aujourd’hui, je pense que c’est vraiment quelque chose qui me plaît. Et puis, les valeurs aussi. Dans le hockey, il y a beaucoup de solidarité, beaucoup de respect. C’est un bon environnement pour évoluer quand on est enfant.

Lore, au centre, à ses débuts, déjà grande pour son âge…©Lore Baudrit

Tu racontais tout à l’heure que tes parents avaient été inquiets, en quelque sorte, que tu sois l’une des seules filles dans l’équipe. Toi, comment tu l’as vécu, est-ce que c’est un milieu accueillant pour une petite fille et une jeune femme ?

À Castres, on était deux filles. Il y en avait une qui avait un ou deux ans de plus que moi, si je me souviens bien. Mais dans mon entourage proche dans l’équipe, j’étais souvent toute seule. Mes parents ont réagi comme ça au départ mais je n’ai jamais été élevée avec de grands stéréotypes du style « une fille, ça doit jouer à la poupée ». J’ai toujours pu faire ce que j’avais envie de faire. Chez eux, c’était plus une peur de l’inconnu, je pense. Je sais que pour certaines jeunes filles, ça peut être compliqué. Mais moi, ça ne m’a pas vraiment dérangé et ça n’a même jamais été un problème. Ça peut être une très bonne compagnie, les garçons.

En fait, je n’ai jamais ressenti que j’étais différente dans l’équipe. La seule chose, c’était qu’à un moment donné, on m’a dit qu’il fallait aller s’équiper dans un autre vestiaire. Après, quand j’étais enfant, j’étais déjà très grande. Depuis toute petite, je fais une tête de plus que tout le monde. Donc je pense que ça a aussi été une force pour m’intégrer dans une équipe de mecs. Et ma taille a fait une différence dans ma carrière aussi, je pense. Ça m’a ouvert des portes.

©Heloise Appourchaux

Tu n’as jamais eu peur de te faire mal, notamment en jouant avec des garçons ?

Non, honnêtement, je suis un peu une casse-cou ! Et franchement, ça ne change rien. En tout cas, quand on est enfants, l’écart de niveau n’est pas vraiment énorme. C’est plus tard, après, à l’adolescence, quand les différences physiques creusent l’écart. Mais encore une fois, dans mon cas, je restais quand même toujours la plus grande. Après, en senior, on n’a pas le droit de jouer avec les mecs, sauf les gardiennes. On en a trois qui jouent avec des équipes masculines en ce moment. Mais on a un système de sous-classement. On a deux joueuses, Sophie Leclerc et Anaé Simon qui jouent avec des moins de 20 ans alors qu’elles ont plus. C’est une règle pour permettre aux meilleures joueuses françaises qui ne peuvent pas s’exporter ou qui ne veulent pas s’exporter pour des choix professionnels ou personnels, de pouvoir continuer à jouer dans un niveau qui leur permette de pouvoir prétendre à l’équipe de France. Parce que le championnat de France féminin n’est pas encore assez développé.

©DEBCity Press GmbH

Tu pars ensuite en section sport-étude, est-ce que, très vite, tu as su que tu voulais en faire de façon très sérieuse ?

Oui. En fait, j’ai rapidement dit à mes parents que j’étais très motivée. Castres, c’était déjà trop petit pour moi. J’avais envie d’aller voir ailleurs, de me développer dans mon sport, d’aller chercher plus loin. J’avais un entraîneur quand j’étais enfant – il s’appelle Bruno Jessin – qui a un peu marqué mon enfance et ma carrière. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup accompagnée et qui a aussi fait en sorte que ça se passe bien pour moi. Parce que, oui, j’étais grande et, oui, avec les garçons, ça s’est bien passé mais je pense que ça vient aussi de l’entraîneur. J’avais l’impression qu’il n’y avait aucune différence mais je pense que c’est lui qui a fait en sorte que, dans l’équipe, ça fonctionne.

Je sais que ça m’est arrivé d’échanger avec des parents en bord de glace le jour où des petites filles sont venues essayer le hockey. Et ce qui ressortait, c’est qu’ils étaient heureux qu’elles rencontrent d’autres filles parce que c’était dur quand elles ne jouaient qu’avec des garçons. Et, ça, je pense que ça peut aussi venir de l’entraîneur ou du fait qu’il ne fait pas assez de sensibilisation. Quand je dis ça, ce n’est justement pas de dire qu’il faut avoir des attentions différentes parce que ce sont des filles. Au contraire, il faut montrer et dire qu’on va les traiter de la même façon que les garçons, que ce sont des coéquipières, point. C’est ce que faisait Bruno. Et d’ailleurs, c’est lui qui m’a parlé du sport-étude à Font-Romeu. Je voulais y aller dès mes 10 ans. Mais je n’ai pu partir qu’à mes 13 ans. Je les ai fêtés là-bas, à l’internat. Ça a été un grand changement dans ma famille.

©Lore Baudrit

Comment tu as vécu cette distance, cette nouvelle vie d’ « adulte » alors que tu étais encore adolescente ?

Mes semaines et week-end étaient à l’internat. Parce qu’on avait les matchs le week-end. Je ne rentrais que pour les vacances. Mais moi, en fait, j’étais dans mon truc. J’étais à fond. J’adorais ce que je faisais. Je pense que ça a été plus dur pour mes parents que pour moi. Je suis restée quatre ans là-bas. Et après, le Pôle France a ouvert à Chambéry, en 2008. J’y ai fait ma terminale et je suis restée trois ans de plus.

En termes d’études, je ne savais pas trop quoi faire. Là, actuellement, il y a des joueuses qui commencent à vivre du hockey. Mais, à l’époque, on savait qu’on ne pouvait pas en vivre. Qu’il fallait donc préparer l’avenir. J’avais beaucoup de facilités, mais je n’étais pas une super bonne élève, je n’étais pas très motivée par l’école. Je ne trouvais rien qui me faisait vibrer. Donc, à 18 ans, je me suis retrouvée sans études et comme le hockey coûte cher et que mes parents ne pouvaient pas trop m’aider financièrement, j’ai trouvé un petit boulot pour subvenir à mes besoins. Et puis, j’ai eu l’opportunité de partir à l’Université de Montréal jouer pour les Carabins. Notre capitaine de l’époque, qui est aussi ma conjointe, a été recrutée. Elle est partie en janvier 2012, et mon objectif a été de la rejoindre pour septembre. Et j’ai réussi.

Lore pendant des années de pratique au Canada…©Lore Baudrit

Qu’est-ce que cette expérience à l’international t’a apporté dans ton jeu et dans ta vie perso ?

Tout s’est aligné. En fait, là-bas, si tu n’es pas bon à l’école, tu ne peux pas jouer. Il faut performer à l’école autant qu’au sport. Donc, je n’avais pas le choix. Je voulais vraiment y aller parce que c’est un super niveau, c’est presque le top du top que l’on peut atteindre. Honnêtement, je n’aurais pas fait autant d’études s’il n’y avait pas eu le hockey. J’ai fait un bachelor en communication et un master en journalisme. Et puis, c’est quand même très bien fait les universités en Amérique du Nord, que ce soit au Canada ou aux États-Unis. Tout est fait pour l’étudiant-athlète. On manquait parfois certains cours parce qu’on partait avec l’équipe de France et tout le monde nous aidait, les profs comme les autres élèves.

J’ai clairement vécu une expérience incroyable au Canada. On est restées un an de plus là-bas, avec ma conjointe, pour jouer pour une autre équipe qui était la ligue un peu professionnelle, à l’époque. Mais pas monétairement parlant… Le niveau était dingue mais on n’avait pas assez de temps de jeu. Du coup, on a décidé de partir en Suède qui, à l’époque et aujourd’hui encore, est le meilleur championnat européen.

©Heloise Appourchaux

Qu’est-ce qui change alors pour toi et ton sport, en Suède ?

Je peux dire qu’on a bien fait de partir en Suède. Parce que la ligue canadienne, dans laquelle on était, a coulé un an après. Les top joueuses américaines et canadiennes ne voulaient plus jouer dedans parce que ce n’était pas assez professionnel, pas assez structuré. Aujourd’hui, c’est la troisième année de la PWHL (Professional Women’s Hockey League, Ndlr), la ligue professionnelle de hockey en Amérique du Nord. Ce sont les mêmes joueuses qui se sont battues pour qu’elle voit le jour. Et maintenant, il y a un salaire minimum pour les joueuses. Mais c’est encore pour une minorité parce qu’il n’y a que huit équipes dans la ligue (Boston, New York, Minnesota, Seattle, Toronto, Ottawa, Vancouver et Montréal, Ndlr). Mais aujourd’hui on voit clairement le hockey féminin grandir et on fait partie de cette histoire. J’ai donc joué six ans en Suède et ma conjointe, elle, a pris sa retraite en 2022.

Aujourd’hui, tu es joueuse pro en Allemagne, c’est bien ça ?

Oui, j’ai pris la décision de quitter la Suède, car même si c’était super, c’était quand même précaire. J’avais des contrats de huit mois et je ne gagnais même pas un SMIC. Le loyer de l’appartement était pris en charge, par contre, et je n’avais pas à chercher de petit boulot, on me le trouvait. Mais parfois, ça traînait. Donc financièrement, c’était un peu bancal. Tant que j’étais seule, ça allait, à deux, ça passait encore, mais avec un enfant, ce n’était plus possible. Partir en Allemagne, ça a clairement été un choix familial.

Lore avec son fils Sacha, né en 2024…©Lore Baudrit

Parce que tu es rémunérée en Allemagne ?

Non, le club – ERC Ingolstadt – dans lequel j’ai signé l’année dernière ne pouvait pas me payer. Mais par contre, le staff a tout fait pour que je sois bien. On m’a trouvé l’appart et un travail. Et tout a été mis en place pour le suivi de grossesse de ma femme qui était enceinte de sept mois au moment du déménagement, en juillet 2024. Jusqu’à il y a peu de temps, je bossais donc chez Audi car la maison-mère est basée là-bas. Au début, c’était la solution rapide et ça fonctionnait, je gagnais bien ma vie pour ce que je faisais : je garais des voitures. Mais j’avais quand même un master en marketing et management du sport en poche et un diplôme d’entraîneur de hockey donc je dépérissais un peu dans ce job.

Petit à petit, je n’ai plus pu tenir le rythme. Je bossais 40 heures par semaine, de 7 à 15h. J’enchaînais ensuite avec ma prépa physique, je rentrais passer deux heures avec mon fils et je repartais en entraînement le soir pour un retour à la maison vers 22h. J’ai fini la saison au bout du rouleau. À ce moment-là, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça, pour moi mais aussi pour le bien-être de ma famille.

©Lore Baudrit

Justement, depuis que tu es maman, comment tu parviens à mener de front carrière sportive, vie pro et votre vie personnelle ?

Eh bien, cet été, j’ai tout fait pour trouver des soutiens, des aides, d’autres sources de revenus pour stopper ce boulot et trouver un rythme plus équilibré. J’ai parlé de ma situation avec les coachs et même au Président de la Fédération. Tout le monde a pris ça très au sérieux. J’ai même écrit une lettre à la ministre et j’ai pu échanger avec elle – à ce moment-là, Marie Barsacq. Il y a eu des démarches rapides de son cabinet auprès de l’Agence Nationale du Sport, l’ANS, pour parler de ma situation mais pas seulement. Car je parlais aussi de l’équipe dans ma lettre. On vit toutes la même histoire en réalité, même si on n’est que deux à avoir un enfant.

Nous avons récolté une aide de l’ANS pour une grande partie de l’équipe de France féminine, en fonction des statuts sociaux, pro et des revenus annuels de chacun. Ça a été un bon coup de pouce pour arrêter mon boulot chez Audi et me consacrer à mon entraînement. J’ai aussi lancé une cagnotte via la Fondation du Sport Français. Et, récemment, je suis devenue ambassadrice de mon département d’origine, le Tarn, qui m’a alloué une aide exceptionnelle pour ma préparation aux Jeux.

J’ai tout de même retrouvé un petit boulot en Allemagne où je vis, mais j’ai beaucoup plus de liberté et on m’accompagne dans mon projet sportif. Je bénéficie aussi d’un dispositif spécial – comme une autre joueuse qui est maman dans l’équipe : les séjours parentalité. Mon fils vient avec moi pour tous les stages de l’année, avec un accompagnateur de notre famille. L’hôtel, la restauration, le déplacement, tout est payé en grande partie par l’ANS. Je ne pouvais pas rêver mieux qu’avoir mon fils avec moi pour les JO. En plus, ma compagne est là aussi car elle est dans le staff de l’équipe.

©Antoine Touchard

Le hockey professionnel en France pour les femmes, est-ce toujours impossible ?

Les hommes sont rémunérés par leurs clubs parce que c’est un business même si c’est sans commune mesure avec des salaires de joueurs de foot. Mais disons qu’ils ont l’esprit tranquille parce qu’ils peuvent à peu près se concentrer sur leur activité. C’est leur métier, en fait. Nous, les femmes, on s’entraîne comme des pros mais on n’a pas le salaire. Le hockey féminin n’est pas encore assez développé pour qu’il y ait autant d’argent que dans les clubs masculins.

Aujourd’hui, en équipe de France, on a trois joueuses qui gagnent leur vie du hockey – deux en Suisse et une aux États-Unis. Mais ça reste super précaire. Celle qui était aux États-Unis a vu son contrat s’annuler du jour au lendemain, elle venait de signer un bail à Boston… Elle a rebondi en signant en Suisse.

Aux États-Unis et au Canada, le hockey féminin n’est donc pas développé avec de bonnes conditions pour les joueuses ?

Depuis trois ans avec la ligue PWHL, oui. Mais la fédération en Suisse a un peu obligé les clubs masculins à mettre de l’argent pour les filles. Du coup, ils n’ont pas vraiment eu le choix. Et donc les choses ont clairement changé pour les joueuses pro féminines.

©Lore Baudrit Facebook

Est-ce que, à ton avis, les JO pourraient changer les choses pour les joueuses féminines ?

Ce qui est sûr, c’est que l’aide de l’ANS est un pas majeur et ce n’était jamais arrivé auparavant. Et ça, c’est aussi parce qu’il y a les Jeux d’hiver cette année et ceux de 2030. Il y a donc un « effet JO », c’est clair, l’idée c’est d’arriver à pérenniser tout ça. On est quand même très bien entourées. Le président de la Fédération, Pierre-Yves Gerbeau, est à fond derrière l’équipe féminine. La personne qui s’occupe du suivi socioprofessionnel à la fédération, qui s’appelle Annie qui est une femme extraordinaire, a aussi fait bouger pas mal de choses pour nous. Notre entraîneur principal, Grégory Tarlé, a, lui aussi, pris tout ça à bras le corps. C’est un mec en or qui se bat pour nos conditions parce qu’il sait que ce n’est pas facile et qu’on donne tout. J’espère que dans cet élan autour des JO, des sponsors pourront embarquer avec la Fédé. Ce qui est dur à vendre c’est notre visibilité car on n’en a quasiment pas. Mais, là, oui, il y a une sacrée opportunité avec les JO.

Si tu devais te retourner sur toutes tes expériences à l’international, quel en a été le bénéfice sur ton jeu ?

Plus que des influences sur mon jeu, je dirais que ce sont les cultures, les mentalités différentes, qui m’ont enrichies. Je trouve que je ne suis plus du tout la même personne que j’étais il y a dix ans. Moi, je suis du sud-ouest, j’ai quand même le sang plutôt chaud, je peux réagir à chaud quoi, mais d’avoir vécu au Canada puis en Suède, ça m’a un peu calmée ! C’est quand même très peace là-bas. Ça m’a un peu assagie, ça m’a permis d’être moins tendue et moins à fond tout le temps.

©Lore Baudrit

En termes de santé mentale, justement, est-ce que tu as eu besoin d’un coach ou, en tout cas, est-ce que c’est une composante que tu travailles dans ta visée de performance ?

Actuellement, je n’en ai pas mais il y a eu des moments dans ma carrière où j’ai fait appel à des préparateurs mentaux parce que j’ai eu des moments de doute. Notamment suite à ma blessure au poignet en 2021. Je me suis fait opérer, sur place, après m’être déchiré un ligament dans le poignet au cours d’un stage. Comme tout est allé très vite, je ne savais pas que j’allais avoir deux mois d’immobilisation. En plus, quand j’ai repris la glace, je n’arrivais plus à shooter. Ça a été très dur mentalement. Parce que moi, je suis une fonceuse. J’ai donc demandé à avoir de l’aide sur ce plan-là. Ça a été bénéfique.

Sinon, j’ai aussi fait appel à une psychologue, en 2023, quand je suis devenue capitaine de l’équipe. Suite à notre montée en Élite, on s’est ramassées vraiment fort avec l’équipe et ça a été très dur parce que c’était mon premier championnat du monde en tant que capitaine. Je pense que notre équipe était trop « jeune », on n’était pas prêtes pour ce niveau-là. On avait eu un gros changement de génération, dix joueuses avaient pris leur retraite. Quand on est rentrées, j’ai fait comme un petit burn out. Suite à ce suivi psy, je me suis posé les bonnes questions, je me suis recentrée et ça m’a sûrement aidé pour mon rôle de capitaine. Et puis je crois que l’arrivée de mon fils m’a aidée à passer un cap, à relativiser et à prendre les choses un peu différemment. Il m’a rendue meilleure dans mon jeu.

Lore avec les assitantes capitaines Clara Rozier et Estelle Duvin (de gauche à droite)…©Lore Baudrit

Est-ce que tu as un rituel d’avant match ?

Si je peux, je fais une dizaine de minutes de vélo puis j’écoute toujours un peu les mêmes chansons, j’ai une playlist de match que j’utilise pour ma routine d’échauffement. J’adore « This is me » de Kaela Settle. Sur le vélo, j’essaie aussi de faire un peu de visualisation positive. Je mets aussi mon équipement dans le même ordre, la jambière droite, le patin droit. Mais avec le temps, j’essaie d’avoir de moins en moins de routines parce que s’il y a un imprévu, ça produit l’effet inverse.

Avez-vous un mantra pour rester ÀBLOCK! sur le terrain ?

En vrai, non, je n’en ai pas en particulier, je suis plus sur le flow, je m’adapte en fonction de ce qui se passe et de mon état. Mais moi, je suis toujours à bloc ! Si je rate des choses, que j’ai des frustrations, que je m’en veux, j’essaie juste de faire des exercices de respiration ou bien, tout simplement, je pense à mon fils.

Que voudrais-tu transmettre à la future génération de hockeyeuses sur glace ?

Ça peut paraître bateau mais c’est vraiment de croire en elles, de croire en leurs rêves, de ne laisser personne leur dire que c’est impossible ! Il y a vingt ans si on m’avait dit que j’irais aux Jeux Olympiques, je n’y aurais pas cru. En revanche, il faut travailler, fort. Et d’ailleurs c’est le travail qui permet d’apprécier tout ce qu’on vit après. Donc je leur dirais d’aller au bout des choses.

Après les JO, quels sont tes rêves sportifs et tes projets ?

C’est simple, après les JO, il y aura le championnat du monde au mois d’avril et, après ça, je prends ma retraite. Je l’ai déjà annoncé à l’équipe et au staff. J’ai vraiment la sensation d’être allée au bout du bout du bout de ce que je pouvais faire. Ma dernière grande quête arrive en février… J’adore ce que je fais, j’adore le hockey, j’adore m’entraîner, mais je veux passer aussi à la suite de ma vie avec ma famille. Côté projet pro, ça va dépendre, j’ai plusieurs cordes à mon arc et ça va dépendre des opportunités. Je suis vraiment ouverte à tout, du marketing, du management et même du journalisme, c’est quelque chose qui me plairait beaucoup…

©Lore Baudrit

  • Pour briser la glace avec un sport méconnu, suivez les pas(tins) de Lore Baudrit sur Instagram : @lorebaudrit19
  • Le palmarès de Lore : 244 sélections en senior, 15 championnats du monde dont 2 dans la division élite et 5 Tournois Qualificatifs aux JO (TQO. Double Championne du monde D1A 2018 & 2022, capitaine de l’équipe depuis l’été 2022. En club : Double Championne Universitaire Canadienne en 2013 & 2016 avec les Carabins de l’Université de Montréal. Actuellement et depuis l’été 2024, dans le club de l’ERC Ingolstadt en Allemagne dans la plus haute ligue, la DFEL. Assistante Capitaine de l’équipe.
Ouverture ©Antoine Touchard

Vous aimerez aussi…

Laura Gauché, l'étoile bleue qui grimpe…

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Attention, froid devant ! Pour cette semaine des mondiaux de ski, ÀBLOCK! est en mode compet’ : décryptage des championnats, découverte en détails de trois skieuses tricolores qui s’en donnent à cœur joie devant leur public (dont Laura Gauché sur notre photo), c’est le Best-of ÀBLOCK! de la semaine !

Lire plus »
Il était une fois le tennis…féminin

Il était une fois le tennis…féminin

Les qualif’ ont déjà commencé à Roland-Garros où 128 joueuses s’affrontent sur terre battue, l’heure pour ÀBLOCK! de revenir sur l’épopée tennistique des femmes sur les courts. Ou comment les dames ont pu sortir des garden-party pour jouer de la raquette en compet’.

Lire plus »
Changeons les règles

Les femmes et l’océan, vers de nouvelles « règles »

Un distributeur de protections périodiques éco-responsables pour les navigatrices, c’est l’initiative du jour. L’association Horizon Mixité de la navigatrice Isabelle Joschke et son partenaire le Club Nautique de Lorient (CNL) s’engagent pour les femmes et pour la protection de l’environnement. Prenons la vague.

Lire plus »
Alice Finot : « Les jalousies, la prise de risque, ont été des moteurs de ma performance en athlétisme. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une navigatrice toujours sur le pont, une athlète qui se joue des obstacles (Alice Finot sur notre photo), un bodybuilder qui étudie la puissance du muscle ou encore la petite histoire de l’haltérophilie au féminin à l’heure des Mondiaux, découvrez le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Anaïs Quemener : « Au marathon de Séville, j'ai battu mon record et pourtant je n'avais pas la tête à la compétition. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une e-sportive engagée, une championne qui n’a pas peur du contact, une ambassadrice avec qui on fête 1 an de confidences (Anaïs Quemener sur notre photo) et un podcast spécial ÀBLOCK!, c’est le meilleur de la semaine. Séance de rattrapage avant les festivités !

Lire plus »
Kellie Harrington, la boxe comme uppercut vital

Kellie Harrington, la boxe comme uppercut vital

Elle pulvérise tous les records. Championne du monde amateure en 2018, médaillée d’or européenne 2022 et 2023, championne olympique à Tokyo et prête à squatter les rings des JO de Paris, l’Irlandaise Kellie Harrington est une bête de scène sportive. Portrait d’une ex-sale gosse devenue rôle-model.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner