Laura Marino« Ma médaille d’Europe au plongeon, je l’ai tellement mal vécu ! »

Laura Marino : « Ma médaille d’Europe au plongeon, je l’ai vécue comme une honte. »
Elle a connu à la fois l’envers et l’enfer du sport. Vice-championne d’Europe de plongeon en individuel, championne du monde par équipe, Laura Marino a mis des années à comprendre qu’elle ne rentrait pas, ou plus, dans le moule très formaté et parfois sclérosant de la compétition et du haut niveau. Une prise de conscience lente et douloureuse qui l’a conduite tout droit à la dépression. Avant qu’elle ne décide de tout plaquer. Rencontre avec une fille entre deux eaux, mais qui sait rebondir.

Par Sophie Danger

Publié le 15 novembre 2021 à 13h12, mis à jour le 22 novembre 2021 à 9h31

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Tu t’apprêtes à partir pour La Réunion. C’est une île que tu as découverte il y a peu lors d’un road trip en solitaire à bord d’un van. Tu t’y es essayée au cliff diving, le plongeon de falaise, et tu y retournes pour faire des vidéos. Comment est né ce projet ?

L’année dernière, j’ai fait un road trip en van en Corse avec un ami. Au fond de moi, et même si ce n’était pas l’objectif principal, j’avais une envie : tenter le plongeon de falaise. J’ai adoré mais j’ai été frustrée de ne pas trouver autant de spots que je l’aurais souhaité.

Tout ça m’a donné envie de recommencer et de plonger ailleurs. L’ami qui m’accompagnait m’a alors parlé de La Réunion en m’expliquant qu’il y avait, là-bas, une communauté de plongeurs et des endroits pour pratiquer.

Sur place, j’ai fait la connaissance des Mahavéli, des cliff jumpers, qui sont devenus des amis et nous avons fait plein de choses ensemble. Le cliff jump, ou cliff dive c’est selon, est une philosophie de vie, ça regroupe une foule de choses comme la randonnée, le bivouac, l’escalade mais aussi le surf, le parachute…

©Alex Voyer

Quelle est la différence entre cliff jump et cliff dive ?

Dans le cliff jump, il y a une connotation freestyle. Le cliff dive, au contraire, est quelque chose de très académique. Moi, je suis pile entre les deux, je jongle entre les deux mots. Je suis une cliff diving-jumpeuse !

Tu es restée combien de temps à La Réunion ?

J’avais pris un billet aller et je suis restée quatre mois. À ce moment-là, je vivais avec pas grand chose et je me suis demandé ce que j’allais faire.

Je pouvais rester sur l’île et envisager un séjour sur le long terme, construire ma vie ici mais je n’étais pas prête à ça. Je pouvais aussi rentrer en métropole et faire du cliff jump-dive un vrai projet.

Je venais, durant tous ces mois, de m’immerger dans ce que je pensais être ma voie, il fallait juste que je trouve comment faire.

©Alex Voyer

Comment s’est construit ce deuxième voyage ?

Je suis rentrée en métropole en mars et j’ai rencontré les membres de la French Cliff Connection. Nous avons voyagé, fait des sessions ensemble et nous avons créé des liens.

Nous sommes partis à Malte pour un projet filmé, un projet pilote. Là, nous sommes quelques uns à partir pour La Réunion pour ce deuxième projet. Là-bas, nous allons retrouver les Mahavéli.

Toi qui te présentes comme une cliff dive-jumpeuse, tu envisages de cumuler les sessions vidéo freestyle et la compétition ?

La compétition, honnêtement, ça ne m’intéresse pas vraiment pour l’instant même si je n’arrive pas à dire “jamais“ parce que c’est quelque chose qui, dans un sens, m’attire, me titille.

Moi, j’ai été formatée par la compétition toute ma vie alors, il y a toujours une petite part de moi qui a envie d’y aller. Cela étant, je pense que ce n’est pas moi et, plus le temps passe, plus je me dis que je me suis perdue là-dedans et que c’est pour cela que ça s’est si mal fini pour moi.

Quand je dis que je me suis perdue, c’est que je suis arrivée à un stade où ça ne me convenait plus du tout. La compétition, devenir la meilleure, le cadre fédéral, tout ça ne correspondait plus à celle que j’étais.

En revanche, tout ce que ça m’a apporté me sert aujourd’hui donc je ne regrette rien.

©Alex Voyer

Quand tu évoques ce passé de compétitrice, tu parles de ton passé d’athlète de haut niveau. Tu as, derrière toi, une longue carrière de plongeuse que tu as débuté, à 15 ans, un peu par hasard. Tu faisais de la gymnastique acrobatique et c’est ta coach, Estelle Escoffier, une ancienne gymnaste reconvertie dans le plongeon de haut niveau, qui t’a aiguillée sur ce chemin. Pourquoi cette bascule, qu’est-ce qui t’a poussée à délaisser la gymnastique pour le plongeon ?

J’ai commencé, en effet, le sport par la gymnastique. Mes copines de classe en faisaient après les cours et j’avais envie d’être avec elles.

Au début, j’y allais une fois par semaine et, rapidement, l’entraîneur a dit à ma mère que ce serait bien que je vienne deux fois, puis trois, puis quatre. Quand le club a fermé, j’ai suivi mes copines qui, elles, commençaient à faire de l’intensif.

Dans les coaches, il y avait Estelle. Un jour, elle nous a annoncées qu’elle arrêtait la gymnastique pour entraîner au plongeon. Le nouveau coach m’a fait comprendre que je ne ferai jamais rien dans la gym et, en l’espace de deux semaines, j’ai été complètement dégoutée par ce sport.

Quel a été le déclic ?

Un jour, il y a eu un rassemblement entre les différents groupes du club. On se met en ligne face aux entraîneurs et là, on nous demande quels sont nos objectifs. On était alignées par taille, je n’étais pas la dernière mais j’étais vers la fin.

Toutes les filles évoquent alors leur envie de participer aux Championnats de France, de faire une médaille… Des ambitions hautes mais réalisables et surtout raisonnables par rapport à leur niveau.

Quand vient mon tour, avec aplomb alors que j’étais timide, j’annonce que je veux faire les Championnats d’Europe et, pourquoi pas, les Jeux Olympiques. Il y a eu un blanc de quelques secondes et puis tout le monde a explosé de rire. Je me suis sentie terriblement humiliée.

Ce qui est drôle malgré tout c’est que, de nous tous, la seule qui ai fait les Jeux Olympiques plus tard, c’est moi.

©Benjamin Auffret

Tu renonces à la gymnastique, tu te lances dans le plongeon et tout va s’enchaîner très vite. Tu te démarques au niveau régional et, peu de temps après tes débuts, tu vas prendre la direction de l’INSEP. Tu t’attendais à ça ?

Je ne m’y attendais pas, mais ça ne m’a pas surpris. Depuis toute petite, j’ai une qualité et une force : mon intuition. Et, là, je sentais que c’était ça.

J’ai œuvré pour convaincre mes parents de me laisser y aller, je leur ai montré que j’étais déterminée et ça a très bien marché tout de suite.

À l’INSEP, j’ai compris ce qu’était le haut niveau, ce que c’était de s’entraîner des heures et des heures tous les jours.

Cette première année, j’avais la pression : j’avais été acceptée sans avoir encore de vrais résultats et j’avais un an pour faire mes preuves.

J’avais très envie que ça marche et puis, j’ai fini 3e aux Championnats d’Europe en 2010, j’ai enchaîné avec les Championnats du monde junior…

©Benjamin Auffret

Le plongeon devient le centre de ta vie et ta voie semble toute tracée. Quand tout s’enchaîne si vite, qu’on est douée et que les portes s’ouvrent sans que l’on ait à les forcer, est-ce que l’on a le temps de se poser pour se demander ne serait-ce que si ce que l’on fait nous plaît ?

Je ne me suis jamais posé la question jusqu’à ce que je me rende compte, malgré moi, que ça n’allait plus du tout, que je n’avais plus du tout d’intuition et que j’étais en train de crever de l’intérieur. Il a fallu que j’arrive à un stade de décomposition avancée pour me rendre compte que je m’étais peut-être un peu oubliée ou perdue en cours de route.

Tu t’imaginais quel avenir dans le plongeon ?

Je ne m’imaginais pas. Mes objectifs, c’était les objectifs fédéraux que l’on m’imposait. Après mon bac, il y a eu une année charnière. J’ai décidé de faire une fac de médecine. Ça ne faisait qu’un an que j’étais à l’INSEP, j’adorais le plongeon, je ne voulais pas que ça s’arrête mais, malgré tout, j’étais prête à laisser tomber pour mes études.

Mes parents me mettaient un peu la pression. Gilles, mon entraîneur de l’époque, avait lui aussi bien conscience que c’est une discipline amateur, qu’il est difficile de gagner sa vie et qu’il faut avoir un métier en parallèle.

Comme j’avais un an d’avance et que j’étais prometteuse, il s’est dit malgré tout que je pouvais prendre un an pour essayer. Le deal, pour moi, c’était de ne pas régresser.

Je me souviens, j’allais faire des séances de musculation entre 21h00 et 22h30 au stade couvert après les cours et parfois ils éteignaient la lumière alors que j’étais encore là !

À la fin de l’année, ça n’a pas manqué, je me suis fait mal au dos et je n’ai pas validé mon année. J’ai compris, à ce moment-là, qu’il n’était pas possible de mener de front deux activités et qu’il fallait que je fasse un choix.

Tu as donc choisi de privilégier ta carrière sportive…

C’était soit le plongeon, soit médecine. Je n’ai pas réfléchi longtemps, je sentais tellement que j’avais quelque chose à faire, ou du moins à vivre, dans le plongeon que je ne voulais pas que ça s’arrête comme ça.

J’ai choisi le plongeon et je me suis lancée dans des études de kiné. C’est une des premières fois de ma vie où j’ai fait un choix en conscience.

Ça m’a permis -malgré les doutes, lorsque je me demandais à quoi aurait bien pu ressembler ma vie si j’avais pris une autre décision, de ne jamais regretter.

Tu vas te construire un joli palmarès. En 2012, premier grand rendez-vous international chez les séniors, tu décroches la 4e place aux Europe en synchronisé avec Audrey Labeau. En 2014, tu rentres des Championnats d’Europe de Berlin avec une 4e place en individuel et l’année suivante, consécration, ce sera l’argent. C’est la première médaille française en individuel après Nicole Pelissard en 1950 mais, sur le moment, tu ne parviens pas à te réjouir, au contraire, tu t’effondres. Est-ce que c’était un passage à vide dû à la déception de ne pas avoir décroché l’or ou les prémisses d’un mal-être plus profond ?

Lorsque j’ai commencé à être suivie par une psychologue à l’INSEP en 2018, elle m’a demandé si je savais quand ma dépression, mon burn-out, avait commencé. Je lui ai répondu que ça datait d’un peu avant ces Championnats d’Europe.

À l’époque, j’étais allée en Australie pour un stage de deux mois en immersion totale et ça m’a transformée. Là-bas, j’ai vécu l’entraînement à l’anglo-saxonne : à savoir, dans la critique positive, la bienveillance, l’encouragement, la prise en compte de l’humain.

Ça aurait pu être un tremplin magnifique mais ça a signé le début de la fin parce que, quand je suis rentrée, j’ai constaté un énorme fossé entre ce que j’avais vécu en Australie et ce que je vivais en France.

©Alex Voyer

C’est-à-dire ?

À Paris, l’entraînement était dur or, en Australie, j’avais eu la preuve par A + B que l’on pouvait fonctionner autrement. J’ai découvert qu’il n’y avait finalement pas besoin de se faire hurler dessus, de se faire humilier pour y arriver, tout ce que je subissais depuis que j’étais petite.

En Australie, j’ai entendu le discours inverse et l’effet avait été dix fois plus productif. Tout ça m’a donné de la force mais de la force pour affirmer ma résistance, ce qui est hyper destructeur.

À partir de là, ça a commencé à très très mal se passer avec mon entraîneur. Je ne me pliais plus aussi facilement qu’avant au “marche ou crève“ et j’ai commencé à dire non pour certaines choses. Conséquences, il y avait des conflits tout le temps et, humainement, à l’entraînement, c’était devenu insupportable.

Malgré des méthodes et un environnement qui ne te conviennent plus, comment expliques-tu ta réaction après avoir décroché l’argent ?

En Australie, l’entraîneur me répétait tous les jours que j’étais la meilleure du monde, qu’il fallait que je revoie mes objectifs à la hausse, que je me sous-estimais.

Comme je m’étais classée 4e la fois d’avant, je me suis dit que cette fois, au lieu de viser la 3e place, je pouvais viser le titre et me qualifier, en plus, directement pour les Jeux Olympiques.

Aux Europe, le titre, et lui seul, est qualificatif pour les JO et moi, je voulais y aller sans vivre l’angoisse de passer, plus tard, par les repêchages. Je m’étais mis la pression, j’étais un peu à l’écart du groupe aussi du fait de mes relations avec mon coach…

Tout ça a produit une énorme charge mentale.

Ce jour-là, je suis pourtant en tête toute la journée mais je sens que je ne suis qu’à 1/10e de mes capacités : je dors mal depuis un moment, je suis seule et je n’arrive pas à supporter ça.

Le dernier plongeon, c’est un peu comme si je voulais m’auto-saboter. Je me souviens m’être dit, avant de m’élancer, que je n’en pouvais plus, je n’en pouvais d’ailleurs tellement plus que je ne savais même plus ce qu’il fallait que je fasse.

Au final, je le rate, je termine 2e et je m’écroule. Je sors de l’eau et je craque, je pleure, je suis inconsolable.

C’était un appel à l’aide, une façon de dire que ça n’allait pas, mais personne ne comprend – je suis vice-championne d’Europe, c’est un moment historique – ce qui fait que je me sens encore plus en décalage, plus isolée, plus mal, tellement honteuse.

©Benjamin Auffret

Ces signaux que tu cherchais à envoyer, personne, pas même tes proches, ne sont parvenus à les décrypter ?

Personne ne m’a jamais posé la question et ce qui m’a fait le plus mal je pense, c’est de me dire que ça avait été pris pour de la prétention ou de l’égoïsme. De l’extérieur les gens se sont dit : elle est comme ça, elle veut être seule, elle a besoin de ça pour réussir, laissons-là se débrouiller.

Quand j’ai arrêté, je suis passée par une phase où j’ai ressenti énormément de colère. J’en ai voulu à mon entourage proche et à mon entraîneur en premier lieu, de ne pas m’avoir aidée, de ne pas m’avoir protégée, de ne pas m’avoir sortie de là tout simplement parce que je creusais mon trou et je m’entraînais en enfer toute seule.

©b.a.Photos

Tu n’as jamais pensé que tu pouvais tout arrêter pour mettre fin à ces souffrances ?

Je ne me pose pas la question là non plus. J’ai cet objectif, les Jeux, et c’est ce qui me permet de tenir, de rester debout. Abandonner, ce n’est pas quelque chose que je peux envisager parce que c’est quelque chose que je ne connais pas.

Depuis que je suis née, on m’a appris à me battre, à encaisser, à aller au bout des choses, à ne pas décevoir, à intégrer le fait que ce que je ressens, ce n’est pas important, l’important c’est là où je vais.

Après m’être qualifiée pour Rio aux Monde, j’ai fait un stage de kiné et j’ai commencé à ressentir des douleurs assez vives. Quand je suis revenue à l’entraînement, j’ai réalisé que j’étais un zombi, l’ombre de moi-même.

Un jour, je me suis quand même dit : « À quoi bon ? Être qualifiée pour les Jeux c’est bien mais, s’il faut que ce soit un cauchemar toute l’année et que j’arrive au Brésil détruite ou malheureuse, à quoi ça sert ? »

Cette fois-là, j’ai dit à mon entraîneur que j’avais envie d’arrêter. J’ai vu qu’il me prenait au sérieux et qu’il comprenait que ça n’allait pas. Il a laissé tomber le masque qui nous empêchait de bien communiquer et il m’a demandé de bien réfléchir.

Je me battais depuis longtemps pour les Jeux et c’est une décision lourde de conséquences que je pouvais regretter.

Et tu décides de continuer…

Je me dis que l’année qui s’annonce, ça va être l’enfer, mais que je vais y aller. Et ça n’a pas loupé : la première chose que je fais quand j’arrive au village olympique est de demander à voir le staff médical car ça faisait trois jours que je n’avais pas dormi plus de trois heures d’affilée.

Sans trop de surprise, ma compétition ne se passe pas hyper bien.

J’avais le niveau pour me rapprocher du podium et, pourquoi pas, monter sur l’une de ses marches et je me classe 19e.

Là, c’est la déception, la désillusion pour tout le monde mais, ce que je ressens à ce moment-là, c’est du soulagement, je me dis que ça y est, c’est fini !

Pourtant, tu vas quand même poursuivre ta carrière. Tu vas changer d’entraîneur et tu prends la direction de Strasbourg pour travailler avec Alexis Coquet. Cette cassure va t’être bénéfique. Tu remportes l’or, européen et mondial, avec Mathieu Rosset. Ces résultats alimentent ta fracture interne : sur le papier tu es la meilleure mais à l’intérieur de toi, tu n’as plus assez d’énergie pour savourer le fruit de ton travail…

C’est ça le pire, c’est que je réussis. Je n’ai plus rien du tout, mais c’est la force du groupe qui me nourrit.

Ces six mois à Strasbourg et ces titres, c’est un sursis qui m’a été accordé mais ça m’a coûté encore plus que Rio.

Il va falloir attendre le début de l’année 2018 pour que tu craques réellement. Tu es fatiguée, fatiguée physiquement et mentalement, et tu fais une pause. Ça a été un soulagement, enfin, pour toi ?

Pas à ce moment-là parce que j’étais allée tellement loin ! Dans un premier temps, j’ai été arrêtée parce qu’on m’a dit que j’étais fatiguée et qu’il fallait que je prenne des vacances, on ne m’a pas parlé de burn-out tout de suite.

On est en février et je décide de reprendre en septembre parce que je veux désespérément prendre ma revanche sur Rio à Tokyo, je veux vivre les Jeux de manière épanouie, aller chercher le résultat que je sais être capable de ramener.

Pour ça, j’ai avec moi l’entraîneur que j’avais toujours rêvé d’avoir, Hui Tong. Je reprends mais je sais que je ne suis pas prête, que ce n’est pas en cinq mois que tu récupères de plus de trois ans d’enfer.

Je me dis malgré tout que ça va le faire, j’y crois et je me bats encore une fois contre moi-même.

©Benjamin Auffret

Quand est-ce que la nécessité d’arrêter s’est imposée à toi ?

C’était un matin, au mois de mars. Je me suis levée et j’ai senti que je n’avais plus la force. Dans la foulée, j’ai annoncé que c’était terminé.

Tout le monde est tombé de très très haut, mon entraîneur m’a proposé de prendre une semaine pour y réfléchir, mais il n’y avait pas de retour en arrière possible

Ça aurait pu être un matin de plus dans cette période terrible, pourquoi celui-ci était différent 

Je ne sais pas. Probablement le matin de trop ou un éclair de lucidité. Je sais juste que je me suis levée et que j’ai senti ce soulagement de me dire que c’était fini.

Ce soulagement immédiat, il va durer ?

C’est assez bizarre et difficile à exprimer. Il y a un mélange de soulagement à se dire que c’est enfin terminé et, dans le même temps, tout déborde. Pendant quinze jours, je n’ai quasiment pas quitté mon lit. Me faire à manger était ma tâche de la journée.

J’étais fatiguée et j’ai pleuré pendant quinze jours. Après ces deux semaines, le kiné qui s’occupe de nous à l’INSEP m’a annoncé qu’il partait en vacances et m’a proposé de le remplacer.

Je n’avais jamais travaillé dans ce domaine, il m’a rassuré et je me suis dit que c’était idéal pour faire la transition et sortir de cette torpeur. J’avais besoin de rassurer tout le monde autour de moi parce que, à ce moment-là, ils voyaient tous que ça n’allait pas bien.

Je me suis mise au travail mais c’était beaucoup trop tôt. Physiquement, c’était très dur, psychologiquement ça l’était encore plus.

Je ressentais du soulagement mais je voyais aussi le vrai état des lieux et là, tu crois que ta descente aux enfers va s’arrêter mais tu comprends vite que ce n’est que le début.

Tu vas entreprendre un travail sur toi et peu à peu, apprendre à (re)devenir le centre de toi-même, à penser par toi-même si ce n’est pas encore pour toi…

C’est ça. Ça fait presque six mois que je commence, pour la première fois, à vivre pour moi.

J’ai besoin d’être seule, beaucoup, pour me concentrer sur moi, me dire que je suis importante, mais il y a un coté pervers à ça. En arrêtant, j’ai pris une décision pour moi mais j’ai un peu de mal à l’assumer.

Apprendre à vivre pour soi est un travail quotidien.

Ouverture ©Alex Voyer
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