Juliette : « J'ai décidé que mon corps serait un outil d'épanouissement et d'aventures. » Consultante en climat et transition agricole, multi sports, 28 ans

Juliette : « Avec le sport, j’ai la sensation d’exister vraiment. »
Ultra-sportive depuis l’enfance, c'est une boule d’énergie. À la recherche de sensations partagées, Juliette se jette corps et âme dans chaque sport qu'elle pratique. Une discipline de vie tournée vers la joie pour l'aider à se relever de ses troubles du comportement alimentaire. Témoignage.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 20 février 2025 à 8h46, mis à jour le 24 février 2025 à 17h18

« Moi, j’ai eu de la chance car j’ai grandi dans une famille aisée. L’été, on avait les moyens d’aller aux sports d’hiver ou en montagne. De mes 3 à mes 18 ans, je suis allée au moins une fois par an une semaine au ski, où j’ai passé mes flocons, mes étoiles, etc. J’adorais ça, skier, faire des sauts dans la neige, le hors-piste, le snowboard… Je suis l’aînée de trois filles. J’ai toujours eu beaucoup d’énergie. J’étais pas mal casse-cou, un peu bagarreuse, disons que je savais me défendre. J’ai vite eu besoin de canaliser tout ça dans le sens où il fallait me sortir, me faire faire des choses. Enfant, il y a donc eu le ski, mais aussi le VTT – mon père nous emmenait faire une foule d’activités – de la natation et du judo. 

Quand je suis entrée au collège, je me suis mise au volley en club. Je faisais deux entraînements par semaine, des matchs le week-end et c’était souvent loin. Les choses sont devenues un peu plus compliquées à gérer au lycée. Parce que j’avais des teufs le samedi soir et les matchs le dimanche matin. Mais je faisais les deux. J’étais hyper déterminée. On était une équipe de filles et on jouait contre des filles. J’étais du genre très compétitive ! 

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Au même moment, j’ai aussi essayé de faire de la danse, du modern-jazz, pendant un an en me disant que j’allais faire comme mes copines et mes sœurs. Mais j’étais très mal à l’aise avec mon corps et j’ai eu un énorme traumatisme le jour du gala. La prof m’a dit que j’avais loupé mon saut et que je ne devais jamais refaire ça. Du coup, je n’ai pas voulu reprendre l’année suivante. J’ai préféré me concentrer sur le volley. J’en ai fait jusqu’à la fin du lycée. C’était top, j’avais tout mon groupe de potes filles. L’été, on s’organisait pour faire le tournoi de beach volley, les Estivales de volley, en Bretagne. On dormait en camping, on jouait la journée et on faisait la fête en soirée. J’adore ce combo-là. Dans ma vie, le sport et la fête vont ensemble. L’amusement dans l’un me permet de tenir le coup dans l’autre. Je recherche aussi des sensations un peu extrêmes des deux côtés. Ça m’éclate ce mood ! 

Quand je suis partie en prépa, j’ai arrêté le sport. Mais, pour moi, rester assise sur une chaise toute la journée, c’était très compliqué. En même temps, je prenais un peu de poids et ça commencait à être difficile dans ma tête. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir à quoi je ressemblais dans le sens où je n’avais pas à me la poser parce qu’entre mes activités intellectuelles, mes activités physiques et mes activités fun, je me sentais bien et plutôt équilibrée. On me disait toujours : « Toi, c’est top, parce que tu fais plein de trucs mais tu gères ». Et j’ai totalement perdu cet équilibre de vie au début de la prépa. Je me suis alors mise un peu à courir, mais je n’ai pas repris le volley parce que c’était trop contraignant d’être en équipe. Soit, je donnais tout, soit, rien. Impossible de lâcher mon équipe !

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À cette époque, je commence donc à faire ce que j’appelle du « petit sport » en plus de la course à pied, du renforcement musculaire, des choses comme ça. Quand je rentre en école de commerce, je passe de mon environnement cocon à une ville où il fait froid, où il n’y a pas de montagnes, pas de nature, mes amis me manquent. Je ne sais plus trop quel est le sens de ma vie. Et c’est là que commencent mes troubles du comportement alimentaire (TCA), je ne vais plus avoir mes règles pendant des mois, j’ai l’impression que l’image qu’on me renvoie n’est qu’une valorisation de mon corps.

Du coup, je me dis : « Fais du sport pour être une bombe ». Je m’enferme un peu là-dedans. Il y a un raisonnement un peu bizarre qui commence à se créer en moi et je me mets en mode automatique pour aller à la salle de sport alors que je n’aime pas ça du tout. En parallèle, je rejoue quand même au volley avec l’équipe de mon école. Et ça, je kiffe trop. Super groupe de potes et super bonne ambiance entre les mecs et les filles. On fait des tournois où on joue tous ensemble, en mixte, on vient se supporter mutuellement à nos matchs. 

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Quand je viens à Paris pour faire une alternance, je me dis que les choses vont changer, que c’est bien de bouger. J’ai mes copains et ma famille pas loin. J’y reste un an et je fais à nouveau du sport en salle. Je n’aime pas particulièrement ça, mais ça me vide l’esprit. À côté, je vais courir dans la nature et je m’amuse. Je reste finalement à Paris pour y travailler et y habiter, je rencontre quelqu’un et je trouve une équipe de volley, avec des filles. Ça me fait beaucoup de bien parce que ma relation est finalement plutôt toxique et pas épanouissante. Je retombe un peu dans une dévalorisation de moi-même et j’atteins une phase de TCA sérieuse sans m’en rendre compte. Disons que je ne mange quasiment plus. Je suis maigre. Je fais mon « petit sport ». Rien ne me « nourrit » dans ma vie. 

Et puis à l’été 2022, je décide de partir trois semaines au Pérou, seule sur un coup de tête. Une envie, comme ça, de partir à l’aventure. Je me sentais enfermée dans ma vie, en moi-même, je cherchais ainsi la liberté. Je suis alors en plein dans mes troubles alimentaires, je ne mange pas assez, je n’ai pas beaucoup d’énergie mais j’ai quand même un mental incroyable. Moi, je suis hyper tchatcheuse donc je rencontre facilement du monde là-bas. Je me retrouve. Je revis. Je prends à nouveau ma place. Au Pérou, comme j’adore la rando, je fais des treks de dingue où je pars seule, sans guide. Je n’ai pas peur de grand-chose en fait. 

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Quand je reviens, à la rentrée de septembre, je change de vie, je romps avec mon copain et je m’inscris dans un club de volley. C’est pas simple parce que je n’ai toujours pas la super forme sur le plan physique. À ce moment-là, j’ai dix kilos de moins qu’aujourd’hui. Je continue à voir ma psy tous les mois et je rentre dans un process de plans alimentaires pas simples à gérer. Je m’accroche et ça marche. 

Je tente un nouveau club de volley et, à côté, je continue la course une fois par semaine. Mais en parallèle, je fais encore ce que j’appelle le « sport de petites meufs » parce que je suis encore rongée par ces troubles du comportement alimentaire et tout ce qui va avec. Quand je parle du « sport de petites meufs », je ne juge personne et je me mets dans le panier. Pour moi, c’est du sport en salle avec des cours ou bien chez toi où tu fais des petits abdos et tout. Et tu le fais pour être belle, le plus souvent. Ce n’est pas forcément parce que tu aimes le sport et que tu t’amuses.  

Au début, ma psy, spécialiste du comportement alimentaire, me disait d’arrêter le sport mais je m’étais promis à moi-même que jamais je n’arrêterai. Parce que dans ma vie, j’ai toujours fait du sport pour me marrer, pour gagner aussi, mais surtout pour m’éclater. Il fallait juste que je retrouve cet esprit-là. Parce que, toutes ces années, j’avais un peu perdu la joie au global, et dans le sport aussi.  

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C’est une période où je me retrouve à faire beaucoup de sport avec des mecs : courir, faire du vélo ou partir pour des trails. C’est la première fois pour moi que se pose la question fille-garçon. Je me rends compte que je suis de plus en plus attirée par des projets sportifs en mode aventure. Au même moment, je rencontre quelqu’un qui part s’installer à Annecy, tout près des montagnes. Quand je le retrouve en week-end, on fait de la rando avec nuit en refuge et réveil face au Mont Blanc, du vélo autour du lac, de l’alpinisme

En juillet dernier, je me retrouve donc encordée avec mon nouvel amoureux pour grimper un sommet dès 3 heures du matin. Fin septembre, on part dans les Pyrénées pendant dix jours pour faire un stage de parapente. Puis, direction les îles Anglo-Normandes en voilier pendant cinq jours avec deux amis à lui : un séjour incroyable où je me régale à faire de la navigation, on voit même du plancton fluoresecent. Pile les sensations que je recherchais ! 

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L’aventure d’après ? C’était de m’installer avec mon copain à Chamonix. Je m’imaginais direct faire du ski dès le matin ou aux pause-déj… Ma seule condition : un club de volley pas loin. Bingo, c’était bouclé dans les 24 heures ! J’ai découvert un entraîneur génial et des filles fortes, je prépare mon transfert de licence. À la fois, je suis complètement accro aux hormones que le sport me procure et, d’un autre côté, ça me crée un bon équilibre de vie, surtout en diversifiant mes activités physiques. Le sport me rend heureuse car je me sens puissante. J’ai la sensation d’exister vraiment parce que mon corps est capable de faire des choses fabuleuses et pas seulement parce qu’il est une belle enveloppe.

Grâce au sport, je suis passée d’un corps-image à un corps utile et fonctionnel. C’est cette simplicité que je retrouve d’ailleurs en faisant du sport avec des mecs. Tu réalises que ton corps te sert pour bouger, mais aussi pour te dépasser, faire des trucs de ouf, peu importe à quoi tu ressembles ! » 

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