Jeux Olympiqueskaraté, un petit JO et puis s’en va !

Leïla Heurtault
Après des années à batailler pour intégrer le giron des sports olympiques, le karaté a obtenu gain de cause et sera (enfin !) de la partie aux Jeux Olympiques de Tokyo, du 23 juillet au 8 août. Avant de disparaître aussi vite du programme des JO 2024, à Paris. Retour sur une épopée éprouvante.

Par Sophie Danger

Publié le 20 juillet 2021 à 7h00, mis à jour le 29 juillet 2021 à 8h28

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Un petit tour… et puis s’en va. Après une – très – longue bataille pour que le karaté devienne discipline olympique, officiels et prétendants à la médaille ont enfin obtenu gain de cause.

Cet art martial, dont l’origine remonterait au Ve siècle, sera bel et bien présent aux Jeux Olympiques de Tokyo qui débutent le 23 juillet prochain… avant de disparaître purement et simplement des tablettes lors de l’échéance parisienne programmée trois ans plus tard, pour les JO 2024, du 26 juillet au 11 août.

Une déconvenue immense pour les artisans de la candidature qui n’avaient, jusqu’alors, pas ménagé leurs efforts pour intégrer la très convoitée famille olympique.

Une épopée aux allures de marathon qui débute en 1975. À l’époque, l’ITKF décide de faire un appel du pied au CIO.

Le but de l’International Traditional Karate Federation ? Que le « karaté  traditionnel », sport dont elle est la garante, soit représenté aux Jeux Olympiques. Première demande, premier refus.

Il faudra attendre les années 90 pour que les représentants du karaté mondial reviennent à la charge. Échaudées par leur précédent revers, les instances gouvernantes du « karaté traditionnel » (ITKF) et celles du « karaté sportif » (WUKO devenue WKF), de plus en plus populaire, avancent l’idée de fonctionner ensemble afin de donner plus de poids à leur requête.

La tentative n’ira, hélas, pas au bout.

La championne française, Leïla Heurtault

Malgré tout, la WKF (World Karate Federation), désormais seule entité reconnue par le CIO, n’abdique pas et reprend le combat à son compte. Dans son viseur, Athènes en 2004. Raté.

Il y aura également Pékin en 2008, Londres en 2012 et Rio en 2016. Nouvelles déconvenues. Jusqu’à 2020 et la validation officielle.

L’heure est à la fête. Après des années à végéter dans l’ombre du judo, intégré en 1964, et du taekwondo, définitivement intronisé en 2000 après un test à Seoul en 1988, le karaté entre, à son tour, dans le giron olympique.

Francis Didier, Président de la Fédération Française de Karaté, évoque alors « une énorme satisfaction » et se réjouit que ce sport « qui véhicule tant de valeurs communes à celle de l’olympisme, fasse partie de cette fête universelle qui se déroule tous les quatre ans ».

Francis Didier, Président de la Fédération Française de Karaté

De leur côté, les organisateurs japonais, conscients du privilège, voient grand. Les meilleurs athlètes de la planète seront reçus dans un écrin à hauteur de l’événement, le mythique Nippon Budokan, théâtre, cinquante et un ans plus tôt, des premiers Championnats du monde de la discipline.

Le mythique Nippon Budokan

La joie sera malheureusement de courte durée. En février 2019, le COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) de Paris annonce la liste des sports additionnels pressentis pour 2024. Le surf, le skateboard et l’escalade, en démonstration au Japon, sont reconduits. Trois disciplines auxquelles viennent s’ajouter le breaking.

À peine intronisé, le karaté est donc déjà prié de prendre la porte. La douche froide. Et l’incompréhension.

« Nous n’avons pas encore eu la chance de prouver notre valeur en tant que sport olympique, puisque nous ferons nos débuts comme discipline olympique à Tokyo en 2020, déplore alors Antonio Espinos, le président de la Fédération internationale (WKF), dans un communiqué. Nous pensions avoir rempli toutes les exigences et que nous avions les conditions parfaites pour être ajouté au programme des sports. Nous avons appris que notre rêve ne sera plus une réalité. »

Leïla Heurtault, l’une des championnes de karaté françaises qualifiées, à l’heure de partir pour les Jeux Olympiques de Tokyo, peut-être pour la première et dernière fois…

La bataille pour la reconnaissance olympique, jusqu’alors essentiellement fédérale, va dès lors dépasser le cadre des seules instances sportives pour prendre un tournant plus politique. Le ministère des Sports est sommé de se justifier.

Sur le papier en effet, le karaté coche toutes les cases imposées par le CIO : une Fédération reconnue, des coûts d’organisation raisonnables, une bonne image et une pratique répandue à travers le monde.

Mais tribunes et autres lettres ouvertes resteront sans effet. Le COJO, fermement décidé à se tourner vers des discipline « plus urbaines » pour attirer un public jeune, campe sur ses positions. Après une apparition éclair au Japon, le karaté ne sera officiellement plus de la partie à Paris.

Ne reste plus, désormais, qu’à se tourner vers l’avenir. Et briller à Tokyo. L’équipe de France, qui espère une délégation plus imposante, devra se contenter de trois représentants, deux femmes – Leïla Heurtault (-61kg) et Alexandra Feracci (kata) – et  un homme – Steven Da Costa (-67kg).

Alexandra Feracci, l’une des 3 représentantes de la délégation française

Trois karatékas sur les 80 engagés, mais trois chances de médaille que les Bleus, échaudés comme leur concurrents, mais pas coulés pour autant, espèrent bien convertir en métal précieux.

Ouverture Leïla Heurtault
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest
Partager sur email

Vous aimerez aussi…

Bouger, j’aimerais bien, mais…

Avec le confinement, beaucoup tentent de saisir l’occasion de remettre leur corps en mouvement. Pas facile pourtant, surtout lorsqu’on est seul et que l’espace sportif se limite à ses quatre murs. Alors, généralement, on commence fort puis on se fatigue.
Mais pourquoi si peu d’enthousiasme, même en sachant que le bien-être est au bout de la séance ? Explications.

Lire plus »
Lydia Bradey

Lydia Bradey, l’insatiable alpiniste en quête de liberté

Elle est la première femme à avoir atteint, en 1988, le sommet de l’Everest sans oxygène. Mais son record a longtemps été mis en doute par ses compagnons d’expédition. Une suspicion qui poursuivra la Néo-Zélandaise Lydia Bradey pendant des années avant qu’elle ne soit enfin réhabilitée. Histoire d’une alpiniste et guide de haute-montagne qui n’a jamais lâché le piolet.

Lire plus »
sport femme banlieue

Les filles, pas de quartiers !

Longtemps oubliée, la problématique de l’accès des filles au sport dans certains quartiers est désormais mieux traitée, et les actions se multiplient pour réinjecter un peu de mixité dans ces territoires délaissés.

Lire plus »
Mélina Robert-Michon

Le questionnaire sportif de…Mélina Robert-Michon

Elle est l’athlète française qui a décroché le plus de titres nationaux. Le 21 février dernier, Mélina Robert-Michon, bluffante lanceuse de disque, a établi la meilleure performance mondiale de l’année avec 63,43 mètres aux championnats de France hivernaux de lancers longs. La vice-Championne olympique en titre et 34 fois Championne de France ne compte pas s’arrêter là. Elle sera à Tokyo en juillet. En attendant, elle répond à notre petit questionnaire vite fait, mais bien fait !

Lire plus »

Angélique : « Éduquer par le sport, c’est aussi casser les clichés. »

Elle permet à tous d’accéder à une activité sportive. Angélique est éducatrice sportive en collectivité territoriale dans un milieu rural où les installations sportives peuvent venir à manquer. Elle apporte son savoir-faire, son matériel et son naturel généreux aux enfants qui découvrent alors une activité amusante et enrichissante en-dehors des heures d’école. Une belle école de la vie… sur des rollers ou dans une sacrée partie de hockey !

Lire plus »
Le questionnaire sportif de… Diane Marie-Hardy

Le questionnaire sportif de… Diane Marie-Hardy

Elle ambitionnait les JO, mais son corps a dit stop. En plein championnats de France Elite d’athlétisme, en juin dernier, l’heptathlète Diane Marie-Hardy a dû renoncer à toutes les compétitions en raison d’une blessure au tendon d’Achille. Mais cette sportive acharnée n’a pas dit son dernier mot et a repris sa préparation physique. Entre deux entraînements, elle a répondu à notre petit questionnaire de Proust à la sauce ÀBLOCK!

Lire plus »
Anne-Flore Marxer

Anne-Flore Marxer : « Chez moi, faire bouger les lignes, ça vient des tripes ! »

Depuis ses 18 ans, elle se bat pour l’inclusion des femmes dans les sports de glisse. Grâce à cette snowboardeuse franco-suisse à la personnalité magnétique, la pratique du freestyle et autre freeride évolue, se féminise doucement. À 36 ans, c’est désormais derrière une caméra qu’Anne-Flore Marxer s’engage et poursuit le combat. Passionnante conversation avec une sportive activiste.

Lire plus »
We Trail

Hey, We Trail ?

Retrouver la liberté, la nature, les sentiers…en courant, c’est la proposition alléchante de Scarpa. La marque spécialiste du trail organise, cet été, un périple financé par ses soins. Une micro-aventure pour laquelle il fallait répondre à un appel à candidatures dont on connait aujourd’hui les 5 finalistes. « We Trail » est en marche.

Lire plus »
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Retour en haut de page

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

WordPress Cookie Notice by Real Cookie Banner