Chloé AndersonL’athlète transgenre qui bouscule les codes

Chloé Anderson, l’athlète transgenre qui bouscule les codes
Joueuse de volley transgenre, elle lutte contre un monde sportif trop peu inclusif. Chloé Anderson, née garçon, est l’une des premières à avoir intégré une équipe féminine universitaire de haut-niveau. Aujourd’hui, l’Américaine veut aider la communauté LGBT+ à investir les terrains. Tous les terrains. Être fier de qui l’on est, malgré les préjugés, voilà ce que défend miss Anderson. Portrait d’une fille pas comme les autres.

Par Faustine Magnetto

Publié le 14 septembre 2020 à 17h43, mis à jour le 13 avril 2023 à 16h14

« N’acceptez pas la vie telle qu’elle vous a été donnée. Essayez d’explorer et découvrez vraiment qui vous êtes. »

Il aura fallu dix-neuf ans pour que Chloé Anderson devienne qui elle est vraiment. Petite, à chaque anniversaire, après avoir soufflé ses bougies, Chloé née dans la peau d’un garçon fait toujours le même vœu : être une fille. Jouer avec ses copines, se déguiser, elle adore ça.

Mais en grandissant, la puberté fait une entrée fracassante dans sa vie. Ces transformations physiques signent un mal-être profond. Chloé n’est plus en accord avec ce corps de jeune mec : « J’ai alors fait tout ce qui était en mon pouvoir pour être invisible », dit-elle.

Chloé Anderson
©DR

Cible d’insultes et d’intimidations, son havre de paix est le terrain de volley-ball. Un sport qui lui permet de s’évader et de faire ses preuves, peu importe qui elle est. Mais à l’école ses notes dégringolent à l’image de son état émotionnel. Elle lâche l’affaire et s’isole dans sa chambre.

Jusqu’à la révélation. Le déclic. En classe, un de ses profs projette un film sur les enfants transgenres : « J’ai commencé à pleurer, juste là, à mon bureau. C’était la chose la plus incroyable, de réaliser que tous mes sentiments avaient un nom. » Plus question pour Chloé de se cacher. À 19 ans, elle entame sa transition.

Chloé Anderson
©Instagram Chloé Anderson

Et c’est un ascenseur émotionnel. Les sentiments s’entremêlent, l’esprit s’embrouille.

« Votre corps est très différent, la façon dont vous vous sentez est très différente, la façon dont vous êtes traité est très différent. Différent de tout ce à quoi vous êtes habitué. Le monde dans lequel vous avez grandi, tout ce que vous saviez, s’effondre complètement. Et les gens ne sont pas forcément gentils à ce sujet », confie Chloé Anderson.

Son rêve ? Jouer en équipe féminine de volley, en haut-niveau universitaire. Mais devenir athlète transgenre est un défi qui va bien au-delà de l’acceptation par les autres. En raison de l’hormonothérapie, elle rencontre des problèmes de coordination et de faiblesse musculaire.

Chloé Anderson
©Instagram Chloé Anderson

Pour Chloé Anderson, ce mythe des athlètes trans, spécifiquement les femmes, qui auraient un avantage physique n’est rien d’autre qu’une peur de la différence. Elle a d’ailleurs peu de testostérones voire moins que la plupart des femmes cisgenres : « Cette transition, c’est comme une puberté à l’envers, explique Chloé Anderson. Les premiers mois sous hormones, je souffrais de douleurs musculaires, mes épaules me faisaient très mal. J’ai réalisé que mes muscles fondaient, c’était particulièrement difficile. »

Chloé Anderson
©Outsports

Ces difficultés physiques ne l’empêchent pas de briller sur le terrain. Chloé Anderson fait ses débuts dans l’équipe de son université, Santa Ana. Mais, ambitieuse, elle voit plus grand. Rien ne l’arrête ! Malgré de nombreux refus liés à sa transidentité, la joueuse ne lâche rien. Elle est acceptée en tant qu’athlète de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) et entre dans l’équipe de volley-ball de l’Université de Californie, à Santa Cruz. Une manière de montrer à ceux qui ne croient pas en elle, qu’elle peut le faire !

Chloé Anderson
©Outsports

Pourtant, après quelques semaines passées au sein de l’équipe UCSC Santa Cruz, la différence de Chloé Anderson ne passe pas : « À l’université Santa Ana, la plupart de mes coéquipières étaient formidables et mon entraîneur et moi avions une relation solide malgré des moments difficiles. Cependant, après le transfert à l’UCSC, les choses sont devenues un peu plus compliquées. Je ne me suis jamais vraiment fait d’amis et je n’ai jamais eu l’impression de matcher avec mon entraîneur. Il y avait tellement peu de choses en commun avec tout ce monde que cet épisode fut douloureux et isolant ».  

Chloé Anderson

Désillusion, incompréhension, désespoir…mèneront Chloé Anderson à commettre une tentative de suicide. Puis vint le temps de la reconstruction, celui de la décision aussi : elle se bat aujourd’hui pour le droit à être différent.

Si elle a quitté l’équipe UCSC Santa Cruz, elle s’engage dans un combat qui fait sens : la défense d’un sport plus inclusif.

À commencer par des actions de sensibilisation, à l’image de cette affiche ci-dessus dans laquelle elle proclame : “ Être visible, c’est pouvoir être soi-même, dans toutes les sphères de sa vie, y compris le sport. Soyez fier d’aider les athlètes transgenres, afin qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls et que vous êtes là pour qu’ils vivent le meilleur de leur vie.”

« À l’avenir, dit-elle, j’aimerais aider les jeunes transgenres et continuer à faire ce que je peux pour aider la communauté. Une communauté que j’ai tellement appris à aimer ! »

Vous aimerez aussi…

Reality Winner

Reality Winner : l’espionne qui venait du sport

Avant le 3 juin 2017, date de son arrestation, cette blondinette balèze était surtout connue pour ses exploits de crossfiteuse. Ex-militaire dans l’US Air Force, employée des services secrets américains, Reality Winner purge une peine de 5 ans de prison pour avoir exfiltré des documents confidentiels. Portrait d’une lanceuse d’alerte qui, même emprisonnée, ne transige jamais avec sa routine sportive.

Lire plus »
Tour de France Femmes 2023, l’heure du récap' Demi Vollering

Tour de France Femmes 2023, l’heure du récap’

Des surprises et des duels au sommet, la recette parfaite d’une compétition réussie. Cette deuxième édition du Tour de France conjugué au féminin a été riche de suspense. Toutes ces rouleuses acharnées et inspirantes nous ont emballés. Petit résumé d’une Grande Boucle qui trace sa route.

Lire plus »
Il était une fois le rugby…féminin

Il était une fois le rugby… féminin

Pas facile encore aujourd’hui d’être joueuse de rugby tant ce sport ne correspond en rien aux stéréotypes féminins. Pourtant, il y a eu des pionnières qui ont su transformer l’essai. Et les filles d’aujourd’hui prennent la balle au bond avec maestria. Petite histoire express du ballon ovale en mode demoiselle.

Lire plus »
Marie-Julie Bonnin, the sky is the limit

Marie-Julie Bonnin, the sky is the limit

Elle est en forme. À 23 ans, la perchiste bordelaise Marie-Julie Bonnin ne cesse de progresser et va tenter de continuer d’écrire son histoire après son titre de championne du monde en salle en mars dernier, en devenant la reine de la piste en outdoor à Tokyo pour les Mondiaux. Et ça pourrait la mener très haut.

Lire plus »
Nicolas Sauerbrey : « Les filles veulent faire du beau volley avant d'être efficaces et les garçons, eux, veulent gagner. » KIds

Nicolas Sauerbrey : « Les filles veulent faire du beau volley avant d’être efficaces et les garçons, eux, veulent gagner. »

Presque la moitié des licenciés de la Fédération Française de Volley sont des jeunes filles et des femmes, un bon point pour cette discipline qui signe des records d’affluence post-JO. Pour autant, Nicolas Sauerbrey, DTN adjoint en charge de la formation et du développement, assure que les filles aiment le volley, mais pas comme les garçons. Il nous explique pourquoi.

Lire plus »
Le questionnaire sportif de…Lil’Viber

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une enquête sur la bigorexie ou quand trop de sport tue le sport, une joueuse de hand passée à la moulinette, une experte de l’évolution du sport féminin qui parle sans langue de bois, un Top littéraire pour bouger en 2023, des témoignages de filles pour qui le sport, c’est la vie (comme la motarde Lil’Viber sur notre photo)… Régalez-vous !

Lire plus »
Nettie Honeyball, la mystérieuse pionnière du football

Nettie Honeyball, la mystérieuse pionnière du football

Elle est à l’origine du célèbre British Ladies Football Club, considéré comme la première formation féminine de football. Nettie Honeyball, féministe convaincue, s’est servie du sport pour prouver au monde que les femmes n’étaient pas que des « créatures ornementales et inutiles ».

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner