Camille Petit « Plus de filles dans le quad ? J’attends que ça ! »

Camille Petit : « D’autres filles dans le quad, j’attends que ça ! »
Sextuple championne de France de quad, elle a aussi ravi la première place féminine de la plus grande course sur sable au monde. Camille Petit, 25 ans, a toujours baigné dans ce sport, une passion familiale. Addict, elle fonce à toute berzingue pour ouvrir la voie à d’autres quadeuses. Rencontre sur les chapeaux de roues.

Par Claire Bonnot

Publié le 02 avril 2025 à 14h39, mis à jour le 02 avril 2025 à 18h38

Si on revient au point de départ, d’où te vient cette passion pour le quad ?

Je suis née dedans ! Mon père et mes frères en ont toujours fait. Quand j’étais petite, mon papa nous mettait carrément sur les sièges auto à l’arrière des quads pour nous emmener en balade ! Très vite, on a tous eu droit à notre petit engin et j’ai donc commencé à conduire toute seule à l’âge de 2 ans. Je me revois, à l’âge de 7-8 ans, faire des ronds et des ronds autour de chez moi pendant toute la journée.

Tu n’as jamais eu peur d’aller à toute berzingue ?

J’ai grandi comme ça donc ça a toujours été une activité « normale » pour moi. Je suis déjà tombée, mais je n’ai jamais eu de gros problèmes jusqu’à maintenant, je touche du bois…

©DR

Donc, tu étais bien la petite-fille fonceuse, casse-cou, qui n’a peur de rien comme on l’imagine ?

Oui, d’ailleurs je n’ai jamais eu de Barbie, jamais de poupées, moi, mon truc, c’était les petites voitures et mon quad.

Qu’est-ce qui te plaît tant dans le quad ?

C’est l’adrénaline je pense, le dépassement de soi et le fait que ça soit différent à chaque fois. À force, on commence à connaître les terrains, mais les compétitions offrent des surprises sur les parcours. En plus, en étant une fille, c’est encore plus de challenge. Comme les courses sont mixtes, les filles sont obligées de tenter des choses qui les démarquent pour arriver à faire un bon classement.

©DR

Comment ça se passe une compétition de quad ?

Sur toutes les compétitions de quad, on démarre tous du même point, derrière une grille de départ. Quand elle se baisse, on fonce. C’est souvent sur la terre et, parfois, sur le sable – mais c’est rare et plutôt une épreuve d’endurance (rouler 2h30 non-stop) comme celle du Touquet à laquelle j’ai participé récemment.
Et après, c’est à celui qui va le plus vite sur un chemin qui comporte des bosses. On fait des tours sur un temps donné. C’est comme du motocross sauf qu’on pilote un quad. Après, pour être bien placé sur la ligne de départ, il faut avoir fait un bon temps aux courses d’essais.

©Team Quad Petit Association

Ça t’est déjà arrivée d’être mal placée, comment tu fais pour remonter la pente dans ces cas-là ?

Ça m’arrive souvent vu que je roule avec les garçons. Donc je me retrouve souvent derrière en général ! Mais, après, c’est sur la piste que tout se joue. J’ai encore de la marge même si c’est plus avantageux de partir bien placée.

Parle-nous justement de l’Enduropale du Touquet qui s’est joué les 8 et 9 février 2025. C’était ta première compétition sur le sable et tu es arrivée en tête chez les femmes…

Je n’avais jamais fait de course sur sable. Après, je connaissais les courses d’endurance grâce à la course mondiale annuelle qui a lieu l’été et qui est une endurance de douze heures par équipe. L’idée est venue de mon copain qui est là-dedans depuis toujours. Il a voulu que j’essaie. Le problème, c’est que les quads de terre et les quads de sable sont deux véhicules complètement différents : en termes de pneus, d’amortisseurs, de hauteur. Il fallait donc louer un quad, première chose. Et, autre facteur : dans le sable, il faut arriver à jouer avec la piste qui se modèle toujours différemment et à sauter par-dessus les trous. Avec cet élément, on est obligé d’improviser et de rester ultra concentré à chaque minute.
Bref, quand mon copain a voulu m’inscrire au Touquet, je lui ai répondu « T’es fou ! ». Je pensais que ce n’était pas faisable. J’ai pu finalement m’entraîner six fois sur sable et je crois bien que, le jour J, j’étais ultra motivée. J’avais vraiment envie de faire quelque chose de bien. Ça a été un sacré coup financier, mais je me suis dit que c’était le moment ou jamais.

©Anthony Brebant-CFSTouquet

Parce que tu n’as aucune aide ou sponsors pour financer tes frais et tes courses ?

Ce genre de courses, c’est des frais à hauteur de 3000 euros. Et on gagne zéro prime sauf aux championnats de France. Je n’ai encore que très peu de sponsors et le quad est un sport très coûteux, ne serait-ce qu’avec l’essence. Pour le Touquet, par exemple, j’ai tout refait à neuf sur mon engin. Mais j’ai la chance d’avoir une super « équipe » avec moi. Mon frère, qui est champion de quad, a accepté de faire l’assistance sur cette course. Mais j’ai quand même tenté d’avoir quelques aides. Je ne suis sortie de l’école que tout récemment et mon projet d’être préparateur physique n’a pas encore décollé. Donc je travaille en boulangerie pour gagner ma vie.

©DR

Tout était bien enclenché pour cette compétition, ça a dû booster ton mental pour gagner ?

En fait, je ne savais pas du tout comment me situer par rapport à la concurrence. Est-ce que je ferai 200e ou 400e ? Je n’en savais rien. Et puis, quand je suis partie, au bout de la première ligne droite de 6 km, j’ai dû sortir 15e, à peu près. Mon frère a brandi un panneau sur lequel il avait écrit que j’étais la première féminine. Je me disais « C’est pas possible ! ». Je me suis concentrée à fond jusqu’au moment où j’ai senti une autre fille me frôler. Mais je n’ai rien lâché. Et elle ne m’a pas dépassée.
J’ai fini 1re en catégorie féminine et 38e au classement général, sur les 470 pilotes du Quaduro, l’épreuve réservée aux quads. Me savoir si bien entourée avec ma « team » familiale m’a permis de me dire « Donne tout ce que t’as et tu verras bien ! ».

Quand tu dépasses la ligne d’arrivée, tu es comment : épuisée physiquement et émotionnellement ?

Même pas, j’étais tellement dedans, je pouvais y aller encore ! Je suis plutôt endurante moi, justement. Je connais bien mon corps donc j’arrive bien à gérer, à doser. J’ai surtout pleuré comme une madeleine, c’était tellement un rêve qui me paraissait impossible !

Qu’est-ce qui fait, selon toi, que tu balaies la concurrence ?

Je pense que j’ai de la chance, d’abord. Et puis, j’ai toujours fait du quad et ça m’aide beaucoup. Et, enfin, je ne suis pas fatiguée physiquement. Ce n’est pas le physique qui me limite, c’est plutôt la technique. Il me manque des heures de roulage, tout simplement parce que ça coûte trop cher de pratiquer ce sport. Et, aussi, je travaille beaucoup l’entraînement à côté : crossfit, courses à pied…

©Anthony Brebant-CFSTouquet

Les compétitions sont mixtes, mais est-ce qu’il y a beaucoup de filles dans ce milieu ?

C’est vrai que, parfois, je suis la seule fille de la course. Pour le Touquet, on était quand même seize compétitrices. Mais le souci, c’est que les courses étant mixtes, beaucoup de filles se disent qu’elles n’ont pas leur place face aux hommes et ne viennent même pas tenter l’aventure. Donc, il y a peu de concurrence féminine sur les grands tournois. C’est dommage parce que les mecs font attention à nous, ils ne nous doublent pas comme des sauvages et ils ne viendront jamais nous taper dans les roues. Ce qui change tout, c’est quand les championnats créent des catégories féminines. Ça permet d’avoir plus d’affluence.

©Anthony Brebant-CFSTouquet

C’est comment pour les femmes dans ce milieu, avec ce cliché que c’est un sport de mecs ?

Pour moi, ça a été un long fleuve tranquille parce que mon frère avait pavé le chemin. En plus, il m’a toujours dit que tout était possible, même pour moi, peu expérimentée à mes débuts et en tant que fille. On n’est pas moins acceptée parce qu’on est une fille. Et, comme je le disais, les mecs sont très respectueux sur le terrain.

Qu’est-ce que tu dirais alors à des jeunes filles qui n’osent pas se lancer dans ce sport parce qu’elles ne pensent pas y être à leur place ?

Que moi aussi je suis passée par là, en me disant que je ne pourrais pas me lancer parce que j’avais pas le niveau, et notamment par rapport aux garçons. Mais c’est aussi comme ça qu’on progresse et que l’expérience s’acquiert : grâce à des heures de roulage, en se confrontant à des plus forts que soi. Dans tous les cas, je leur dirais de venir essayer parce que l’ambiance est super cool !

©50 Factory

On peut dire que tu fais partie des pionnières féminines en France du quad de haut niveau, est-ce que tu as l’impression de devenir un exemple pour d’autres femmes qui souhaiteraient intégrer la discipline ?

Je le ressens depuis quelques années. À chaque fois, quand on vient me voir, je me rends hyper accessible parce que c’est ce que je suis. Il n’y a pas de raison d’être autrement. En plus, ce n’est même pas mon métier, je n’en vis absolument pas. Et puis j’ai très envie que plus de filles osent foncer sur le terrain du quad, comme ça, j’aurais plus de concurrence ! Et si elles me le demandent, j’ai hâte de leur donner des conseils, de les former.

Ton rêve sportif, ce serait quoi ?

J’aimerais avoir le titre en championnat de France des compétitions sur sables complets, et pas seulement le Touquet. Pour ça, il y a six ou sept courses à boucler dans l’année. Avoir fait le Touquet, c’est déjà un rêve pour moi. Je le regardais petite ! Et sinon, je rêverais de pouvoir le professionnaliser et donc de partir aux États-Unis par exemple. Et puis, bien sûr, conserver mon titre de Championne de France.

©Team Quad Petit Association

Et côté pro, tu essaies de développer ton métier de préparateur physique ?

Oui, j’ai fait une licence d’entraînement sportif, j’ai donc mon diplôme de coach sportif. Et j’ai poursuivi en master optimisation de la performance sportive. Récemment, j’ai travaillé dans une salle de sport qui accueillait des athlètes de haut niveau. Je faisais faire de la préparation mentale à des athlètes qui couraient le rallye du Dakar, des cyclistes de haut niveau, des champions de France de jet-ski. J’aimerais aujourd’hui développer mon entreprise pour faire de la prépa physique et coacher des sportifs qui sont dans les sports mécaniques.

Tu n’as jamais décroché du quad, tu as toujours été ÀBLOCK! ?

J’en suis tellement « droguée » que j’ai failli le perdre ! L’année 2023, ça se passait pas bien, j’arrivais jamais à donner mon maximum en compétitions. Mon frère me disait qu’il ne m’avait jamais vue comme ça. Il me disait que ça se voyait que j’avais pas envie, que j’étais crispée, que j’avais peur. En fait, je m’entraînais trop et quand j’arrivais sur mes courses, j’avais plus d’énergie.
Donc il faut savoir doser, parce que ce sport, ça te prend tout ton temps. Avec mon copain, on a fait de la mécanique tout le weekend dernier, par exemple. Il faut être à 100 % pour s’engager dans le quad.

  • Le palmarès de Camille Petit ces 3 dernières années : 2025 Enduropale du Touquet : 38e place, 1re place féminine; 2024 : Mondial du Quad, Pont de Vaux : 27e place, 1re place féminine, Championnat de France Quad : 26e place, 1re place féminine, Championnat de Ligue Bourgogne Franche-Comté : 9e place, 1re place féminine, 10h de Goncourt (en duo féminin) : 27e place, 1re place féminine ; 2023 : Mondial du Quad, Pont de Vaux : 26e place, 1re place féminine, Championnat de France Quad : 29e place, 1re place féminine, Championnat de Ligue Bourgogne Franche-Comté : 16e place, 3e place féminine
  • Pour suivre le bolide Camille Petit, direction sa page Instagram @cam_r40
Ouverture ©DR

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