Atefeh et FatemehLes footballeuses iraniennes qui ont dit non

Fatemeh et Atefeh, les footballeuses iraniennes qui ont dit non
Elles auraient pu rentrer. Comme les cinq autres. Elles ont choisi de rester. Atefeh Ramezanisadeh, 33 ans, et Fatemeh Pasandideh, 21 ans, sont les deux joueuses iraniennes qui, au bout d'une semaine de chaos diplomatique, ont maintenu leur demande d'asile en Australie. Deux femmes, deux générations, une même décision. Irréversible.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 19 mars 2026 à 16h55, mis à jour le 19 mars 2026 à 17h02

C’est une photo sur Instagram qui dit tout. Fatemeh Pasandideh, 21 ans, sourit face à l’objectif, soleil de Brisbane dans le dos, signe de paix de la main. Sa légende : « Everything will be fine. » Trois mots. Une vie qui recommence.

À ses côtés dans ce nouveau quotidien, Atefeh Ramezanisadeh, 33 ans. Douze ans de plus, même choix. Les deux joueuses portent désormais les couleurs du Brisbane Roar, club de A-League Women — l’élite du football féminin australien — qui les a accueillies à bras ouverts dès le 16 mars, leur offrant un terrain d’entraînement, une équipe, et ce mot rare dans leur situation : un avenir.

©Brisbane Roar FC/Instagram

Tout a commencé dans le silence. Le 2 mars 2026, lors de leur premier match de la Coupe d’Asie féminine à Sydney, face à la Corée du Sud, plusieurs joueuses de l’équipe nationale iranienne n’ont pas chanté leur hymne national. Un geste silencieux, deux jours après le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran. À Téhéran, un présentateur de la télévision d’État ne tarde pas à les qualifier de « traîtresses en temps de guerre ». La mécanique de la peur s’emballe.

Au lendemain de leur élimination du tournoi, sept membres de la délégation — six joueuses et un membre du staff — demandent l’asile. Cinq joueuses, dont la capitaine Zahra Ghanbari, s’échappent de leur hôtel dans la nuit pour rejoindre les autorités australiennes. Le gouvernement de Canberra leur accorde rapidement des visas humanitaires.

Fatemeh Pasandideh…©Brisbane Roar FC/Instagram

Mais la pression du régime ne tarde pas à se faire sentir. Selon des organisations de défense des droits humains et d’anciens joueurs iraniens, des familles restées en Iran sont menacées, des biens saisis. Une à une, les joueuses rétractent leur demande. Cinq sur sept ont finalement regagné l’Iran, via la Malaisie, Oman et Istanbul. Fatemeh et Atefeh, elles, sont restées.

On sait peu de choses d’elles — c’est voulu, c’est nécessaire. Leur localisation est tenue secrète, leur sécurité assurée par les autorités australiennes. Ce qu’on sait : Fatemeh Pasandideh a 21 ans, une photo souriante aux côtés de Jill Ellis, Chief Football Officer de la FIFA, et une caption qui ressemble à un serment. Atefeh Ramezanisadeh, elle, a répondu à la publication de bienvenue du Brisbane Roar d’un simple « Merci pour tout. » Deux phrases. Tout un monde.

Atefeh Ramezanisadeh…©Brisbane Roar FC/Instagram

Le club a posté leur arrivée à l’entraînement avec un emoji de lionne — surnom traditionnel des joueuses iraniennes — et la promesse d’un « environnement bienveillant pour franchir les prochaines étapes ». Sur les photos, elles sourient. Sans hijab. En maillot du Roar. Sur un terrain de foot, là où, selon elles, tout va bien se passer.

Ce qu’elles ont laissé derrière elles, on ne peut que l’imaginer. Ce qu’elles ont choisi, en revanche, est visible : la balle au pied, le soleil du Queensland, et la liberté de jouer sans regarder par-dessus leur épaule.

Fatemeh et Atefeh n’ont pas fui. Elles ont choisi.

©Brisbane Roar FC/Instagram

Ouverture ©Brisbane Roar FC/Instagram

Vous aimerez aussi…

Lucienne Velu, « la reine du stade » des années 30, mais pas que…

Lucienne Velu, « la reine du stade » des années 30, mais pas seulement…

Le sport féminin n’en était qu’à ses prémices lorsque Lucienne Velu s’est invitée au stade. Douée pour l’athlétisme, la Parisienne, recordwoman du disque en 1924, ne s’est pas contentée de briller sur les pistes. Footballeuse reconnue, elle excelle également en basket et deviendra championne du monde de la discipline à l’issue des Jeux Mondiaux Féminins de 1934. Retour sur le parcours d’une pionnière qui a su saisir la balle au bond.

Lire plus »
Croisière des Alizés : la voile comme bouée de sauvetage

Croisière des Alizés : la voile comme bouée de sauvetage

« Offrir l’horizon et les vertus thérapeutiques de la voile en partage ». C’est la très belle initiative de l’association québécoise, La Croisière des Alizés, qui initie à la voile des jeunes filles vivant des troubles alimentaires et en chemin vers le rétablissement. Un élan de solidarité venu tout droit d’un vécu ou l’histoire d’une résilience par le sport. Larguons les amarres avec Nathaly, la mère d’Ariane, qui en sont les deux fondatrices.

Lire plus »
Margaux Hubeny

Margaux Hubeny : « Sur ma moto, je n’ai pas peur, je me sens vivre ! »

Équipements et moto rose, comme un étendard, elle tient à démontrer que, sur la piste, les femmes aussi font surchauffer le moteur ! En 2019, cette douanière de 23 ans rafle le titre de Championne de France 600cc lors de la Women’s Cup. Surnommée « l’extraterrestre », Margaux Hubeny est une autodidacte du deux roues. Cette victoire est le premier titre d’une longue série pour une prodige de la piste qui n’est pas prête d’en sortir. Accrochez-vous, ça va secouer !

Lire plus »
Vanessa Riopel, le baseball lui va comme un gant

Vanessa Riopel, le baseball lui va comme un gant

Au Québec, elle est la bonne fée du baseball féminin. L’ex-lanceuse de l’équipe canadienne, veille au développement d’un sport encore trop souvent conjugué au masculin. Grâce à elle, les filles prennent la balle au bond, sur le terrain comme dans la vie. Son maître-mot : leadership ! Portrait d’une championne pour qui rien n’a jamais été gravé dans le marbre.

Lire plus »
Kim Le Court-Pienaar, la cycliste venue d’Afrique qui voit la vie en jaune

Kim Le Court-Pienaar, la cycliste venue d’Afrique qui voit la vie en jaune

Elle a surgi là où personne ne l’attendait. En s’emparant du maillot jaune lors du Tour de France Femmes 2025, la Mauricienne de 29 ans, Kim Le Court-Pienaar, est entrée dans l’histoire du cyclisme. Derrière cet exploit se cache une trajectoire singulière, faite de doutes, de résilience, et d’une volonté farouche de tracer sa route, loin des sentiers balisés du peloton. Portrait d’une pionnière qui tient bon le guidon.

Lire plus »
Sport Féminin Toujours 2023, Y a encore du taf  !

Sport Féminin Toujours 2023, Y a encore du taf  !

À partir d’aujourd’hui et jusqu’au 5 février, télés et radios seront ÀBLOCK! La nouvelle édition de l’opé « Sport Féminin Toujours » incite les médias à intégrer, durant ces quelques jours, davantage de sport féminin dans leurs programmes. Et y a de quoi faire, tant ils sont à la bourre sur le sujet !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner