Elle a 4 ans quand sa mère l’inscrit à la gymnastique, avec sa grande sœur, dans un club d’Indre-et-Loire. Rien, à l’époque, ne laisse deviner l’histoire qui s’écrira quinze ans plus tard. Formée à Avoine-Beaumont sous la houlette de Marc et Gina Chirilcenco, la jeune Kaylia grimpe vite les échelons : championne de France espoirs dès 2019, la même année où elle glane quatre médailles, dont trois en or, aux Jeux Méditerranéens de Cagliari — déjà. Le corps, pourtant, ne suit pas toujours : en 2021, une ostéochondrite sévère lui vaut deux opérations aux genoux et huit mois de rééducation.
Mais c’est une autre douleur, plus profonde, qui va bouleverser sa trajectoire. En 2023, alors que la fédération française de gymnastique est empêtrée dans une affaire de maltraitances sur d’anciennes gymnastes, Kaylia Nemour entre en conflit avec elle. Sa famille et son club se mobilisent, la ministre des Sports de l’époque, Amélie Oudéa-Castéra, met la pression sur la fédération : en mai 2023, elle obtient l’autorisation de changer de nationalité sportive pour représenter l’Algérie.
La suite tient de l’exploit programmé. Dès 2023, elle décroche l’argent mondial aux barres asymétriques. Puis vient Paris 2024 : sous les yeux d’un public parisien acquis à sa cause, elle devient championne olympique aux barres asymétriques, avec la note quasi parfaite de 15,700, devançant la Chinoise Qiu Qiyuan et l’Américaine Sunisa Lee. Première gymnaste africaine et arabe sacrée aux Jeux Olympiques, elle rejoint un club très fermé : celui des trois seules Algériennes championnes olympiques, aux côtés de Hassiba Boulmerka et Nouria Benida Merah.
Depuis, la « petite hirondelle », comme la surnomme la presse algérienne, ne quitte plus les sommets : championne du monde aux barres en 2025, elle publie la même année un livre, L’ombre de l’or*, où elle raconte sans fard la dureté du quotidien d’une jeune sportive de haut niveau. En 2026, elle survole la Coupe du monde et rafle cinq titres aux Championnats d’Afrique. À Tarente, elle retrouve la compétition qui l’a vue, enfant, monter sur l’un de ses tout premiers podiums internationaux.
Formée en France, sacrée pour l’Algérie : Kaylia Nemour n’a jamais choisi entre deux histoires. Elle en a simplement écrit une troisième, qui n’appartient qu’à elle.