Le monde entier cherchait comment survivre au Covid. Alba, elle, a mis un casque. En 2020, pendant le confinement au Danemark, elle pose les mains sur un volant de kart pour la première fois. Elle a 11 ans. « J‘étais vraiment très ennuyée, dit-elle dans Vogue. J’ai essayé une fois et je suis instantanément tombée amoureuse. » Voilà comment une gamine de Roskilde, ville tranquille à l’ouest de Copenhague, devient, en l’espace de cinq saisons, la (très) jeune pilote automobile féminine la plus rapide de la planète.
Derrière le volant, Alba Larsen ne fait pas semblant. Ses parents lui achètent un vieux kart, à partager avec sa petite sœur, Ella. Les week-ends se transforment en arrêts au stand familiaux, papa et maman en mécaniciens du dimanche. La gamine absorbe tout : la technique, la vitesse, la tête froide. Dès 2022, elle signe un podium dans le championnat de Seeland et des top 4 dans les championnats danois et nordique IAME. En 2023, elle domine : championne de Seeland, quatre victoires sur cinq manches, onze podiums en quatorze courses. Un bilan qui ne laisse personne indifférent.
Cette même année, la FIA la repère. La teenager Alba Larsen intègre le programme FIA Girls on Track – Rising Stars, le concours mondial de détection de talents organisé avec Ferrari. « On était chez Ferrari en Italie, se souvient-elle encore dans Vogue. On a été testées en pilotage, en force physique et mentale, dans tout. Je n’avais été dans une voiture de Formule 4 qu’une seule fois avant ça. » Elle gagne quand même. Son manager Lars Hemming Jørgensen résume : « Elle était la plus rapide. Mais ils testent aussi les capacités cognitives, la solidité mentale, comment tu réagis sous pression, ta condition physique… et elle a gagné. Dans un monde où il y a 1,4 milliard de filles de moins de 18 ans, c’est plutôt pas mal. »
Ce titre est un pivot. « C’est là que j’ai commencé à prendre ça au sérieux, dit-elle. Ça a cessé d’être un hobby pour devenir : ‘ça pourrait être mon métier’. » Fin 2024, elle fait ses débuts en monoplace dans le championnat indien de Formule 4, puis rejoint la grille de la F1 Academy pour la saison 2025 sous les couleurs Tommy Hilfiger, à bord d’une MP Motorsport. À tout juste 16 ans, elle est l’une des plus jeunes pilotes à s’aligner dans ce championnat. Lors de cette première saison en monoplace complète, elle engrange 70 points, signe sept top 5 et accroche deux quatrièmes places — son meilleur résultat — à Shanghai et Las Vegas. Pas de podium encore. Mais une vitesse de pointe et un sang-froid qui font parler.
Dans l’univers du sport automobile, les connexions comptent autant que le talent. Celles d’Alba Larsen sont 100 % danoises. Son père, Steffen Skjold Larsen, est ami de longue date avec Jan Magnussen, ex-pilote de Formule 1 et père de Kevin Magnussen, pilote lui aussi. Au circuit de Roskilde, Kevin remarque Alba pour la première fois. Il propose son aide. « Il m’a donné les meilleurs conseils, dit-elle. Il voulait rendre quelque chose au sport et aider une femme à arriver en Formule 1, parce qu’il a deux petites filles. Il m’a expliqué ce que les ingénieurs ont besoin de savoir, comment communiquer en tant que pilote, en quoi la F4 est différente du karting. Ça m’a énormément aidée. »
Dans ce milieu où les femmes représentent moins de 2 % des pilotes, Alba Larsen ne se contente pas de rouler vite. Elle veut changer le paysage. « Quand j’ai commencé, je ne voyais aucune fille sur la piste, dit-elle. Je n’avais personne à qui m’identifier. Je veux être le modèle que je n’ai pas eu. » Pour y arriver, elle a fondé sa propre structure : la GIRL -Girls International Racing Lab, d’abord baptisée Alba Academy, afin de faire découvrir le sport automobile à des jeunes filles dans un environnement 100 % féminin. « Quand c’est des filles et des garçons ensemble sur la piste, les filles se sentent souvent moins confiantes. Quand c’est que des filles, quelque chose change. C’est magique. » L’objectif : faire passer 20 000 filles par le programme en 2025.
En 2026, Alba Larsen passe à la vitesse supérieure. Intégrée à la Ferrari Driver Academy depuis août 2025, elle entame une deuxième saison en F1 Academy sous les couleurs de Maranello, toujours avec MP Motorsport. Elle court aussi en F4 UAE et en championnat britannique de Formule 4, un calendrier en trois fronts, pour accumuler les kilomètres en mixte et combler l’écart d’expérience. Elle résume l’aventure en une phrase : « Courir pour Ferrari est un rêve devenu réalité. C’est mon écurie préférée depuis toute petite, et porter du rouge est une sensation incroyable, un honneur immense. »
La Formule 1 ? Elle n’en parle pas encore. Mais tout ce qu’elle fait y mène. Chaque virage négocié, chaque kart offert à une gamine qui n’osait pas. Alba Hurup Larsen n’a pas seulement appris à conduire vite. Elle a compris que la piste la plus longue est souvent celle qu’on doit tracer soi-même.
Ouverture ©Alba Racing Facebook
D'autres épisodes de "Automobile, les femmes tiennent bon le volant !"