Aurélie Richard L’enfant des Alpes qui défie toutes les pentes

Aurélie Richard : l’enfant des Alpes qui défie toutes les pentes
À seulement 20 ans, Aurélie Richard est déjà une montagne à elle seule. Née dans les Hautes-Alpes, scarifiée par les blessures mais jamais brisée, la para skieuse de Briançon débarque sur les pistes de Milano Cortina 2026 avec une rage tranquille et un palmarès qui en dit long sur son caractère : celle qui n'a pas eu le droit à Pékin saura-t-elle enfin saisir sa chance olympique ?

Par Titaïna Loiseul

Publié le 07 mars 2026 à 9h58, mis à jour le 18 mars 2026 à 14h08

Il y a des destins qui se dessinent avant même que l’on sache tenir sur ses jambes. Aurélie Richard chausse ses premières skis à 2 ans et demi. Pas de hasard là-dedans : on est dans les Hautes-Alpes, à Gap, là où la montagne n’est pas une option mais une façon d’être au monde. À 5 ans et demi, elle rejoint le club de Queyras. À 13 ans, l’Équipe de France de para ski alpin lui ouvre ses portes. La gamine devient une référence internationale avant même d’avoir passé le bac.

©Aurélie Richard/Facebook

Mais la montagne donne, et la montagne reprend. Aurélie Richard en sait quelque chose. En 2021, au moment où les Jeux Paralympiques de Pékin 2022 commencent à briller à l’horizon comme une promesse tenue, le corps dit non. Une première blessure majeure la cloue au sol, loin des pistes, loin de l’adrénaline des départs. Elle regarde les Jeux depuis chez elle. Elle aurait dû être là-bas.

Les grandes sportives ne s’effondrent pas. Elles se reconstruisent. En 2023, Aurélie Richard revient sur les pistes avec une rage froide et une précision chirurgicale. La saison est remarquable : deux titres de vice-championne du monde en descente et en slalom, un globe de cristal en géant. Le monde du para ski alpin apprend son nom. Définitivement.

Tomber, se relever, dévaler

En 2024, le destin rejoue son mauvais tour. Nouvelle blessure. Nouveau coup d’arrêt. À ce stade, certaines renoncent. Aurélie Richard, elle, rentre la tête dans les épaules et repart au travail. Et la saison 2025 donne raison à sa ténacité : elle termine 3e du classement général de la Coupe du monde, et s’offre deux médailles d’or aux Jeux Mondiaux Universitaires d’Hiver. Le tout en étudiant en licence STAPS à l’Université de Grenoble.

Parce qu’Aurélie Richard n’est pas que de la vitesse et de l’audace. Elle est aussi de la méthode, de la rigueur, de cette intelligence du quotidien qui fait la différence sur le long terme. Elle incarne ce que le sport de haut niveau a de plus beau quand il se conjugue avec la vraie vie : une jeune femme de 20 ans qui jongle avec les gates en slalom le matin et les cours de fac l’après-midi. Pas par obligation — par choix. Parce que la tête, ça compte autant que les jambes.

©Aurélie Richard/Instagram

L’hiver 2026 comme revanche

L’hiver 2025-2026, Aurélie Richard arrive en coqueluche. Saalbach, début de saison : deux médailles d’or en descente, une médaille d’argent en Super G, une autre en bronze. Méribel, sur ses terres quasi-natales : deux nouvelles médailles d’argent en slalom géant et en slalom. Tignes : encore deux argents en descente. Le palmarès s’allonge. La concurrence se méfie. Et au terme de cette saison, elle décroche le gros globe de cristal — le classement général toutes disciplines confondues, le Graal. Milano Cortina se profile à l’horizon comme une terre de promesses enfin tenues.

Car c’est bien de ça qu’il s’agit pour la skieuse du Club des Sports d’Hiver du Briançonnais : se retrouver enfin là où elle aurait dû être en 2022. Pas de nostalgie, pas d’amertume — juste cette envie brûlante de transformer l’injustice en carburant. Milano Cortina 2026, c’est sa première participation aux Jeux Paralympiques. Elle arrive en favorite sur plusieurs disciplines, portée par une saison de Coupe du monde historique. Son objectif est affiché, net, sans fioritures : quatre médailles, dont un or en descente. Voilà qui a le mérite de la clarté.

Une génération qui change tout

Aurélie Richard porte en elle quelque chose de plus grand que ses propres ambitions. Elle fait partie de cette génération de para-athlètes qui refuse les cases, qui ne se contente pas d’exister à la marge du sport mais qui impose sa place au cœur du spectacle. Des jeunes qui skient vite, très vite, qui sont connectées, studieuses, ambitieuses sur et hors des pistes.

Le para ski alpin féminin français ne manque pas de talent, mais Aurélie Richard a cette chose rare : une capacité à absorber les coups durs et à les transformer en énergie pure. Deux blessures majeures avant 20 ans. Deux fois reconstruite. Deux fois revenue plus forte. Il y a dans ce parcours une leçon universelle sur le dépassement de soi qui dépasse largement le cadre du sport handisport.

Milano Cortina 2026. Les projecteurs se braquent sur les Dolomites. Les drapeaux français claquent dans le vent alpin. Et quelque part dans la file de départ, une fille de Gap de 20 ans ajuste ses lunettes, jette un œil sur le tracé qu’elle connaît par cœur, et prend une grande inspiration. Le reste, c’est affaire de carres, de cœur et de caractère. Aurélie Richard, elle, en a à revendre.

©Aurélie Richard/Instagram

  • Vice-championne du monde (x2) en 2023  |  Globe de cristal géant 2023  |  Gros globe de cristal 2026  |  3ème au général CdM 2025. 2 ors aux Jeux Mondiaux Universitaires d’Hiver 2025  |  Sélectionnée Jeux Paralympiques Milano Cortina 2026. Étudiante en licence STAPS, Université de Grenoble.

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