Sasha DiGiulian La première de cordée qui donne de la “voie”

Sasha DiGiulian
À tout juste 28 ans, l’Américaine est l’une des figures les plus célèbres du monde de l’escalade. Sasha DiGiulian gravit les montagnes à la force de ses bras et de son mental de roc. Icône de l’ascension, elle a pour ambition d’entraîner d’autres femmes dans sa cordée. Et ainsi de féminiser un milieu encore peu ouvert à la diversité.

Par Claire Bonnot

Publié le 03 novembre 2020 à 13h28, mis à jour le 19 novembre 2025 à 11h02

« Je suis tombée amoureuse de l’escalade car il y a, dans cette activité, un spectre infini de réalisations personnelles et c’est un sport exigeant, physiquement et mentalement. Il a également servi de « véhicule » pour explorer les coins les plus reculés du monde et a été ma porte d’entrée pour créer une communauté mondiale. »

La grimpe au cœur et au corps

Tout a commencé en 1998, lors de la fête d’anniversaire de son frère : la petite Sarah DiGiulian, 6 ans, escalade allégrement le mur du club de gym qui sert de lieu de réunion. Un an plus tard, elle prend d’assaut le monde de l’escalade.

En commençant dans un club de sa ville natale, Alexandria, en Virginie puis en remportant, à neuf ans, son premier concours régional. Vient alors ses débuts de grimpeuse en plein air suivis de ses premiers championnats continentaux juniors…

Sasha DiGiulian
©Facebook/Sasha DiGiulian...

Et c’est l’escalade du succès : en 2010, à 17 ans, elle devient professionnelle et remporte ses premiers championnats nationaux d’escalade sportive contre des femmes de tous âges et le titre de championne du monde un an plus tard.

Le 15 octobre 2011, elle devient la troisième femme de l’Histoire – et la première nord-américaine – à gravir un itinéraire de 5,14 jours dans le neuvième degré (le plus haut niveau de difficulté en escalade sportive) – l’ascension de « Imagination Pure », sur un mur de la gorge de la rivière Rouge, au Kentucky.

Infatigable, passionnée, elle cumule les impressionnantes montées alpines, réalisant les premières ascensions féminines, du Kentucky à l’Afrique du Sud en passant par les Dolomites italiennes.

Sasha DiGiulian

Et côté exploit, ça ne fait que commencer. En 2015, elle devient également la première fille à gravir un itinéraire notoirement difficile appelé « Champignon magique » situé sur la face nord du célèbre sommet Eiger, en Suisse.

Deux ans plus tard, accompagnée de l’un de ses acolytes masculins, Jon Cardwell, elle effectue la première ascension libre de Misty Wall, mur de 518 mètres du parc national de Yosemite, pendant 14,5 heures !

À l’été 2019, c’est accompagnée des grimpeuses Savannah Cummins et Angela Vanwiemeersch qu’elle prend d’assaut l’impressionnant Pico Cao Grande sur l’île de Sao Tomé-et-Principe – culminant à 663 mètres d’altitude et dominant d’environ 300 mètres les terrains environnant. Elles sont les premières à réaliser cet exploit !

Écoutez notre podcast : Existe-t-il un alpinisme au féminin ?

Sasha DiGiulian
©Facebook/Sasha DiGiulian

Le repos de l’esprit après l’effort

Ce petit bout de femme blonde grimpe tout ce qui la dépasse avec un appétit digne des plus grands voraces.

D’où lui vient cet amour pour l’escalade ? Le plaisir pur : « Même si je tombe, il y a peu de moments où j’ai des pensées négatives à propos de mon sport. C’est vraiment fun pour moi ! ». L’envie de se dépasser : « Je suis motivée par ce processus d’exploration, savoir de quoi je suis capable ».

Sasha DiGiulian
©Alex Grymanis/Red Bull

Et que lui apporte ce sport qu’elle aime ? Le repos (de l’esprit) après l’effort : « Dans l’escalade, vous avez affaire à des forces beaucoup plus importantes que vous, donc vous apprenez à être vraiment conscient de votre environnement, de l’atténuation des risques. Vous devez penser de manière vraiment décisive. Personnellement, je trouve ça vraiment méditatif. Quand je suis sur le rocher au sommet, je ne pense à rien d’autre », confiait-elle à CNN.

La zen attitude ? Sasha DiGiulian la trouve dans les nuages… Elle dort tranquillement au plus près de ses parois adorées, dans un lit d’appoint accroché à une falaise de plus de 450 mètres d’altitude. La vie de funambule…

Être une femme dans ce sport ? Une ascension ardue…

« L’escalade en tant que sport, traditionnellement, est un club masculin blanc et j’ai vécu cela dans ma carrière. Je sais que nous manquons de diversité à bien des égards », expliquait-elle à CNN Sport en Octobre 2020.

Sasha DiGiulian
©Naim Chidiac/Red Bull

Son expérience ? Pas toujours idyllique même si elle a pris le problème (symboliquement et réellement) à bras le corps en gravissant les plus hautes montagnes : « Je pense que les femmes ont réalisé que vous pouviez être une femme et être bien meilleure que les gars du gymnase. Je ne suis évidemment pas un homme ultra-musclé, mais je réussis plutôt bien avec ma technique.

C’est un sport très accueillant et diversifié puisqu’il repose sur un rapport force/poids corporel. Physiologiquement, il y a des différences. Cependant, l’escalade offre une multitude de styles et de potentiels qui permettent aux femmes de réaliser des ascensions aussi dures, voire plus dures, que les hommes. »

Sasha DiGiulian
©Greg Mionske/Red Bull

Pourtant, côté masculin, c’est encore trop souvent un autre refrain : tout au long de sa carrière, elle a entendu qu’elle ne correspondait pas à ce qu’on s’imagine d’un grimpeur professionnel. Le moment le plus marquant ? Alors qu’elle s’apprêtait à escalader l’Eiger – l’une des ascensions les plus techniquement difficiles des Alpes – un alpiniste déclare que les filles ne « font pas partie » de l’Eiger. « Cela n’aide pas et cela n’encourage pas plus de gens comme moi à se sentir à l’aise dans le sport », expliquait-elle alors dans un article du Guardian.

Sasha DiGiulian
©Marcelo Maragni/Red Bull

Les femmes au sommet

Devenue rôle-modèle, Sasha DiGiulian se bat pour ouvrir la voie (de l’escalade) à toutes les petites filles. La pétillante athlète a beau s’évader dans les hauteurs, elle n’en oublie pas moins les combats terrestres et se fait fervente ambassadrice pour l’inclusion des femmes dans le milieu de l’escalade. Son conseil béton ? « L’avenir des femmes dans l’escalade est de sortir et de faire ce que seuls les hommes ont fait auparavant ». 

Sasha DiGiulian
©Alex Grymanis/Red Bull

Chroniqueuse engagée pour la cause des femmes via ses propres expériences dans Outside Magazine, suivie par près de 500 000 abonnés sur son compte Instagram aux publications engagées, elle produit également des films d’escalade réalisés par et mettant en vedette des femmes avec sa société de production, Female Focused Adventures (FFA).

Une manière d’encourager une nouvelle génération de grimpeuses : « Si vous voyez une femme qui a accompli quelque chose, il y a cette inspiration de se dire : “Si elle peut le faire, je le peux aussi” ».

Sasha DiGiulian
©Keith Ladzinski/Red Bull

Autre bel engagement à ajouter à son Curriculum Vitae au top du top ? Elle est une militante politique et s’exprime sur le changement climatique. « J’ai un million de personnes sur ma plate-forme de médias sociaux. Ce serait dommage de ne pas utiliser cela pour partager mes opinions, même politiques. Notre sport a une capacité aussi folle d’influer sur le changement social et économique. Si vous croyez en quelque chose et avez la possibilité de partager, utilisez votre voix ».

Sasha DiGiulian
©Andy Mann/Red Bull

Celle qui voyage autour du monde dans les endroits les plus sauvages de la planète témoigne de la dévastation causée par la crise climatique : « Vous voyez les ramifications du changement climatique dans la régularité des chutes de pierres qui se produit de plus en plus souvent. J’étais aussi en voyage d’escalade sur glace (…) et nous avons eu des changements climatiques extrêmes qui ont conduit à briser d’énormes morceaux de glace ».

Sasha DiGiulian travaille, dans ce cadre, avec « Protect Our Winters », une organisation qui cherche à éduquer et à inspirer les amateurs de plein air à devenir des défenseurs du climat, reconnaissant «  l’importance de l’action climatique sur ce qu’est leur style de vie. »

Bref, Sasha DiGiulian est une sportive et une femme au sommet de son art, une femme au mental d’acier. Solide comme un roc.

* Le site officiel de Sasha DiGiulian

Vous aimerez aussi…

Ronda Rousey

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Un photographe aux clichés détonants, une athlète aux rebonds imprévisibles, l’histoire des wonderwomen du MMA (dont Ronda Rousey sur notre photo) et la Question Qui Tue, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine.

Lire plus »
Marie Le Net : « Gagner, c’est ce qui me motive le plus ! »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une dingue du volant, une croisière solidaire, un retour sur l’histoire des volleyeuses, une winneuse dans l’âme qui s’attaque au Paris-Roubaix (Marie Le Net sur notre photo), une course mythique qui s’est déroulée ce week-end et qui n’aura plus de secrets pour vous. C’est le meilleur d’ÀBLOCK! Et c’est juste pour vous.

Lire plus »
Pauline Ferrand-Prévot

Best-of 2020 : les exquises paroles de nos championnes

Elles nous ont inspirés, nous ont émus, soufflés, amusés ou encore étonnés. Par leurs mots, leurs émotions si bien exprimées. Leurs confidences sont des cadeaux et nous sommes fiers de les accueillir toutes ces filles ÀBLOCK! Merci, girls, d’avoir fait de 2020, année troublée, une année de partage. Merci d’avoir accompagné notre nouveau média. Cela valait bien de réunir ici quelques pépites glanées au gré de nos rencontres. Le choix a été si difficile que nous reviendrons prochainement mettre en lumière d’autres championnes pour d’autres délicieuses petites phrases. Vive 2021 avec vous ! Savourez !

Lire plus »
Marie Oteiza : « En pentathlon, je suis passée par des hauts et des bas, mais ça vaut le coup. »

Marie Oteiza : « En pentathlon, je suis passée par des hauts et des bas, mais ça vaut le coup. »

Trois ans qu’elle attend ce moment. Après une période post-olympique délicate à gérer au retour du Japon, Marie Oteiza est repartie en campagne avec en tête, l’envie de briller à Paris. La Landaise de 30 ans, ancienne numéro 1 mondiale de pentathlon, pourrait ainsi rejoindre sa compatriote Élodie Clouvel dans les annales, seule Française jusqu’alors à être montée sur un podium olympique, en 2016. Rencontre avec une sportive multi-cartes.

Lire plus »
Suzanne Lenglen

Suzanne Lenglen, « la Divine » insoumise des courts de tennis

Championne du monde à 15 ans, la Française Suzanne Lenglen a grandi avec une raquette de tennis dans les mains. Six fois gagnante à Wimbledon et six fois à Roland-Garros, elle sera la première star internationale du tennis féminin ouvrant la voie aux grandes tenniswomen. Son audace vestimentaire sur les courts libérera pour des générations la sportive qui sommeille en chaque femme. Jeu, set et match !

Lire plus »
Jeux de Beijing 2022 Les pionnières des JO d'hiverMarielle et Christine Goitsche

Jeux de Beijing 2022 : les pionnières des JO d’hiver

Les Jeux Olympiques de Pékin sont maintenant à porté de skis. En attendant le 4 février, ÀBLOCK! vous propose de (re)plonger dans l’histoire féminine des JO d’hiver. Retour sur 6 pionnières olympiques (dont les soeurs Goitschel sur notre photo) qui ont fait de la neige et la glace leurs podiums.

Lire plus »
Iga Swiatek, un air de déjà vu…

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une acrobate de rue, un événement vert et sportif, l’histoire des filles de l’aviron et les portraits des deux jeunes joueuses, finalistes de Roland-Garros (dont Iga Swiatek, deuxième fois victorieuse du tournoi), c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner