Virginie : « Nous, les filles, dans le sport comme ailleurs, pour être respectées, il faut sans cesse prouver ce qu’on a dans le ventre ! »Journaliste sportive, 42 ans

Virginie Petrus

Propos recueillis par Valérie Domain

Publié le 12 juin 2020 à 19h03, mis à jour le 29 juillet 2021 à 15h22

«  Je ne viens pas d’une famille de sportifs, on ne regardait pas de compétitions à la télé, personne ne m’a jamais incitée à faire du sport. J’habitais une cité HLM, à côté de Tours, où les filles ne sortaient pas beaucoup, restaient jouer chez elles avec leurs poupées.

Mais moi, j’étais une gamine énergétique et je regardais les garçons s’amuser dehors avec envie. J’ai fini par descendre taper dans le ballon avec eux en bas de l’immeuble.

Mon frère n’aimait pas trop m’avoir dans les pattes, mais ses copains me toléraient plutôt bien, parce que j’étais compétitrice, volontaire, je n’étais pas un boulet.

«  Je n’ai jamais été un garçon manqué, je jouais au foot en robe ! »

A l’école, c’était pareil, j’étais la seule fille au milieu des garçons, à jouer aux billes, au foot…

Ça posait d’ailleurs plus de problèmes aux filles qu’aux gars car j’étais privilégiée  : les copines convoitaient les beaux garçons et moi j’étais pote avec eux ; on partageait les images Panini, les posters de footballeurs, j’avais avec eux un sujet de conversation qu’elles n’avaient pas. Pour autant, je n’ai jamais été un garçon manqué, je jouais au foot en robe !

Virginie Petrus

Malgré tout ça, moi, le petit gabarit, la fille fluette, on me jugeait constamment sur mon apparence. Je devais toujours faire mes preuves avant qu’on me choisisse dans une équipe.

Nous les filles, pour être respectées, il faut sans cesse prouver ce qu’on a dans le ventre.

La première impression, c’est  : « Qu’est-ce qu’elle fait là ? » On est rarement légitimes tout de suite. Pour qu’on te fasse confiance, il faut que tu oses.

Gamine, ça me décevait, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Mais j’avais un caractère fort, j’y allais, je ne me décourageais pas, je me disais : «  Tu penses que je n’en suis pas capable ? Tu vas voir ce que tu vas voir ! »

« Je voulais faire du foot, mais il n’y avait pas d’équipe féminine. On me disait : « Attends qu’une équipe de filles se crée ! » Ça n’a jamais été le cas ! »

Mes idoles, c’était Michael Chang, Bruce Lee, Jonathan Edwards, Colin Jackson, Bixente Lizarazu. Tous des hommes. Je ne me suis jamais posé la question de savoir pourquoi je n’avais pas de sportives pour rôles-modeles.

En même temps, les femmes étaient moins médiatisées, on ne leur donnait pas la parole. Mais celles que je connaissais ne m’inspiraient pas.

Ce n’est pas une question de genre, je pense. J’aime avant tout les belles histoires de vie et ces hommes-là avaient tous un parcours particulier.  

Virginie Petrus

Je suis arrivée assez tard dans un club, à 14 ans. J’avais peur de quitter la maison, et j’étais assez timide finalement, pas grande gueule, pas leader, juste contente qu’on m’accepte comme je suis  : sportive mais néanmoins féminine.

Je voulais faire du foot, mais il n’y avait pas d’équipe féminine. Et on ne m’a jamais proposé de jouer avec les garçons. On me disait : « Attends qu’une équipe de filles se crée  ! » Ça n’a jamais été le cas.

J’ai alors commencé le tennis. Là, on était en groupe mixte, selon les niveaux. Ça m’a plu, j’ai atteint un classement bien plus haut que ce qu’on m’avait prédit. Encore une fois, personne ne s’y attendait. Je pratique toujours le tennis aujourd’hui.

« La course c’est la liberté mentale, ça lave la tête. C’est véritablement une quête de toi-même. »

La course à pied, c’est venu plus tard. Il y a 8 ans, j’ai décidé de courir, c’était cool, je n’avais pas besoin de trouver un partenaire, j’en faisais quand je voulais, à n’importe quel moment. Et comme je suis toujours motivée pour faire du sport, je cours seule, à l’envie.

La course c’est la liberté mentale, ça lave la tête. Contrairement aux autres sports où tu dois davantage réfléchir à la coordination ou la technique, tu peux te défouler sans penser à rien, sans pour autant faire un chrono. Et si tu performes, ta performance, elle est pour toi toute seule, c’est toi face au chrono. Ce n’est pas lié à quelqu’un d’autre, à l’adversaire ou au reste de l’équipe.

Tu sais que tu as donné le meilleur de toi ou pas, à toi d’analyser ta course, c’est une victoire ou un échec perso par rapport à tes propres objectifs. Lors d’un run, t’es face à toi-même.

Virginie Petrus

Je me suis inscrite à mon premier 20 km en 2013. Je sortais d’une histoire amoureuse difficile, j’ai voulu relever un challenge. Personne n’y croyait autour de moi, même s’ils étaient tous là pour me soutenir  !

Ensuite, j’ai tenté et réussi mon premier marathon. Mon but  : finir et si possible en moins de 4 heures. Finalement, j’ai passé la ligne d’arrivée après 3h42 de course.

Puis, je me suis lancée dans le trail. Le trail, ça me plait, t’es dans la nature et face à la dureté de l’épreuve, tu vas au bout, c’est véritablement une quête de toi-même. Je suis une pile électrique, je suis contente d’aller souffrir, parce que je me sens tellement bien après ! Mettre à l’épreuve ses capacités physiques, ça prouve que l’on est vivant.

« Quand je vois des femmes en surpoids qui réussissent leur pari en finissant la course avec des supers chronos, j’ai les larmes aux yeux. »

Je ne suis pas dans la recherche d’un beau corps ; être tonique, musclée, c’est la cerise sur le gâteau. Je recherche surtout les émotions et la liberté. Aux gens qui ne bougent pas et qui n’ont pas de gros problèmes de santé, je dis : « Vous avez la chance de pouvoir courir, de pouvoir faire du sport, allez-y ! » Ça soigne les maux physiques et psychologiques.

Ce n’est pas une question d’avoir ou non un profil de sportif, on peut tous l’avoir.

Quand je vois des femmes en surpoids qui réussissent leur pari en finissant la course avec des supers chronos, ou celles qui parviennent à faire du sport dans des pays où c’est interdit, j’ai les larmes aux yeux.

Virginie Petrus

Parfois, je croise des filles qui commencent le running, ça se voit car c’est dur, elles n’ont pas la technique, je meurs d’envie d’aller courir à côté d’elles et de les booster, c’est magique  !

D’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi je n’étais pas devenu coach sportive.  J’ai la motivation pour 10 000 personnes  ! »

Elles aussi sont inspirantes...

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j'ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Guila Clara Kessous : « En montant à la corde, j’ai osé faire ce qui me freinait depuis des années. »

Formée à Harvard et par le théâtre, elle a plusieurs cordes à son art. Guila Clara Kessous, entrepreneure diplomatique, s’engage depuis plus de quinze ans pour les droits des femmes. Et voilà que le sport entre dans la danse en un geste politico-artistique : grimper à la corde. Une ascension symbolique, une allégorie de la difficulté des femmes à s’élever dans la société. Prenons de la hauteur.

Lire plus »
Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Lison Bornot : « Je veux mettre en avant l’Ultimate. C’est lui qui m’anime. »

Avec sa sœur Éva, elle truste les premières places depuis 2015 en Ultimate. Membre essentiel de l’équipe de France, Lison Bornot est Championne d’Europe outdoor 2023 et championne du monde d’Ultimate sur sable 2023. La voici maintenant en piste pour les World Games, l’antichambre des JO, qui se déroulent en Chine, du 7 au 17 août 2025. Témoignage d’une fille pétillante devenue l’une des ambassadrices françaises d’un sport trop peu connu.

Lire plus »
Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

En à peine trois ans, cette passionnée de vélo a décroché un podium sur 500 kilomètres et bouclé sa première course d’ultra, la fameuse BikingMan, en tant que première féminine. Carburant aux défis, pédalant sans relâche, surmontant tous les obstacles grâce à un mental d’acier, la Savoyarde n’a pas fini d’enfiler les kilomètres dans ce sport de l’extrême. En piste !

Lire plus »
Emelyne Heluin: « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Emelyne Heluin : « Je sais pourquoi je cours, pourquoi je lutte. »

Gymnaste jusqu’à son adolescence, Emelyne Heluin a dû raccrocher le justaucorps après une prise de poids inexpliquée et d’autres symptômes invalidants. Diagnostiquée d’une maladie endocrinienne chronique et évolutive, le SOPK, à l’âge de 17 ans, elle erre pendant des années entre perte de confiance en elle et détresse psychologique avant de retrouver le chemin du sport comme outil de santé. Ce sera la marche, puis la course à pied jusqu’à se lancer sur des marathons.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Juliana Buhring

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des conseils littéraires pour l’été (dont le livre de Juliana Buhring sur notre photo), une rencontre familiale et à cheval, deux festivals ÀBLOCK! comme on les aime, un questionnaire sportif en vidéo avec une triathlète, mais aussi du basket, c’est le meilleur de la semaine. Enjoy !

Lire plus »
Sarah Fuller

Sarah Fuller : Un petit coup de pied dans le foot US, un grand pas pour le sport féminin

Elle a participé, au pied levé, à un match de l’équipe masculine de son université américaine et, d’un coup, d’un seul, elle est entrée dans l’Histoire… Sarah Fuller, 21 ans, powerful kicker de son équipe féminine, Vanderbilt Women’s Soccer, est devenue, le 28 novembre dernier, la première femme à participer à un match du « Power 5 », une organisation qui regroupe au niveau universitaire les cinq meilleures divisions américaines de football américain. Ou comment une sportive dégomme le plafond de verre…

Lire plus »
Melina Robert Michon Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Mélina Robert-Michon, la lanceuse de disque qui connaît la chanson

Elle a été de toutes les campagnes olympiques depuis les Jeux du millénaire à Sydney, en 2000. Mélina Robert-Michon, médaillée d’argent au disque aux Jeux Olympiques de Rio, participe, à 42 ans, aux sixièmes JO de sa carrière et avait pour seule et unique ambition de décrocher le Graal à Tokyo. Elle a échoué, mais nous donne rendez-vous à Paris 2024. Retour sur le parcours d’une athlète inoxydable.

Lire plus »
Anaïs Quemener  : « Ma plus grande victoire a été de revenir au niveau après ma maladie. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une tenniswoman qui avait la tête dans les étoiles, un petit rab enneigé pour les jeunes, une runneuse que rien n’arrête (Anaïs Quemener sur notre photo), une Question qui tue spécial cardio, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Agathe Runs Bordeaux

Agathe : « La course m’a appris à ne plus fuir la difficulté. Je n’abandonne plus, je fonce ! »

Jamais elle n’aurait imaginé se sentir aussi bien dans ses baskets. Dans tous les sens du terme. Agathe est devenue addict à la course à pied après avoir commencé le running pour perdre ses kilos en trop. Aujourd’hui, elle s’offre des shoots d’adrénaline en multipliant les marathons. Une aventureuse profondément inspirante qui donne envie de parcourir le monde à grandes foulées pour mieux se réconcilier avec soi-même.

Lire plus »
Shaikha Al Qassemi

Shaikha Al Qassemi, celle que le CrossFit a émancipée

Le CrossFit lui a permis de faire la paix avec son corps. À 32 ans, Shaikha Al Qassemi a puisé, dans la discipline, la force de suivre sa propre voie et de s’épanouir physiquement, loin des stéréotypes et des diktats qui régissent la norme. Désormais à l’aise dans ses baskets et bien dans sa tête, l’athlète émiratie n’a qu’une envie, servir d’exemple quitte, en levant des poids, à soulever des montagnes.

Lire plus »
Morgane Bourgeois : « Dans le rugby, on est en train de construire quelque chose de beau et de grand. »

Morgane Bourgeois : « Dans le rugby, on est en train de construire quelque chose de beau et de grand. »

Depuis sa prestation de haute volée au dernier Tournoi des Six Nations, elle est une valeur sûre du rugby tricolore. Morgane Bourgeois, 22 ans, arrière de l’équipe de France féminine et du Stade Bordelais, a su transformer l’essai après une saison blanche. Bien dans ses crampons, celle qui tire au pied plus vite que son ombre est un atout majeur pour la Coupe du monde féminine de rugby 2025 qui se déroule en Angleterre du 22 août au 27 septembre.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner