
Quiz : Les pionnières du sport, t’es calé ?
Elles ont couru, nagé, sauté, pédalé, milité. Bien avant que le sport féminin ne soit reconnu, des femmes ont bravé les interdits pour s’imposer sur tous les terrains. Et toi, tu les connais ?
Publié le 08 août 2022 à 9h45, mis à jour le 13 janvier 2025 à 16h35
À 30 ans, tu es multi-championne de paramoteur. Comment as-tu pris ton envol dans cette pratique sportive originale peu connue ?
Tout a débuté avec la montgolfière. Lorsqu’on a emménagé en Touraine, ma maman a passé sa licence de pilote de montgolfière. Quelques années après, j’ai fait de même en devenant pilote professionnelle, j’avais l’habitude de voler avec elle.
Un jour, alors que j’étais en vol, j’ai vu tourner un paramoteur autour du ballon. Ça a été une sorte de coup du destin parce que j’en avais déjà vu plein auparavant sans y être sensible. J’ai rencontré le pilote et je lui ai demandé de m’apprendre à gonfler la voile de parapente.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai rencontré Alexandre, mon conjoint, qui passait alors son instructorat de paramoteur. Avant d’attaquer ma propre formation, je suis tombée amoureuse ! Ni une ni deux, j’ai pris mon envol en paramoteur !
Par rapport à ton expérience du vol, en montgolfière, qu’est-ce qui t’a attirée dans le paramoteur ?
Avec la montgolfière, il y a beaucoup plus de logistique qu’avec le paramoteur qui est une cage avec moteur et hélice avec une voile de parapente. C’est facile à démonter et très peu encombrant une fois stocké.
Et même s’il y a un certain investissement initial, c’est très peu onéreux à la suite car on consomme peu d’essence par heure de vol et l’entretien de la machine incombe aux pilotes, il n’y pas d’obligation.
C’est vraiment un bonheur car il est le plus léger des ULM (Ndlr : planeur Ultra-Léger Motorisé). On est responsables de notre engin et libres à la fois !
Quels sont tes ressentis en vol ?
La liberté – je me sens légère ! – et les ressentis physiques. Les émotions sont incomparables lorsqu’on est en vol et qu’on se rapproche autant de la nature. On peut se diriger comme on veut, éteindre le moteur et survoler les nuages et les paysages. On se sent comme un oiseau !
Tu n’as jamais eu peur ou le vertige en vol ?
Je n’ai jamais eu peur, mais je peux avoir de l’appréhension, oui. En fait, pour moi, décoller c’est comme démarrer une voiture !
C’est un vrai plaisir de faire du paramoteur même si je reste convaincue qu’en tant qu’humains, nous ne soyons pas faits pour voler ! Ça reste quelque chose qui n’est pas anodin, alors il faut savoir apprécier le vol et l’aborder correctement.
Qu’est-ce que la pratique du paramoteur a pu t’apprendre sur toi ?
Sur le plan humain, ça m’apporte beaucoup ! Car, en tant qu’instructeur, je fais voler plusieurs élèves et c’est fabuleux de découvrir leur sourire jusqu’aux oreilles lorsqu’ils se posent.
Sans oublier que, grâce au vol en paramoteur, je profite de paysages absolument merveilleux, à la fois dans les compétitions et lorsque je pars en voyage, Oman au Moyen-Orient, la Thaïlande, l’Andalousie et la France aussi.
Comment se déroule une compétition de paramoteur et qu’est-ce qui est jugé ?
Il y a deux types de compétitions : le slalom, une épreuve de vitesse, qui se pratique au-dessus de l’eau où des pylônes gonflés d’air délimitent le parcours, il faut le faire le plus vite possible, et la compétition classique qui est centrée sur la navigation, la maniabilité, l’économie d’essence et les précisions d’usages.
Moi, je suis polyvalente et j’adore les deux types de compet’, mais je pense être plus performante en compétition classique.
Aimes-tu la compétition, est-ce que tu as la gagne ?
Je suis à fond, oui, et depuis toujours, quel que soit le sport ! Avec le paramoteur, il faut l’être car ça demande tout un engagement.
Pour les compétitions, on se lève hyper tôt et on part souvent pour de longues heures de vol, mais pas sous toutes les conditions météo. Même si c’est à l’appréciation du directeur des courses, chaque pilote est autonome, il choisit s’il y va ou pas.
As-tu un porte-bonheur quand tu t’envoles en compétition ?
J’ai un objet qui me tient à cœur, oui, on me l’a offert en 2018. C’était lors d’un championnat en Thaïlande. Un monsieur originaire de là-bas suivait à fond l’équipe de France et m’a offert un tout petit médaillon significatif en Thaïlande en me disant « Tiens, c’est pour te porter chance » ! Ça m’a vraiment touchée. Je crois que ce sera mon grigri à venir pour mes futures compétitions.
Comme tous les sportifs, je suis un peu « toquée », au sens propre du terme ! J’ai des petits rituels. Par exemple, j’ai des draps bien spécifiques pour le camping lorsque je pars en compétition.
On a besoin de soutien mental en tant que sportifs, le moindre ratage nous met dans des extrêmes au niveau émotionnel. J’ai un coach mental d’ailleurs. Il m’a aidée à canaliser mes émotions en apprenant à trouver des outils.
Selon toi, quels sont tes atouts en tant que pilote de paramoteur ?
Je dirais bien la navigation : le GPS nous est interdit, nous naviguons à la carte et à la boussole ou, suivant le type d’épreuve, on nous donne une carte avec un tracé à suivre ou des photos avec lesquelles nous devons retrouver le parcours.
Et j’aime aussi l’économie d’essence, vu que je suis légère, ça fonctionne bien. C’est assez génial car je peux partir en vol pendant des heures. Une fois, je suis restée en l’air pendant 5h52 ! On emmène tout ce qu’il faut pour tenir…
En plus du côté aventure, c’est tout un engagement. Je sais qu’au bout de trois heures de vol par exemple, j’ai une terrible envie de vomir, mais il ne faut pas se poser car le but de la compétition est de rester le plus longtemps en l’air donc je prends sur moi !
Quelle préparation physique demande ce type de pilotage ?
Il faut être prêt à courir ! Et notamment pour se poser. Après, on est assis comme si on était dans un fauteuil donc ça fait travailler les bras, les abdominaux, les épaules et le dos. Mais il y a aussi un travail sur les jambes car on doit pousser sur une barre pour diriger la voile.
Quel est ton rêve ultime ?
Ce serait de faire un podium mixte en Championnat du monde !
Et j’ai aussi envie d’avoir le temps de voler pour moi ou pour des trips avec les amis. Parce qu’en étant instructeur, on ne vole plus, on fait voler les élèves ! Je rêve par exemple d’aller survoler la Nouvelle-Zélande et ses paysages magnifiques.
As-tu déjà eu à gérer des vols dans lesquels tu étais en position délicate ?
J’ai toujours eu de la chance. Mais il m’est arrivé de voler sous la neige lors d’un entraînement. Honnêtement, c’était plutôt génial et épique !
Sinon, lors des derniers Championnats du monde en Thaïlande, il y avait un nuage qui grondait avec des éclairs au loin. On est passés pas très loin d’une tempête mais on n’a pas eu de répercussions sur place.
De toute façon, dès qu’on voit le temps tourner, on sait généralement quand il faut se poser.
Est-ce qu’il y a eu une expérience en vol qui t’as donnée une nouvelle et meilleure direction dans ta pratique ?
C’était lors des premiers entraînements pour la sélection en équipe de France, en 2014-2015. Je récolte trois zéros sur les épreuves…c’étaient des erreurs sur des petits détails bêtes mais qui sont hyper importants.
Il faut faire de telles erreurs pour retenir la leçon et ne pas les reproduire ensuite. J’avais envie d’être à fond et au top dès le début, bien sûr, mais il faut aussi se laisser le temps de progresser et d’apprendre.
Comment as-tu eu l’occasion de rentrer en équipe de France ?
La première étape consiste à faire la demande auprès des teams leaders et de faire des compétitions. On est ensuite conviés à un entraînement puis à des sélections.
J’ai eu la chance d’accéder à cette étape de l’entraînement et c’est bien car ça permet de voir en temps réel ce que la pilote va donner. On est qualifiés d’office comme pilotes de l’équipe de France tant qu’on a des résultats internationaux.
Alexandre et moi, nous sommes en équipe de France et on s’entraîne principalement entre nous. On a cependant un super team leader, Pascal Vallée, qui a été Champion du monde en 2012, c’est top d’avoir quelqu’un avec un tel recul et un tel niveau pour nous faire progresser !
Est-ce une discipline dans laquelle les femmes sont bien intégrées ?
Même si c’est un sport motorisé et qu’il y a moins de pratiquantes que de pratiquants – la Fédération Française d’ULM (FFPLUM) compte plus de 17 000 licenciés -, on en accueille de plus en plus.
J’ai breveté quelques pilotes femmes au sein de notre club, « Orléans Étampes Paramoteur », dont la base est à Orléans et le deuxième terrain à Etampes, en région parisienne.
Il n’y a donc pas de différences entre les hommes et les femmes dans ce sport ?
Non et la Fédération soutient tous ses pilotes, heureusement car ce sport est très peu médiatisé, on ne gagne pas d’argent ! Elle nous accompagne pour les compétitions internationales en prenant en charge les frais d’inscription et tous les moyens logistiques et humains. Ce qui participe à nous faire obtenir de bons résultats car on n’a pas à gérer le quotidien. On se concentre exclusivement sur nos performances !
Sinon, le milieu des paramoteurs n’est absolument pas macho, mais totalement convivial au contraire. On est vraiment dans le partage d’expérience. Tous dans le plaisir de voler !
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