Lucienne Velu« La reine du stade » des années 30, mais pas seulement...

Lucienne Velu, « la reine du stade » des années 30, mais pas que…
Le sport féminin n’en était qu’à ses prémices lorsque Lucienne Velu s’est invitée au stade. Douée pour l’athlétisme, la Parisienne, recordwoman du disque en 1924, ne s’est pas contentée de briller sur les pistes. Footballeuse reconnue, elle excelle également en basket et deviendra championne du monde de la discipline à l’issue des Jeux Mondiaux Féminins de 1934. Retour sur le parcours d’une pionnière qui a su saisir la balle au bond.

Par Sophie Danger

Publié le 07 septembre 2021 à 6h30, mis à jour le 09 août 2022 à 15h55

C’était il y a un siècle tout juste. 1921. Lucienne Velu s’apprête à pousser la porte d’un stade. Une première pour la jeune Parisienne qui, à 19 ans, n’a encore jamais fait de sport et pour cause. À l’époque, exploits et compétitions sont la chasse gardée exclusive des hommes.

Aux – rares – femmes qui souhaiteraient empiéter sur leurs plates-bandes, il est vivement conseillé de se rabattre sur la culture physique, occupation des plus ennuyeuses, certes, mais plébiscitée par un corps médical d’accord, dans son ensemble, pour la juger plus adaptée à leur nature frêle et délicate.

Un message on ne peut plus clair qui semble néanmoins, au grand dam de certains, n’avoir pas été bien entendu par toutes les aspirantes sportives. Dans leur sillage, des clubs réservés aux seules femmes ont commencé à éclore de-ci, de-là, sur tout le territoire.

Avec le temps, ce mouvement balbutiant s’est étoffé et structuré pour donner naissance à une fédération – la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF)* – dont la direction a été confiée à l’énergique Alice Milliat.

Grâce aux efforts combinés de ces courageuses dissidentes, la femme sportive est parvenue, en l’espace de quatre ans, à s’imposer comme une réalité avec laquelle il faut désormais compter.

De quoi titiller la curiosité. Et donner, à son tour, l’envie à Lucienne Velu de sauter le pas. L’adhésion est immédiate. En 1922, elle rejoint les rangs de La Ruche Sportive où elle se met à pratiquer avec assiduité le football-association et l’athlétisme. Il ne fait aucun doute que la jeune femme est douée. Mieux encore, elle progresse vite.

En septembre 1924, elle est logiquement retenue par la FSFSF dans les rangs de l’équipe de France chargée d’affronter la Tchécoslovaquie sur la cendrée du stade Pershing.

La Parisienne, quatrième seulement au poids, va se rattraper au disque. Son jet à 30.225 mètres la propulse en tête du concours, record du monde de la spécialité à la clé !

Lucienne Velu a 22 ans et vient de se faire un nom. Elle ne va plus cesser, dès lors, de le faire briller. Il faut dire que la demoiselle est polyvalente. Adroite aux lancers, elle est également redoutable sur piste.

60 mètres, 80 mètres, 200 mètres, aucune distance ne semble vouloir lui résister et, en vingt ans, « la reine du stade », surnom dont l’a affublée la presse de l’époque, va cumuler pas moins de 33 titres de championne de France, disque, poids et vitesse confondus. Un palmarès remarquable qui ne s’arrête pas aux seules disciplines athlétiques.

©Coll Luc Vollard

En 1925, Lucienne Velu quitte la Ruche Sportive pour rejoindre les Linnet’s de Saint-Maur où évoluent des pointures de l’acabit de Georgette Gagneux et de Marguerite Radideau.

Elle, l’athlète reconnue, la footballeuse émérite, va s’y prendre de passion pour une autre discipline : le basket-ball.

Deux ans plus tard, le 20 novembre 1927, la prolifique arrière est sélectionnée pour participer à la première rencontre internationale de basket féminin qui oppose la France au Luxembourg au stade Pelleport. Un triomphe pour Lucienne Velu et ses coéquipières qui s’imposent avec autorité 22 à 5.

Forte de ce succès, Lucienne Velu persévère. Et monte en puissance. Sacrée sept fois championne de France entre 1928 et 1938 avec son club, elle ajoute à son interminable collection de trophées le titre de championne d’Europe 1930 après une victoire face aux Polonaises à Strasbourg 33 à 17.

Quatre ans plus tard, la capitaine et meneuse de troupe mène les siennes sur le toit du monde à Londres en effaçant des tablettes les redoutables Américaines 34 à 23 lors de la quatrième et dernière édition des Jeux Mondiaux Féminins, une première dans l’histoire du sport féminin français.

Pionnière parmi les pionnières, Lucienne Velu la touche-à-tout poursuivra la pratique du haut niveau jusqu’à ses 40 ans passés. Figure incontournable de la scène sportive française, elle entrera définitivement dans l’Histoire en 1928 en participant aux épreuves d’athlétisme comptant pour les Jeux Olympiques d’Amsterdam, rendez-vous jusqu’alors interdit aux femmes, tennis et natation mis à part.

©Bnf

Disparue en 1998 à l’âge de 96 ans, elle restera, des décennies durant, l’athlète française la plus titrée de tous les temps**.

Un règne extraordinaire qui durera presque quatre-vingts ans avant de prendre fin cette année, battu par une autre discobole, Mélina Robert-Michon, désormais 35 titres de championne de France à son actif.

©Dessin Ph.Biard/Le Vieux Saint-Maur

* À l’époque, la FSFSF gère diverses disciplines parmi lesquelles l’athlétisme, le football-association et le basket-ball

** Au niveau hexagonal

Ouverture ©Bnf

Vous aimerez aussi…

Nicole Abar

Nicole Abar : « J’aimerais dire que les filles et le foot, c’est gagné, mais il y a encore beaucoup à faire. »

En 2015, l’ex-internationale de foot Nicole Abar participait au documentaire « Femmes de Foot » réalisé par deux adolescentes. Elle y témoignait de son enthousiasme quant à l’évolution des mentalités pour ce qui est des jeunes filles et du ballon rond. Qu’en est-il presque dix ans après ? Elle nous répond et ce n’est pas aussi « merveilleux » que ça en a l’air.

Lire plus »
Althea Gibson

Althea Gibson, la première icône noire du tennis si vite oubliée

À l’heure où Wimbledon se termine, l’occasion est toute trouvée de rendre hommage à une figure du circuit qui a, à elle seule, révolutionné le monde du tennis. Douze ans avant son compatriote Arthur Ashe, Althea Gibson est la première athlète noire à s’être imposée en Grand Chelem. L’Américaine, victorieuse de Roland-Garros en 1956 a ajouté à son impressionnant palmarès deux victoires, en simple, à Wimbledon et à l’US Open. Avant de sombrer dans l’oubli.

Lire plus »
Manaé Feleu : « Quand t'es une fille et que tu dis que tu joues au rugby, on te répond que c’est un sport de brutes . »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une athlète qui marche vers les sommets, une capitaine de l’équipe de France de rugby qui sait comment apprivoiser le ballon ovale (Manae Feleu sur notre photo), une fille qui court, qui court, et le décryptage d’un baromètre sur les jeunes et le sport, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Kids

Terrains de jeux : la cours de récré, un labo de société (2e mi-temps)

Deuxième mi-temps de ce podcast consacré à l’égalité filles-garçons à l’école et plus précisément au sein même de la cour de récréation. Comment l’espace se définit-il, comment les filles trouvent leur place, comment cela peut avoir une incidence sur leur comportement d’adulte… La géographe du genre Edith Maruéjouls nous éclaire dans le podcast Papas Poules en partenariat avec ÀBLOCK! Instructif.

Lire plus »
Françoise Dürr Ou l’histoire d’un doublé historique à Roland-Garros

Françoise Dürr ou l’histoire d’un doublé historique à Roland-Garros

Elle est la troisième et dernière Française de l’ère pré-open à avoir remporté Roland-Garros. Françoise Dürr, 82 ans aujourd’hui, a rejoint ses compatriotes Suzanne Lenglen, Simonne Mathieu et Nelly Adamson dans la légende, en 1967. Cette année là, la native d’Alger remporte le simple et s’impose également en double dames aux côtés de sa compatriote Gail Sherriff. Portrait d’une outsider qui a su dompter la terre battue parisienne.

Lire plus »
Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Badass, le nouveau mag carrément ÀBLOCK!

Ce seize pages sympa à lire – en mode « posterzine » – va « droit au but » pour mettre toutes les sportives sur le podium. De quoi être dans les starting-blocks pour son premier numéro et sa collecte participative. Nous, on adhère !

Lire plus »
Lauriane Lamperim

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une ex-gymnaste devenue surfeuse (Lauriane Lamperim sur notre photo), une basketteuse emblématique, une parachutiste qui a fait du ciel son univers, une patineuse qui a bousculé l’ordre établi, une Simone qui a roulé sa bosse ou encore une championne de karaté qui se raconte dans notre podcast, c’était le menu de la semaine dernière sur ÀBLOCK! et c’est à (re)découvrir sans modération…

Lire plus »
Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Lucie Hautière, la para pongiste qui rêve de breloques

Pour sa première participation aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, elle vise le podium. Tout simplement. Depuis des années, Lucie Hautière, 24 printemps, tape la balle par passion, elle qui s’entraîne sans relâche pour que le para tennis de table français vibre au son de la Marseille.

Lire plus »
Mélanie Briot

Mélanie Briot : « Gérer une équipe de mecs et l’adrénaline pendant les courses… C’est sport ! »

Pionnière dans un monde de mecs. Seule femme dans le cyclisme à être devenue directrice sportive d’une équipe de Nationale 1, Dinan Sport Cycling, Mélanie est une passionnée de vélo depuis toujours. Vivre au plus près des courses cyclistes, voilà ce qui la motive à partir sur la route toute la sainte journée. Et elle pourrait bien entraîner d’autres filles à prendre ce virage nécessaire pour la féminisation des métiers du sport…

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner