« Enfant, j’ai toujours plus ou moins fait du sport, marche, vélo, roller. Mais c’est vraiment à l’âge de 9 ans que j’ai trouvé celui qui me convenait le plus : l’athlétisme. Honnêtement, je n’étais pas très forte. Mes parents voulaient que je m’engage dans une activité physique donc j’ai persévéré. Je faisais des cross, mais je n’aimais pas trop ça. Aller courir un dimanche matin dans la boue et le froid pour arriver dernière, on a vu plus sympa… Mais j’avais des amies là-bas, on s’était inscrites en même temps, ça nous permettait de passer de bons moments ensemble. C’était notre truc à nous. J’en garde de bons souvenirs.
À 15 ans, j’ai commencé à courir seule. Je voulais être libre et pouvoir faire mon sport quand je voulais. La course à pied, c’était parfait. Ça m’est venu parce que ma maman court. D’ailleurs, j’ai commencé avec elle. C’est à partir du confinement, en 2020, qu’il y a eu un tournant pour moi avec le running. Parce que c’était le seul moment où je pouvais sortir. Du coup, je m’étais donné le défi d’aller courir tous les deux jours sur 4-5 kilomètres. Et j’ai tenu ! La période a été horrible pour beaucoup de gens alors que, pour moi, grâce à la course à pied, ça a été très cool. Il faisait super beau, j’étais au Mans, chez mes parents, à la campagne.
Fin 2021, j’ai un déclic : je m’inscris à une course, le « 10 km Le Maine Libre » au Mans. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’en avais envie. J’y suis allée tranquille et j’ai bouclé la course en moins d’une heure, un trop bon souvenir ! Je l’ai tentée à nouveau l’année d’après. Je l’avais un peu plus préparée et j’avais prévu de la faire en 57 minutes et c’est ce que j’ai fait. Mais je m’étais mis un peu plus la pression et je n’ai pas eu d’aussi bonnes sensations que la première fois. Ça ne m’a pas dégoutée pour autant des courses, je me suis dit que ça arrivait, qu’il y a des jours comme ça où ça ne marche pas toujours comme on veut…
À ce moment-là, j’étais en licence langues étrangères appliquées anglais et espagnol, au Mans. En deuxième année. J’allais courir trois fois par semaine. La course à pied, c’était vraiment mon échappatoire… même si j’adorais mes études. J’aimais bien suivre les conseils et les contenus de runneuses sur les réseaux sociaux comme @Courspetitetomate et @runromane.
Depuis septembre 2024, j’habite à Nice pour mes études – un master d’événementiel sportif – et je suis en alternance dans un magasin de sport outdoor. Comme mes collègues courent beaucoup et enchaînent les trails et les marathons, ça m’a motivée à m’inscrire à mon premier semi. Et c’est sur cette belle lancée que je me suis inscrite au Schneider Electric Marathon de Paris en avril 2025. Mais en juillet 2025, j’ai reçu un diagnostic qui a tout fait basculer : j’avais un lymphome de Hodgkin. En fait, après m’être découvert des ganglions en novembre 2024, j’ai enchaîné les examens. Ça a été une période très stressante. J’ai vécu huit mois d’errance de diagnostic. Ce qui est fou, c’est que j’étais hyper en forme à cette période. Je me souviens que, quelques jours avant, j’avais envoyé des messages à tous mes amis en disant que j’allais hyper bien et que le trail de plus de 10 kilomètres que je venais de faire, pour lequel ma boite était partenaire, m’avait procuré de super sensations.
Donc, si le médecin m’annonçait que j’avais un cancer, c’était n’importe quoi ! Je savais que les médecins cherchaient quelque chose de grave, mais tu ne peux pas imaginer un truc pareil. Dès que j’ai appris la nouvelle, j’ai été mise en arrêt de travail et mon dossier a été transféré au Mans pour que je rejoigne mes parents. Je ne pouvais pas rester faire mes traitements toute seule. Ma vie a changé d’un coup. Pour autant, les médecins ne m’ont pas dit d’arrêter le sport, au contraire. Je devais en profiter tant que j’étais encore en forme. Avant d’être trop fatiguée à cause des chimios. Dans tout ça, mon inscription au marathon de Paris, quelques mois avant le diagnostic, apparaissait comme la lumière au bout du tunnel, un refuge, un défi symbolique. J’avais prévu de faire une préparation béton sur six mois mais j’ai dû revoir mes plans, évidemment.
J’ai débuté les chimios en août. La première semaine de traitement, ce n’était pas possible de courir. J’étais KO. Marcher, c’était déjà énorme. Je reprenais la course seulement dix jours après chaque chimio. Je sentais que c’était dur. S’arrêter dix jours et reprendre, ce n’est pas idéal. Et avec tous les traitements, mon cardio s’emballait à chaque fois. C’était hyper frustrant parce que j’étais obligée de beaucoup ralentir pour parvenir à courir… Mais en même temps, je me disais : « En fait, j’arrive toujours à courir ». De savoir ça, ça changeait les choses. C’était trop bien de pouvoir continuer malgré tout. Et puis, après avoir passé dix jours à plat avec la chimio, c’était une libération. À côté, pour accompagner doucement mon corps, je me suis mise au Pilates.
Côté marathon, très vite, je me suis dit que j’allais continuer, ne pas lâcher l’objectif. Avec la durée de traitement qu’on m’avait annoncée au début, ça pouvait le faire. Mais quand j’ai commencé mes premières chimios et que j’ai vu l’état dans lequel ça me mettait, je me suis dit que ce serait peut-être compliqué d’aller au bout. Mais je répondais bien au traitement et j’ai pu le terminer en novembre. J’ai donc eu un peu de temps pour m’en remettre avant de commencer ma prépa. Dès le moment où j’ai su que j’étais en rémission, je me suis dit que ce serait possible de courir le marathon. Et je suis rentrée à Nice en février pour reprendre ma vie, entre boulot et course à pied. En ce moment, c’est donc le marathon qui occupe toute ma tête. Je m’imagine franchir la ligne d’arrivée… Mais je crois aussi que courir, c’est une manière de m’évader.
J’ai commencé ma prépa le 22 décembre et, au bout de cinq semaines, j’ai eu une douleur à l’ischio. J’ai dû arrêter de courir une semaine. Je reste avant tout à l’écoute de mon corps et beaucoup plus qu’avant, j’y suis obligée. Mais j’ai repris. J’étais prête. Avec ma préparation assidue, j’ai vraiment vu la différence au fur et à mesure des mois. Je n’ai pas encore retrouvé mon niveau d’avant mais je me dis que ça va revenir, je suis jeune, j’ai tout le temps pour progresser et battre des records à nouveau. Il y a des jours où tout va bien et il y a des jours où je me sens hyper fatiguée. Ces jours-là, je me dis que c’est pas grave. Je ne force pas, je ne vais pas courir. J’adapte parce que si je m’épuise, ce sera contre-productif. Ce qui m’aide à tenir aussi, c’est que mes parents me soutiennent à 100 % dans ce projet.
C’est après ma première chimio que j’ai commencé à publier sur Instagram des posts sur ma maladie, au moment où je me suis rasé les cheveux. J’ai eu l’idée d’en parler quasiment dès que j’ai eu mon diagnostic, parce que je me suis dit que c’était fou que ça soit arrivé à quelqu’un comme moi, qui est sportif, qui a toujours bien mangé, qui ne boit pas, qui ne fume pas. Ça peut arriver même quand on a un mode de vie sain, en fait. C’est important de ne pas mettre de tabou sur le cancer. Il faut en parler parce que, malheureusement, il y en a de plus en plus. Mais, au départ, j’avais des craintes. Très vite, pourtant, j’ai reçu plein de messages de soutien de gens que je ne côtoyais plus depuis longtemps. Et ça m’a énormément aidée. Ça m’a confortée dans l’idée qu’il fallait que j’en parle. J’avais aussi besoin d’extérioriser tout ça : ça prenait une trop grosse place dans ma vie.
La première chose que j’ai faite après avoir eu mon diagnostic, c’est de chercher sur Instagram des personnes qui avaient la même maladie ou d’autres cancers. Elles se sont abonnées à moi aussi et on a pu échanger sur tout ce qu’on vivait. On se comprenait. Ça aide énormément. Je sais que, moi, quand j’étais en chimio, voir d’autres filles reprendre le sport, voir leurs cheveux qui repoussent, retrouver la forme, c’était très fort. Je me disais que c’était possible pour moi aussi. C’est pour ça que j’avais envie de partager. Je veux montrer à toutes ces personnes qui souffrent, qui sont au fond du trou pendant les chimios et qui se disent que ça ne va jamais s’arrêter, que c’est possible de reprendre le sport et de retrouver des sensations. On ne va pas rester dans cet état de post-chimio toute notre vie. Même si, bien sûr, la vie ne sera plus jamais comme avant.
Ce que j’aimerais dire aux jeunes filles qui, comme moi, ont un cancer ou une maladie grave, c’est que c’est normal que ce soit difficile et que l’avenir soit compliqué à imaginer. Même pour moi, c’est compliqué de se projeter après tout ça. Car il y a aussi la peur de la rechute. On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et puis, on ne peut pas tout le temps être en mode guerrière. Il y a des moments où on en a marre et où on aimerait juste avoir une vie normale. Donc il faut aussi accepter ces moments-là, ceux où l’on craque, quand on n’arrive plus à se battre, il faut se laisser le temps. Si on n’est pas bien, on a le droit de craquer. Moi, au début, je ne voulais pas. Je me disais : « Si je pleure, c’est le cancer qui va gagner. » C’était terrible d’avoir cette pensée. Mais non, ce n’est pas vrai, il faut relâcher. Même si ça ne sera pas toujours facile après, on peut revivre des moments cool, on peut refaire des choses incroyables. Et peut-être même que… c’est sûr, même… que cette épreuve nous apportera plein de belles choses aussi.
Pendant ma chimio, j’ai lu le livre d’Anaïs Quemener. On n’a pas du tout le même niveau mais ça m’a redonné espoir. Elle a été championne de France de marathon juste après ses chimios, il me semble. Et quand je vois ses cheveux longs. Elle les a super longs maintenant. Alors qu’elle était chauve comme moi je l’ai été. Et elle a eu son bébé… Des trucs comme ça… ça aide tellement ! Depuis mon diagnostic, j’ai une sorte de mantra pour me booster, m’aider à ne rien lâcher. Ce sont mes collègues qui ont lancé ça : le hashtag Fuck Hodgkin. Je dis fuck à Hodgkin, quoi. J’ai même fait floquer un tee-shirt pour le Schneider Electric Marathon de Paris !
Après le marathon du 12 avril, d’autres marathons me font envie. Celui de Séville, j’aimerais trop le faire. Et puis, je veux à nouveau préparer une distance type semi ou 20 km. Parce que j’ai fait le semi de Cannes en février dernier. Et augmenter un peu les distances en trail. Mais, là, déjà, le focus c’est le marathon de Paris et le but, c’est de le finir. Le sport, c’est tellement puissant, ça m’a sauvée tellement de fois depuis l’annonce de mon cancer… »
- Pour suivre Lou dans son rêve de marathonienne et dans sa vie quotidienne de battante @lou_rgt