Justine Pedemonte : « Après une journée de moto, je suis lessivée ! »

Justine Pedemonte : « Après une journée de moto, je suis lessivée ! »
Si vous saviez combien de fois j'ai entendu que la moto, ce n'était pas physique... Piloter demande énormément de gainage, de la force dans les bras, les jambes, le dos... Quand je rentre chez moi après un entraînement, j'ai des courbatures partout !

Par Justine Pedemonte, pilote moto, 17 ans au compteur

Publié le 06 février 2024 à 16h23, mis à jour le 10 septembre 2024 à 11h45

Il y a quinze jours, je vous ai raconté comment je gérais (ou comment j’essayais de gérer) mon emploi du temps entre paddocks et lycée, aujourd’hui, je vous embarque dans les coulisses de mon entraînement de motarde, et vous pourriez être surpris. Ce n’est pas forcément ce qu’on imagine ! Pour commencer, parlons de ma prépa physique. Car oui, il ne faut pas croire que c’est la moto qui fait tout, sinon on ne va pas s’entendre ! 

Ma semaine typique peut ressembler à ça : le lundi, je vais à la salle de sport en rentrant des cours ; le mardi soir, ça va plutôt être consacré aux devoirs ; le mercredi, je vais faire du CrossFit avec mon coach qui adapte les exercices au mieux pour moi vu qu’il est motard, mais j’ai aussi un de mes amis, champion de France de boxe qui vient avec moi pour ces séances, donc on se motive ; le jeudi, le vendredi et quelques fois le samedi, je retourne à la salle. 

Ça, c’est pour mes semaines de cours. Les week-ends, je vais courir dans ma vallée, pour profiter un peu de l’air de la montagne, l’été je vais aussi souvent faire du vélo, mais là il fait trop froid, alors je fais du vélo d’appartement ! Je pratique aussi pas mal d’escalade quand je peux, un peu de natation… L’objectif, c’est de faire une activité par jour, tout en se gardant quelques jours de repos de temps en temps, histoire de penser un peu aux cours quand-même ! 

Dans tout ce programme, je n’ai pas réellement d’activité favorite, j’aime surtout faire du sport ! Si je devais quand même en choisir quelques-unes, je garderais le CrossFit, l’escalade et la course à pied. Mais chacun de ces sports a ses qualités qui m’apportent quelque chose de différent à chaque fois. 

Maintenant, parlons de mon entraînement moto, mes « roulages ». Le prochain aura lieu le week-end du 17 et 18 février, à Alès. Et j’enchaînerai aussi avec deux jours de roulages en Espagne dans la foulée. Après ça, je vais devoir rattraper beaucoup de cours et aussi mon Bac blanc de Français au passage ! 

Il faut que je vous explique : cette année, je participe au championnat de France FSBK 600 cc pour la première fois, avant j’étais en 300 cc. Je voulais vraiment changer de catégorie, pour continuer d’évoluer, mais forcément, je dois modifier pas mal de choses ! La moto est plus lourde, beaucoup plus puissante, donc bien plus physique ! C’est plus compliqué à piloter que la 300, mais on s’habitue. C’est un autre style de pilotage à acquérir : en 300 il faut sans cesse être « agressif » dans le pilotage, ça ne se joue à rien, mais en 600, c’est important de maîtriser la moto et sa puissance. 

J’ai déjà un peu d’expérience en 600, ce qui est un vrai plus, je ne vous le cache pas ! Quand j’étais en 300, j’aimais bien profiter des week-ends de roulages pour rouler le premier jour en 600, et le second en 300. En plus de me faire découvrir les sensations en 600, ça me permettait de vraiment maîtriser mon sujet une fois que je reprenais la 300. À chaque fois que je fonctionnais comme ça sur un week-end, je battais mes records en 300. Bref, c’est le bon plan !

À Alès, ça va être deux jours avec juste mon ingénieur et mon père, histoire de prendre en main la moto. Mine de rien, ça fait un mois que je n’ai plus roulé. En Espagne, ce sera plus en mode tests avec mes coéquipiers et l’équipe. 

Quand on arrive sur un circuit dans ces conditions, je garde bien en tête que c’est un entraînement. Ok, les chronos c’est important, mais le but c’est de tester plein de choses, pour ne plus avoir à le faire au moment de la course. D’où l’importance de faire des roulages sur les circuits de compét’, vous comprenez ? 

Pour ces deux roulages, à Alès et en Espagne, il n’y aura pas de compét’ sur ces circuits, c’est vraiment pour prendre en main la moto. Mais, après ça, je préparerai la course du Mans. Les roulages auront lieu fin mars, et la course début avril. 

Je vais vous raconter une journée de roulage typique, histoire que vous compreniez bien de quoi je parle… On commence par un briefing avec mon mécano et mon père, afin de se mettre d’accord sur ce qu’on veut tester, la mécanique… Ensuite, pareil avec mon ingénieur. Avant de rouler pour la première fois de la journée, on va discuter de tout ce que je dois faire, comme ça j’ai tout en tête.

Après, on va profiter de l’heure de pause entre chaque session de vingt minutes pour débriefer. Généralement, on roule sept fois en une journée.

Après une session, je parle avec mon ingé et mon mécanicien, je donne mes ressentis, mes sensations… Avec tout ça, mon mécano va voir ce qu’il peut faire sur la moto et mon ingénieur va analyser mes datas avec moi. C’est vraiment super précis, grâce à ça, je peux voir à quels moments je freine ou j’accélère, à quel pourcentage… Ça me permet d’avoir un plan détaillé du circuit avec ce que je dois faire, et ainsi de pouvoir travailler les passages que je veux sans forcément me soucier du temps au tour. Capice ? 

Et une fois que je maîtrise bien le circuit, je vais pouvoir tenter des chronos à la fin des roulages. C’est hyper important de profiter des entraînements pour faire tout ça, parce qu’en compét’, on n’a pas le temps. Quand c’est week-end de course, grâce au travail en amont, j’ai déjà un plan très détaillé du circuit avec tout ce que je dois faire, et il n’y a plus qu’à… 

Si vous saviez combien de fois j’ai entendu que la moto, ce n’était pas physique… Pourtant, après une journée de roulage, je vous assure que je suis lessivée ! Piloter demande énormément de gainage, de la force dans les bras, les jambes, le dos… Chaque muscle compte, c’est vraiment un tout. Quand je rentre chez moi après un entraînement sur la moto, j’ai des courbatures partout ! Et comme les pilotes de Formule 1, on perd du poids quand on roule, c’est toute l’eau qu’on perd en transpirant. 

Bref, mon entraînement est très rigoureux, c’est nécessaire pour performer sur la moto le jour des courses ! D’ailleurs, c’est l’heure pour moi de m’y remettre. On se reparle dans quelques jours, je vous raconterai mon week-end de roulages à Alès ! 

*Justine Pedemonte a 17 ans et est pilote moto, engagée en championnat de France de Superbike (FSBK), Championnat de France SuperSport 300. Après avoir remporté plusieurs podiums, elle a terminé en octobre 2023, vice-championne de France. Vous pouvez la suivre sur son compte Instagram @justinepedemonte 

Ouverture ©Justine Pedemonte

Vous aimerez aussi…

Reality Winner

Reality Winner : l’espionne qui venait du sport

Avant le 3 juin 2017, date de son arrestation, cette blondinette balèze était surtout connue pour ses exploits de crossfiteuse. Ex-militaire dans l’US Air Force, employée des services secrets américains, Reality Winner purge une peine de 5 ans de prison pour avoir exfiltré des documents confidentiels. Portrait d’une lanceuse d’alerte qui, même emprisonnée, ne transige jamais avec sa routine sportive.

Lire plus »
Léa Casta : « Je me sens trop bien sur un snow. J'ai juste hâte que la saison commence ! »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Le retour sur le terrain de nos handballeuses tricolores, le questionnaire sportif d’une discobole, les confidences d’une nouvelle ambassadrice ÀBLOCK!, une navigatrice qui n’a pas froid aux yeux et notre dernier spécial Kids de l’année, c’est le meilleur de la semaine. Enjoy !

Lire plus »
Cap Optimist, ou comment faire du paddle un acte de solidarité

Cap Optimist, ou comment faire du paddle un acte de solidarité

Elle est sauveteuse en mer et au-delà. Stéphanie Barneix accompagnée de cinq autres waterwomen rallient actuellement Monaco et Athènes en paddleboard. Un échauffement avant le défi Cap Optimist, qui se déroulera entre le Pérou et la Polynésie Française en janvier 2023. Un défi à la seule force des bras pour soutenir les personnes atteintes de cancer.

Lire plus »
La question qui tue

Si le sport et moi, ça fait deux, c’est pas de ma faute, hein ?

À voir les sœurs Serena et Vénus Williams ou le duo père-fils Yannick et Joakim Noah, on est en droit de se demander si le sport n’est pas aussi une affaire de génétique ? Ni une ni deux, on a ouvert nos livres de science pour déterminer si on peut avoir des prédispositions sportives (ou non). Petit tour de la question en deux-trois mouvements !

Lire plus »
Betty Cuthbert

Betty Cuthbert ou la légende d’une “Golden Girl” du sprint

Elle fut la grande fierté des Australiens. Icône de l’athlétisme dès sa participation aux Jeux Olympiques de Melbourne, en 1956, l’or autour du cou était son plus bel accessoire. Sur les pistes comme dans la vie où elle eut à lutter contre une maladie incurable, Betty Cuthbert mena ses combats avec acharnement. Une pionnière au courage et à la détermination légendaires.

Lire plus »

Bouger, j’aimerais bien, mais…

Avec le confinement, beaucoup tentent de saisir l’occasion de remettre leur corps en mouvement. Pas facile pourtant, surtout lorsqu’on est seul et que l’espace sportif se limite à ses quatre murs. Alors, généralement, on commence fort puis on se fatigue.
Mais pourquoi si peu d’enthousiasme, même en sachant que le bien-être est au bout de la séance ? Explications.

Lire plus »
Jutta Kleinschmidt

Jutta Kleinschmidt, la folle du volant

C’était en 2001. Il y a vingt ans, Jutta Kleinschmidt mettait « à mâle » les sports mécaniques en inscrivant son nom au palmarès du Paris-Dakar. Première femme à remporter le plus célèbre des rallyes-raids du monde, elle continue, depuis, à militer pour la cause des femmes dans un domaine très masculin. Portrait d’une pionnière qui en a sous le capot.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner