Gaëlle MignotLa cheffe d'orchestre du rugby féminin

Gaëlle Mignot, cheffe d'orchestre du rugby féminin
Ex-capitaine du XV de France, elle en est aujourd'hui sa co-sélectionneuse, un pilier au tempérament bien trempé. Portrait d'une femme de caractère, qui joue collectif même en solo.

Par Titaïna Loiseul

Publié le 18 juillet 2025 à 14h57, mis à jour le 30 juillet 2025 à 11h26

Dans son regard, comme quelque chose d’indéfectible qui frappe, cette flamme tranquille forgée dans la mêlée, nourrie par le combat, mais aussi par une conviction profonde : le rugby, ce n’est pas une affaire d’hommes, c’est une affaire de cœur, de corps, d’intelligence. C’est donc (aussi) une affaire de femmes. Et Gaëlle Mignot en est la plus vibrante démonstration. Née en 1987 à Périgueux, dans le Sud-Ouest, formée très jeune au ballon ovale – elle commence le rugby à l’âge de 7 ans -, elle intègre le haut niveau à une époque où les projecteurs sont encore rares pour les joueuses. Mais Gaëlle Mignot ne se pose pas de questions. Elle joue, elle avance, elle s’impose. À Montpellier, elle devient une pièce maîtresse du club, raflant cinq titres de championne de France. En parallèle, elle enfile le maillot tricolore, devient capitaine, mène les Bleues à un Grand Chelem en 2014. Une talonneuse d’1,57 m, qui plaque comme une lionne et fédère comme une cheffe d’orchestre.

©Gaëlle Mignot/Facebook

Mais l’histoire ne s’arrête pas à la ligne de touche. En 2021, elle raccroche les crampons. Enfin, presque. Car très vite, Gaëlle Mignot choisit de transmettre. D’entraîner. De construire et d’être à l’origine d’une dynamique nouvelle. Elle devient coach des avants de l’équipe espoirs du Montpellier Hérault Rugby, puis rejoint le staff de l’équipe de France. En 2022, elle est nommée entraîneuse adjointe des Bleues puis elle fait figure de pionnière : elle devient co-sélectionneuse de l’équipe de France au côté de David Ortiz. Une femme à la tête d’une équipe nationale, dans un sport encore verrouillé par les codes masculins, c’est rare. Et peu importe si elle partage le pouvoir, la mixité lui va bien aussi. Avec Gaëlle Mignot, la compétence prend toujours le pas sur la tradition.

Travailleuse acharnée, technicienne respectée, humaine et directe, elle incarne aujourd’hui une autre façon de faire du sport : plus ouverte, plus équitable, mais toujours tournée vers la performance. Et c’est précisément là sa force. Elle n’a jamais demandé de passe-droit pour être femme. Elle a gagné sa place comme on arrache un ballon sur un ruck : avec courage, lucidité et puissance.

En 2021 alors que Gaëlle Mignot fait ses premiers pas d’entraineuse au Montpellier Hérault Rugby.

En 2025, à l’aube d’une Coupe du Monde de rugby féminin qui s’annonce historique (du 22 août au 27 septembre en Angleterre), Gaëlle Mignot est plus que jamais une figure essentielle. Elle est la preuve vivante que les femmes ne sont pas là pour suivre, mais pour mener. Que les petites filles peuvent rêver de mêlées et de maillots bleus. Et que le rugby, quand il se conjugue au féminin, peut lui aussi faire vibrer un pays entier. Autant dire qu’on l’attend ÀBLOCK!

Ouverture ©Gaëlle Mignot/Facebook

D'autres épisodes de "Rugby, ces filles qui transforment l'essai"

Vous aimerez aussi…

Marie Patouillet la para cycliste qui veut rouler sur l’or

Marie Patouillet, la para cycliste qui veut rouler sur l’or

Devenir sportive de haut niveau était son rêve d’enfant. Mais Marie Patouillet est née avec des malformations au pied et à la cheville. Son envie de sport la distance : elle n’y croit plus… Pourtant, en 2017, le vélo lui offre une percée fantastique dans le monde du sport de haut niveau. Une lancée dans le cyclisme fulgurante : vice-championne du monde en 2020 et double championne de France de paracyclisme dans sa catégorie. Portrait d’une fille qui tient la piste.

Lire plus »
Solenne Piret : « En escalade, à aucun moment je ne ressens mon handicap. »

Solenne Piret : « En escalade, à aucun moment je ne ressens mon handicap. »

Spiderwoman qu’aucune ascension n’arrête, elle est née sans avant-bras droit mais gravit toutes les voies. Solenne Piret, 33 ans, membre de l’équipe de France d’escalade, s’est offert, par cinq fois, la plus belle des ascensions : le championnat du monde. Avec son film CAP OU PAS CAP, cette passionnée, audacieuse et engagée, ouvre une nouvelle brèche pour les paras et les femmes.

Lire plus »
Yvan Gastaut : « Pour les Jeux de Paris, on a beaucoup parlé de parité, mais l’accent mis sur le handicap me semble plus important encore. »

Yvan Gastaut : « Pour les Jeux de Paris, on a beaucoup parlé de parité, mais l’accent mis sur le handicap me semble plus important encore. »

Il est historien et maître de conférences à l’université Côte d’Azur, UFR Staps. Yvan Gastaut s’est penché sur les traces que laisseront les Jeux Olympiques de Paris sur notre mémoire collective. L’occasion d’évoquer, avec lui, les mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un récit collectif et de parler handicap et parité.

Lire plus »
Hélène Pietrenko : « En sport, je me fixe peu de limites. »

Hélène Pietrenko : « En sport, je me fixe peu de limites. »

Elle a marqué les esprits en 2022 en remportant le classement féminin de la NatureMan Explorer. Cette année, cette fondue de sport nature et de défis extrêmes, tentera de graver, de nouveau, son nom dans le marbre en devenant l’une des rares femmes à boucler la French Divide dans les temps, une course de 2 200 kilomètres en bikepacking et sans assistance. Rencontre avec l’impressionnante Hélène Pietrenko.

Lire plus »
Benoit Beaufils : « Quand j’ai commencé la natation artistique, on s’est bien foutu de ma gueule. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une militante ÀBLOCK! depuis toujours, une Parisienne en short à paillettes, un défi qui fait des vagues, un nageur artistique qui se jette à l’eau (Benoit Beaufils sur notre photo) et un portrait en 5 infos sur une skieuse de tous les records, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »

Sport et Coronavirus : le vrai du faux

On dit (et on entend) souvent que le sport aide à lutter contre les virus. Mais est-ce la vérité ? Ne rien changer à sa routine sportive aide-t-il vraiment à lutter contre la maladie et plus particulièrement contre le Coronavirus COVID-19 ? Pourquoi faut-il continuer à pratiquer, mais dans quels cas faut-il impérativement mettre son corps en mode « pause » ? Éléments de réponse.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner