Elodie LorandiLe Parcours d’une « Grenouille » des Bassins

Elodie Lorandi, le Parcours d’une « Grenouille » des Bassins
Elle ne lâche jamais son objectif. Elodie Lorandi, 35 ans, est une para-nageuse téméraire. Celle que l’on surnomme affectueusement "la grenouille" a su surmonter les obstacles d'une maladie orpheline jusqu’à la compétition la plus prestigieuse, les Jeux Paralympiques de Paris 2024.

Par Corentin Baranger

Publié le 29 août 2024 à 7h22, mis à jour le 26 mars 2025 à 16h11

Elle a toujours été comme un poisson dans l’eau, ou plutôt comme une grenouille. Son père qui lui a donné ce surnom alors qu’elle était enfant avait-il déjà vu en elle une future championne ? Toujours est-il qu’en 2005, à 17 ans, Elodie Lorandi s’entraîne intensivement avec la championne olympique de natation Camille Muffat. Plutôt de bon augure.

Mais, depuis toute petite, elle est atteinte d’une maladie qui paralyse un nerf de sa jambe gauche, du genou à la cheville, ce qui limite ses mouvements et malgré son désir de concourir avec les athlètes valides, elle réalise que l’objectif est trop grand. Elle doit se tourner vers le handisport. Déterminée, elle s’investit alors pour se faire une place dans cet univers. Et le parie sera relevé.

©Elodie Lorandi/Facebook

Le tournant dans sa jeune carrière ? 2006, l’année où elle participe au Championnat du Monde Handisport à Durban en Afrique du Sud. Là-bas, « la grenouille » décroche la médaille d’or et établit un nouveau record de France dans sa catégorie pour le 200 mètres. Ses premiers exploits internationaux sont gagnants. Briller maintenant sur la scène Olympique, c’est possible aussi.

Elodie Lorandi concourt dans la catégorie S10, destinée aux athlètes ayant une déficience au niveau des jambes. Lors des Jeux Paralympiques de Pékin en 2008, elle remporte la médaille d’argent sur le 200 mètres. Quatre ans plus tard, elle continue sa série parfaite aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 où elle enrichit son palmarès avec une médaille d’or sur le 400 mètres, une médaille d’argent sur le 100 mètres et une médaille de bronze sur le 100 mètres papillon. L’armoire à trophées est bien pleine, mais les premières embuches ne sont pas loin.

©Elodie Lorandi/Facebook

En 2013, une blessure à l’épaule perturbe ses entraînements, mais elle serre les dents et elle tient bon. La preuve lors des Championnats du Monde Handisport au Canada où elle remporte une médaille d’or sur le 400 mètres et deux médailles de bronze sur le 50 mètres libre et le 100 mètres papillon. Mais les Jeux Paralympiques de Rio en 2016 se révèleront plus difficiles pour notre habituée du podium, elle n’y décrochera en effet qu’une médaille de bronze sur le 400 mètres, bien loin de ses performances précédentes.

Les causes de cette baisse de régime restent floues. Elodie Lorandi aurait eu une envie de changement, un besoin de retrouver une nouvelle motivation, un désir d’explorer d’autres horizons sportifs. Et la voilà qui s’initie au para-aviron : « L’aviron m’a permis de retrouver de l’envie et de briser la routine », explique-elle sur le site Natation Handisport.

Et là, si elle ne démérite pas (lors du Championnat du Monde 2018 à Linz en Autriche, qui inclue des athlètes possédant des déficiences physiques, elle se classe septième en quatre de pointe mixte jambes-tronc-bras, PR3 Mix4+), elle ne se satisfait pas de ce maigre palmarès en aviron et replonge dans le grand bain.

©Elodie Lorandi/Facebook

Mais une période particulièrement éprouvante s’annonce. Après avoir donné naissance à sa petite fille début d’année 2021, elle souffre d’une dépression post-partum, prend 10 kilos et peine à retrouver sa forme physique. Et puisque, décidément, rien ne va, elle contracte aussi la maladie de Hashimoto, une affection thyroïdienne qui la fatigue et complique d’autant plus sa reprise sportive. Elle ne participera pas aux Jeux de Tokyo 2021.

Mais il en faut plus pour abattre une championne de sa trempe. En 2023, après trois années d’arrêt pour se consacrer à sa fille et retrouver la niaque, Elodie Lorandi fait un retour marquant. Durant les Championnats du Monde de Manchester de para-natation, elle se classe cinquième au 400 mètres nage libre S10 et reprend doucement en confiance en elle. « La tête suit, c’est la détermination qui me guide », dit-elle au journal L’Équipe. Son objectif : les Jeux Paralympiques de Paris 2024. Jeux pour lesquels elle est qualifiée.

Elodie Lorandi espère retrouver ici sa belle énergie et ambitionne même de représenter la France en devenant le porte-drapeau de cette olympiade paralympique…

©Elodie Lorandi/Facebook

Ouverture ©Facebook Elodie Lorandi

Vous aimerez aussi…

Il était une fois le baseball... féminin

Il était une fois le baseball… féminin

Il débarquera aux Jeux Olympiques 2028 de Los Angeles. Rien de très surprenant pour un sport made in America. Les femmes en ont d’abord été écartées, mais elles ont vite pris les battes en main ! Retour sur l’histoire des pionnières du baseball.

Lire plus »
Camille Jedrzejewski « Le tir, c'est de la gestion de stress, de la lucidité. »

Camille Jedrzejewski : « Le tir, c’est de la gestion de stress, de la lucidité. »

Elle a commencé par le pentathlon avant de se concentrer sur le seul tir. Camille Jedrzejewski, 22 ans, vice-championne d’Europe en pistolet à 10 mètres vient de décrocher la médaille d’argent pour ses premiers JO. Une première pour l’équipe de France de la discipline. Nous l’avions rencontrée juste après sa qualification aux Jeux. Conversation avec une fille qui met toujours dans le mille.

Lire plus »
CrossFit

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Un nouveau podcast avec une bodybuildeuse on ne peut plus ÀBLOCK!, une star de la petite balle jaune, une pionnière qui ouvre le chemin à coups de sifflet, l’histoire de la ride au féminin, deux nouvelles chroniques signées d’une avocate et d’une journaliste crossfiteuse pour un autre regard sur le sport, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!. Bonne lecture !

Lire plus »
Marie-Céline Bernard : « Avant 89, il n’était pas question pour la Fédé de Rugby de nous reconnaître, nous les femmes. »

Marie-Céline Bernard : « Avant 89, il n’était pas question pour la Fédé de Rugby de reconnaître les femmes. »

Elle a été la première femme entraîneur de rugby en France. Elle a également été la première coach des Bleues à une époque où le rugby féminin évoluait hors giron fédéral. À bientôt 80 ans, Marie-Céline Bernard a gardé la passion intacte. Toujours sur les terrains, cette ancienne professeure de sport a été l’une de ces pionnières qui ont défriché la voie pour les autres. Rencontre avec une dame qui a su transformer l’essai.

Lire plus »
Cédrine Kerbaol, pédaler pour s’échapper

Cédrine Kerbaol, pédaler pour s’échapper

Une blessure l’avait privée de la première édition de la grande boucle féminine, mais, depuis, elle est au rendez-vous. Et la Bretonne Cédrine Kerbaol, 23 ans, y fait des étincelles. Si on se plongeait dans la tête de l’une des coureuses françaises les plus prometteuses ?

Lire plus »

Retour vers le passé… à pied

Entre le 1er et le 3 avril, préparez-vous pour un S’Cape Run antique. Cette nouvelle formule de l’escape game va vous transporter dans l’univers de la mythologie grecque. L’occasion idéale d’allier sport, esprit d’équipe et digital. On vous dit tout.

Lire plus »
Marie Tabarly : « Naviguer avec un équipage féminin ne me branche pas plus que ça mais on est obligées d’en passer par là »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une histoire féminine de marathon, une voileuse qui prend le large (Marie Tabarly sur notre photo), une championne en reconstruction au micro de notre podcast, un nouveau mag à découvrir ou une pionnière de la navigation, c’est le meilleur d’ÀBLOCK!

Lire plus »
Le questionnaire sportif de… Manon Houette

Le questionnaire sportif de… Manon Houette

En novembre dernier, elle jouait les consultantes pour TF1 lors de l’Euro de hand féminin, avant de revenir sur les parquets pour sa nouvelle saison avec le club de Chambray. La handballeuse Manon Houette, très en forme, répond à notre petit questionnaire de sport entre deux matches de la Ligue Butagaz Énergie…

Lire plus »
Gaétan Alibert : « Les femmes dans le baseball… ça a été compliqué, mais elles ont toujours été là. »

Gaétan Alibert : « Les femmes et le baseball… ça a été compliqué, mais elles ont toujours été là. »

L’open de France de baseball féminin se jouait à Valenciennes la semaine dernière. Mais si on prolongeait le plaisir avec Gaétan Alibert ? Auteur passionné et passionnant d’une « Histoire populaire du baseball », il nous éclaire sur ce sport encore trop peu (re)connu en France, mais également sur quelques-unes de ses pionnières audacieuses. Et c’est de la balle !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner