
Laurence Fournier Beaudry : Celle qui a affûté ses lames pour sécher ses larmes
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Publié le 03 juillet 2024 à 14h10
Toi qui as découvert l’haltérophilie par hasard, tu t’apprêtes à participer à tes deuxièmes Jeux Olympiques. Après Tokyo, la course à la médaille passe par Paris, chez toi. Comment tu abordes ce rendez-vous ?
Je me repose sur la leçon que j’ai apprise à Tokyo : tout est possible aux Jeux Olympiques. On entend souvent parler de la magie de cette compétition et je l’ai ressentie lorsque j’étais au Japon, je sais désormais que ça vaut le coup d’y croire, de croire à l’exploit et à la possibilité de monter sur la boite. C’est ça qui m’anime.
©Facebook/Dora Tchakounté
Tu sembles être d’un calme… olympien à quelques semaines du coup d’envoi.
C’est ma nature d’être comme ça. Je ne vais pas changer qui je suis même pour les Jeux, je reste en général fidèle à moi-même. J’avance tranquillement et je suis quelqu’un qui aime garder les pieds sur terre. Les Jeux restent une compétition, j’ai conscience de tout ce qu’il y a autour, c’est magnifique, mais c’est un rendez-vous comme il y en a d’autres et je vais y aller pour faire ce que j’ai à faire.
Petite, tu n’avais jamais entendu parler des Jeux. Le sport ne faisait pas partie de vos centres d’intérêt ?
Nous n’étions pas très sensibles à ce qui touchait aux retransmissions sportives. Mon père suivait les informations, il n’était pas très sport et moi, enfant, j’étais la plupart du temps occupée à jouer dehors. Il nous arrivait de tomber sur des images des Jeux olympiques, l’athlétisme notamment, mais j’étais petite à l’époque, je n’y prêtais pas plus attention que cela.
Il a fallu que je rentre dans ce milieu, à la fédération, pour que l’on me partage cette culture des Jeux.
©LFH 2016
Quand est-ce qu’ils sont devenus un objectif pour toi ?
Ils sont devenus un objectif lorsque j’ai pris conscience que je pouvais m’y qualifier. Les JO, c’était également la seule compétition à laquelle je n’avais pas encore participé.
C’était à la fois une question de curiosité mais aussi de palmarès : quand on fait du sport et que notre niveau augmente, on accède à des compétitions de plus en plus importantes et le palmarès prend de l’ampleur. On a soif d’aller toujours plus haut. Les Jeux manquaient à mon palmarès et je savais que j’avais les capacités d’y participer, ce qui a fait grandir en moi cette envie d’y prendre part.
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©FFHM
Tu imaginais ça comment une participation olympique ?
J’imaginais ça comme un Championnat du monde mais en version augmentée. Je ne savais pas à quoi m’attendre et lorsque j’ai participé à ceux de Tokyo en 2021, j’ai été agréablement surprise.
Ce qui est bien c’est que, lorsque l’on ne se fait pas trop d’illusions sur quelque chose, on peut facilement être bluffée et c’est ce qui s’est passé. Tokyo reste pour moi une très belle expérience.
Comment as-tu réagi lorsque tu as appris que tu serais du voyage au Japon ?
C’était une surprise parce que ma qualification n’était pas gagnée. Je l’ai su au dernier moment. À l’époque, j’étais la plus jeune de l’ancien collectif et c’était les plus âgées qui étaient en lice pour les Jeux, plus assurées d’y aller. Moi, non.
J’étais dans l’optique de suivre mon chemin et de voir par la suite ce que ça donnerait. Ça a fonctionné et quand j’ai su que je partais à Tokyo, je me suis dit : « Oh, cool, et bien allons-y ! ».
©Facebook/Dora Tchakounté
Le fait de devoir attendre une année en raison de la pandémie mondiale de Covid, tu as géré ça tout aussi tranquillement ?
Oui, l’année de plus, c’était encore mieux pour moi. J’étais jeune donc, en termes d’entraînement, ces quelques mois m’ont servi à continuer à progresser. Quand Tokyo est arrivé, je n’en attendais pas grand-chose. Je savais que j’étais qualifiée pour un rendez-vous important, qu’il fallait représenter la France et je voulais le faire bien.
©Instagram/Dora Tchakounté
Tu vas passer tout près de l’exploit en te classant 4e au bout du suspense. Il te manque 1 kilo pour décrocher une médaille. Comment tu as vécu ce passage au Japon ?
Sur le coup, il y avait de la déception et de la frustration. Le lendemain, c’était terminé, j’ai commencé à ressentir de la joie, je m’étais classée quatrième aux Jeux, ce qui n’était pas rien. Après coup, j’étais fière de moi, je me suis dit que j’avais fait du chemin.
L’olympiade qui a suivi n’a duré que trois ans. Paris, c’était déjà dans ta tête lorsque tu es revenue de Tokyo ?
Juste après Tokyo et cette quatrième place, je me suis dit que pour Paris, il y avait moyen de... Les premières années, c’était un peu ce qui me trottait dans la tête. Mais, plus le temps a avancé, plus le niveau a augmenté ce qui fait que, maintenant, à moins d’un mois du coup d’envoi, je ne suis plus que 9e du Top 10. Il faut rester réaliste mais je continue à y croire.
©INSEP
Tu as senti qu’il y avait plus de densité dans ta catégorie ?
Absolument. Il n’y a pas spécialement plus de nouveaux visages dans le Top 10, mais comme le Comité International Olympique a supprimé des catégories de poids, les 64 kilos ont fait des régimes pour descendre en – de 59, tout comme les 55 qui ont fait elles aussi des régimes pour y accéder.
Ma catégorie s’est retrouvée densifiée d’un coup en en raison du nombre de participantes, ce qui a fait augmenter le niveau. Une seule des médaillées olympiques de Tokyo, la championne olympique, figure désormais dans ce Top 10.
©Instagram/Dora Tchakounté
Le fait de n’avoir pas eu à faire de régime pour évoluer dans une catégorie différente ne peut-il pas être un avantage ?
Ça peut être un avantage, mais les filles restent quand même au-dessus de moi : le gap des max par rapport aux barres est important. Et puis ça dépend de la morphologie de la personne.
Il y a une haltérophile qui évoluait en 64 et qui était un peu grassouillette. La descente pour intégrer la catégorie des – 59 ne l’a pas pénalisée, elle n’a eu qu’à perdre un peu de gras, elle n’a pas perdu de muscles, ni de force et elle fait les mêmes barres que lorsqu’elle évoluait en catégorie supérieure. Ceci étant, c’est notre réalité, j’en ai conscience et je continue à y croire malgré tout.
Depuis, tu as fait main sur trois médailles européennes, l’argent en 2021 et 2024, l’or en 2022. Tu dirais que tu es plus armée qu’à Tokyo pour affronter ce nouveau rendez-vous olympique ?
Oui, clairement. Là, je vais à Paris pour vivre les Jeux olympiques et les vivre à fond. Je suis consciente de ce qui m’attend, ce qui n’était pas le cas à Tokyo, et c’est important.
Sportivement, par rapport à il y a trois ans, j’ai poussé un peu plus à l’entraînement, on est allés chercher un peu plus dans mes retranchements. Je suis aussi plus mature, mâture physiquement car je me sens un peu plus dense qu’avant, mâture dans la tête aussi peut-être.
Est-ce que le fait d’évoluer chez toi et avec du public cette fois, ce qui n’était pas le cas à Tokyo, peut te pousser ?
Monde ou pas monde, je me dis qu’il faut absolument que je reste focus. En compétition, je suis tellement concentrée sur ma barre que je ne vois qu’elle. Je profiterai du public et de l’ambiance après le sixième essai, c’est le moment où tout est fini et donc où l’on peut ouvrir les yeux pour regarder autre chose.
Des Jeux réussis pour toi, ce serait quoi ?
Le top du top, ce serait de réussir tous mes essais, ce qui signifie qu’au sixième essai je peux envisager battre mon record personnel. Ça, ce serait royal !
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