Le sport qui fait bouger les lignes

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Camille Prigent

« Le kayak, ça t'apprend la résilience… »

Camille Prigent
Tombée dans la marmite tourbillonnante du kayak quand elle était petite, la kayakiste de 22 ans semble voler sur l’eau depuis son titre aux JO de la Jeunesse et ses victoires en championnats nationaux, européens et mondiaux. La tête sur les épaules et armée d’une motivation sans faille, Camille Prigent trace avec détermination son sillon pour Paris 2024.

Par Claire Bonnot

Médaillée d’or aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2014 à Nanjing en kayak slalom à l’âge de 17 ans, Championne du monde moins de 23 ans et senior par équipe en 2018, championne d’Europe senior par équipes en 2019 et, dernièrement, médaille d’argent aux Championnats d’Europe de slalom, tu as un palmarès ébouriffant à seulement 22 ans… Comment t’es tu jetée à l’eau avec le kayak ?

C’est en quelque sorte une histoire de famille. Mes parents étaient tous deux kayakistes de haut-niveau ! Ils ne m’ont jamais forcée mais ils m’ont vite proposé, petite, dès l’âge de 9 ans, d’en pratiquer dans un club.

Au début, je n’aimais pas trop ça parce qu’il faisait sacrément froid l’hiver dans un kayak… Et puis, c’est au cours d’un stage d’été que ça m’a pris : on était tout un groupe de jeunes de mon âge, l’ambiance était vraiment cool, on campait et on essayait différents bassins en Slovénie, République Tchèque, Slovaquie… De supers souvenirs !

Camille Prigent

Qu’est-ce qui t’a finalement plu dans ce sport ?

J’aimais beaucoup l’ambiance, le fait que ce soit un sport de plein air l’été, de pouvoir un peu voyager sur différentes rivières et puis les sensations sur l’eau !

Tu es aujourd’hui en équipe de France, tu affiches de très beaux résultats. Comment es-tu montée si vite jusqu’à ce haut-niveau ?

Je pense que c’est parce que j’ai baigné dans ce milieu très jeune. J’ai vu beaucoup de compétitions, j’ai beaucoup « traîné » au bord des bassins et puis, bien sûr, j’ai commencé à m’entraîner assez tôt.

Camille Prigent

Ça consiste en quoi le kayak en sport de haut-niveau ?

Moi je pratique le kayak slalom, c’est la discipline principale et c’est celle qui me correspondait le plus quand j’ai débuté. Vu que j’ai un petit gabarit, je peux ainsi davantage utiliser les vagues.

On a un parcours à faire le plus vite possible sur une rivière naturelle ou artificielle le plus souvent, à remonter et à descendre et où il y a des portes. C’est une course contre la montre avec en plus l’ajout de pénalités si on touche ou si on rate une porte.

Il peut y avoir aussi la course en ligne qui s’apparente à de l’athlétisme dans le sens où il faut être le plus rapide sur une ligne droite.

Quel mental demande le sport de haut-niveau ?

En slalom, je pense qu’il faut être très motivé, déterminé dans son projet. Il faut aussi être résilient, c’est-à-dire savoir réessayer quand ça ne marche pas, comprendre ses échecs, apprendre d’eux et ne jamais se laisser décourager !

D’autant plus que c’est un sport assez particulier car on a beau être le meilleur, il est difficile d’être assuré d’un succès le jour J tant les mouvements d’eau dans les rivières sont aléatoires…

Camille Prigent

Alors il faut pouvoir mesurer sa progression en dehors des résultats ?

Oui, absolument, et c’est ce qu’offre la progression technique à savoir l’adaptation à la rivière et aux « figures » comme j’appelle l’enchaînement des portes sur le parcours.

Après, on progresse aussi sur l’aspect physique parce que dans une manche d’1 minute 30, il faut pouvoir compenser sur ce plan là… et puis, bien sûr, au niveau mental !

Il faut absolument rester concentré, focalisé sur les actions en rivières et ne pas du tout penser au résultat.

Comme tout athlète, tu as dû avoir de grands moments de joies sportives ainsi que des moments de défaites et de doutes… Qu’est-ce qui te fait toujours reprendre la pagaie ?

Le très beau moment, c’est quand j’ai décroché mon titre olympique en 2014… On avait passé une super semaine avec l’équipe donc je baignais dans une belle ambiance et j’ai réussi à réaliser une finale quasi parfaite à l’arrivée !

J’étais très heureuse d’avoir accompli ça et devant ma famille qui avait fait le déplacement.

Et puis, il y a toujours des compétitions qui se passent moins bien… Tout récemment, c’était pour la sélection olympique pour Tokyo 2020, j’étais parmi les favorites pour aller chercher le ticket olympique mais je n’ai pas réussi à m’exprimer sur les finales des trois courses. Ça a été assez frustrant parce que je n’ai pas réussi à produire mon niveau de navigation…

On travaille donc avec mon entraîneur pour essayer d’établir de nouvelles pistes de travail. Dans ces cas-là, on regarde les vidéos calmement pour comprendre ce qui n’a pas marché : est-ce que c’était un problème au niveau de la technique, de l’aspect mental ou plutôt physique ? On se sert de cet échec pour aller plus loin…

Camille Prigent

Tu as plusieurs fois gravi les podiums des compétitions nationales et internationales, que ressent-on dans ces moments-là ?

C’est vraiment satisfaisant quand on passe la ligne d’arrivée et qu’on se rend compte que tout s’est bien passé pendant la manche, qu’on a réussi à mettre en œuvre ce qu’on a bossé pendant l’entraînement.

Quels sont tes points forts en eaux vives ?

Comme j’ai commencé tôt, j’ai développé de bonnes habiletés techniques. Ensuite, j’ai un côté assez dynamique notamment parce que j’ai fait pas mal de gym et que je suis bien gainée.

Mon petit gabarit aussi m’avantage sur les bassins car étant légère, ça m’aide à rester au-dessus des mouvements d’eau. Et, en dernier lieu, je suis positive et super motivée !

Je m’engage à fond dans mon sport, c’est vraiment un boost au quotidien pour moi.

Camille Prigent

Tu as l’air d’être très heureuse sur l’eau, qu’est-ce que t’apporte la pratique du kayak dans ta vie quotidienne ?

J’adore le sport, aller m’entraîner tous les jours, je ne me vois pas ne pas en faire et j’ai trop besoin de me dépenser !

Avec le kayak, c’est le côté social, convivial qui est génial : aller retrouver mes partenaires d’entraînement, progresser ensemble. Et puis, je dirais que toutes les émotions qu’on vit dans le kayak nous servent dans la vie en général…  La gestion du stress au départ des courses, le fait de devoir se concentrer à fond.

Quand j’ai passé le CAPES par exemple, tout le monde était paniqué – et moi aussi bien sûr ! – mais le sport de haut-niveau m’a permis d’apprendre à ne pas me laisser envahir par le stress…

Est-ce que le kayak est un sport encore trop « réservé aux garçons » ou est-ce que les filles y sont comme des poissons dans l’eau ?

C’est vrai qu’on est moins de filles que de garçons dans les clubs et les équipes en général mais, en tout cas, personnellement, on ne m’a jamais fait de remarques sur le fait que cela pourrait ne pas être un sport de filles.

Je trouve qu’au contraire, cette mixité est intéressante car je m’inspire de leur côté plus agressif dans leur façon d’attaquer les mouvements d’eau et, quant à eux, ils peuvent s’inspirer de notre légèreté qui permet d’utiliser mieux l’eau pour naviguer.

Après, c’est plus un milieu d’hommes, il faut s’accrocher un peu, c’est pas toujours facile d’être la seule fille dans une équipe de six et d’être à la traîne pour se changer dans les vestiaires mais ils sont plutôt gentils !

Après, s’entraîner en équipe avec des filles, ça fait quand même du bien ! Et puis, j’ai toujours eu des modèles féminins qui m’ont motivée : ma mère, bien-sûr (la kayakiste Marie-Françoise Prigent, ndlr) qui a eu beaucoup de médailles à l’international, et aussi l’Australo-Française Jessica Fox qui a déjà une médaille aux JO et plusieurs titres mondiaux, ou encore la Française Émilie Fer, championne olympique et championne du monde.

Camille Prigent

Est-ce que le confinement n’a pas été trop dur à vivre sur le plan sportif ?

C’était surtout un peu frustrant mais j’ai beaucoup relativisé car je n’étais pas la plus à plaindre dans ce contexte plutôt grave. J’ai donc travaillé différemment et j’ai réussi à rester motivée : on faisait des séances en visio avec mon groupe d’entraînement et on échangeait pendant plusieurs heures en regardant des vidéos de kayak.

J’ai fait aussi beaucoup de préparation physique, de la musculation à la maison, de la course à pied en extérieur. Et, bien sûr, j’ai bossé sur la préparation mentale !

Quel est ton rêve sportif absolu ?

En termes de résultats, ce serait de me qualifier pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 et d’y remporter une médaille d’or. Sinon, le plus important reste que je m’épanouisse au quotidien grâce à mon sport. Ça reste vraiment mon objectif principal.

Camille Prigent

Pourrais-tu devenir professionnelle, vivre du kayak ?

Ce n’est pas un sport pro, seulement les plus forts parviennent à en faire une vraie carrière grâce à des sponsors ou des contrats de travail particuliers. Je dois donc valider mes études pour m’assurer un avenir.

Actuellement, je suis en master 2 pour être titularisée prof d’EPS et donc stagiaire enseignante en EPS dans un collège. Je conjugue mes études avec mes entraînements au Pôle France de Vaires-sur-Marne qui sont assez soutenus : entre quinze et vingt heures par semaine avec un seul jour de repos.

C’est vrai qu’en France, au contraire de beaucoup d’autres pays, c’est difficile d’être un athlète de haut-niveau sans statut professionnel. On ne nous facilite pas la tâche dès l’université où les cours à distance ne sont pas autorisés. Moi j’ai souvent dû m’absenter pour des compétitions et je rattrapais les cours grâce à mes amis.

Si tu devais motiver des jeunes femmes à se jeter à l’eau dans le sport ou, plus spécifiquement, avec un kayak sous le bras, tu leur dirais quoi ?

Le sport, ça met de bonne humeur, ça procure une énergie folle ! Au-delà de ça, il ne faut pas avoir peur de s’engager à fond dans ses objectifs et même si on n’est pas le meilleur ; ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas atteindre des objectifs, mais juste qu’ils seront adaptés à notre niveau jusqu’à la progression suivante !

Pour le kayak, ça vaut le coup de s’accrocher, c’est un beau sport-passion qui offre de vivre de nombreuses expériences, le tout dans un très bon esprit. Dire que je n’en étais pas fan au début… Je ne regrette pas d’avoir persévéré !

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