Ashleigh Barty La (trop) discrète patronne du tennis mondial

Ashleigh Barty, la (trop) discrète patronne du tennis mondial
Elle est une des favorites incontestables de l'Open de Melbourne qui s'ouvre ce lundi en Australie. Ashleigh Barty n'a pas connu que des succès sur les courts, mais a toujours su rebondir. Celle qui trace sa route sans esbroufe est l'une des joueuses les plus talentueuses du moment. Portrait d'une drôle de fille devenue N°1 mondiale.

Par Alexandre Hozé

Publié le 14 janvier 2022 à 18h36, mis à jour le 06 février 2022 à 11h08

La pression monte pour Ashleigh Barty. L’Open de Melbourne débute ce 17 janvier et l’Australienne, actuelle première au classement WTA, fait office de favorite aux yeux d’un public -le sien !- entièrement acquis à sa cause. 

Mais la pression, Miss Barty a appris à la gérer. 

Né le 24 avril 1996 en Grande-Bretagne mais de nationalité australienne, elle commence sa carrière de joueuse professionnelle en 2011. Elle a 15 ans et n’aime rien moins que de jouer de la raquette. Les débuts sont pourtant compliqués, entre éliminations au premier tour des tournois du Grand Chelem et victoires qui se comptent sur les doigts d’une main. 

Les défaites font mal, mais elles permettent d’apprendre et surtout de s’améliorer. Peu à peu, doucement mais sûrement, Ashleigh Barty s’impose dans le paysage du tennis féminin, à coups de sélection avec l’équipe australienne de Fed Cup et de victoires en double.

Elle devient une joueuse que les têtes de série préfèrent éviter. À raison. 

En simple, l’Australienne enchaîne les défaites… encourageantes. Son potentiel est indéniable et fait rêver, mais il lui manque la niaque, cette volonté de gagner des stars des cours. Ashleigh Barty ne veut plus être un piège pour les meilleures, elle veut être LA meilleure. Mais, pour l’heure, rien n’y fait.

En 2014, mentalement et physiquement épuisée, elle annonce son retrait du circuit après avoir seulement participé à 52 tournois professionnels, pour se tourner vers…le cricket.

Contre toute attente, elle est recrutée en Big Bash League. Le jeu au sein d’un sport Co la requinque, mais la balle jaune lui fait de nouveau de l’œil.

En 2016, elle revient sur le circuit ITF, mais elle est en recherche d’un déclic, d’une victoire clé qui lui permettrait de changer de catégorie. 

Ce déclic tant attendu a lieu en 2017. En début de saison, elle ne fait pourtant pas partie du top 200, suite à une saison entrecoupée de pauses. Mais à l’Open de Melbourne, elle passe deux tours, pour le plus grand plaisir des supporters australiens qui retiendront (enfin !) son nom. 

Après les promesses lors d’un tournoi du Grand Chelem, le plus dur est d’assumer cette nouvelle pression et de confirmer lors des compétitions suivantes. 

C’est en mars de la même année qu’Ashleigh Barty va montrer qu’elle est taillée pour être une championne, au tournoi de Kuala Lumpur, en Malaisie. 

Inscrite en simple et en double, elle y signe une double victoire impressionnante en ne perdant qu’un seul set lors des simples. Elle avait déjà gagné des tournois en double auparavant, mais sa victoire en simple est une première dans sa carrière. 

Sur le reste de la saison, Ashleigh Barty ne gagne plus de tournois, mais elle va régulièrement passer plusieurs tours dans la plupart des compétitions auxquelles elle participe. 

Son bilan à la fin de la saison atteste d’une progression fulgurante, avec 30 victoires pour 14 défaites. Et son niveau n’en finit pas d’augmenter.

Sa saison 2018 le prouve, avec deux tournois remportés en simple qui viennent s’ajouter à son palmarès. Celui de Nottingham, sur gazon, et celui du Masters bis de Zhuhai, en fin d’année.

L’Australienne commence à accrocher des gros noms à son tableau de chasse, comme l’ancienne troisième mondiale, l’Allemande Angélique Kerber. Naomi Osaka et Kiki Bertens tombent aussi face à son talent. 

Ce talent va d’ailleurs la propulser sur le devant de la scène en 2019, en France notamment. 

Mais avant les Internationaux de Paris, la joueuse veut briller chez elle, à l’Open de Melbourne. Même si son élimination en quart de finale la déçoit, ce parcours est plus qu’encourageant pour la suite.

Avec deux victoires sur des membres du top 10, dont la première mondiale de l’époque, Simona Halep, Ashleigh Barty se place comme une des grandes figures de la saison à venir. Elle confirme ce statut avec une victoire au tournoi de Miami qui va, au passage, lui permettre d’entrer dans le top 10 du classement WTA. 

Roland-Garros arrive ensuite comme un moment fort dans son calendrier. Et Ashleigh Barty veut faire de cette date un moment de gloire. 

Le début de sa quinzaine parisienne se déroule sans problème et sans set perdu. Elle est accrochée pour la première fois en huitièmes de finale par l’Américaine Sofia Kenin. Mais, à une manche partout, l’Australienne va remettre les pendules à l’heure en infligeant un 6-0 à sa malheureuse adversaire du jour. 

Son quart de finale est tranquillement expédié et elle accède pour la première fois de sa carrière au dernier carré d’un tournoi du Grand Chelem. Et pour une première demi-finale, sa performance marque les esprits.

Face à une autre Américaine, Amanda Anisimova, Ashleigh Barty va devoir batailler pendant 1h53 pour accéder à la finale. Après avoir perdu le premier set au tie-break, elle réussit à se ressaisir et remporte les deux sets suivants. Première finale d’un tournoi du Grand Chelem amplement méritée. 

L’occasion est trop belle pour ne pas la saisir. Face à Marketa Vondrousova, Ashleigh va livrer une prestation sérieuse et concentrée. Le premier set est bouclé sur un score sec, 6-1.

Son adversaire se fait timide et est acculée derrière la ligne de fond de court tant les frappes de l’Australienne sont longues. La deuxième manche est plus disputée, Marketa Vondrousova tente l’attaque, mais peine perdue. 

Ashleigh Barty tape trop fort, varie trop ses coups, fait trop courir son adversaire. Elle maîtrise son sujet à la perfection et remporte logiquement Roland-Garros 2019. 

Après ce succès royal, le reste de la saison est plus irrégulier. Elle oscille entre très bon et décevant. Mais ça ne durera pas. 

Ashleigh Barty s’empare de la première place au classement WTA et débarque en favorite au Masters. 

Après une défaite en poule, elle réussit tout de même à se qualifier pour les quarts et accède à la finale malgré un niveau très relevé lors de la compétition. Elle domine la numéro 8 mondiale Elina Svitolina en 1h26, sur le score sans appel de 6-4, 6-3. 

Perfectionniste, la demoiselle est très déçue après la finale perdue de la Fed Cup avec l’équipe australienne contre les joueuses françaises, mais cette ultime défaite ne doit pas effacer une saison historique et qu’elle conclut au sommet du classement mondial. La voilà donc très attendue en 2020. 

Le tournoi du Grand Chelem australien ouvre sa saison et ça commence bien. Ashleigh Barty, favorite au Masters, accède pour la deuxième fois de sa carrière à une demi-finale d’une compétition de ce niveau. Tous les amateurs de tennis australiens vibrent avec elle, mais Sofia Kenin brise leurs rêves en éliminant Ashleigh Barty au bout de deux sets âprement disputés. 

Malgré la déception, son niveau affiché lors de l’Open d’Australie demeure prometteur. Malheureusement, la crise sanitaire met un terme prématuré à sa saison. Son retour en 2021 est d’autant plus scruté. Une fois de plus, Ashleigh Barty doit gérer une grosse dose de pression et, une fois de plus, elle répond présente. 

Après une année presque blanche, son premier tournoi a lieu en Australie. Ashleigh Barty compte prouver qu’elle est de retour à son meilleur niveau. Mission réussie : elle remporte la compétition de Yarra Valley, à Melbourne. 

Mais alors que cette victoire semblait annoncer un bel Open de Melbourne, elle se fait surprendre en quart de finale par Muchova. Le rendez-vous avec le trophée du tournoi du Grand Chelem australien est une fois de plus reporté. 

Ashleigh Barty se blesse dans la foulée, place à une longue rééducation. Elle revient en forme, remporte un autre tournoi sur terre battue et semble prête à faire tomber Roland-Garros. C’est Roland-Garros qui la fera chuter : de nouveau blessée (à la hanche), elle est contrainte à l’abandon lors du deuxième tour. 

Le but dès lors ? se concentrer sur sa récup’ afin d’arriver au max de ses capacités au tournoi de Wimbledon. Un défi réussi. 

La finale de Wimbledon face à Karolina Pliskova qui la voit remporter son « rêve de jeunette »

Lors du premier tour, elle accède au dernier carré en concédant un set. Mais la machine est en marche, personne ne peut l’arrêter.

En demi-finale, elle affronte la tenante du titre du tournoi, l’Allemande Angélique Kerber. La rencontre durera presque 1h30 tant le niveau des deux joueuses est excellent.

Pendant le premier set, Ashleigh Barty se montre agressive, prend des risques, n’hésite pas à monter au filet pour asphyxier son adversaire. Et remporte la manche 6-3.

Pas de quoi faire plier Angélique Kerber qui lui mène la vie dure avec cinq jeux à trois dans le second set. Ashleigh Barty est obligée d’être plus prudente dans son jeu, mais sa puissance et la longueur de ses balles auront raison de l’Allemande : elle remporte le tie-break après une manche de près d’une heure. Et Ashleigh Barty de qualifier ce match de “l’un des meilleurs de ma vie”. 

Mais le job n’est pas fini. La finale l’attend et ce ne sera pas une mince affaire face à Karolina Pliskova. 

Alors qu’on s’imagine une Ashleigh Barty tout en agressivité pour répondre à la puissance de son adversaire, elle va surprendre son monde en bombardant avec un jeu de fond de court surpuissant avant de prendre de plus en plus de risques.

Lors du dernier set, c’est elle qui dicte les échanges, qui fait le plus courir Pliskova. Après 1h56 de combat acharné, elle remporte son deuxième tournoi du Grand Chelem, marquant un peu plus de son nom l’Histoire du tennis féminin. 

Le reste de sa saison n’est pas à la hauteur, avec une élimination au premier tour des JO de Tokyo et une autre au troisième tour de l’US Open. Pour autant, fin 2021, elle est première au classement WTA, et de loin. 

À quelques jours du début de l’Open de Melbourne, Ashleigh Barty semble bien déterminée à gagner devant son public. Qui pour lui barrer la route ? 

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