Violaine : « Je partais de zéro et me voilà sur la ligne de départ du Marathon de Paris ! »40 ans, responsable projets et relations donateurs chez Enfants du Mékong, course à pied

Violaine : « Je partais de zéro et me voilà sur la ligne de départ du Marathon de Paris ! »
Il y a dix ans, elle arrêtait de courir. Il y a à peine un an, elle rechaussait les baskets. Résultat des courses : à 40 ans, elle s'attaque à son premier Marathon de Paris. Le rêve de Violaine au bout du chemin ? Collecter des fonds pour offrir à des enfants défavorisés l’accès à l’éducation. Ou quand le dépassement de soi a pour but le bonheur des autres.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 09 avril 2026 à 12h00

« C’est mon premier Marathon de Paris. En fait, je vais le courir le 12 avril prochain uniquement pour collecter des dons pour l’association pour laquelle je travaille depuis près de quinze ans, « Enfants du Mékong ». Je fais vraiment ça pour permettre à des enfants pauvres d’aller à l’école. Mon engagement remonte à loin. Je crois que j’ai toujours voulu aider les autres. J’ai fait des études pour être éducatrice spécialisée. J’avais 21 ans, j’étais une très jeune diplômée, je me suis dit : « Pourquoi ne pas donner un an de ma vie gratuitement pour les autres ? ». Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à partir un an en volontariat pour « Enfants du Mékong » au Vietnam. Cette année-là a changé ma vie. J’ai ensuite poursuivi en master humanitaire avant de partir en Zambie pour une autre association.

Au Cambodge…©DR

Puis, je suis revenue chez « Enfants du Mékong » pour un CDD de quatre mois, mon premier emploi. Et ça fera quinze ans que j’y suis. Je suis intimement attachée à cette association. Je retourne une fois par an en mission dans ses six pays d’action et je constate à quel point l’association permet vraiment à des enfants qui n’ont rien d’aller à l’école. Cela me tient particulièrement à cœur.

Je n’ai jamais été sportive. Je suis plutôt une fêtarde. Je me suis souvenu récemment qu’au lycée, en athlétisme, j’étais bonne dernière ! À côté, j’ai quand même fait trois ans de tennis, mais c’était surtout parce qu’il fallait pratiquer une activité physique. Je n’ai jamais vraiment eu de passion pour le sport. J’ai tout de même grandi à la campagne – mes parents sont agriculteurs – donc j’ai souvent été dehors à marcher, faire du vélo… mais le sport n’était pas du tout ce qui m’animait.

©DR

En fait, toutes les fois où j’ai fait du sport, c’était pour collecter des fonds pour l’association. La première fois que j’ai vraiment couru, c’était pour La Parisienne, en 2012. Avec des copines. L’année d’après, j’ai retenté l’expérience en courant Les 20 km de Paris. Et puis, je me suis mariée en 2014 et j’ai eu quatre enfants. Ce qui a entraîné une grande pause côté course à pied.

Malgré mon emploi du temps extrêmement chargé, entre les enfants et mon travail, j’ai eu envie de me lancer, à nouveau, ce défi. Pour l’association. Pour les enfants qui en ont besoin. Car je me suis rendu compte qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ne sont pas assez sensibilisées au fait de donner à une association, alors qu’un système de déduction fiscale existe – un don de 100 euros ne coûte réellement que 25 euros au donateur après déduction d’impôt. Et puis, je vais avoir 40 ans, c’était le bon moment pour me relancer dans un projet qui me tienne à cœur et qui marque de son empreinte cet anniversaire un peu symbolique.

©DR

J’ai choisi le Marathon de Paris notamment parce qu’on a la possibilité de prendre des dossards solidaires. J’ai motivé des amis qui vont courir avec moi et qui ont donc pris leur dossard solidaire pour « Enfants du Mékong ». On paye le dossard moitié prix et on collecte dix euros par kilomètre, soit 420 euros pour les 42 kilomètres du Schneider Electric Marathon. Chacune de mes foulées va aider une cause qui m’est chère. Le projet choisi est de financer ensemble la construction d’une des cinq salles de classe d’une école au Laos avec un objectif d’un montant total de dons de 20 000 euros. Vingt-cinq enfants pourront ainsi aller à l’école. Ça m’a demandé énormément d’entraînements et de motivation, mais je suis vraiment heureuse de me dire que mon investissement dans ce projet est solidaire. Je trouve que se lancer dans cette aventure, en partant de rien, sans être sportive, c’est déjà énorme, mais, en plus, de pouvoir y associer des gens, c’est assez incroyable.

©DR

J’ai déjà 133 donateurs sur le lien de la collecte*. Et j’en espère plus. Ça me porte. Ça va vraiment m’aider à prendre le départ. Je me souviens que participer à La Parisienne, il y a quatorze ans, me semblait inaccessible. C’était vraiment un gros challenge pour moi, à l’époque. J’ai commencé à courir avec une amie, après le boulot, au parc Monceau. Cette fois-ci, ce qui m’a tenue, c’était de me dire que je ne pouvais pas me blesser et que je devais donc m’entraîner progressivement. Car, blessée, je n’aurais plus été légitime pour aller récolter des fonds. Ce qui est marrant, c’est que le moment où je me suis dit que j’allais m’entraîner pour le marathon de Paris, il y a un an, j’ai tout de suite pensé que je suivrais possiblement une des deux trajectoires suivantes : soit, j’allais devenir addict, soit j’allais être dégoûtée de la course à pied. Et finalement, aucune de ces trajectoires ne se dessine.

©DR

Pourtant, courir le Marathon de Paris m’a demandé de m’entraîner… en hiver. Comme j’ai le rythme à tenir avec les enfants, j’ai fait la plupart de mes entraînements toute seule, le matin, à 6 heures, dans le froid et la nuit. C’était dur, honnêtement. Mais c’est dans ces moments que je pensais aux enfants, c’est ça qui m’a tenue toute l’année et surtout ces trois derniers mois où j’ai dû augmenter mon temps de course et courir trois fois par semaine. Pour faire à peu près quarante kilomètres par semaine. J’ai d’ailleurs couru chacun de mes entraînements avec le t-shirt vert fluo de l’association. C’était aussi une manière de faire un peu de pub et de pouvoir parler de ce projet de collecte de dons. Je me suis même fait faire des chaussettes spéciales avec le logo Enfants du Mékong. Je suis parée ! D’ailleurs, on a 86 coureurs pour l’association. Pas forcément des bénévoles ou salariés de l’asso, mais des amis que j’ai réussis à embarquer dans l’aventure. Ça me touche énormément. Bref, ça va être une vraie marée verte !

©DR

Je ne ressens pas forcément de bien-être quand je cours, mais ce que je trouve assez impressionnant, c’est ce que ça a développé en moi sur le plan du mental. Il y a un an, je m’étais installée une petite application pour faire 7 minutes de sport par jour. Juste 7 minutes tous les matins. J’avais une alerte sur mon téléphone et je ne l’ai jamais fait… Je n’ai jamais réussi à m’y astreindre. Alors que pour cette prépa marathon, je sors du lit dès que le réveil sonne à six heures moins le quart et je pars courir et ça, trois fois par semaine. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou qu’il grêle comme la semaine dernière. Je me lève tout de suite, au mental : ça sonne et hop, j’y vais. La musique de boîte de nuit dans mes oreilles m’aide bien aussi, ça me rappelle ma jeunesse. Maintenant, il y a une vraie question que je me pose : qu’est-ce qui va se passer après le marathon ? Est-ce que je vais garder ce mental ou non ? On verra bien…

©DR

Je suis maman de quatre enfants et c’est vrai que c’est assez incroyable de se dire qu’on peut avoir une vie à 200 à l’heure et arriver, quand même, à y intégrer une préparation de marathon. Je cours à 6 heures du matin avant de les amener à l’école et d’aller au travail ou bien le soir à 20h30 quand tout le monde est couché ou encore certains week-ends. Dans ces cas-là, c’est très sympa, je prends l’un de mes enfants avec moi qui me suit à vélo. Bon, c’est quand même très exigeant tout ça. J’ai hâte d’arriver au marathon et, puis, de faire une petite pause ! Mais j’ai fait les choses progressivement, petit à petit, je ne me suis jamais surentraînée. De toute façon, je n’aurais pas pu avec la vie chargée que j’ai à côté. Je partais de zéro et, finalement, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin pour arriver jusqu’à la ligne de départ du Marathon de Paris.

©DR

Je suis malgré tout un peu stressée. Pendant ma préparation, je n’ai couru qu’une seule fois trente kilomètres. J’ai tout de même couru deux semi l’an dernier pour ce projet marathon. Le premier a vraiment été un moment difficile, je l’ai terminé dans la douleur. Le deuxième s’est mieux passé. Et puis, 30 kilomètres, je les passe mais qu’en sera-t-il de la suite ? J’espère que je vais carburer au mental, aux encouragements de tous ceux qui vont venir me soutenir et avec les soutiens de tous ceux qui courent aussi pour l’association. Je compte sur tout ça car je ne suis pas encore sure d’y arriver. Mais j’espère ! Et puis, je m’autoriserai, si besoin, le droit de marcher. Car je veux arriver au bout pour toutes les personnes qui ont fait un don et ont « misé » sur moi, en quelque sorte.

©DR

Aujourd’hui, le running est vraiment une mode. Et j’ai trouvé ça très intéressant de le vivre de l’intérieur et en même temps de le vivre en décalage. Il y a ce chrono, cette recherche de performance, alors les gens sont décontenancés quand je leur dis que je n’ai pas d’objectif temps. En 2026, on n’y croit pas ! C’est marrant. Mais, courir pour courir, pour moi, ça n’a pas d’intérêt. Moi, je sais, qu’avec ce projet de collecte, je donne un sens à chacune de mes foulées. Je constate, un an après, que je me suis totalement dépassée grâce à ce but-là.

L’association prend beaucoup de place dans ma vie et c’est passionnant, mais je me suis dit qu’après le marathon, j’allais me mettre au trail avec mon mari qui n’est pas sportif non plus un sportif à la base. Ça peut être la prochaine étape pour moi. Car je trouve dommage de tout arrêter après avoir couru trois fois par semaine… Mais je sens bien qu’il me faut des objectifs pour courir. Alors, je vais monter des projets ! »

Violaine et son mari à l’arrivée de son premier semi…©DR

  • *Pour faire un don et booster Violaine dans chacune de ses foulées pour le Schneider Electric Marathon de Paris du 12 avril prochain, direction la collecte 
  • Pour suivre les engagements de Violaine et son épopée sportive, rendez-vous sur son compte LinkedIn 
Ouverture ©DR

Elles aussi sont inspirantes...

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

C’est une aventure qu’elle partage avec Léa, sa « binôme de marche ». Depuis mai dernier, Pauline Delaporte parcourt le PCT, comprenez Pacific Crest Trail, l’un des plus grands sentiers de randonnée au monde qui traverse l’ouest des États-Unis, du Mexique au Canada. Pas moins de 4 260 kilomètres à parcourir en pleine nature, à leur rythme, en dehors de toute idée de performance ou de défi.

Lire plus »
Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j'ai l'impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j’ai l’impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Une ascension qui semble « unstoppable », une passion à toute épreuve, l’histoire de Jeanne Garreau avec la course est faite d’embûches et de rebonds. Après seulement six ans de pratique et plusieurs blessures, elle a signé, en juillet dernier, le nouveau record féminin du Semi-Marathon du Mont-Ventoux Kookabarra, le plus dur d’Europe. Et ce n’est pas la seule victoire à son compteur.

Lire plus »
Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

À 67 ans, cette ancienne championne des bassins s’apprête à devenir la deuxième femme la plus âgée au monde (et la première française) à avoir traversé la Manche. Dès que le temps le permet, Salima Bouayad Agha s’élancera, depuis Douvres en Angleterre, pour un défi qui la verra relier les côtes françaises à la nage. Parce que vieillir, ce n’est pas abandonner ses rêves.

Lire plus »
Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c’est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Lire plus »
Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le marathon de Paris ! »

Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le Marathon de Paris ! »

Elle s’est longtemps rêvée danseuse. Jusqu’à la blessure. Et puis il y a eu l’aventure Miss France, et une victoire à Pékin Express. Pour ses 23 ans, Marion Navarro avait envie d’une nouvelle aventure qui lui permettrait de repousser encore un peu plus ses limites. La Team Running Intersport lui en a apporté une sur un plateau : le Marathon de Paris qui s’élancera ce 12 avril et que la néo-runneuse envisage de boucler en 5 heures.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

L’athlète juive qui rejoignit les rangs allemands aux Jeux de 36

Best-of 2023, nos portraits les plus marquants

Tout au long de l’année 2023, nous sommes partis à la découverte de parcours hors du commun, de ces parcours qui nous inspirent, le maître-mot d’ÀBLOCK! Si on en (re)découvrait quelques-uns comme celui, sur notre photo, de l’escrimeuse sulfureuse Hélène Mayer ?

Lire plus »
Nutrition

Nutrition du sportif confiné : l’appel du frigo

Pas facile de savoir comment se nourrir en temps de confinement. Celui qui poursuit sa routine sportive tant bien que mal doit trouver un nouveau moyen de faire le plein d’énergie sans prendre de kilos indésirables. Pas impossible. Les conseils et 3 recettes maison de la diététicienne spécialisée dans la nutrition sportive Marion Lassagne.

Lire plus »
Aurélie Groizeleau : « Être arbitre, ça endurcit le caractère »

Aurélie Groizeleau : « Être arbitre, ça endurcit le caractère. »

Elle est sur tous les fronts. Aurélie Groizeleau, 32 ans, manie le sifflet aussi bien sur les terrains internationaux que lors des rencontres de ProD2. Professionnelle depuis le mois de septembre, la Rochelaise pourrait, sous peu, relever un nouveau challenge : arbitrer des matches lors de la Coupe du monde féminine de rugby l’an prochain en Nouvelle-Zélande. Portrait d’une battante qui refuse de rester sur la touche.

Lire plus »
Béatrice Barbusse : « Le combat dans le milieu sportif, il ne faut pas y aller seule car vous prenez très cher.»

Béatrice Barbusse : « Le combat dans le milieu sportif, il ne faut pas y aller seule car vous prenez très cher.»

Sociologue du sport, ex-handballeuse professionnelle, l’une des premières femmes en France à avoir été nommée présidente d’un club sportif pro masculin, Béatrice Barbusse est une militante acharnée de l’égalité des sexes dans le sport. Au micro d’ÀBLOCK!, elle revient sur son passé de joueuse, de présidente de club et sur les combats qui l’animent.

Lire plus »
Jeux Olympiques 7 symboles olympiques

Jeux Olympiques, les 7 symboles capitaux

Ils sont le sel de cet événement sportif planétaire. Les valeurs olympiques, l’hymne, la devise, la flamme, le serment, les anneaux, la langue, 7 emblèmes qui régissent les Jeux Olympiques, certains depuis l’Antiquité, d’autres depuis les JO modernes. Petite leçon d’histoire pour bien comprendre l’esprit olympique.

Lire plus »
Alice Modolo

Alice Modolo, le cœur en apnée

En avril, elle remportait la compétition internationale d’apnée qui se tenait au Blue Hole de Dahab, en Égypte, battant à trois reprises le record de France en se propulsant en bi-palmes à 85, 87 et 89 mètres. L’apnésite française Alice Modolo est de nouveau dans la place pour le Championnat de France en eau libre, ce week-end.

Lire plus »
Olivia Piana : « Le plaisir est le moteur de la performance, tant qu'il y a du plaisir, je continue ! »

Olivia Piana : « Le plaisir est le moteur de la performance, tant qu’il y a du plaisir, je continue ! »

Une championne multi-cartes. Olivia Piana a eu plusieurs carrières dans la glisse, et peu importe la discipline, elle fait partie des meilleures. Si elle a dû faire face à des obstacles, la reine française du stand-up paddle ne s’est jamais découragée. Aujourd’hui, elle vit à 200 %, jamais bien loin de l’océan. Rencontre avec une fille qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner