Valérie Domain : « Certes, on a perdu. Mais pas à armes égales. »

« Certes, on a perdu. Mais pas à armes égales. »
Finale du Tournoi des 6 Nations féminin 2026. Score : 28-43. Les Bleues ont tout donné à Bordeaux. L'Angleterre a tout pris. Comme toujours depuis le 10 mars 2018. Mais derrière la défaite, il y a une question qu'on ne peut plus esquiver : jusqu'à quand va-t-on demander à des semi-pros de battre les meilleures professionnelles du monde ?

Par Valérie Domain, fondatrice d'ÀBLOCK!

Publié le 18 mai 2026 à 9h44, mis à jour le 18 mai 2026 à 9h48

Elles ont fait vibrer Clermont. Elles ont éclaboussé Édimbourg. Et dimanche à Bordeaux, devant 35 062 spectateurs — record pour un match de rugby féminin en France —, elles ont tenu. Longtemps. Trop longtemps pour perdre, pas assez pour gagner. Menées 26 à 7, les Bleues sont revenues à huit points à la 59e minute. Avant que le rouleau compresseur anglais ne finisse le travail. Score final : 28-43. Huitième Grand Chelem consécutif pour l’Angleterre. 39e victoire de rang dans le Tournoi.

On aurait pu s’arrêter là. Applaudir le beau tournoi, saluer le caractère, passer à autre chose. Mais ce serait trop facile. Et surtout, ce serait mentir.

Car derrière ce score, il y a une réalité que le rugby féminin français ne peut plus ignorer. Les joueuses d’Élite 1 enchaînent entre sept et douze entraînements par semaine, tout en jonglant avec leurs études ou leur travail, faute de statut professionnel. Les internationales françaises touchent entre 3 000 et 4 000 euros bruts par mois. 75 % des joueuses d’Élite 1 doivent encore cumuler rugby et emploi. Aubane Rousset, titulaire dimanche en centre, prépare un Master pour devenir professeure des écoles. Ce n’est pas un détail. C’est le système.

En face ? Des Anglaises championnes du monde en titre, toutes professionnelles, qui ont dominé avec seulement 42 % de la possession. Pas par magie. Par système.

Le talent est là. Ce tournoi l’a prouvé avec brio. Le sélectionneur François Ratier l’a promis au micro : « Sur le cycle, je promets qu’on les battra. » Pauline Bourdon Sansus, la plus capée des Tricolores, a regardé l’avenir avec confiance : « Dans les années à venir, il va se passer plein de belles choses pour nous. » On veut y croire. Mais une promesse ne remplace pas un contrat. Et un contrat, ça commence par décider que ces femmes méritent d’être payées pour ce qu’elles font.

Le public est là. Les joueuses sont là.

Il reste à ce pays à décider si le rugby féminin est un spectacle qu’on regarde ou un projet qu’on construit.

Ouverture ©FFR

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