Rechercher

Tessa Worley « Je n'ai pas de regrets, je suis fière de ce que j'ai fait. »

Tessa Worley : « Je n'ai pas de regrets, je suis fière de ce que j'ai fait. »
Elle raccroche définitivement les skis. Et jure qu'elle s'en va le cœur léger. Tessa Worley, l'un des plus beaux palmarès du sport français glisse vers une nouvelle vie. Sans médailles, sans titres, sans pression de performance. De nouveau insouciante. Rencontre chaleureuse avec une reine des neiges.

Par Alexandre Hozé

Publié le 10 avril 2023 à 18h23, mis à jour le 25 avril 2023 à 1h12

Tu es quasiment née sur des skis, tu fais de la glisse depuis que tu es toute petite… 

Oui, j’ai commencé un peu avant mes 2 ans, mes parents m’ont mis sur les pistes rapidement. Mais ce n’est pas quelque chose d’incroyable non plus. En général, les champions naissent quasiment tous sur les skis !

Avec tes parents, tu skiais entre la France et la Nouvelle-Zélande 

C’est ça. En fait, on alternait entre l’hémisphère nord et sud pour avoir de la neige. En fait, on vivait toute l’année en hiver ! 

Tes premiers souvenirs sur les skis, ils remontent à quand ? 

J’ai des bribes de souvenirs quand je suis très jeune, autour de mes 5 ans sur les petites pistes de Nouvelle-Zélande et de France, dans les jardins d’enfants… Mes parents étaient tous les deux moniteurs de ski, on vivait à leur côté pendant qu’ils donnaient leurs cours. 

Mes premiers souvenirs plus précis, c’est quand j’ai fait mes premières années au club du Grand Bornand. J’avais à peu près 7 ans et, à partir de ce moment-là, c’était beaucoup de journées avec les copains sur les skis, à m’amuser. 

Tu avais déjà un rapport compétitif au ski à cet âge-là ou c’était davantage pour le plaisir d’être avec tes amis ? 

J’ai toujours été attirée par la compét’ mais, petite, je voulais surtout passer du temps avec mes amis et m’amuser sur les skis. Même si la compétition a vite été présente, ce n’était pas ma première motivation. Pour moi, c’était plutôt le plaisir sur les skis et la sphère dans laquelle j’évoluais avec ce sport. 

Pour autant, j’ai commencé à participer à des compétitions assez jeune. Avec mon petit frère, on skiait depuis tout petit, on avait forcément un niveau un peu supérieur à la moyenne. Et quand on passe les niveaux de ski, on est sur des tracés, on est chronométrés… C’était la norme de passer par là. 

Ensuite, quand je suis arrivée au club du Grand Bornand, c’était différent. Tu représentes ta station, l’esprit de compétition est plus fort…

Ton parcours vers le haut-niveau, ça s’est passé comment ? 

Je ne me suis pas posé trop de questions, ça s’est fait assez naturellement. 

Après, j’ai tout de même eu des expériences qui m’ont fait comprendre l’importance qu’avait le ski pour moi. Lorsque, par exemple, je ne pouvais pas aller sur les pistes à cause de blessures, j’étais malheureuse. 

Mais je ne pensais pas faire du ski mon métier. Quand on est enfant, on réfléchit à court terme. J’avais juste envie de faire ce qu’il me plaisait, de m’amuser, de profiter. 

J’ai suivi l’évolution naturelle d’un jeune skieur, j’ai passé les étapes petit à petit. Ski club, groupe départemental, régional… J’étais dans des classes sports-études au collège, et c’est vraiment l’année avant d’entrer au lycée que j’ai eu la volonté de faire du ski à plus haut niveau. 

Quand on rentre dans un lycée aménagé, en pôle espoirs, c’est un début de carrière. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à penser au haut-niveau. 

Faire carrière dans un sport demande beaucoup d’exigence, tu as tout de suite eu l’ambition de faire partie des meilleures  skieuses ? 

Oui, c’est dans ma mentalité, celle de toujours progresser pour faire partie des meilleures. Je ne me disais pas que je voulais juste en faire mon métier, je ne voyais pas vraiment ça comme un métier d’ailleurs. Je ne pensais pas au côté financier, ce qui me plaisait c’était de faire du ski, de progresser, d’être toujours meilleure que la veille.

C’est ça qui m’a donné envie d’atteindre le haut-niveau et qui m’a obligé à être attentive à tous les détails qui font que l’on devient professionnel. 

Tu fais tes débuts en Coupe du Monde en 2006. Avant ça, est-ce que tu gardes le souvenir de quelques belles victoires dans les catégories jeunes ? 

C’est rigolo car, justement, avant d’arriver au niveau international, dans les catégories plus jeunes nationales, j’ai souvent été deuxième ! J’avais une copine qui gagnait toutes les compétitions quand on était plus jeunes.

Ce sont des résultats qui m’ont tout de même marquée car ce sont de grosses performances au niveau national. 

Après, j’ai d’autres courses dont je me souviens, mes premières années en FIS notamment, le premier niveau international avant les coupes d’Europe et les coupes du Monde. Je me souviens surtout de courses dans lesquelles j’ai marqué beaucoup de points, quand j’avais un gros dossard…

Ce sont des moments importants, même s’ils passent un peu inaperçus, c’était mes premiers résultats sur le circuit des grandes. 

Ces premiers pas en Coupe du Monde, le plus haut-niveau du ski , comment ça s’est passé ? 

Je crois que je n’avais pas trop anticipé, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et j’ai été très agréablement surprise. Les conditions y sont incroyables, tu cours avec les meilleures du monde…

Je me suis sentie assez émerveillée par la Coupe du Monde, j‘ai tout de suite voulu revenir le plus souvent possible et m’exprimer sur ce circuit.

Pour autant, je ne l’ai pas vu comme un aboutissement. Dans ma carrière, je n’ai d’ailleurs jamais vraiment eu d’objectif qui prenait la forme d’un aboutissement.

Après ça, j’ai connu une saison plus difficile en termes de résultats, il a fallu que je me remobilise pour pouvoir performer. J’ai réussi à me botter un peu les fesses l’année suivante pour passer un cap. 

Ce que je voulais, c’était toujours progresser et repousser mes limites, notamment dans la discipline du Slalom Géant. C’est ce qui m’a permis de toujours aller chercher plus de titres. 

Tu dis que tu as dû te remobiliser pour t’adapter au niveau de la Coupe du Monde. Qu’est-ce que tu as changé ? 

J’ai dû revoir mon implication et ma concentration. Quand j’ai fait ma première compétition en Coupe du Monde, j’étais insouciante. Mais quand j’ai eu l’occasion de faire d’autres courses, ça se passait un petit peu moins bien que la première. J’avais moins d’insouciance justement, j’avais des attentes de résultats qui m’ont un peu crispée… Il y avait un petit manque de naturel. 

Il a fallu travailler mentalement là-dessus et aussi trouver l’exigence nécessaire pour la Coupe du Monde. Le plus important, c’était de ne pas se faire envahir par ses propres attentes. Et ça, c’est quelque chose qui m’a suivi toute ma carrière, il faut pouvoir le gérer. 

C’est dans ce genre de situation qu’un bon entourage peut faire toute la différence… 

Bien sûr ! Quand j’étais plus jeune, c’était les entraîneurs qui nous fixaient des objectifs, qui pensaient aux résultats pour nous. C’était plutôt intéressant, nous n’avions qu’à penser à aller vite sur les skis, ça nous enlevait beaucoup de pression. 

Après cette saison un peu compliquée, tu remportes ta première étape de Coupe du Monde en novembre 2008 sur le Slalom Géant 

Ma saison 2006-2007 a été une sorte de transition, avec la réalité de la Coupe du Monde qui m’a rattrapée. Mais j’ai réussi à l’évacuer, et dès la saison suivante, les résultats ont explosé, même si je ne m’y attendais pas ! 

Tout au long de ma carrière, je ne me suis jamais attendue à quoi que ce soit, je ne visais pas de résultats particuliers… J’ai gagné mon premier Géant en Coupe du Monde sans vraiment m’y attendre. 

Tu ne t’attendais à rien, mais tu sentais tout de même que tu pouvais faire partie des meilleures en Géant ? 

J’avais quand même fait des résultats assez solides pour faire partie des quinze meilleures mondiales. J’avais donc une petite idée du niveau, mais entre ça et gagner une course, il y a quand même un bond ! 

Honnêtement, je ne pensais pas à la victoire. Je voulais faire deux bonnes manches à chaque course et progresser petit à petit dans la hiérarchie en étant régulière. Je ne m’autorisais pas vraiment à penser à la victoire. 

En 2009, tu découvres les championnats du monde à domicile, au Val d’Isère. Comment ça s’est passé, quel souvenir tu en gardes ? 

Un petit peu à l’image de mes débuts en Coupe du Monde, je suis arrivée à ces mondiaux avec beaucoup d’insouciance. Je n’avais pas forcément trop réfléchi à l’ampleur de l’événement, à ce que ça voulait dire. 

J’ai fait ma course dans cet état-là, ce qui était sans doute le mieux pour être performante. C’est l’avantage de la jeunesse. Car, après, durant ma carrière, j’ai appris à gérer différentes pressions, à confirmer des résultats… Donc, une approche bien différente. 

Mais lors de ces championnats du Monde de 2009, j’étais encore insouciante et l’expérience était dingue ! Mais je n’ai quand même pas réussi à m’imprégner de toutes les petites choses, les petits détails de ce que représente un championnat du Monde en France.

Je m’en rends compte aujourd’hui, avec le recul. Car si je compare avec les mondiaux 2023 qui se déroulaient à Courchevel et Méribel, j’y ai là davantage compris de ce que voulait dire concourir dans son pays.

 

Tu es une spécialiste du Slalom géant, qu’est-ce qui te plaît dans cette épreuve ? 

Je pense que c’est le Slalom géant qui m’a choisie plus que l’inverse. Le Géant, c’est la première discipline que l’on fait au ski club tout jeune, c’est un petit peu la base technique du ski. 

J’ai un gros côté technicienne. Depuis toute petite, on me dit que j’ai de bonnes attitudes sur les skis. Le Géant, c’est aussi un rythme qui m’a semblé assez naturel, plus que le Slalom en tout cas. C’est un tout, avec ma technique, ma lecture du rythme, mon gabarit… 

J’ai aussi beaucoup aimé la vitesse dans ma carrière, notamment le Super-G. Cette épreuve est au final assez proche du Géant, avec le côté prise de risque, une seule manche… C’est un super bon mix entre le Géant et la Descente. 

En décembre 2013, tu te blesses gravement à Courchevel, ta saison s’arrête et tu loupes les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014 alors que tu enchaînais les succès. Comment est-ce que tu as vécu ce gros coup d’arrêt ? 

Je suis quelqu’un d’assez positive en général, dans des situations compliquées j’essaye de faire ressortir du bon. 

Cette blessure, ce n’était clairement pas un bon timing. Après un problème de la sorte, ce n’est jamais au bon moment, mais là je venais de gagner une course, j’étais championne du monde en titre, et il y avait les JO qui arrivaient. 

J’ai fait le deuil de cette saison olympique et je me suis concentrée sur ma reconstruction, sur du travail pour renforcer quelques aspects qui étaient de petites faiblesses pour moi… 

C’était important de se sortir de la saison actuelle et de se fixer de nouveaux objectifs. C’était d’abord de retrouver des sensations en prépa physique, puis sur les skis… Il faut rester focus sur soi-même. Je voulais revenir plus armée pour être encore meilleure l’année suivante. 

J’ai aussi été super bien entourée, on connaissait bien le protocole pour revenir de cette blessure… Il n’y a pas eu de gros soucis pour que je retrouve 100 % de mes capacités. 

Il fallait juste du temps, de la patience et beaucoup de travail. Et ça, ce n’est pas un problème pour moi, quand il faut abattre du travail, je le fais !

Après cette blessure, tu vas devoir attendre la saison 2016-2017 pour retrouver le chemin de la victoire. Comment as-tu vécu cette période ? Tu arrivais à garder confiance ? 

C’est vrai que ça a été assez compliqué, surtout à la fin, la période me paraissait très longue. Au début de ma reprise, je savais que ça pouvait prendre un peu de temps, je me suis dit qu’il fallait être patiente, faire les choses à mon rythme et accepter de passer par plusieurs étapes avant de retrouver le niveau qui était le mien. 

Mais c’est vrai que j’étais un peu à court de solutions. Je n’ai jamais eu l’envie d’arrêter, mais c’était dur, j’étais en quelque sorte en lutte contre moi-même. Et là, on subit un petit peu la saison, le sport qui nous fait tant vibrer devient difficile à faire au quotidien… Ces saisons n’ont vraiment pas été faciles, mais elles ont été très formatrices. 

Cette période m’a également permis d’être régulière durant tout l’hiver et d’aller chercher un globe de cristal alors que ce n’était pas un objectif que j’imaginais atteignable auparavant. 

Lors de la saison 2016-2017, tu remportes le petit globe de cristal de Géant, mais tu décroches aussi une première médaille d’or aux championnats du Monde dans la même épreuve et une seconde lors du Team Event. Ces succès avaient-ils une saveur particulière après cette période plus complexe ?

Complétement. Je suis passée de saisons compliquées, à ne pas me faire plaisir sur les skis, à une saison 2016-2017 durant laquelle j’étais sur mon nuage. J’arrivais à prendre du plaisir tout en étant performante, c’était incroyable !

J’étais à l’un des meilleurs niveaux techniques que j’ai pu avoir et j’ai fait une de mes saisons les plus abouties. Mais, je pense aujourd’hui qu’il m’a fallu faire des saisons plus difficiles, durant lesquelles je ne voyais pas forcément l’issue, pour déboucher sur ces résultats-là. 

Ton palmarès est impressionnant. Si tu devais retenir un succès, ce serait lequel ? 

La saison 2016-2017 a vraiment été une réussite : j’ai été vainqueure du classement général du Géant de la Coupe du Monde, puis championne du monde… C’est une saison pleine en termes d’objectifs, et aussi, je sentais que j’étais à un niveau de Géant qui me permettait d’être la meilleure du monde, en concurrence avec Mikaela Shiffrin. 

Après, en autre gros succès, le globe de 2021-2022 est aussi incroyable. Je me sentais encore capable de gagner des courses, mais de maintenir la régularité tout au long de la saison et d’être la meilleure géantiste, je ne pensais pas en être capable.

Ça a été une grande surprise et une grande fierté de tenir jusqu’au bout. En plus, le scénario a été dingue, c’est clairement le genre d’émotions que l’on rêve de vivre quand on fait du sport : du suspense à la maison, devant un public français… Ça a été assez magique !

Alors, c’est difficile de choisir un moment, mais en ski, les globes de cristal sont très importants. C’est jugé sur toute une saison, il faut être régulier… C’est une récompense moins connue du grand public par rapport aux médailles mais, moi, j’accorde beaucoup d’importance aux globes. 

Une fois de plus, tu t’es surprise en remportant ce petit globe de cristal en 2022. Est-ce que c’est lorsque tu te concentres sur le plaisir d’être sur tes skis, et donc moins sur les résultats, que tu es la meilleure ? 

Oui, c’est comme ça que j’arrive à être performante, que j’arrive à m’exprimer à 100 % sur les skis. Certains aiment se fixer des objectifs et parviennent à performer sous pression. Il y a toujours de la pression évidemment, mais de mon côté, il faut que j’arrive à être un maximum relâchée.

Mon approche mentale, c’est de me concentrer d’abord sur moi, mes actions et le moment présent. Par exemple, lors de la saison 2016-2017, alors que j’étais en course pour le petit globe de cristal, l’exercice mental était vraiment de se focaliser sur la course du jour sans faire de calculs. Pour moi, c’était le piège à éviter. 

En 2022 c’était différent, je n’avais pas l’impression de pouvoir jouer le globe. C’est vraiment une semaine avant la fin que je me suis relancée dans la course au titre et que tout fut possible sur la dernière course. 

Tu as annoncé ta retraite récemment. Avec le recul, est-ce que tu pourrais nous donner le bémol de ta carrière ? 

On pourrait penser que ce sont les blessures, mais ces périodes de reconstruction font partie de mon cheminement, je ne les enlèverais pas. Ces saisons étaient nécessaires pour revenir au top, elles m’ont aidée à être meilleure. 

En revanche, j’ai eu des objectifs que je n’ai pas réussi à atteindre : une médaille olympique, un podium dans ma seconde discipline, en Super-G… Mais je ne le vis pas comme une frustration. D’ailleurs, si j’étais frustrée à ce niveau-là, ça ne serait pas le moment d’arrêter sa carrière. J’ai essayé, j’ai donné mon maximum, de ça je suis fière. 

Concernant les JO, il y a tellement de facteurs différents qui comptent dans une course de ski. La forme, les conditions de neige, le tracé… J’en ai conscience, tout comme j’ai conscience d’avoir eu énormément de réussite sur d’autres objectifs.

Pour le coup, ça n’a pas fonctionné pour moi aux Jeux Olympiques. Soit je n’étais pas prête, comme à Vancouver en 2010, soit je n’ai pas su gérer l’événement mentalement comme à Pyeongchang en 2018…

Pour les derniers JO à Pékin en 2022, je suis arrivée prête comme je le souhaitais, tout était réuni pour faire la meilleure course possible… Mais, voilà, il n’y a que trois places sur le podium, ça se joue à des détails… J’ai tout simplement accepté que ça n’ait pas fonctionné. 

Pour tes derniers mondiaux cet hiver, alors que tu étais en route pour décrocher une médaille en Géant, tu chutes et le podium t’échappe. Tu es passée à autre chose aujourd’hui, tu as surmonté la déception ? 

Complétement ! Il faut de toute façon, sinon on se morfond à vie. J’ai accepté ce qu’il s’est passé et je retiens le positif. Mon objectif était d’arriver dans la meilleure des formes possibles pour les championnats du Monde en France afin de jouer une médaille à domicile. Je voulais faire vibrer le public et moi-même, et pour ça, c’est réussi.

Le résultat, il est la conséquence de tout ça. Comme je le disais, ce sont de tous petits détails qui font que ça passe ou non. Et ce qu’il s’est passé, c’est bien la preuve que, parfois, malgré tout ça ne marche pas. Je l’ai accepté. 

Avoir décroché d’autres médailles d’or à des mondiaux m’aide à relativiser. J’ai vécu la course comme je voulais la vivre, j’ai vibré, j’ai fait vibrer le public, j’ai joué la médaille, mais au ski, tout peut arriver ! 

Après avoir annoncé que les Jeux Olympiques de Pékin 2022 seraient tes derniers, tu as donc officialisé la fin de ta carrière sportive le 19 mars 2023. Pourquoi arrêter maintenant ? 

Tout simplement, parce qu’on finit par ressentir le poids des années. Chaque saison demande une préparation hyper-intense et une concentration énorme. Pour performer, il faut vraiment mettre toute son énergie dans cet objectif-là, et chaque année, c’est forcément un peu plus compliqué. 

Je fais du ski pour performer et je pense que je n’arriverai plus à mettre assez d’énergie sur la table pour être aussi efficace. C’est le moment pour moi de faire autre chose.

Je suis heureuse, pour ma dernière saison, d’avoir maintenu un très bon niveau, d’être restée parmi les meilleures, jusqu’au bout je pouvais jouer les premières places. 

Ça fait quand même dix-sept ans que je suis sur le circuit, j’ai simplement envie de découvrir d’autres choses. 

Quand tu regardes en arrière sur ces dix-sept ans de ski, quel est le sentiment qui domine ? La fierté ? 

Oui, bien sûr ! Après, je n’ai pas encore pris le temps de faire le bilan de toutes ces années, mais oui, je suis très fière de ce que j’ai accompli sportivement, et également de la manière avec laquelle j’ai vécu tout ça.

Je suis restée moi-même, dans la défaite comme dans la victoire, je suis restée humble et respectueuse. C’est en tout cas ce que j’ai comme retours et ça me fait vraiment chaud au cœur. C’est encore plus important que mon palmarès. 

Pendant toutes ces années sur des skis, lors des compétitions, est-ce que tu as senti une évolution concernant l’égalité hommes-femmes dans ton sport ? Est-ce un sujet pour toi ?

Une légère évolution, oui. Mais, depuis mon arrivée sur le circuit, j’ai vu très peu de différences entre les hommes et les femmes. Depuis de nombreuses années, on bénéficie de la même couverture télévisée que les hommes, les primes de courses sont les mêmes… Je n’ai jamais vraiment trop ressenti un problème sur ce point. 

Après, mine de rien, il y a une évolution dans la société elle-même, donc nous sommes peut-être un peu plus mises en avant. C’est un sport assez difficile, physique, c’est compliqué de montrer son côté féminin dans le ski. Pourtant, de plus en plus de skieuses sont médiatisées. L’évolution que je constate, elle est vraiment là.

On le voit aujourd’hui avec Mikaela Shiffrin qui s’impose comme la plus grande skieuse et skieur confondus de tous les temps. C’est la globalité du ski féminin qui est mis en avant avec elle. Des jeunes filles peuvent alors s’identifier et se lancer sans avoir peur. Le développement des réseaux sociaux aide beaucoup aussi. Mais ce peut être également un piège : on ne voit pas l’envers du décor, tout le travail, les échecs… 

Maintenant que tu arrêtes ta carrière sportive, quels sont tes projets ? 

Honnêtement, je n’ai pas préparé l’avenir. J’étais à 100 % dans le ski, je n’ai pas encore préparé mon futur. Dans un premier temps, je vais devoir sortir de ma vie d’athlète, vivre une vie normale en fin de compte. Je vais découvrir la vie sans objectifs de performance.

Je vais surtout profiter de mes proches, profiter d’avoir du temps pour moi et, justement, réfléchir à ce que je veux faire demain. 

Ouverture : Tessa Worley/Facebook

Soutenez ÀBLOCK!

Aidez-nous à faire bouger les lignes !

ÀBLOCK! est un média indépendant qui, depuis plus d’1 an, met les femmes dans les starting-blocks. Pour pouvoir continuer à produire un journalisme de qualité, inédit et généreux, il a besoin de soutien financier.

Pour nous laisser le temps de grandir, votre aide est précieuse. Un don, même petit, c’est faire partie du game, comme on dit.

Soyons ÀBLOCK! ensemble ! 🙏

Abonnez-vous à la newsletter mensuelle

Vous aimerez aussi…

Iga Swiatek, un air de déjà vu…

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une acrobate de rue, un événement vert et sportif, l’histoire des filles de l’aviron et les portraits des deux jeunes joueuses, finalistes de Roland-Garros (dont Iga Swiatek, deuxième fois victorieuse du tournoi), c’est le meilleur d’ÀBLOCK! cette semaine.

Lire plus »
Alice Modolo

Alice Modolo, le cœur en apnée

En avril, elle remportait la compétition internationale d’apnée qui se tenait au Blue Hole de Dahab, en Égypte, battant à trois reprises le record de France en se propulsant en bi-palmes à 85, 87 et 89 mètres. L’apnésite française Alice Modolo est de nouveau dans la place pour le Championnat de France en eau libre, ce week-end.

Lire plus »

Cet été, si on courait pour la bonne cause ?

Depuis le 7 août et jusqu’au 7 septembre, la fondation Alice Milliat qui œuvre à la médiatisation du sport féminin, – lance la 5e édition de son Challenge Alice Milliat, une course connectée solidaire et gratuite pour valoriser le sport au féminin, sa médiatisation, sa pratique et l’égalité dans le milieu sportif. On y va ?

Lire plus »
6 juillet 2018, des cyclistes amatrices font le Tour de France un jour avant les hommes

6 juillet 2018, des filles donnent des Elles au vélo sur le Tour de France

Elles sont Treize, treize coureuses cyclistes de l’association « Donnons des Elles au vélo » qui veulent prouver que le cyclisme féminin mérite qu’on se batte pour lui. Ce 6 juillet 2018, c’est la quatrième année consécutive qu’elles prennent le départ pour la Grande Boucle un jour avant les hommes. L’objectif ? Obtenir une meilleure visibilité pour les femmes dans le cyclisme et faire en sorte qu’elles puissent avoir, un jour, leur petite reine.

Lire plus »
Benoit Beaufils : « Quand j’ai commencé la natation artistique, on s’est bien foutu de ma gueule. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une militante ÀBLOCK! depuis toujours, une Parisienne en short à paillettes, un défi qui fait des vagues, un nageur artistique qui se jette à l’eau (Benoit Beaufils sur notre photo) et un portrait en 5 infos sur une skieuse de tous les records, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Lil'Viber

Lil’ Viber : « Je suis motarde, je me la joue girly et j’adore ça ! »

Elle s’appelle Aurélie Hoffmann alias Lil’Viber. Mais sur les circuits, on l’appelle aussi « Wonder Lili ». Elle, c’est une super héroïne de la bécane qui se déguise comme ça lui chante pourvu que ce soit haut en couleur. Cette nana qui affole les chronos casse les codes à toute berzingue. Ultra féminine, elle est une motarde jusqu’au bout des ongles. Faites de la place !

Lire plus »
Leonie Brodmann

Léonie : « Le parkour m’a libérée de certains diktats. »

Basket, équitation, danse moderne… Léonie a toujours eu la bougeotte. Lorsqu’elle a découvert le parkour, c’est devenu son sport de prédilection. À Lausanne, avec les traceurs (comme on nomme les pratiquants de cette discipline) de son association, Léonie Brodmann se réapproprie l’espace public à grand renfort de bonds et de roulades.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner