
Journal d’une sportive confinée : ne pas regarder son nombril, penser aux autres.
Claire Pola, coach sportive, poursuit son petit journal du confinement. Elle nous conte ses aventures entre quatre murs, en direct de Limoges.
Publié le 05 septembre 2024 à 18h06, mis à jour le 19 novembre 2025 à 10h57
« Une vraie victoire ». Malgré son élimination en demi-finale du 400m ce 2 septembre 2024, Valentina Petrillo vit sa participation à Paris 2024 comme un game changer, pour le monde du sport et plus largement pour tous ceux qui verront en elle une « référence, une source d’inspiration ». Elle veut l’être pour les « déficients visuels ou non, les trans ou non », comme elle l’exprimait à l’AFP.
En effet, trois ans après la première participation historique de Laurel Hubbard, haltérophile néo-zélandaise transgenre, aux JO de Tokyo, l’Italienne est la première femme transgenre à fouler l’arène des Jeux Paralympiques.
Née garçon, Fabrizio, le 2 octobre 1973 en Italie, Valentina Petrillo est passionnée par l’athlétisme qu’elle pratique dès son plus jeune âge. Mais elle est frappée par la maladie de Stargardt à partir de 14 ans, une dégénérescence maculaire génétique qui lui fait perdre progressivement la vue. Elle entre alors sur les terrains du cécifoot et rejoint même l’équipe nationale italienne de handisport.
©Valentina Petrillo/Facebook
À l’âge de 41 ans seulement, elle décide de retourner à ses premières amours, alimentées par ce qu’elle appelle le « mythe Pietro Mennea » dont elle regarde sans cesse la victoire à la finale du 200m aux Jeux de Moscou en 1980 et qui, petite, lui fait rêver d’olympiades. Elle assurait en effet à l’AFP, juste avant son entrée en piste lors de ces Jeux Paralympiques 2024, « vivre le moment le plus important de (sa) carrière sportive et réaliser (son) rêve d’enfant ».
Lorsqu’elle se (re)lance, il y a dix ans, dans sa seconde carrière d’athlète de haut niveau, Valentina Petrillo, athlète malvoyante, est donc dans les starting-blocks pour performer en para-athlétisme. Elle remporte pas moins de 11 titres nationaux dans la catégorie masculine. Mais, en 2018, elle annonce à sa femme et à son fils qu’elle est transgenre. Un an après, à 45 ans, devenue Valentina, elle entame un processus de transition. « Quand j’étais un homme, je n’étais pas moi-même. Je courais toujours avec le frein à main », dit-elle.
Le traitement hormonal qu’elle entame en 2019 lui permet de diviser son taux de testostérone par quatre et de se conformer ainsi, avec un taux de 5 nanomoles par litre de sang, à la réglementation de la Fédération internationale d’athlétisme. Valentina Petrillo peut ainsi participer aux épreuves féminines de para athlétisme en tant que femme.
©Valentina Petrillo/Facebook
Valentina Petrillo concourt donc pour la première fois dans la catégorie féminine aux Championnats italiens de para-athlétisme le 11 septembre 2020. Là encore, elle fait date : c’est la première fois qu’une personne transgenre est autorisée à participer à une course officielle dans la catégorie féminine, aux championnats paralympiques italiens. Elle remporte le 100m, le 200m et le 400 m en catégorie T12 (déficience visuelle).
Concourant officiellement dans la catégorie féminine à partir de 2020, elle établit deux records nationaux sur le 400m et sur le 200m en 2021 et représente l’Italie aux Championnats du monde de para-athlétisme cette même année. En 2023, elle est reconnue comme femme par l’administration italienne confirmant ainsi son autorisation de courir avec les femmes. En juillet 2023, elle rafle deux médailles de bronze au 200 et au 400 mètres lors des Championnats du monde à Paris, en 2023, en catégorie T12.
©Valentina Petrillo/Facebook
Et alors qu’elle avait manqué « d’un souffle » sa qualification pour les Jeux Paralympiques de Tokyo, l’athlète s’est enfin élancée sur la piste des Jeux Paralympiques, à Paris ce 2 septembre. Un grand moment pour elle malgré les controverses.
Son mètre 82 pour 78 kg, ses pointes taille 44 et demi font jaser. Elle attend ses détracteurs de pied ferme : « Je sais que je vais être critiquée, que certains ne vont pas comprendre pourquoi je fais ça, mais je suis là, je me suis battue pendant des années pour en arriver là et je n’ai pas peur, je suis moi », expliquait-elle à l’AFP.
Valentina Petrillo se voit comme un symbole, notamment dans son pays où le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni dénonce « l’idéologie du genre » et le « lobby LGBT+ ». Elle avait déjà été prise pour cible, en demi-finale des Championnats du monde, par l’athlète espagnole Melani Berges à qui elle avait raflé in extremis la quatrième place. Leitmotiv : les femmes trans n’auraient pas leur place dans les compétitions sportives sous prétexte qu’elles auraient un avantage physique.
©Valentina Petrillo/Facebook
À noter que le Comité International Olympique (CIO) a renoncé, fin 2021, à établir des directives uniformes quant aux critères de participation des sportifs intersexes et transgenres, laissant l’autorisation de participation à l’appréciation de chaque fédération sportive. Ainsi, en 2023, la fédération World Athletics a décidé d’exclure de la catégorie féminine les athlètes trans qui auraient transitionné après avoir connu une puberté masculine, donc celles qui ont fait leur transition après 10-12 ans – ce qui correspond à toutes les athlètes transgenres – et ce, pour des raisons d’équité sportive.
Mais en ce qui concerne la fédération handisport, World Para Athletics, on se base sur deux données : l’état civil de l’athlète qui fait foi pour déterminer son genre, ainsi que son taux de testostérone qui doit être conforme à la réglementation des épreuves féminines soit en-dessous de 10 nanomoles par litre de sang pendant au moins douze mois avant la première compétition.
Malgré son élimination en demi-finale du 400m, Valentina Petroni aura tous les feux braqués sur elle ce vendredi 6 septembre pour le 200m. Une lumière qu’elle compte bien dévier de son cas personnel vers quelque chose de plus largement sociétal qui trouve son point d’orgue dans l’exemplarité et l’inclusion. Elle espère ainsi être « la première de beaucoup d’autres (athlètes trans) » à fouler les pistes des Jeux.
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Claire Pola, coach sportive, poursuit son petit journal du confinement. Elle nous conte ses aventures entre quatre murs, en direct de Limoges.

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