
Femmes de foot : ton univers (im)pitoyable
Pour Europe 1, la reporter Camille Maestracci a conçu une série de podcasts qui s’interroge sur
Publié le 18 juin 2021 à 8h25, mis à jour le 27 juillet 2021 à 17h49
Une femme peut en cacher une autre. Et ça commence par une histoire d’aujourd’hui : l’histoire de Katy, sportive habituée des bassins, qui, en se jetant à l’eau pour une traversée en eau libre dans le lac de Neuchâtel, en Suisse, a rencontré un autre destin de nageuse émérite, une pionnière : Marthe Robert.
Passionnée, Kathy remonte alors le fil de l’histoire et découvre un exploit…
En 1904, une adolescente de 16 ans prénommée Marthe Robert a, elle aussi et pour la première fois, traversé le lac à la brasse, sous la vigilance de son père et d’un ami en barque.
Son envie est toute naturelle : « Je me suis lancée sans préparation d’aucune sorte, confiera Marthe Robert au journal L’Express, en 1960. J’ai fait cela pour moi. Je voulais voir si c’était possible. Ce n’était pas pour faire parler de moi ».
Ce fut « la première traversée du Lac de Neuchâtel par une jeune fille » comme le titre une photo d’époque, sur près de 7 kilomètres. « Partie à 7h50 des Bains de l’Évole, à Neuchâtel, elle prit pied à 11h40 à Portalban, sur l’autre rive », raconte le Journal La Semaine de la Femme, en 1961.
Il faut dire que l’adolescente est née sous de bons auspices. Elle est la fille d’un professeur de natation et elle s’entraîne dans le lac, tous les jours de l’année, depuis son plus jeune âge.
De cet exploit s’ensuit une sorte de carrière éclair avec sa sœur Cécile Robert. « C’était la réussite de la traversée du lac de Neuchâtel à la nage qui m’avait donné l’idée de m’engager dans ces compétitions où je n’ai pas mal réussi. J’étais une excellente nageuse de fond, bien meilleure qu’en vitesse ».
Les sœurettes insubmersibles rééditent donc, en 1905, ensemble, la traversée du Lac de Neuchâtel, en deux heures et cinquante minutes. Le courant est fort, les vagues sont hautes, quinze hommes, engagés dans la course, abandonnent. Marthe et Cécile tiennent bon.
Un an plus tard, Marthe Robert fait encore parler d’elle et se voit couronnée dans la presse d’un très daté « Victoire du sexe faible », mais la victoire est là tout de même : sur une épreuve de natation de 200m, à Neuchâtel, elle file devant son adversaire masculin. Elle connaît ces eaux par cœur et semble aussi légère et acclimatée qu’un poisson…
La suite de ses aventures sportives fera les gros titres : outre une seconde place au classement général (avec les hommes) et une première place parmi les femmes lors d’une traversée du Lac Léman avec sa sœur, elle dispute quatre fois la mythique Traversée de Paris à la nage (12 kilomètres), en course amateur.
Elle y côtoie notamment Annette Kellermann, la sirène australienne qui fera fureur à Hollywood et qui concoure, elle, officiellement à cette course organisée par le journal L’Auto.
Miss Robert s’y classe, à chaque fois, première. « Mlle Marthe Robert, recordwoman de la traversée de Paris à la nage » titrera, royale, une caricature de cette époque.
Cette marathonienne des eaux se classe ainsi parmi les toutes premières femmes championnes de natation dans une écurie d’hommes. Elle deviendra aussi championne du monde, demeurant, jusque dans les années 1920, une des rares femmes à concourir parmi les messieurs.
Dans l’ouvrage de Anne Velez, « Les filles de l’eau. Une histoire des femmes et de la natation en France (1905-1939) », Marthe Robert est bien citée pour la postérité parmi les « Premières nageuses » qui vont « se positionner, en France, comme des éveilleuses ».
Quant à savoir si l’intrépide nageuse de fond avait conscience et envie de ce destin de pionnière, Katy, notre fervente admiratrice, répond tout de go : « Elle s’en fichait totalement ! ». Son état d’esprit était plutôt celui d’une jeune femme qui « avait envie de se faire plaisir et de faire les choses comme elle l’entendait ».
D’autant qu’elle a l’éducation d’une jeune fille pas si rangée que ça, à savoir une mère à la pensée libre, plutôt avant-gardiste pour l’époque, « qui a milité pour le socialisme et le féminisme, en 1870 », nous raconte Katy passée glaner quelques infos chez l’arrière-petite nièce : « Le jour des scrutins pour le vote des femmes en Suisse, en 1971, Marthe Robert était ravie : “Tu te rends compte que les femmes peuvent voter désormais !“. Elle était très engagée et faisait partie de ces femmes qui en imposaient ! ».
Marthe Robert ne s’est jamais mariée – elle a vécu avec sa cousine jusqu’à la fin de sa vie, et a très tôt délaissé la tenue de bain réservée aux femmes, tenue qu’elle jugeait un rien ridicule – des costumes à pois et à collerettes particulièrement encombrants – pour le maillot à la manière des hommes.
Elle n’a pas non plus hésité à s’exiler outre-Atlantique, seule, au pays de l’aventure. En 1920, elle plonge en effet dans le rêve américain, exerçant alors le métier de masseuse médicale à New York, en Virginie et en Floride.
De retour en Suisse, en 1951, auprès de son cher lac, « son grand ami » qui l’a vu éclore à sa vocation, elle se baignera tous les jours pendant encore une bonne vingtaine d’années, jusqu’à sa mort en 1973, n’hésitant pas à goûter à cette eau chargée de souvenirs encore et toujours. Un free spirit !
Depuis 2017, le concept touristique « Neuchâtel à la Belle Époque » rend hommage à cette figure sportive.
Katy, elle, organise une nouvelle course au Lac de Neuchâtel : « Cette passion commune m’a touchée et j’ai eu beaucoup d’émotions en découvrant une femme de cette époque qui n’a pas eu peur des freins qui pouvaient exister. Je crois que je ressens, comme elle, cette attirance comme un aimant que provoque l’eau claire du lac en moi. Ce n’est pas nager qui me crée cela, mais nager longtemps, plusieurs heures, c’est tout un état d’esprit hyper fort qui me met dans des instants d’absence et de contemplation puissants. En nage libre, on déconnecte totalement. C’est un réel bonheur ! J’admire cette femme d’avoir réussi à franchir les eaux qui étaient réservées aux hommes. »
Par passion, goût de transmission et dans le respect de la sécurité, Katy lance donc la Traversée Marthe Robert avec le concours de la Société de sauvetage et de vigilance nautique de Neuchâtel (SSVNN).
Cet événement aura lieu le 10 juillet prochain (avec un jour de réserve au 17 juillet), en hommage à cette « Neuchâteloise qui a marqué son époque. »
À l’occasion des 85 ans d’existence de la SSVNN et cinquante ans après avoir organisé sa première traversée de lac, quelques passionnés de natation en eau libre sont donc conviés à parcourir le lac de Neuchâtel. Les nageurs pourront parcourir les 7km qui séparent le Port de Cudrefin au hangar de la Société à Monruz, soit de façon individuelle ou soit en relais de 2 ou 3 nageurs maximum.
Chaque équipe ou chaque nageur individuel devra être accompagné par un bateau organisé par ses soins. La SSVNN limitera le nombre de participants afin de garantir la sécurité de chacun.
Le rêve de Kathy ? « Rendre cet événement annuel », mais dans un « esprit populaire ». Il y a déjà plus de femmes inscrites que d’hommes. Comme si Marthe Robert veillait au grain…
Toutes nos sagas de pionnières
Vous aimerez aussi…

Pour Europe 1, la reporter Camille Maestracci a conçu une série de podcasts qui s’interroge sur

Première championne olympique de natation, l’Australienne, victime comme les autres nageuses de ces Jeux d’une campagne de boycott féministe, aurait pu ne jamais disputer la compétition…

Dans la roue de deux cyclistes qui pédalent pour mieux se dépasser. La Jurassienne Évita Muzic et la Bretonne Cédrine Kerbaol sont deux stars du vélo français et on les a captées à l’arrivée de la 5e étape du Tour de France Femmes 2024.

Nostalgie pré-JO avec nos championnes du passé, confidences sportives avec une ultra-traileuse inoxydable (Audrey Tanguy, notre photo), échanges de haut vol avec une championne de saut à ski ou encore pionnières contemporaines dans des milieux de mecs, on est ÀBLOCK! et on aime ça ! Petit tour d’horizon de nos sujets de la semaine passée, mais toujours d’actu…

Quelques idées pour entretenir sa culture du sport féminin, un trail nocturne et enneigé, des descentes à 250 km/h, une délégation olympique française qu’on espère bientôt en or aux JO de Beijing 2022 (dont Tessa Worley sur notre photo), le retour de notre fameuse « question qui tue », une rugbywoman qui défonce les préjugés et une athlète qui les prend de vitesse, c’est le Best-of ÀBLOCK! de la semaine. Enjoy !

On l’a toujours dit à notre petite Louison : tu peux tout faire comme les garçons ! Mais, franchement, les sports de contact, c’est hyper violent, quand-même ! Relax, ÀBLOCK! t’explique pourquoi, ces disciplines-là, c’est ok aussi pour les filles.

Tic, tac, tic, tac. Le 9 septembre approche…l’heure de la 25e édition de La Parisienne. Et si les courses ne sont prévues que le dimanche 11 septembre, le village édifié pour l’événement a un programme bien chargé.

ÀBLOCK! accueille le podcast d’Audrey qui nous propose d’entrer dans l’univers et la tête des boxeuses. Du pur documentaire audio. Montez sur le ring avec elle.

C’est une grande première. Le 20 août 1922, Paris est le théâtre des premiers Jeux Olympiques féminins. Derrière cette grande manifestation se cache une femme, Alice Milliat, rameuse émérite et incontournable militante du sport au féminin qu’elle va grandement contribuer à développer.

L’ex-championne du monde de savate boxe française n’a jamais eu peur de prendre des coups. La gagne, elle connaît. Du ring qu’elle a tâté dès l’âge de ses 16 ans au podium de Miss France qu’elle a foulé à 22. Son carburant ? Aller au bout de soi-même… quitte à sortir de son périmètre de sécurité et s’afficher dans une autre arène où la compétitivité est reine : les planches et le septième art. Échange punchy avec une jeune femme qui dégomme les préjugés.

La présidente du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) était très attendue pour ces Jeux Paralympiques de Tokyo, ses derniers. La reine française du saut en longueur et ambassadrice du handisport n’a pas démérité et a remporté sa neuvième médaille paralympique, venant couronner une carrière buffante.

C’est l’heure. Tout le monde sur le parquet ! L’EuroBasket féminin 2021 est lancé et les basketteuses françaises sont en mode compet’. Sûres d’elles, en confiance, elles ont mangé du lion. Ça se passe entre Strasbourg et Valence, en Espagne. C’est jusqu’au 27 juin. Et la distribution est plutôt belle. On vous fait un petit recap’ ?
Abonnez-vous à la newsletter