Lyli HerseLa révélation du premier Tour de France féminin

Lyli Herse, la révélation du premier Tour de France féminin
Elle a été LA « coursière » la plus en vue du premier tour de France. Avec deux victoires d’étape et deux deuxièmes places, Lysiane Herse, dite « Lyli », petit prodige venu du cyclotourisme, a définitivement marqué de son empreinte la première tentative de « Grande Boucle » au féminin. La Normande bouclera cette course inaugurale à la quatrième place du Générale, battue au temps par la Britannique Millie Robinson.

Par Sophie Danger

Publié le 27 juillet 2022 à 9h58, mis à jour le 27 juillet 2022 à 17h07

Rambouillet. 28 septembre 1955. Deux mois quasi jour pour jour après la troisième victoire du Français Louison Bobet sur le Tour de France, un peloton de 41 jeunes femmes s’apprête à disputer, pour la première fois, son pendant féminin.

Annoncée en grandes pompes en 1954 par Jean Leulliot, ancien journaliste de l’Auto, dans les colonnes de son hebdomadaire Route et Piste, l’organisation de la course a pris un peu de retard et les prétentions initiales ont été largement revues à la baisse. Des sept jours de compétition originels, il n’en reste ainsi plus que cinq.

Du côté du parcours aussi, c’est le régime sec. Terminée la virée de quelques 600 kilomètres envisagée entre Rouen et la côte Atlantique, les « coursières » comme on les surnomme, se contenteront de naviguer entre les Yvelines et la Normandie pour une distance totale quasi réduite de moitié. Mais l’essentiel est ailleurs.

Alors que les exploits des « forçats » du Tour font se soulever les foules depuis 1903, les femmes, rigoureusement interdites de participation, ont enfin l’occasion, avec un demi-siècle de retard, de montrer toute l’étendue de leur talent sur une course de référence.

Elsy Jacobs…©Wikipedia

L’opportunité est belle, il s’agit de ne pas la manquer. Le Luxembourgeoise Elsy Jacobs, future championne du monde sur route, l’a bien compris qui a très vite répondu présente tout comme la Suissesse Marie-Louise Vonarburg.

C’est le cas également de Millie Robinson. La native de l’île de Man, victorieuse, quelques semaines plus tôt, du Circuit Lyonnais-Auvergne, compte bien réitérer la performance.

Côté Françaises, Jeanine Lemaire fait figure de grande favorite. Double championne de France sur route, la « Reine de la petite reine » vient d’ajouter, officieusement, à son palmarès le record du monde de l’heure.

Ses compatriotes Lydia Haritonidès, sacrée lors des récents Championnats de France, et Marie-Jeanne Donabédian, sa dauphine, sont elles aussi de la partie.

Jeanine Lemaire…©Wikipedia

Du beau monde donc qui va pourtant se faire damer le pion, dès la première journée, par un phénomène venu tout droit du cyclotourisme : Lysiane Herse.

Fille de René et de Marcelle Herse, fabricants de cycles renommés, « Lyli » a baigné dans le milieu depuis son plus jeune âge.

Grimpeuse dans l’âme, on lui prête notamment une dizaine de victoires en tandem dans la Polymultipliée de Chanteloup.

À la voir survoler les 82 kilomètres qui séparent Rambouillet de Verneuil-sur-Avre en ce début d’automne, il semble désormais acquis que le plat lui sied tout autant.

Au terme de 2 heures, 25 minutes et 18 secondes d’efforts, la Caennaise de 27 ans franchit la ligne d’arrivée en tête et endosse le premier maillot blanc de l’Histoire du Tour de France féminin.

Lysiane dite « Lyli » Herse

Un joli coup d’éclat qui en annonce d’autres. Le lendemain, sur la route qui mène les candidates à la victoire à Bernay, elle livre une rude bataille contre June Thackerey.

La Calvadosienne s’inclinera finalement au sprint, devancée d’une courte tête par la Britannique, mais les commandes du classement général toujours sous contrôle.

Un soulagement pour le clan français qui enregistre, en parallèle, un abandon de taille, celui de Jeanine Lemaire, victime d’une lourde chute et contrainte de déclarer forfait pour la suite.

Troisième étape, même scénario. Ou presque. « Lily », battue par Marie-Jeanne Donabédian à Vimoutiers, parvient, une fois encore, à conserver le maillot de leader.

La montée en puissance de Millie Robinson entre Elbeuf et Gournay-en-Bray aura finalement raison de son règne.

La Britannique s’impose en solitaire dans la petite commune de Seine-Maritime avec 13 secondes d’avance sur ses poursuivantes. L’ultime étape s’annonce tout à la fois décisive et passionnante.

Programmée le 2 octobre 1955, elle comporte deux volets : un contre-la-montre, mise en jambes redoutable avant d’attaquer les 49 derniers kilomètres de course pour rallier Mantes-la-Jolie et couronner la Première Dame de France. Robinson remporte la première manche.

La seconde revient à « Lyli ». Deux succès d’étapes pour les deux rivales. Une égalité numéraire mais une bataille du temps qui revient sans contestation possible à Robinson.

La native de Douglas rafle la mise devant sa compatriote June Thackerey. Marie-Jeanne Donabédian s’invite dans le trio de tête, évinçant le jeune prodige du podium pour 46 secondes.

Une issue décevante pour la Normande qui n’aura, hélas, pas l’occasion de prendre sa revanche. Après une édition, le Tour de France féminin disparaît du calendrier sans que grand monde ne semble s’en émouvoir.

Mais le pli est pris pour la demoiselle Herse qui va remporter, dès l’année suivante, le premier de ses huit titres de championne de France sur route (1956, 1958, 1959, 1961, 1962, 1963, 1965 et 1967).

Elle mettra un terme à sa carrière de coureuse en 1967 avant de prendre les rênes d’une équipe féminine quelques mois plus tard. Reconvertie entraîneur, elle coachera, notamment, Geneviève Gambillon, championne du monde en 1972 et 1974.

Elle s’occupera, dans le même temps, de l’entreprise familiale avant de la revendre, en 2008, à un fabricant américain. Elle s’est éteinte le 4 janvier 2018, deux jours avant son 90e anniversaire.

©Flickr

D'autres épisodes de "Cyclisme, dans la roue des sportives"

Vous aimerez aussi…

Clémence Beretta

Clémence Beretta : « Dans l’athlétisme, j’ai compris que je pourrais m’exprimer, que je pourrais être forte. »

Elle n’avait pas pu être de l’aventure japonaise en 2021, qu’à cela ne tienne, Clémence Beretta sera du rendez-vous parisien en 2024. La marcheuse vosgienne qui a su se sortir d’un burn out pour mieux retrouver la route ambitionne de grimper sur le podium du 20km lors des Europe de Rome en juin et vise une place de finaliste aux JO. Rencontre avec une fille qui a en a sous la semelle.

Lire plus »
Fanny Horta : « Depuis les Jeux, j’ai coupé avec le rugby, j’en avais besoin. »

Fanny Horta : « Depuis les Jeux, j’ai coupé avec le rugby, j’en avais besoin. »

Elle a mis un terme à sa carrière à l’issue des JO de Tokyo. Fanny Horta, vice-championne olympique de rugby à 7, en a terminé avec la compétition mais pas avec le terrain. Engagée dans la commission des athlètes pour Paris 2024, elle ambitionne, à l’avenir, d’accompagner, à son tour, des groupes sur le chemin de la performance et de la réalisation de soi. Rencontre avec une fille qui sort de la mêlée.

Lire plus »
Cecilia Berder

Le questionnaire sportif de… Cécilia Berder

Elle vient de remporter le Trophée Sabre 2021, épreuve de reprise de la compétition organisée par la Fédération française d’escrime. La Quimpéroise Cécilia Berder, Championne du monde 2018, qualifiée pour les JO de Tokyo, s’est soumise au Questionnaire de Proust version ÀBLOCK! Et ça donne ça…

Lire plus »
Sharni Pinfold

Le best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des anecdotes insolites pour patienter avant les prochains JO de Tokyo, une motarde désenchantée qui préfère fuir les circuits que de subir encore et encore la misogynie, une jockey girl de 21 ans, Cravache d’or et bien en selle, une haltérophile à la détermination en fonte ou encore une baronne qui s’envoyait en l’air il y a plus de cent ans… retour sur quelques-unes des pépites de la semaine.

Lire plus »
Julie Bego : « Petite, le Tour Femmes n’existait pas, alors je voulais disputer le Tour avec les hommes ! »

Julie Bego : « Petite, le Tour Femmes n’existait pas, alors je voulais disputer le Tour avec les hommes ! »

L’an passé, elle a porté le maillot blanc six jours de suite sur le Tour de France. Cette année, Julie Bego espère le conserver jusqu’au terme. La Française de la Cofidis, 21 ans, a également coché les classiques ardennaises au palmarès de ses envies. Une saison 2026 qui s’annonce riche pour la jeune Iséroise qui entamera son calendrier le 8 février prochain en s’alignant au départ de la Vuelta CV.

Lire plus »
Il était une fois le kung-fu… féminin

Il était une fois le kung-fu… féminin

Il existe un grand nombre de styles de kung-fu comme le Shaolin, le Taiji-Quan ou encore le Wing Chun. Une légende raconte que ce style de kung-fu, dont le nom signifie « la boxe du printemps éternel », fut inventé au XVIIe siècle par… une femme !

Lire plus »
Il était une fois le flag football… féminin

Il était une fois le flag football… féminin

Ah, le football et ses dérivés ! Aujourd’hui, sur ABLOCK!, on zoome sur le flag football. Petit frère du football américain, ce sport collectif s’est développé en parallèle des mouvements féministes occidentaux. Pourtant, les femmes ont longtemps peiné à mettre la main sur le ballon ovale…

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner