
Journal d’une sportive confinée : ne pas regarder son nombril, penser aux autres.
Claire Pola, coach sportive, poursuit son petit journal du confinement. Elle nous conte ses aventures entre quatre murs, en direct de Limoges.
Publié le 14 janvier 2026 à 8h40, mis à jour le 05 février 2026 à 17h42
Février 2022, Zhangjiakou. Pendant que l’équipe de France de biathlon raflait sept médailles aux Jeux Olympiques de Pékin, Lou Jeanmonnot regardait la compétition depuis son canapé. À 23 ans, la jeune Franc-Comtoise n’était même pas sélectionnée. Elle terminait alors une saison difficile en IBU Cup, ce circuit de deuxième division du biathlon mondial où les projecteurs sont rares et les rêves olympiques semblent lointains.
Quatre ans plus tard, la transformation est sidérante. En ce début d’année 2026, Lou Jeanmonnot porte le dossard jaune de leader de la Coupe du monde et s’avance comme l’une des grandes favorites pour l’or olympique à Milan-Cortina, les JO 2026 qui se déroulent du 6 au 22 février. Une ascension fulgurante qui raconte bien plus qu’une simple progression sportive : c’est l’histoire d’une obstination récompensée.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
Au départ, Lou Jeanmonnot n’était pas une prodige. Son ancien entraîneur Ludovic Bourgeois se souvient d’une benjamine qui le suivait partout, accrochée à chaque exercice, assoiffée de progrès. Née le 28 octobre 1998 à Pontarlier, bercée par l’air glacial du Haut-Doubs et la culture nordique de sa région, elle découvre le biathlon en 2012 au club Olympic Mont d’Or. À Mouthe, ce village réputé pour être l’un des plus froids de France, elle apprend à tirer dans le grenier de la mairie transformé en stand. Une image parfaite de ses débuts modestes, loin du faste des podiums mondiaux.
Pourtant, dès l’adolescence, les médailles commencent à s’accumuler. Médaille d’or en poursuite au Festival olympique de la jeunesse européenne en 2015, bronze aux Jeux Olympiques de la jeunesse à Lillehammer en 2016, puis un premier titre mondial junior en individuel en 2017. La trajectoire semble tracée, mais le chemin vers l’élite sera semé d’embûches. Il lui faudra passer plusieurs années à faire l’ascenseur entre la Coupe du monde et l’IBU Cup, ces allers-retours frustrants qui forgent autant qu’ils éprouvent.
Le déclic arrive en 2021-2022. Cette saison qu’elle passe loin des Jeux de Pékin, Lou Jeanmonnot la transforme en rampe de lancement. Elle remporte le classement général de l’IBU Cup et gagne définitivement son ticket pour le plus haut niveau. Depuis, elle n’a cessé de gravir les échelons avec une constance stupéfiante.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
La saison 2023-2024 marque son véritable sacre. Lors de l’étape inaugurale de Coupe du monde à Östersund, par moins quinze degrés, Lou Jeanmonnot décroche un doublé historique sprint-poursuite qui la propulse immédiatement sous le feu des projecteurs. Elle devient la quatrième Française de l’histoire à réaliser cet exploit après les légendes Sandrine Bailly, Corinne Niogret et Marie Dorin-Habert. Quelques mois plus tard, aux Championnats du monde de Nové Město, elle empoche quatre médailles dont deux titres en relais, confirmant qu’elle appartient désormais à l’élite absolue du biathlon mondial.
La saison suivante, elle termine deuxième du classement général pour la première fois. Puis elle récidive en 2024-2025, dans un scénario cruel qui aurait pu la briser. Lors de l’ultime course de la saison à Oslo-Holmenkollen, elle dispute le gros globe de cristal coude à coude avec l’Allemande Franziska Preuss. Dans le dernier virage du dernier tour, Lou Jeanmonnot chute. Le globe lui échappe. Mais sa réaction en dit long sur son mental d’acier : quelques minutes après sa chute, elle célèbre avec Preuss, sans amertume apparente. Les deux rivales sont devenues amies, partageant même des séances d’entraînement durant l’été et des pizzas en Italie. Une élégance qui force le respect.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
Sur les bords de piste, Lou Jeanmonnot est devenue la chouchoute du public français. Son accent franc-comtois, sa tendance à parler à toute vitesse, sa simplicité désarmante et son naturel en ont fait une personnalité attachante. Martin Fourcade, légende vivante du biathlon, la désigne comme sa favorite parmi les nouvelles générations. Alexandre Rousselet, président de son club et entraîneur de l’équipe de France masculine de ski de fond, affirme que même dans le milieu ultra-compétitif du ski nordique, tout le monde l’adore. Un exploit en soi.
La Franc-Comtoise ne cache pas son attachement à sa région. Elle confie apprécier de voir flotter le drapeau bleu au lion doré de la Franche-Comté sur les bords des pistes, y voyant une chance supplémentaire par rapport à ses coéquipières. Cette fibre locale ne l’empêche pas d’embrasser pleinement son statut de leader de l’équipe de France. Sergent dans l’Armée de Terre depuis 2022, elle a défilé sur les Champs-Élysées le 14 juillet 2023, découvrant avec émotion la dimension collective de la performance militaire.
Devant les caméras, elle ne cache ni ses doutes ni ses ambitions. Après son doublé à Östersund fin 2023, elle déclarait à l’AFP sans détour : « Ça donne envie de plus. Ça veut bien dire que je suis capable de gagner. » Une franchise rafraîchissante dans un milieu souvent formaté. Cette saison, elle a enfin réussi à apprivoiser le Grand-Bornand, cette étape française où la pression du public l’inhibait jusqu’alors. En décembre dernier, elle y a décroché une victoire éclatante en poursuite, endossant le maillot jaune de leader avec fierté.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
À 27 ans, Lou Jeanmonnot aborde ses premiers Jeux Olympiques dans la peau de la favorite. Deux fois dauphine du classement général de la Coupe du monde, elle possède désormais l’expérience des batailles au sommet et la maturité pour gérer la pression olympique. Elle-même considère l’étape du Grand-Bornand comme un exercice préparatoire aux émotions qu’elle vivra en Italie : « C’est l’exercice qui se rapproche le plus pour moi des Jeux olympiques, en termes d’émotions et de volonté de briller. »
Actuellement leader du classement général de la Coupe du monde avec 68 points d’avance sur la Norvégienne Maren Kirkeeide, elle accumule les podiums et les victoires avec une régularité impressionnante. Sa précision légendaire au tir, sa vitesse sur les skis et surtout sa capacité à performer dans les moments décisifs font d’elle l’une des meilleures biathlètes du monde. Dès le 6 février, dans les montagnes italiennes, Lou Jeanmonnot aura l’occasion d’inscrire définitivement son nom dans l’histoire du sport français.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
De la benjamine acharnée du club Olympic Mont d’Or à la patronne du biathlon mondial, le parcours de Lou Jeanmonnot incarne une vérité sportive toute simple : le talent sans travail ne suffit jamais, mais le travail sans relâche finit toujours par payer. À Milan-Cortina, la Doubiste au sourire franc aura rendez-vous avec son destin olympique. Et cette fois, elle ne regardera pas la compétition depuis son canapé.
©Lou Jeanmonnot/Facebook
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