Emmanuelle Bonnet-Oulaldj : « Faire du sport n’est pas juste une finalité pour être en bonne santé, mais un processus d’émancipation… »

Emmanuelle Bonnet-Oulaldj
Il y a des décisions qu’on ne prend pas à la légère. Ce fut mon cas, soutenu par la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), dont je suis la co-présidente, concernant ma candidature à la présidence du CNOSF. Femme, quadragénaire, représentante d’une fédération multisports, n’ayant jamais été sportive de haut-niveau, cette démarche inédite a surpris. Tant mieux !

Par Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, candidate à la présidence du CNOSF*

Publié le 19 mars 2021 à 15h08, mis à jour le 26 février 2025 à 17h58

Bousculer les codes institués, mettre l’être humain au cœur de notre projet et de la relance des activités, plaider pour le caractère essentiel du sport associatif et du bénévolat, affirmer l’enjeu d’un service public du sport fort doté de moyens à la hauteur, reconnaître la légitimité du mouvement sportif dans sa diversité et son rôle dans la définition de l’intérêt général.

Mais aussi, privilégier la coopération et la solidarité à la concurrence entre les acteurs du sport associatif, faire de notre diversité une richesse pour la population et ses besoins…telle est la vision que je porte pour l’avenir du mouvement sportif fédéré, en prise à une grande fragilité liée à la crise sanitaire et à trois ans seulement des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris.

Découverte du walkingfoot avec la FSGT 13…

Pratiquante en club depuis toute petite, notamment dans le cadre scolaire, ma rencontre avec la FSGT en 2003 m’a transformée. Au fil des moments partagés avec des militantes et militants extraordinaires du sport populaire et de ma participation active au projet de la fédération, du local au national, j’ai compris la force émancipatrice du sport et de la vie associative.

Je défends une vision omnisport. Pas dans le sens d’une addition de disciplines sportives (je ne mets pas de “s” à omnisport !), mais dans celui de mettre le pratiquant et son développement au centre de la démarche, l’aider à acquérir des compétences, à innover pour trouver ses propres solutions lui permettant de progresser, de prendre du plaisir, de gagner.

Au départ de la course « Nage ton Canal »… ©Marie Lopez-Vivanco

Autrement dit, faire du sport n’est pas juste une finalité pour être en bonne santé, mais constitue bien un mouvement, un processus d’émancipation et une contribution à notre histoire culturelle, populaire et sociétale.

Cette approche, je l’ai développée au contact des fédérations affinitaires et multisports, avec mon club omnisport également, l’Association Sportive de la Jeunesse du 12e, à Paris.

Le sport, je ne l’ai jamais pratiqué ni de manière intensive ni à haut niveau. Mais, aujourd’hui encore, il m’arrive de participer à des compétitions ouvertes à tous et j’y prends le plus grand plaisir.

C’était le cas, en 2019, quand j’ai couru (et gagné !) avec deux collègues de la FSGT la course en relais de la Vivicitta à Vitry-sur-Seine, ou encore participé la même année à la seconde vague de « Nage ton canal » à Pantin, première course en eau vive ouverte à tous, en Seine-Saint-Denis.

Plus récemment encore, j’ai couru, avec ma mère, la dernière course d’avant confinement, les 10km du Canal en Seine-Saint-Denis, organisés par la FSGT.

Lors de la finale de la coupe Delaune… ©Jean-Yves Pencreach

Même si je ne suis pas sportive de haut niveau, je donne, à chaque fois, le meilleur de moi-même. Une conception que je veux défendre également. La compétition n’est pas l’apanage des plus forts, elle peut aussi être pensée pour toutes et tous.

Quel bonheur de franchir une ligne d’arrivée, de se dépasser, d’avoir participé à un événement collectif ! Ce plaisir devrait être accessible à toutes et tous, quel que soit son niveau, son âge, son lieu de vie.

Le plaisir, c’est également celui d’avoir accompagné ma fille dans ses apprentissages moteurs et sportifs : savoir grimper avant même de marcher, apprendre à nager sans brassard (car, oui, le corps est flottant, projecteur et propulseur, comme Raymond Catteau l’a appris à toute une génération de la natation française dont une certaine Roxana Maracineanu), glisser et rouler sous toutes ses formes, etc.

Autant d’acquisitions qui sont finalement les premiers pas de l’émancipation, savoir faire des choses qui permettent chaque jour de gagner en liberté, en autonomie, de progresser, de prendre du plaisir, de s’approprier autrement la nature… de dépasser ses propres parents.

L’éducation au sport, c’est aussi et surtout la découverte du club, de la vie associative, de ces espaces où la vie sociale ne se limite finalement pas à l’école, où l’accès à une pratique sportive ne se traduit pas par un acte d’achat et de consommation, où le bénévolat est un travail gratuit.

Ma fille en pleine ascension…

Pour un enfant, le sport peut se traduire également par la découverte de “modèles” qui parfois font rêver, toutes ces sportives que l’histoire n’aura pas retenue ou tardivement et que j’ai eu envie de lui faire découvrir : Emma Clarke, Carmen Crespo, Alice Milliat, Michaela Deprince, Yusra Mardini, Amna el Haddad, Wilma Rudolph, Lella Lombardi, Althéa Gibson et tant d’autres.

L’occasion est aussi donnée de déconstruire les préjugés sur des activités plus pour les garçons ou pour les filles, de parler d’égalité entre les femmes et les hommes, de laïcité où chacune et chacun doit trouver sa place quelque soit ses croyances ou non croyances, de racisme et des maux qui touchent le sport.

Bref, mon plus beau rôle est de l’aider à comprendre la société à travers le sport, la culture aussi, l’accompagner à devenir citoyenne.

Alors, oui, être candidate à la présidence du CNOSF revêt pour moi beaucoup de sens et d’engagement collectif.

Accompagnée par ma fédération et celles qui me soutiennent, j’y mets, avec d’autres, toute ma volonté : échanges bilatéraux avec les fédérations, rencontres thématiques tous les lundis retransmises sur BeSport pour construire mon projet, réactions aux sujets d’actualité et aux sollicitations des médias.

Mon objectif est de rendre le sport associatif fédéré plus inclusif et davantage connecté avec les enjeux de la société. Le sport n’a pas de bonnes valeurs en soi, elles se construisent.

Emmanuelle Bonnet Oulaldj…©Adeline Monnier

 

* Co-présidente de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), Emmanuelle Bonnet-Oulaldj visait, en 2021, la succession de Denis Masseglia à la tête du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). En 2023, suite à la démission de Brigitte Henriques, elle se porte de nouveau candidate.

Ouverture : Adeline Monnier

Vous aimerez aussi…

Manon : « J’ai longtemps cru que certains sports étaient réservés aux mecs ! »

Sportive tous azimuts depuis toujours – de l’équitation au tennis en passant par la course à pied, Manon n’aurait cependant jamais pensé soulever de la fonte un jour. Dans son esprit, c’était du « sport de mecs ! ». La passion communicative de son copain lui a fait pousser la porte d’une salle de CrossFit et, depuis, elle se sent plus forte. Un joli parcours d’ouverture d’esprit et d’émancipation par le sport.

Lire plus »
Femmes en montagne

La montagne, les femmes, tout un festival !

Devenir le premier festival français de films sur les femmes en montagne, c’est fait ! Et c’est l’association « On n’est pas que des collants » qui nous donne, pour sa deuxième édition, rendez-vous en novembre, à Annecy, pour des soirées ciné au plus haut des sommets ! Mais avant, ferventes montagnardes, n’oubliez pas votre caméra…

Lire plus »
Mon ado veut prendre de la prot’, c’est ok ou non ?

Mon ado veut prendre de la prot’, c’est ok ou non ?

Le jour où l’aîné de la famille est venu te demander de lui acheter des protéines, tu n’as pas su quoi lui répondre… Déjà que ces produits ne font pas consensus chez les adultes, alors quid de leur effet sur des ados ? Pas de panique, ÀBLOCK! t’éclaire sur les besoins nutritionnels d’un corps en pleine croissance.

Lire plus »
Emeline Delanis

Emeline Delanis : « L’athlé, c’était juste un loisir, je n’imaginais pas où ça allait me mener ! »

C’est l’athlétisme qui l’a choisie et non l’inverse. Emeline Delanis s’est mise à courir parce qu’elle était douée. Tout simplement. La jeune Francilienne, 24 ans, est rapidement montée en puissance… et en distance. Passée du 800 mètres au 10 000 mètres avec succès, double championne de France espoir 3000m steeple et 5000m en 2017, 3e aux Championnats de France élite l’an dernier, elle ne compte pas s’arrêter là et lorgne désormais du côté de la course sur route, mais aussi du marathon avec, dans un coin de sa tête, les Jeux Olympiques. Rencontre avec une fille endurante !

Lire plus »
Samantha Davies « Pour moi, en voile, le plaisir l’emporte toujours sur la souffrance. »

Samantha Davies : « Pour moi, en voile, le plaisir l’emporte toujours sur la souffrance. »

Elle est Anglaise de naissance, Bretonne d’adoption. À 46 ans, Samantha Davies a déjà roulé sa bosse sur tous les océans de la planète. Contrainte à l’abandon lors du dernier Vendée Globe après que son bateau, Initiatives-Cœur, ait heurté un ofni, la jeune louve de mer n’a qu’une idée en tête : repartir à l’assaut de ce tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance. Rencontre avec une fille qui sait garder le cap en toutes circonstances.

Lire plus »
Becky Hammon

Becky Hammon : la basketteuse qui s’offre une révolution de parquet

« Big shot Becky » est dans la place ! À 45 ans, Becky Hammon, après être devenue la première femme à coacher une équipe en NBA, marque un peu plus l’histoire du basket nord-américain en enchaînant les victoires en WNBA, la ligue féminine, et en étant élue entraîneure de l’année. Récit d’une fille qui sait prendre la balle au bond.

Lire plus »
Le Slopestyle ? Cékoiça ?

Le slopestyle ? Cékoiça ?

Si vous n’êtes ni un spectateur assidu des JO d’hiver ni un fin connaisseur d’épreuves de ski ou de snowboard, vous avez peu de chance de connaître ce mot ou plutôt cette discipline. Alors, c’est quoi, à votre avis, le slopestyle ? Les sportifs et sportives, les coachs, ont leur langage, selon les disciplines qui, elles aussi, sont régies par des codes. Place à notre petit lexique pratique, le dico « Coach Vocab ».

Lire plus »
Tour de France Femmes 2023, la route sera longue !

« Paroles d’engagés » : donnez voix aux acteurs du sport féminin pour FDJ

Trois portraits long format en marque blanche, trois personnalités inspirantes du sport français. À l’approche des Jeux Olympiques de Paris 2024, FDJ confie à ÀBLOCK!Studio la mission de raconter des parcours et engagements forts. Des interviews approfondies, déclinées en modules pour les réseaux sociaux, qui valorisent les partenariats de FDJ dans le cyclisme et le sport de haut niveau.

Lire plus »
1er août JO 1936 Berlin

1er août 1936 : les Jeux Olympiques s’ouvrent à Berlin

Ils vont vite prendre une signification très politique. Les Jeux Olympiques de Berlin, en 1936, vont devenir le lieu idéal d’une propagande du parti nazi par le sport. Ce 1er août, c’est donc dans une atmosphère festive, mais néanmoins tendue, que s’ouvrent ces Jeux de la XIe olympiade de l’ère moderne.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner