Lorsqu’elle croise le padel pour la première fois, lors d’une simple initiation, c’est au tennis qu’elle donne ses plus belles heures. Mais elle tente, pour voir, pour s’amuser. Sur le terrain ce jour-là, Brice Bernard, formateur et bientôt ami, l’observe jouer. Il lui souffle qu’elle pourrait aller loin. Très loin. Steffi Merah ne le sait pas encore, mais elle vient de trouver ce qu’elle cherchait depuis le tennis : une deuxième chance d’aller au bout de quelque chose.
Le tennis, elle est tombée dedans à 4 ans, comme toute sa famille : son père les y a mis très tôt, elle et ses frères et sœurs. Entre 7 et 10 ans, elle joue bien, elle est repérée dans les ligues. Puis, entre 11 et 14 ans, elle décroche. Le sport lui manque ; elle revient, mais sans jamais retrouver l’élan. Classée 5/6, sans parcours marquant, elle referme ce chapitre sans savoir qu’un autre, plus tard, s’écrira sur un terrain grillagé deux fois plus petit.
Le déclic, il est double. Il y a les mots de Brice Bernard, d’abord. Et puis, début 2023, la mort de sa mère, emportée par un cancer. « Foudroyant », confie-t-elle. De ce choc, Steffi Merah tire une décision simple : faire ce qu’elle a envie de faire. Elle qui se décrit comme quelqu’un d’assez nerveux, longtemps en colère contre la vie, trouve dans le padel un chemin pour canaliser tout ça. Pas un sport parmi d’autres : un moyen de grandir. La suite tient de l’ascension méthodique plus que du talent brut, et c’est elle-même qui le revendique : « Je ne pense pas être quelqu’un de particulièrement talentueux. Je pense surtout être quelqu’un qui travaille énormément », dit-elle dans Hérault Tribune.
De la 80e à la 7e place française, de la 700e à la 155e mondiale en deux saisons à peine. Installée à Agde avec son compagnon, coach de tennis qui l’entraîne au padel, Steffi Merah enchaîne les séances dès 7h30 du matin, complète par trois à quatre heures de préparation physique chaque semaine. En 2025, portée par cette régularité, elle atteint les demi-finales du FIP Silver de La Réunion, face à des joueuses classées dans le top 100 mondial.
En 2026, associée à Julie Razafindranaly, elle enchaîne les demi-finales sur le circuit international, de Hong Kong à Mumbai. Une saison qui pèse lourd : une finale en FIP Bronze, une demi-finale en FIP Silver, un quart en FIP Gold.
De quoi convaincre Yann Auradou, capitaine de l’équipe dames pour les Jeux Méditerranéens de Tarente, de lui offrir sa première sélection en équipe de France, devant des joueuses plus installées comme Camille Sireix ou Clara Mansart.
Steffi Merah n’a pas commencé le padel pour gagner. Elle l’a commencé pour tenir debout. Aujourd’hui, elle gagne aussi.