
Claire Bonnot
« Journaliste freelance, je balade ma plume de projets en projets où il est question de
Publié le 03 mars 2024 à 19h47, mis à jour le 03 février 2025 à 11h01
Tu t’appelles Adriana Martinez mais ton nom de Bgirl est « Campanita ». D’où vient-il ?
C’est le nom donné à la « Fée clochette » en Amérique du Sud… Un surnom que me donnait un copain du breakdance car il trouvait que je lui ressemblais. Mais c’était clairement pour m’embêter donc ça ne me plaisait pas du tout… Comme, au fur et à mesure, tout le monde m’a appelée comme ça, je l’ai pris comme emblème et aujourd’hui il ne vaut mieux pas embêter la Fée Clochette !
Comment as-tu découvert le breakdance ?
J’ai découvert le break à l’âge de 15 ans. J’ai grandi au Venezuela au sein d’une famille défavorisée, mes parents étaient très peu présents à la maison, j’étais très souvent seule. Un jour, j’ai suivi mes copines qui allaient voir danser leurs copains. C’était la première fois que je voyais ça : ils tournaient sur la tête !
Comme j’avais envie de me faire remarquer par un des garçons, je me suis dit : « Tu dois faire ça ! ». J’ai commencé à danser le break et j’ai totalement kiffé. Je sentais qu’en travaillant, en réessayant les figures, j’y arrivais. Et c’est une sensation incroyable, celle de vraiment avoir confiance en sa capacité à travailler car le travail paye !
Ça a fait bouger un truc en moi, dans mon cœur, le fait de savoir que j’étais capable, parce qu’en étant une fille, ce n’est pas ça qu’on m’avait mis dans la tête.
Puis, tu t’es installée en Argentine avant de venir en France…
Oui, je gagnais ma vie en faisant de la couture. Et j’ai remporté une battle qui m’a envoyée en Europe. C’était ma première fois là-bas. Quand je suis arrivée à Lyon avec l’équipe de breakdanseuses, on s’est fait voler toutes nos affaires.
Ça a été hyper compliqué pour avoir mes papiers de la part de l’ambassade d’Argentine car le Vénézuela bloquait mon dossier. On m’obligeait à retourner au Vénézuela. Je n’avais plus ma liberté. J’étais effrayée. J’étais sans papiers et je savais que si on me les donnait, je ne serais pas libre. J’ai continué comme je pouvais en France… C’est là où j’ai connu la culture française, l’art, l’intelligence des gens, j’avais vraiment la sensation qu’ici les gens nous respectaient, nous les danseurs de break. J’ai même vu une mamie venir voir une battle, c’était inimaginable pour moi !
J’ai eu la chance de danser dans des espaces comme le 104 à Paris et avec des danseurs qui me faisaient rêver quand je regardais des vidéos dans mon pays…. C’est à ce moment-là que je me suis dit : si je peux choisir, je choisis de vivre en France.
Entre-temps, en gagnant une nouvelle compétition en Colombie, j’ai demandé mes papiers au Vénézuela en tentant le tout pour le tout. Je ne lâche jamais rien et ça a payé. J’ai ensuite eu mon statut de refugiée politique en France. Cela fait cinq ans.
©Jim Lasouille
Et qu’est-ce que ce sport t’a apporté sur le plan du mental ?
Toutes mes bases, toutes mes valeurs et toute ma construction mentale ! Le break m’a offert le respect, la confiance en moi, la curiosité, la capacité à comprendre mon corps. Je suis passée par des choses extrêmement dures à vivre – j’ai dormi dans la rue et j’ai dû me battre à chaque étape, et c’est le break qui m’a appris à me positionner dans la vie. Et en tant que femme, il m’a montré que je suis capable, et que tout dans ma vie est entre mes mains.
Tu es d’ailleurs parvenue à devenir championne de France deux fois d’affilée, en 2022 et en 2023…
Oui, même si ma situation n’est pas simple, je ne stopperai jamais mes rêves. J’ai réussi à vraiment m’insérer dans la culture hip hop en France. C’est vraiment une fierté que mon nom soit associé à cette compétition.
J’ai été bien reçue ici même si j’ai dû faire face à des situations problématiques envers les femmes : parfois les mecs ne supportent pas qu’une femme ait le même niveau, donc ça peut partir en live…
©Omard Payette
Justement, tu es très impliquée dans le break au féminin, tu as créé « EntreBgirls » qui propose un « safe space » pour les danseuses dans le breakdance.
Le projet a commencé en 2020 pour les Bgirls d’Amérique latine car, à l’époque, je ne parlais pas très bien le français. Je connaissais toutes les filles du break là-bas.
Depuis le début, des problématiques ont été soulevées, mais au tout début, c’était compliqué de se rendre compte que c’était un abus – de pouvoir, sexuel ou autre. J’ai mis du temps à réaliser tout ça moi-même et c’est en rencontrant différentes femmes d’Amérique du Sud qui évoluent dans le break que j’ai eu envie de créer un espace où parler de ces problématiques pour la nouvelle génération.
La première session a été un succès. Il y avait besoin de cet espace pour les filles car beaucoup de garçons nous avaient mis dans la tête que les autres filles étaient nos ennemis, la battle étant une compétition.
©Omard Payette
Il y a eu deux autres éditions ensuite, le projet a évolué ?
La deuxième édition a eu lieu en Europe, en langue anglaise, avec des danseuses d’une dizaine de pays différents. Le sujet mis sur la table a été celui du positionnement des femmes dans le monde du break. Sur différentes thématiques : vestimentaire, la présence sur les réseaux sociaux, le rapport à l’alimentation, le mental. Parce qu’on exige beaucoup des femmes dans le milieu de la danse : il faut se casser en quatre pour gagner des points, montrer que tu es forte, bien se placer sur les réseaux, sinon tu n’as pas ta place dans le game. On faisait toutes face à la même pression.
La troisième édition a permis d’inviter des professionnels à donner leurs conseils sur ces problématiques : une gynécologue pour discuter de la performance modifiée des femmes pendant le cycle, une psychologue pour traiter du sujet du mental et de la pression, une journaliste pour apprendre à se présenter…
Où en est réellement la place des femmes dans le breakdance aujourd’hui ?
Le milieu en France est vraiment dans les mains des garçons. Il y a trois cents battles et à peine quatre femmes qui m’ont contactée en tant qu’organisatrices. Ce n’est pas un milieu directement violent, mais ce qui est violent c’est que les inégalités sont ancrées dans la société. Du coup, ça passe.
Tout est psychologiquement chargé pour les femmes, on doit gérer tous les à-côtés en plus de la performance. J’aimerais connaître le jour, où en tant que femme, on n’aura plus à se battre chaque jour.
Je sens quand même que les choses changent un peu et qu’il y a plus de femmes dans le mouvement et plus d’espace(s) pour prendre la parole et parler des sujets délicats.
©Little Shao
Le breakdance fera son apparition aux JO de Paris pour la toute première fois. Mais tu n’as pas souhaité participer aux sélections, pourquoi ?
J’estime que les valeurs des Jeux Olympiques ne représentent absolument pas mon histoire et la philosophie que j’ai du breakdance. Pour moi, les JO vont s’emparer de la discipline du break pour l’exploiter économiquement. Mais le break appartient à une culture, celle du hip-hop. Tu ne peux pas séparer les deux.
Et puis, dans le break, la personnalité du danseur est une valeur plus importante que la performance. Avec les JO, il va y avoir un standard qui va permettre de gagner la médaille.
Le breakdance, sur le plan culturel et personnel, permet de gagner le respect, d’apprendre à bien se comporter, d’être dans la transmission, de résoudre des problèmes. C’est ça la vraie magie du break !
L’accès aux JO n’est pas quelque chose de négatif, mais les nouvelles générations doivent savoir quel est le rôle culturel du break.
©Jim Lasouille
Ça n’a pourtant pas dû être une décision facile à prendre…
Non, parce que ça aurait pu m’offrir beaucoup de choses et me changer la vie, mais je ne voulais pas devenir accro au business comme les footballeurs. Ce qu’on offre avec le hip-hop est beau et sauve des vies, le mouvement social derrière est primordial pour moi.
C’est quoi pour toi le break, en résumé ?
C’est un moyen de m’exprimer librement, je peux bouger comme je veux, extérioriser mes sentiments, être heureuse, énervée, pas d’accord. Avec le break, je représente mon histoire.
À quoi tu penses quand tu breakes ?
Si je suis en plein entraînement, j’ai l’impression de m’étaler comme si j’étais la mer, je me sens capable de prendre toutes les formes, de partir un peu de partout. En battle, je suis plutôt en mode « j’ai peur ! » … de rater, de tomber. J’ai la pression ! Je dois travailler le mental.
Quelle est ta « touche » de breakeuse ?
C’est mon énergie. Je veux que les gens puissent le voir avec chaque step que j’exécute. Je veux qu’ils soient touchés, qu’ils sentent ce que je veux exprimer.
J’ai aussi des mouvements signature qui ne sont qu’à moi, qui sont uniques et qui font que les gens se rappellent de moi : je fais beaucoup de mouvements sur les coudes, je tourne comme un blender sur le sol, je glisse sur mon épaule…
La philosophie, c’est comme un ami Bboy me l’a dit un jour : donner l’impression à ceux qui regardent le break que c’est simple comme bonjour…
Après tous ces combats, quel est ton plus grand rêve aujourd’hui ?
Déjà, ce qui m’est arrivé est incroyable et il m’arrive parfois de me dire que je vais me réveiller ! Donc, déjà, je suis remplie de gratitude.
Mais sinon, oui, je suis une petite rêveuse, donc j’ai plein de rêves ! J’ai notamment envie de faire un solo, un spectacle pour raconter toute mon histoire de résilience à travers la danse. Et puis, côté battle, il y a encore pas mal de trophées que je cherche à obtenir.
Sinon, je gagne ma vie avec la danse en tant que danseuse professionnelle, je fais des stages, des workshops, je voyage dans des écoles de danse pour des associations, je suis allée trois fois en Afrique, je fais des tournées avec des compagnies de danse, je suis jury dans des battles… Je vis au rythme du break !
Pour soutenir Adriana Bgirl Campanita, go sur son Instagram @bgirlcampanita
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