Kti Devos : « En parapente, hommes et femmes jouent ensemble. »Journaliste, pilote, 60 ans

Kti Devos : « En parapente, hommes et femmes jouent ensemble. »
Pour son soixantième anniversaire, elle s’est offert un titre de vice-championne du monde de précision d’atterrissage. Elle, c’est Kti Devos, pilote référence en vol et ski et en précision d’atterrissage, deux disciplines affiliées au parapente. Témoignage d'une fille de l’air.

Propos recueillis par Sophie Danger

Publié le 13 février 2024 à 14h12, mis à jour le 17 janvier 2025 à 15h53

« Je suis onze fois championne de France, un palmarès qui englobe deux disciplines, la précision d‘atterrissage et le vol et ski. La précision d’atterrissage consiste à décoller d’une montagne ou au treuil pour se poser sur une pièce d’un euro matérialisée par un petit point d’un centimètre sur un plateau électronique de 16 cm de rayon. Le vol et ski peut être également vu comme de la précision d’atterrissage mais en un peu moins précis. C’est une discipline qui s’apparente plus à du jeu et qui se déroule durant l’hiver.

Pour ma part, j’ai commencé par le vol et ski, j’en fait depuis vingt ans en compétition. La précision d’atterrissage existe depuis très longtemps à l’international mais n’est reconnue, en France, que depuis six ans. Je suis devenue championne d’Europe en 2022 et vice-championne du monde en 2023.

Mon attrait pour le sport vient de l’enfance. J‘ai toujours aimé jouer et le sport, pour moi, est la continuité du jeu. J‘ai découvert le sport à l’école, en sixième, comme plein d’enfants qui n’y sont pas poussés par leurs parents. J’ai eu une prof d’EPS qui était toute jeune et représentait, pour moi, la prof parfaite. J‘ai su, d’emblée, que j’allais aimer le sport et que je voudrais devenir comme elle, prof d’EPS.

©Kti Devos

J‘ai pas mal pratiqué l’athlétisme et le handball, j’ai joué à Antibes et à l’AS Monaco. J’aurais rêvé faire du foot mais, à l’époque, on était souvent obligées de faire croire qu’on était un garçon pour pouvoir jouer les week-ends.

J’ai arrêté le handball quand j’ai découvert le parapente. C’est le hasard qui m’y a amenée. J‘ai croisé Pierre Pagali avec qui je vis et qui est le papa de mon fils, il faisait du parapente et, même si je n’avais pas du tout d’ouverture sur le monde aérien, ça a été coup de foudre ! C’était en 1988, j’avais 26 ans et je ne suis plus jamais rentrée dans une salle de hand.

En parapente, il y a le silence, il y a la liberté ce qui contraste avec le handball, les voyages en bus, les stades où tout le monde crie, où on se fait parfois insulter par les supporters adverses. Là, d’un seul coup, quelque chose a switché en moi, je me suis dit que c’était de ça dont j’avais envie, de plein air, de découvrir une nouvelle activité.

Ce que j’ai tout de suite aimé dans le parapente, c’est le fait de pouvoir aller me balader avec un petit sac à dos, partir en montagne et redescendre en volant. Dès l’instant où j’ai commencé à voler, je n’ai fait presque que ça.

J’ai passé le Brevet d’État deux ou trois ans plus tard et j’ai un peu enseigné mais, avec Pierre, très rapidement, on s’est lancés dans l’aventure Parapente Mag, un magazine qui vient de fêter ses 35 ans.

J‘ai commencé la compétition par la distance, indispensable pour passer son BE, et ça m’a beaucoup plu mais je me suis vite orientée vers le vol et ski parce que je suis devenue maman et que la distance me prenait trop de temps.

Je ne pratique pas pour cumuler les titres mais il se trouve que j’en ai cumulé. Gagner fait toujours plaisir mais, sur le plan compétition pure, le vol et ski c’est aussi quelque chose de ludique. En précision d’atterrissage, le niveau n’est pas le même, c’est un niveau international.

Aujourd’hui, je suis face à des pros – il y a des pilotes pros dans les pays asiatiques – et ça m’a permis de me connaître un petit peu mieux. Par rapport à d’autres, j’ai une pratique assez dilettante parce que j’ai un travail, parce que je ne vis pas sur un site, parce que mon état d’esprit, parce que mon âge. Je viens d’avoir 60 ans et quand j’étais sur le podium des Championnats du monde, j’ai senti très fort que je venais de m’offrir mon cadeau d’anniversaire.

L’âge, on s’en fiche complètement, je n’ai pas envie de le planquer. Bien évidemment, j’ai mal partout ; bien évidemment, je ne peux pas m’entraîner comme je le voudrais si je le souhaitais vraiment, mais j’ai la chance de pratiquer une discipline qui n’est pas très physique. Il faut quand même être en forme mais, même si les années passent, les qualités athlétiques s’estompent. Grâce à l’expérience, grâce au mental, je peux me bagarrer avec des petits jeunes. L’autre attrait du parapente, c’est que c’est un sport ouvert aux femmes.

Dans notre sport, il y a toujours eu entre 5 et 10 % de femmes et aujourd’hui, même si je n’ai pas les statistiques exactes, ça doit monter à 12-15 %. En compétition, sur les Championnats du monde, on était 35 femmes sur 130 pilotes, ce qui fait quand même une belle proportion mais ce qui est chouette surtout, c’est que l’on joue ensemble.

Bien sûr, au niveau des résultats, il y a encore une catégorie homme et une catégorie femme mais, dans notre discipline, on pourrait très bien imaginer qu’il n’y ait qu’une seule catégorie. Être un garçon, n’est pas un avantage, il n’y a pas de notion de force, de notion de vitesse. Finalement, tant mieux pour nous qu’il y ait encore cette classification qui permet de faire des podiums : en championnat d’Europe, je termine 9e sur 130 pilotes en open mais, s’il n’y avait pas de classification femme, je n’aurais pas fait un podium. Je pense, qu’à l’avenir, les femmes seront encore plus nombreuses.

En France, la discipline n‘est quasiment pas connue mais elle va le devenir parce que la précision d’atterrissage est une activité non violente : on ne se fait pas peur, c’est vraiment du vol soft et quand on a des enfants, il y a possibilité de s’entraîner avec les gamins en choisissant des sites de proximité où il y a peu d’espace entre le décollage et l’atterrissage.

D’ici-là, j’espère que je ferai encore de la compétition et surtout, j’espère que je coacherai des jeunes, que je pourrai leur apporter mon expérience. Moi, c’est quelque chose dont je n’ai pas pu bénéficier parce que la discipline est nouvelle et que nous avons défriché.

Alors, autant rendre service à ceux qui arrivent, autant préparer le terrain pour les jeunes générations. » 

©Jaroslav

Elles aussi sont inspirantes...

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

Pauline Delaporte : « Le Pacific Crest Trail ? J’avais envie de marcher de tout mon soûl, autant que possible. »

C’est une aventure qu’elle partage avec Léa, sa « binôme de marche ». Depuis mai dernier, Pauline Delaporte parcourt le PCT, comprenez Pacific Crest Trail, l’un des plus grands sentiers de randonnée au monde qui traverse l’ouest des États-Unis, du Mexique au Canada. Pas moins de 4 260 kilomètres à parcourir en pleine nature, à leur rythme, en dehors de toute idée de performance ou de défi.

Lire plus »
Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j'ai l'impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j’ai l’impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Une ascension qui semble « unstoppable », une passion à toute épreuve, l’histoire de Jeanne Garreau avec la course est faite d’embûches et de rebonds. Après seulement six ans de pratique et plusieurs blessures, elle a signé, en juillet dernier, le nouveau record féminin du Semi-Marathon du Mont-Ventoux Kookabarra, le plus dur d’Europe. Et ce n’est pas la seule victoire à son compteur.

Lire plus »
Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

Salima : « Si, à mon âge, je veux traverser la Manche à la nage, ce n’est pas pour l’exploit. »

À 67 ans, cette ancienne championne des bassins s’apprête à devenir la deuxième femme la plus âgée au monde (et la première française) à avoir traversé la Manche. Dès que le temps le permet, Salima Bouayad Agha s’élancera, depuis Douvres en Angleterre, pour un défi qui la verra relier les côtes françaises à la nage. Parce que vieillir, ce n’est pas abandonner ses rêves.

Lire plus »
Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c'est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Valérie Marqueton : « Ce défi de Mini Transat, c’est une façon de dire qu’on peut se réinventer à 50 ans. »

Il y a six ans, elle n’était jamais montée sur un bateau. Valérie Marqueton tente désormais de se qualifier pour la Mini Transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire, sur un voilier de seulement 6,50 m, sans assistance ni communication extérieure. Son ambition : réaliser enfin son rêve d’enfant, l’année de ses 50 ans, et encourager les femmes à ne pas se mettre de limites.

Lire plus »
Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le marathon de Paris ! »

Marion Navarro : « Après Miss France et Pékin Express, je suis prête pour le Marathon de Paris ! »

Elle s’est longtemps rêvée danseuse. Jusqu’à la blessure. Et puis il y a eu l’aventure Miss France, et une victoire à Pékin Express. Pour ses 23 ans, Marion Navarro avait envie d’une nouvelle aventure qui lui permettrait de repousser encore un peu plus ses limites. La Team Running Intersport lui en a apporté une sur un plateau : le Marathon de Paris qui s’élancera ce 12 avril et que la néo-runneuse envisage de boucler en 5 heures.

Lire plus »

Vous aimerez aussi…

Aliyah Elong : « En flag, je me sens carrément invincible. »

Aliyah Elong : « En flag, je me sens carrément invincible. »

À 22 ans, elle est la benjamine de l’équipe de France féminine de flag football, mais pas la dernière pour motiver les troupes. Au poste de défenseure ou de receveuse, Aliyah Elong, toujours ÀBLOCK!, a ce petit truc en plus qui la rend imprévisible sur le terrain. Ex-joueuse de tennis de haute volée et mannequin à ses heures, la jeune recrue mise tout sur le flag et les JO 2028.

Lire plus »
Jeanne Richard

Jeanne Richard : « En biathlon, je peux partir très loin dans ma tête. »

Elle fonce avec la fougue de sa jeunesse et vise juste. Jeanne Richard est la biathlète française à suivre à la trace. Doublement médaillée aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2020, la haut-savoyarde vient de se placer en première place des Championnats du monde jeunes de biathlon. Fraîcheur, plaisir et récompenses, Jeanne Richard a trouvé son sport-épanouissement !

Lire plus »
Cédrine Kerbaol : « Gagner le Tour de France femmes, c'est un de mes gros objectifs. »

Cédrine Kerbaol : « Gagner le Tour de France Femmes, c’est un de mes gros objectifs. »

Elle est l’une des petites reines à suivre. Ce 12 février, Cédrine Kerbaol sera au départ de la Setmana Ciclista Valenciana, une course par étapes de quatre jours. Celle qui entame sa 2e saison sous les couleurs de la formation américaine EF-Oatly-Cannondale continue de tracer sa route au gré de ses envies. Et au rang de ces envies, la Finistérienne de 24 ans a coché un rendez-vous incontournable : le Tour Femmes !

Lire plus »
Emilie Mouchet : « La force athlétique n’est pas qu’un sport de brutes ! »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

L’histoire au féminin d’une future discipline olympique, la nouvelle numéro 1 de l’organisation des JO et une super-héroïne qui veut inspirer, c’est le meilleur de la semaine sur ÀBLOCK!. Enjoy !

Lire plus »
Marie Patouillet : « Je me suis lancée dans le sport comme on se lance dans l’inconnu. »

Marie Patouillet : « Je me suis lancée dans le sport comme on se lance dans l’inconnu. »

Née avec un handicap au pied et à la cheville, elle n’a aucune limite. Marie Patouillet, médaillée paralympique en cyclisme à Tokyo, a toujours été guidée par son amour du sport, son courage et sa détermination. Un dépassement de soi qui l’a menée sur la piste aux étoiles : celles des athlètes de haut niveau qui inspirent et font avancer bien des causes car cette fille-là roule pour les femmes et les athlètes handisport.

Lire plus »
Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j'ai l'impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Jeanne Garreau : « Lorsque je cours, j’ai l’impression que rien de mal ne peut m’arriver. »

Une ascension qui semble « unstoppable », une passion à toute épreuve, l’histoire de Jeanne Garreau avec la course est faite d’embûches et de rebonds. Après seulement six ans de pratique et plusieurs blessures, elle a signé, en juillet dernier, le nouveau record féminin du Semi-Marathon du Mont-Ventoux Kookabarra, le plus dur d’Europe. Et ce n’est pas la seule victoire à son compteur.

Lire plus »
Hazal Nehir, folle de toits

Hazal Nehir, folle de toits

Rien ne l’amuse davantage que de jouer les acrobates. Hazal Nehir, l’un des espoirs du free running, s’est illustrée au ciné, dans l’ombre de Tom Cruise. Portrait d’une intrépide qui trouve dans cette discipline dérivée du parkour, un moyen de s’exprimer avec son corps.

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner