Silvia Vasquez-Lavado L'Everest pour dompter ses démons

Silvia Vasquez-Lavado, toujours plus haut, toujours plus forte !
Pour se sortir de son chemin de croix, Silvia Vasquez-Lavado a visé les plus hauts sommets. Maltraitée dans son enfance, meurtrie par la vie, cette Péruvienne qui ne croyait plus en rien est devenue alpiniste. Aujourd'hui, elle gravit des montagnes pour aider les victimes d'abus sexuels à se reconstruire.

Par Alexandre Hozé

Publié le 10 janvier 2024 à 18h15

Ne jamais avoir peur de viser les sommets… Silvia Vasquez-Lavado l’a compris tardivement au détour d’une expérience peu commune. Une expérience qui l’aura conduite à devenir une grande alpiniste. On ne parle pas ici de sportive de haut-niveau, la compétition, ce n’est pas ce qui intéresse cette Péruvienne de 49 ans. Mais, pour être ÀBLOCK!, pas besoin de gagner des médailles… 

Pour autant, n’allez pas croire que Silvia Vasquez-Lavado fait dans la dilettante ! Mais pour cette femme-là, l’escalade n’est pas une histoire de performance mais une histoire d’engagement, de bien-être et de renouveau. Le tout venu d’une urgence, celle de vaincre ses démons… 

©️silviavasla/Instagram

Tout commence le 6 septembre 1974, à Lima, capitale du Pérou. Ce jour marque l’arrivée de la petite Silvia sur Terre. Mais son enfance va prendre la forme d’un long calvaire. Un père violent, un ami de la famille qui abuse d’elle sexuellement, la gamine est confrontée au pire. Et si l’obtention d’une bourse universitaire lui permet de s’envoler (s’évader) pour les États-Unis à 18 ans, le mal est fait.

Embauchée dans des sociétés de ventes d’alcool, elle en devient accro et en paie le prix fort. Elle le confie aujourd’hui, à cette époque, « une part d’elle voulait en finir. » Mais c’était sans compter l’appel de la montagne… 

De retour au Pérou pour des congés, Silvia Vasquez-Lavado, qui n’en finit pas d’être torturée par son passé, s’essaye à la consommation de l’ayahuasca, une préparation hallucinogène. Et cette expérience va l’emmener plus loin qu’elle ne l’imaginait, elle a en effet une vision qui va tout changer : elle se voit petite fille réalisant l’ascension d’une montagne. De la substance fantasmagorique à la réalité, il n’y a pas qu’un pas, il y a toute une épopée ! La Péruvienne décide de vivre ce rêve hallucinatoire. 

©️silviavasla/Instagram

Silvia Vasquez-Lavado commence, en 2005, par un trek qui la mène au pied de l’Everest. Face au plus haut sommet du monde, elle se promet de revenir. Promesse qu’elle tiendra onze ans plus tard. 

Avant ça, elle s’engage à fond dans l’alpinisme : ascension du Kilimandjaro en Tanzanie, en 2005, le Mont Elbrouz en Russie l’année suivante puis, en 2014, l’Acaconcagua en Argentine, avant le Mont Kosciuszko en Australie, la Pyramide de Carstensz en Indonésie et le Massif de Vinson en Antarctique en 2015. C’est simple, les plus hautes montagnes de chaque continent !

Mais pour intégrer le club très fermé des « huit sommets », impossible de ne pas tenter le plus gros… En mai 2016, elle se lance à l’assaut du « Toit du Monde », sur les pentes de l’Everest. Mais elle n’y va pas en solitaire, elle partage l’aventure avec d’autres femmes, elles aussi abusées sexuellement au cours de leur vie. Deux ans auparavant, elle a en effet fondé l’organisation « Courageous Girls » qui vient en aide aux victimes d’abus sexuels.

©Courageous Girls

Cette aventure, Silvia Vasquez-Lavado la vit comme une libération. Dans un environnement extrême, elle laisse sa peur derrière elle et découvre une force insoupçonnée. La mission Everest se solde par un succès sur tous les plans. Un succès qui en appellera d’autres… 

En alpinisme, tout d’abord, avec l’ascension du Denali ou McKinley, plus haut sommet d’Alaska, qui fait d’elle l’une des premières femmes et la seule, comme elle aime le confier, ouvertement lesbienne à avoir grimpé les « huit sommets ». Sur un plan plus personnel, ensuite, avec sa victoire contre cet ennemi qu’elle avait bien du mal à dompter : l’alcool.

L’aventure du « Toit du Monde » est une telle réussite, elle fut tellement belle, que la Péruvienne choisit de se lancer dans l’écriture de son autobiographie. Son maître-mot désormais : le partage ! 

©️silviavasla/Instagram

En février 2023, « À l’ombre des montagnes » est publié. D’autres projets vont voir le jour, notamment la création d’une série sur sa vie avec l’actrice Selena Gomez qui lui donnera vie à l’écran. 

Cette grande dame le sait, son témoignage est un hymne d’espoir pour les victimes d’abus sexuels, mais plus largement pour toutes les femmes meurtries. Indépendante et courageuse, Silvia Vasquez-Lavado a trouvé sa nouvelle mission : s’engager pour faire entendre sa voix et, avec elle, celles de toutes ces laissées pour compte qui reprennent leur vie en main en gravissant des sommets.

©️silviavasla/Instagram

*« À l’ombre des montagnes », éditions Michel Lafon Canada

Ouverture ©️silviavasla/Instagram

Vous aimerez aussi…

Agathe Bessard

Agathe Bessard : « En skeleton, t’as pas le choix, il faut foncer ! »

Une fusée qui glisse comme elle respire, un sang-froid et une concentration inébranlables… Celle qui aime se surnommer « Fast & Curious » a une longueur d’avance : pionnière dans le skeleton féminin français, médaillée de bronze aux JO de La Jeunesse 2016, vice-championne d’Europe junior par deux fois et au bout du tunnel (de glace) : les JO d’hiver 2022. Rencontre tout schuss avec une reine de la luge.

Lire plus »
Maureen : « Grâce au street workout, on se sent maître de soi-même et de son corps. »

Maureen Marchaudon : « Grâce au street workout, on se sent maître de soi-même et de son corps. »

Suite à une anorexie mentale, Maureen Marchaudon découvre la pratique du street workout, un sport encore jusque-là réservé aux gros bras masculins. Piquée de ces figures qui allient force, agilité et technique, elle devient vite insatiable jusqu’à décrocher le titre de vice-championne de France 2024 de street workout freestyle et à l’enseigner aux femmes qui veulent r(re)trouver la confiance en elles. Who run the world ? Girls !

Lire plus »

Du yoga pour mieux vivre le confinement

Si le temps est à l’enfermement, si l’on se prive des autres, que l’on se coupe de l’extérieur, l’ouverture peut être intérieure. C’est ce que propose ce nouveau podcast via des séances guidées de yoga et réalisé par la yogi Isabelle Morin-Larbey. Un cadeau précieux.

Lire plus »
Sarah Baum

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une génie tactique, une surfeuse en vogue (Sarah Baum sur notre photo), une pilote historique, une dame attachée au ballon rond ou encore notre ambassadrice qui parle cross, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Enjoy !

Lire plus »
Le sport féminin ébranlé par la crise sanitaire ?

Le sport féminin post-Covid-19 ? Attention, fragile !

La belle avancée du sport féminin a-t-elle vu son élan brisé par la crise sanitaire ? En passe d’être la variable d’ajustement, le sport féminin n’a pas dit son dernier mot et reste mobilisé, malgré la crise, pour atteindre son but : plus de médiatisation, plus de moyens, plus de pratiquantes. Un jeu de stratégies tout en vigilance et continuité qui pourrait bel et bien dessiner un « monde sportif d’après ».

Lire plus »

Simonne Mathieu, la reine de la terre battue qui fit trembler les filets en 1930

Elle est la deuxième meilleure joueuse de tennis française de tous les temps, mais la mémoire collective n’a pas retenu son nom. Simonne Mathieu, tapie dans l’ombre écrasante de Suzanne Lenglen, n’a pas eu la place qu’elle méritait dans les livres d’histoire. Et pourtant. La Francilienne, deux fois victorieuse en simple de Roland-Garros, s’est illustrée par son talent sur les courts, mais aussi par son parcours de résistante au service de la France libre.

Lire plus »
Eugénie Le Sommer

Dans les petits secrets des joueuses de l’OL

Cinquante ans. Voilà pile un demi-siècle que la pratique du foot par les filles a été reconnue officiellement par la fédé française. Parfaite occasion pour s’inviter sur le terrain d’une des meilleures équipes féminines au monde, celle de l’OL, star d’un documentaire qui tire en pleine lucarne !

Lire plus »
Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

Diane Servettaz : « Avec le vélo, j’ai compris que même si ça flanche côté mental, t’en as encore sous la pédale. »

En à peine trois ans, cette passionnée de vélo a décroché un podium sur 500 kilomètres et bouclé sa première course d’ultra, la fameuse BikingMan, en tant que première féminine. Carburant aux défis, pédalant sans relâche, surmontant tous les obstacles grâce à un mental d’acier, la Savoyarde n’a pas fini d’enfiler les kilomètres dans ce sport de l’extrême. En piste !

Lire plus »
 Lilou Ruel : "Il faut donner confiance aux filles, leur dire qu'elles peuvent devenir hyper forte en parkour." 

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Des filles qui partent à l’assaut du désert péruvien, une jeune gardienne qui connaît sa première compétition internationale, une championne qui vise les sommets (Lilou Ruel sur notre photo) et une pionnière sifflet en bouche ? C’est le meilleur d’ÀBLOCK! pour la semaine, bonne lecture !

Lire plus »
Isabelle : « Continuer le sport fait partie de ma lutte contre le cancer du sein. »

Le Best-of ÀBLOCK! de la semaine

Une étude sur les corps féminins musclés à l’extrême, une crossfiteuse qui combat la maladie par le sport (Isabelle sur notre photo), une nouvelle chronique philo signée Marie Robert, un récap’ de la dernière compet de ballon ovale, c’est le meilleur d’ÀBLOCK! Bonne (re)découverte !

Lire plus »

Recherche

Soyez ÀBLOCK!

Abonnez-vous à la newsletter

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner