Marie Moulin : « En pole dance, quand je m’élance sur la barre, j'ai un shoot de confiance en moi. »34 ans, ostéopathe, championne et coach de pole dance

Marie Moulin : « En pole dance, quand je m’élance à la barre, je m'offre un shoot de confiance en moi. »
Elle à la musculature dessinée et carbure à la positivité. Marie Moulin, athlète de pole dance, s’est hissée au top en décrochant le titre de championne de France en 2018 et 2021 avant de décider de transmettre sa passion. Ostéopathe de métier, cette perfectionniste met la barre haut dans tout ce qu’elle fait. Témoignage d'une pole danceuse hyper-active.

Propos recueillis par Claire Bonnot

Publié le 10 mars 2026 à 17h48

« Ma lubie, enfant, c’était de faire de la musique. À l’âge de 6 ans, j’étais en classe de musique au Conservatoire, je faisais du violoncelle. En sixième, c’est devenu une classe qui réunissait danse et musique. Je me suis vite dit qu’au lieu de rester plantée là, je pourrais suivre le cours de danse aussi. J’ai donc fait le double cursus pendant deux ans. Et ça s’est tellement bien passé que je suis partie en internat pour pratiquer la danse classique. Au départ, c’était juste parce que j’aimais bouger. Cela dit, j’ai toujours fait de la compétition, que ce soit pour le violoncelle, la danse ou même l’équitation que je pratiquais à côté. Mais c’était juste un challenge perso, pour avoir des objectifs.

©Deluc

C’est quand on m’a proposé d’intégrer des compagnies de danse, vers l’âge de 17 ans, que les choses sont devenues sérieuses. Et c’est là où il a fallu que je fasse un choix de vie : est-ce que je voulais devenir danseuse professionnelle ? Ce qui voulait dire, aussi, devoir arrêter ma carrière à 30 ans. Or, à ce moment-là, je savais déjà que le métier d’ostéopathe me plaisait. La pole dance est arrivée bien après. De mes 17 à mes 24 ans, je n’arrivais pas à trouver le sport qui me plaisait. Et puis, ça a été une période où je me suis beaucoup concentrée sur mes études et mon métier d’ostéopathe. Ce n’était pas un problème pour moi d’être beaucoup moins sportive. Ce n’était pas encore une addiction !

©Luigi Rome

Ce qui est drôle, c’est que pendant mes cinq ans d’études d’ostéo, je suis passée tous les jours devant une école de pole dance… Mais comme beaucoup de monde, à l’époque, j’avais une mauvaise image de la pole. Une image un peu plus sexualisée, et ce n’était pas du tout le genre de choses qui me plaisait. J’étais même très fermée sur le sujet. Alors que, maintenant, je peux comprendre qu’en tant que femme, on ait envie de trouver sa sensualité, sa féminité, en pratiquant la pole dance.

Mon histoire avec cette discipline a commencé par hasard : une pote m’a convaincue de venir essayer un cours, elle était certaine que ça me conviendrait. J’en suis tout de suite devenue complètement folle, et j’y suis rapidement allée quatre fois par semaine ! Ce que j’ai trouvé génial, et que je n’avais pas trouvé dans la danse, c’est la confiance en soi. Parce que l’évolution est vraiment visible. À chaque cours, tu apprends une nouvelle figure et tu peux quantifier ta progression. Même si j’avais beaucoup perdu en souplesse, c’est allé assez vite parce que j’avais une très bonne coordination des mouvements.

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La pole dance, c’est un mélange de danse et de gymnastique. Il y a une part très sportive et une part où tu as accès à tes émotions, une part où tu peux les laisser parler au travers de ta coordination entre tes mouvements et la musique. Tu ajoutes ensuite des figures qui peuvent être dangereuses ou physiquement difficiles. Ça donne un combo explosif, un sport hyper complet. Moi, ce que je recherche dans tout ce que je fais, c’est la précision du mouvement : en changeant l’axe de ta main d’un millimètre, par exemple, tu peux voir à quel point ça va changer ta figure. J’ai vraiment cette obsession de rechercher le mouvement parfait dans mon corps. En sachant, qu’en plus, on peut et on doit montrer la part esthétique de ce sport, je suis aux anges !

©Grafia

Quand je m’élance à la barre, je me sens powerful. C’est un vrai shoot d’estime et de confiance en moi. La pole dance m’a permis de prendre confiance en moi en tant que femme, et de me penser et me croire capable de faire ce que je veux. Et, le petit plus, maintenant, c’est que j’aime bien prendre des risques donc j’ai beaucoup d’adrénaline. La façon dont je pratique la pole – je lâche un peu prise tout en contrôlant à fond mes mouvements – c’est un peu ma façon de vivre et de voir la vie : je ne sais pas si ça va passer, mais je me fie à mon ressenti corporel et j’y vais.

Ma technique de figures préférée, c’est la pole statique dynamique : utiliser l’élan pour faire ses figures. J’aime pratiquer sur des musiques chelou, des mélanges d’électro et de musique classique. Je pole aussi énormément sur une musique de violoncelle. Pour ça, j’adore les reprises de Vivaldi par Max Richter.

J’ai eu la chance de rencontrer Lucie, devenue mon associée dans notre école de pole dance, lors de ma deuxième année de pratique. Elle me disait que j’apprenais très vite. Je reproduis facilement, je ne suis pas une créatrice mais je sais tout refaire. C’est grâce à elle que j’ai appris l’existence des compétitions dans ce sport. On est parties sur une première compétition en duo et puis j’ai poursuivi en solo et trois ans après mes débuts, j’étais aux championnats de France. Mais ça n’avait jamais été un objectif ou un rêve. Je suis très ouverte aux opportunités, je vis comme ça. Si on me dit « Tu peux faire ça » et que j’y arrive, je le fais.

Ce que je n’aime pas, c’est la création de la chorégraphie. Je déteste carrément ça, j’ai envie de vomir à la fin des entraînements, je tremble sur mes appuis. Mais la sensation lorsque je suis sur scène est dingue : j’ai l’impression d’être un fauve. Le stress de la représentation, moi, ça me déploie. Pour autant, je n’ai pas du tout envie de me produire dans des spectacles car, justement, une grande partie du travail est dédié à la création.

©DR

J’ai été Championne de France en 2018 et 2022, l’une des premières à faire du statique dynamique, ça n’était pas très courant en France. Lorsque j’ai déroché mon premier titre, j’ai ce souvenir d’être sur scène et de me sentir puissante sur la barre, mais pas à l’annonce de ma médaille d’or. Je me suis dit : « Bon, je vais le retenter une deuxième fois pour voir si ça me provoque quelque chose… » Mais non. Ce n’est pas ce qui me drive. J’aime juste la scène. Après ces deux médailles, j’avais beaucoup de pression, on m’attendait au tournant, du style : « Qu’est-ce qu’elle va faire Marie Moulin, cette fois ? ». Je n’y arrivais plus. Ce n’est pas que je n’aimais pas la performance ou que cette recherche ne me correspondait pas car j’ai toujours aimé le dépassement de soi, mais je suis montée très fort et très haut dans le milieu et je pense avoir atteint le maximum de ce que ça pouvait m’apporter à ce moment-là.

©Hélène Douay

Ça peut être un peu déprimant de se dire : « Tout ce travail pour ne pas évoluer et pour rester là où j’en suis ». Aujourd’hui, je préfère transmettre ma passion, je continue à m’entraîner et je me nourris de l’enseignement. J’ai très vite commencé à enseigner, au bout d’un an et demi de pole dance. Lucie a commencé à me former et, sept mois après, j’enseignais dans son studio. Et puis après mes médailles, on m’a invitée partout pour donner des cours. La semaine, c’est le cabinet et les cours en studio. Ma vie, c’est ça maintenant. C’est un « bordel incommensurable » ! Parce qu’on a aussi lancé avec Lucie, The Pole Lab, une plateforme de cours en ligne, ça me fait beaucoup bouger et j’adore.

Il y a une grande partie de la pole que j’ai apprise en autodidacte. Via des vidéos sur Instagram notamment. J’ai galéré à comprendre comment il fallait faire pour réussir parce que c’est un sport très technique. Et ça, moi, j’adore : décortiquer le mouvement, comprendre le ressenti du corps. Et j’aime transmettre ça : chercher avec les élèves ce qui fonctionne au niveau de leur corps pour trouver le mouvement. En général, mes élèves souhaitent une activité sportive qui soit ludique, se muscler tout en s’amusant et sans avoir mal. À la fin d’une séance de pole, tu n’es jamais au bout de ta vie comme après un cours de CrossFit, par exemple, en revanche tu as mal à la peau !

©DR

Nous avons beaucoup de femmes qui cherchent à prendre confiance en elles et, ce qui est extra, c’est que la pole dance est faite pour n’importe quelle morphologie. Si tu n’es pas très souple, tu vas galérer sur certaines figures mais d’autres choses seront possibles, comme les mouvements plus dansés par exemple. En plus, il n’y a pas d’obligation de monter haut sur la barre, tu t’éclates quand-même. Quand elles voient qu’elles arrivent à dépasser leurs peurs, ça change leur mental. L’état d’esprit, c’est quelque chose sur lequel on travaille aussi en cours.

J’ai, pour ma part, un caractère optimiste, voire trop optimiste, mais ça m’a permis d’aller tester des choses et de ne pas m’encombrer de ce qui ne me convenait pas. J’ai aussi envie de transmettre cette énergie-là. Aux femmes qui ne se mettent pas à la pole dance ou au sport en général, parce qu’elles ont peur d’être jugées sur leur corps ou d’être nulles, je leur dis qu’elles ne sont pas les seules, toutes les personnes qui arrivent dans notre studio ont ces phrases-là à la bouche. Je pense qu’il suffit d’oser ouvrir la porte d’un studio pour se rendre compte qu’on projette des choses qui n’ont rien à voir avec la réalité.

©Nathalie Butera

Je m’entraîne quatre à cinq fois par semaine. Je fais une heure à deux heures d’échauffement avec du stretching, de la contorsion et du renforcement musculaire puis trois quarts d’heure à une heure de pole. Je vais aussi à la salle de sport une fois par semaine. J’ai eu beaucoup de fractures dues à des chutes : au bassin, au tibia. J’ai une bonne capacité de résilience, le sport à haut niveau m’a donné une capacité d’action, de force de frappe, d’y aller même si c’est dur.

Actuellement, je m’essaie au triathlon. Je me suis un peu blessée avec la course à pied, mais je peux encore faire du vélo et de la natation. Je me mettrais bientôt des objectifs comme celui de courir un Ironman, pour vivre l’expérience, ma ligne de vie, encore une fois. J’aimerais pourtant apprendre à ralentir, à accepter le sentiment de vide, à me poser car j’entreprends tout le temps. Mais, ma devise est une phrase que m’a dite une amie il y a des années et qui induit ma manière d’être. Je l’ai vue arriver un jour, elle était solaire. Je lui ai dit : « Mais qu’est-ce qui a changé chez toi ? ». Et elle m’a répondu : « J’ai décidé de dire oui à tout ». Je garde donc ça comme ligne de vie tout en apprenant à ne pas avoir de fear of missing out, la peur de rater quelque chose. Je veux dire oui à tout, mais dans l’instant présent. »

©DR

  • Pour suivre les prouesses magiques de Marie Moulin à la barre, rendez-vous sur son compte Instagram @mariemoulin_tonic
Ouverture ©DR

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