Marie Bochet« Quand on connaît le handicap, il ne nous effraie pas, bien au contraire. »

Marie Bochet : « Quand on connaît le handicap, il ne nous effraie pas, bien au contraire. »
Elle a dominé sa discipline pendant plus d’une décennie. Avec huit titres olympiques, 21 sacres mondiaux individuels et 9 globes, Marie Bochet, 32 ans, est entrée dans la légende du para ski et du sport. La Beaufortaine, retraitée depuis deux ans, transmet désormais son savoir sur les pistes à ses élèves et continue à porter la voix des athlètes non valides.

Par Sophie Danger

Publié le 22 juin 2026 à 14h22, mis à jour le 22 juin 2026 à 14h52

Tu as 32 ans et tu es jeune retraitée depuis bientôt deux ans. Comment est la vie d’après lorsqu’on en a consacré quinze ans, soit presque la moitié, à la compétition et au haut niveau ?

C’est tout aussi intense. J’ai été un peu surprise parce que j’avais arrêté aussi pour être un peu plus chez moi, un peu plus au calme, et je pense que j’ai été encore moins présente à la maison ces deux dernières années que quand j’étais en carrière, mais j’ai arrêté au bon moment. Je pense que j’avais encore cette fraîcheur et surtout cette curiosité de découvrir d’autres choses, ce qui a fait que j’ai laissé le champ des possibles ouvert. J’ai eu de belles opportunités, de beaux projets et je m’en suis saisie, ce qui a donné lieu à une actualité très dense mais très enrichissante ces deux dernières années. C’est chouette de découvrir un peu la vie d’après. Ça m’a permis de sortir de ce microcosme qu’est le sport de haut niveau, de redécouvrir, de vivre et de pratiquer mon sport différemment parce que maintenant, j’enseigne le ski. C’est une vie qui est très intense, très enrichissante, très challengeante. Mais elle est un peu vertigineuse quand même, il ne faut pas se le cacher.

©We Champ

C’est généralement ce que les sportifs de haut niveau recherchent pour l’après-carrière, non ?

Oui, quand on a été athlète de haut niveau, on aime le challenge et puis on aime aussi se mettre en danger ou, en tout cas, repousser les limites de notre zone de confort. C’est à la fois une qualité, et ça implique également de se résigner : je ne suis pas faite pour une vie en CDI et 35 heures dans un bureau.

Tu n’as pas connu ce vide que beaucoup redoutent à l’arrêt de ta carrière sportive ?

J’ai eu ce luxe d’arrêter quand je l’ai décidé et ça, c’est une chose que j’apprécie parce que, pour avoir côtoyé et côtoyer encore aujourd’hui pas mal d’athlètes, je sais que ce n’est pas forcément une décision qui nous appartient. Il y a parfois des blessures, des contraintes de sélection qui font qu’on te force à l’arrêt et moi, j’ai cette chance d’être performante jusqu’à la fin de ma carrière et de pouvoir choisir ce moment-là et donc de pouvoir me l’approprier. Je me suis offert une dernière saison de « dernières fois » qui a été hyper importante pour moi parce que cette petite mort du sportif, ce deuil d’une vie intense, je l’ai fait au cours de ma dernière saison. Je n’ai pas eu ce vide et puis, j’ai arrêté en 2024 avec une actualité sportive en France assez dense, ce qui m’a aidée à basculer rapidement, à vivre le sport différemment pour me rendre compte que même quand tu ne pratiques pas, même quand ce n’est pas toi qui es athlète, tu peux vivre ces émotions-là, tu peux vivre ces événements-là.

©France Paralympique

C’est un concours de circonstances heureux ?

Je pense qu’il y a eu ce concours de circonstances et une bonne décision de ma part qui m’a permis de rebondir assez rapidement, même si on n’est jamais à l’abri d’un petit retour de bâton. Des vies à haute intensité comme celles des athlètes de haut niveau, c’est toujours un peu sur le fil mais je me sens vraiment particulièrement chanceuse d’avoir pu choisir ma fin de carrière et d’avoir pu la mener de la sorte.

Sans faire la saison de trop…

C’était ma grande peur ! J’étais en réflexion sur l’arrêt de ma carrière depuis 2018 et il y avait cette question de l’année de trop, la peur de faire celle où, effectivement, tu ne prends plus plaisir. J’ai eu la chance d’avoir une carrière dans laquelle j’ai gagné l’ensemble des titres majeurs que je pouvais remporter et je savais que, potentiellement, ça ne pouvait qu’aller vers le moins bien. C’était assez effrayant, mais j’y ai vu une occasion et une façon d’apprendre à me connaître encore un peu mieux. Se confronter à cela, ce n’est pas forcément évident mais c’est hyper enrichissant. J’ai quand même gagné des Coupes du monde lors de ma dernière saison, ce qui fait que je ne suis pas allée trop loin non plus dans l’expérience, mais je revenais d’une année de blessure, une année blanche, et je ne pouvais pas faire pire.

©France Paralympique

Cette dernière saison était le couronnement d’un parcours que tu as commencé à 5 ans, à la maternelle, lorsque tes parents t’ont inscrite au ski qui est, quand on grandit dans la vallée du Beaufortain, un passage quasi obligé.

Je pense effectivement que la géographie de mon lieu de résidence a pas mal aidé et m’a bien orientée vers cette discipline dans laquelle, après, j’ai trouvé beaucoup de plaisir. Le ski, c’était le sport scolaire et j’ai commencé comme tous les enfants de mon âge. Même si tout le monde ne fait pas une carrière de haut niveau, on sait tous se débrouiller sur des pistes quand on habite dans le Beaufortain. Le fait d’avoir grandi dans cette petite vallée m’a également permis de rencontrer les bonnes personnes, en tout cas des personnes qui connaissaient ma différence, qui me connaissaient aussi au-delà de ma différence et qui ont aussi aidé à mon épanouissement dans cette discipline.

Le sport était un sujet important dans ta famille ?

Le ski est assez social chez nous, en général tout le monde en fait. Pour le reste, dans ma famille, on a toujours pratiqué des activités extrascolaires sportives parce qu’on est dans une vallée assez sportive : on a une piscine donc on a eu des cours de natation, on a pu faire de l’escalade… On a également pris des cours de musique, de solfège, de piano… Nos parents nous ont encouragés mes frères, ma sœur et moi à découvrir et à avoir cette curiosité à la fois dans la pratique sportive mais aussi dans les autres pratiques extrascolaires et ça, je pense que c’est important.

©Marie Bochet/Facebook

Cette différence que tu évoques, c’est le fait d’être née avec une agénésie, c’est-à-dire une malformation de l’avant-bras gauche. Tu dis que ça n’a jamais été une affaire chez vous, qu’il n’y a pas eu de regard pesant sur ta différence physique. C’est aussi pour cela que tes parents t’ont orientée vers le sport ?

Je pense que ça n’a pas été un problème à partir du moment où je suis née mais ça a dû questionner mes parents lorsqu’ils l’ont appris par le biais d’une échographie. Quoi qu’il en soit, ça leur a permis de travailler le sujet et puis de préparer mon entourage avant mon arrivée. Quand je suis née, tout le monde dans ma famille savait que j’allais avoir cette différence. Et puis, le fait d’avoir une différence fait que tu t’adaptes et que tu es beaucoup plus créative. Mes parents se sont vite rendu compte que j’avais la capacité en moi de développer des solutions pour faire les choses du quotidien. Il y a eu ça et le fait que j’ai des grands frères et une grande sœur. L’un de mes frères était au club de ski, je voulais être au club de ski ; ma sœur faisait de la musique, je voulais faire de la musique… Il y a eu cette inspiration, ce dynamisme qui m’a encouragée et qui m’a permis de sortir de cette zone de confort.

©Marie Bochet/Facebook

À la problématique du handicap vient souvent se superposer, en sport, celle de l’accès aux infrastructures. Tu as pu bénéficier rapidement d’un chemin adapté ?

En ce qui me concerne, j’ai un handicap assez léger qui ne demande pas de matériel supplémentaire comme, par exemple, une personne en fauteuil qui a besoin d’un bobski, un équipement qui coûte très cher. J’ai eu également la chance d’avoir pour entraîneur, à l’époque, un voisin de mon village qui me connaissait et qui ne s’est pas du tout posé la question. Quand on connaît, quand on rencontre, quand on côtoie le handicap, il ne nous effraie pas, bien au contraire. Je crois que Jean-Michel, mon entraîneur, a eu la curiosité de se demander comment il pouvait adapter les entraînements pour moi. Plus on est confronté au handicap, plus on se rend compte que les barrières, ce sont nous qui nous les mettons plutôt que les personnes en situation de handicap. Et en ce qui concerne les écoles de ski aujourd’hui, il y a une réelle volonté du syndicat des moniteurs de développer le matériel, la formation et d’améliorer l’accueil des personnes en situation de handicap pour leur permettre de pratiquer, et ça, c’est chouette. Ce sont des mouvements hyper positifs qu’il faut accompagner.

©Marie Bochet/Facebook

Tu te souviens de ce que tu as ressenti quand tu es montée sur les skis pour la première fois ? Est-ce que ça a été un coup de foudre ?

Ça me demande de plonger loin dans mes souvenirs, mais je crois surtout que j’aimais passer du temps dehors, que j’aimais passer du temps avec mes copains-copines et je pense que c’est plutôt ce groupe, ce collectif, qui m’a poussée à continuer au début. Pour le reste, le ski, c’est quand même de belles sensations de liberté et de glisse qui sont vraiment formidables. Encore aujourd’hui, quand je suis sur les pistes, je me dis qu’on a quand-même l’un des plus beaux bureaux du monde.

En 2005, six ans après tes débuts, tu participes à tes premiers Championnats de France. L’appétence pour la compétition était-elle inhérente à ta pratique ou bien s’est-elle construite au fur et à mesure ?

C’est quelque chose que j’ai construit au fur et à mesure. Je pense que j’ai fait du haut niveau parce que ça me permettait d’être encore plus sur les skis, et plus dehors, et plus avec mes copains. Après, il y a eu ce besoin et cette envie de se perfectionner parce que j’étais passionnée par cette discipline et que j’avais envie de la pratiquer de la meilleure des façons. C’est ce qui m’a poussée à poursuivre ma progression mais pas forcément dans une volonté de compétition, de victoires ou de classement.

©France Paralympique

C’est à ce moment-là que ta différence devient limitante par rapport à ton envie d’embrasser le haut niveau.

J’ai participé à mes premiers Championnats de France à 12 ans et 12 ans, c’est l’âge où on commence à sélectionner dans le milieu du ski or il y avait, chez moi, cette différence physique et cette différence de temps aussi dès le portillon de départ avec la poussée sur les bâtons. Si je voulais passer les cuts et continuer mon parcours à haut niveau, quelques obstacles commençaient à se présenter devant moi et, à ce moment-là, comme la vie est bien faite, j’ai eu mon premier contact avec la fédération handisport. Là, j’ai découvert le milieu du parasport qui existe pour permettre aux athlètes en situation de handicap de pratiquer, de pouvoir concourir et d’avoir ces compensations, ces classements en fonction du handicap qui leur permettent de poursuivre leur carrière à haut niveau.

©Marie Bochet/Facebook

En 2006, tu es admise en section ski au collège du Beaufortain où tu es la seule non valide. Il y aura par la suite le pôle France de la Fédération de ski qui, pour la première fois, accueille une athlète en situation de handicap… Tu réussi à baliser ton chemin pour parvenir à satisfaire tes ambitions de haut niveau.

Effectivement, même s’il y a eu des portes qu’il a fallu un petit peu forcer parce que le handicap était encore assez méconnu. Aujourd’hui, il y a une athlète en fauteuil roulant qui va intégrer la section de haut niveau au lycée et c’est une belle victoire. À l’époque, j’étais la première et il y avait ces interrogations : est-ce que j’allais être capable de suivre le groupe, comment allaient-ils pouvoir s’adapter… Ça n’a pas été si simple mais, avec pas mal de force de conviction et surtout un entourage qui croyait en moi et qui m’a bien accompagnée, ça m’a permis de suivre cette trace des athlètes valides, c’est-à-dire les sections sportives collège, lycée jusqu’aux premières sélections en équipe de France.

C’est assez perturbant de se dire que c’était il y a seulement quinze-vingt ans.

Notre société évolue et dans le bon sens. J’essaie de toujours avoir une vision assez optimiste de tout ça et il est vrai qu’avant, on n’osait pas, on se disait que l’on n’avait pas la légitimité, le syndrome de l’imposteur. Il y a aussi le fait que je suis arrivée jeune sur le circuit, ce qui n’était pas forcément le cas avant, et la question du collège, du lycée s’est posée. C’est arrivé par ce biais, mais les choses évoluent et aujourd’hui, il y a moins de questions, ça semble assez naturel et je sais d’où ça vient mais il reste qu’en vingt ans, on a quand même parcouru une belle trajectoire.

©Wikipedia

Très vite, tu te révèles sur la scène internationale. C’est en 2010, tu as 16 ans, tu participes à tes premiers Jeux, ça se passe à Vancouver, tu es tout près du podium en slalom et en super-combiné et tu vas remporter, la même année, la Coupe du monde de slalom debout. Pour toi qui as dû forcer quelques portes, l’accélération est fulgurante.

Oui, 16 ans, c’est assez jeune et c’est vrai que c’est ça aussi qui était assez intéressant avec la section : j’étais déjà en carrière internationale là où les jeunes de mon âge commençaient seulement leur carrière fédérale. Il reste que c’était jeune, trop jeune même car je n’étais pas encore assez mature pour réussir ces Jeux Olympiques mais je pense qu’ils ont été vraiment une base très solide de la construction du reste de ma carrière. Ça n’a pas été simple, un peu douloureux mais, pour autant, c’était hyper formateur.

C’est la quatrième place qui était douloureuse ?

Oui, parce que cette année-là, j’étais en tête de la Coupe du monde de slalom et je pouvais prétendre à des médailles alors une 4e place, surtout aux Jeux, c’est très très frustrant. À 16 ans, on est exigeant et pressé.

©Société Générale

L’année suivante, en 2011, tu deviens double championne du monde à Sestrières (Italie), en slalom géant et par équipes, et tu décroches également deux médailles d’argent en descente et Super-G. À tes débuts, tu étais plutôt spécialiste des disciplines techniques, notamment du slalom, tu t’affirmes très vite comme une skieuse complète. Comment s’est faite la bascule ?

C’est surtout l’expérience. Les disciplines techniques nécessitent énormément de répétitions, de kilomètres entre les piquets et ce sont des choses qu’on fait assez rapidement quand on est jeune. La vitesse demande, en revanche, de l’expérience, de la connaissance, de la lecture de terrain et ça, ce sont des choses qu’on acquiert au fur et à mesure des années, des saisons sur le circuit international, qui nous permettent de connaître aussi les pistes sur lesquelles on évolue. C’est de l’expérience et, grâce à cela, on a aussi un peu moins d’inquiétude par rapport à la vitesse parce que ce sont des disciplines dans lesquelles on expose notre intégrité physique plus encore que dans les disciplines techniques. Il faut arriver à apprivoiser ses émotions et ses sensations.

Tu dirais que c’est un profil courant ?

On a la chance, en paraski, d’avoir cette possibilité d’être polyvalents. Les athlètes olympiques ont moins ce choix parce que les calendriers sont tellement chargés qu’ils n’ont pas la possibilité d’être performants sur tous les tableaux. Nous, nous avons cette chance de pratiquer avec un planning raisonnable mais aujourd’hui, ça va aussi se spécialiser dans le paralympisme parce que, petit à petit, les calendriers s’étoffent et qu’il va y avoir de plus en plus de choix à faire pour les athlètes.

©Marie Bochet/Facebook

En tout et pour tout, JO mis à part, tu vas remporter 22 titres mondiaux – trois Grands Chelems –, 107 victoires en Coupe du monde, 9 globes de cristal. Tu es restée au sommet durant quasi toute ta carrière. Comment est-ce qu’on cultive l’envie de retourner encore au combat pour un titre qu’on a déjà ?

C’est ma passion pour ma discipline qui me porte et le fait aussi qu’il n’y a aucun titre qui se ressemble. Les émotions sont différentes même si on peut les penser un peu similaires et puis, j’avais cette envie de progresser techniquement tant qu’il y avait des choses que je ne comprenais pas ou que je n’arrivais pas à mettre en place, une recherche de régularité dans la technique… C’est tout ça qui m’a guidée, je me suis vraiment recentrée sur ma performance personnelle et sur mon évolution pour construire la suite de ma carrière. C’est question de l’envie on me la posait souvent et je me la posais aussi régulièrement. Elle est intéressante parce qu’elle te pousse à prendre un peu de recul et à te questionner sur le pourquoi du comment tu continues et quel est vraiment l’intérêt de poursuivre ou pas.

©France Paralympique

Il faut se réinventer et, malgré les sacrifices, trouver un intérêt à retourner en piste.

Je n’aime pas trop le mot de sacrifice, je dirais plutôt que ce sont des choix que l’on fait en connaissance de cause. Je n’ai pas l’impression d’avoir sacrifié des années de ma vie pour le ski, au contraire. J’ai fait certains choix de vie pour le ski et je suis contente aujourd’hui d’avoir fait le choix d’arrêter pour avoir d’autres choix, d’autres possibilités. C’est un sujet commun à toute carrière : ne pas tomber dans cette lassitude, dans cette routine. C’est hyper challengeant de se re-mobiliser, de savoir qu’on est capable de se réinventer et puis, les émotions de victoire, on ne s’en lasse pas. C’est là aussi où c’était intéressant de pousser un peu le bouchon après, notamment en 2018 où je réitère l’exploit de 2014 aux Jeux : je me suis confrontée à des moments avec un peu moins de réussite qui m’ont aussi permis de savourer différemment quand je réussissais et quand je gagnais de nouvelles compétitions.

©France Paralympique

Tu évoques les Jeux, ta carrière c’est aussi quatre campagnes olympiques. Il y a eu Vancouver puis Sotchi en 2014 avec 4 titres (descente, super-G, super-combiné et slalom géant), nouveau quadruplé en 2018 à Pyeongchang (descente, super-G, slalom géant et slalom) et une médaille d’argent en super-G en 2022 à Pékin. Toi qui n’hésites pas à faire des choix, tu pourrais choisir un moment de ta carrière plus marquant encore que les autres ?

C’est hyper compliqué, c’est comme si on demandait à un parent de choisir entre ses enfants. Si je devais en retenir un, c’est la grosse fête de fin de carrière que j’ai faite. C’était en avril 2024 et c’est un moment que j’ai partagé avec l’ensemble des personnes qui ont participé à ma carrière. Ça a été hyper important pour moi et ça m’a permis de me rendre compte du nombre de personnes qui intervenaient ou étaient intervenues dans mon parcours. Je pense que c’est plus ce collectif qui m’a marquée au cours de ma carrière plus qu’une victoire ou une autre.

Quand tu as pris la décision d’arrêter, tu étais sûre de ton fait. Tu n’as jamais regretté quand bien même il y avait la perspective des Jeux de Milan ?

Je n’ai pas eu ce regret depuis que j’ai arrêté même en ayant été aux Jeux de Milan en tant que cheffe de mission. J’étais vraiment au contact de l’équipe et j’étais parfaitement à ma place, je ne me suis pas du tout sentie aigrie ou frustrée de ne pas être derrière les portillons. Je pense que c’est parce que c’est une décision qui a été construite même si on n’est jamais certain que ce soit vraiment la bonne. Il faut s’en convaincre et surtout se donner les moyens de vivre les émotions différemment et de s’épanouir ailleurs.

Et tu t’épanouies notamment en étant une sportive engagée pour la planète. Tu es l’une des ambassadrices de la MAIF qui a voulu mettre en valeur quatre projets sur quatre saisons pour montrer que l’écologie peut s’intégrer au rythme naturel du sport.

J’ai été ambassadrice sur la saison d’hiver avec le projet trois jours sans forfait. L’idée était de partir dans une destination de montagne et de sortir des habitudes en montrant que ce genre de destination n’est pas réservé uniquement aux personnes qui pratiquent le ski. J’ai reçu Nicolas Gestin et Blandine L’Hirondel trois jours chez moi, dans le Beaufortain. Nous avons évidemment fait des activités physiques, il ne pouvait en être autrement avec trois athlètes de haut niveau ensemble, mais je leur ai également fait découvrir le terroir, visiter tous ces petits villages qui ont une belle histoire et rencontrer ceux qui les habitent. Le but était de casser l’image 100 % ski de la montagne l’hiver et nous en avons également profité pour faire des pastilles autour du label flocon vert porté par l’association Moutain Riders dont je suis marraine et qui valorise les destinations de montagne selon des critères qui vont au-delà de critères associés à la qualité de l’offre touristique. Ils prennent aussi en compte la qualité de la vie à l’année dans les territoires de montagnes, l’économie, la réflexion…

L’ailleurs, l’épanouissement, c’est aussi tes cours de ski ?

J’enseigne un peu, j’ai toujours des partenaires en contrats d’image qui m’accompagnent et avec lesquels je développe des projets, des conférences… Il y a eu un projet de livre, un projet de film sur la fin de ma carrière qui m’ont pas mal occupée. Et puis, il faut aussi laisser un petit peu de place au reste de la vie.

©France Paralympique

Ouverture ©Marie Bochet/Facebook

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